L'ANATHEME DE ZOS

LE SERMON AUX HYPOCRITES

Une Ecriture Automatique par Austin Osman Spare

 

 


Hostile au tourment de soi, les vaines excuses nommées dévotion, Zos souscrivait à la coutume de parler bruyamment à son Moi. Et une fois, retournant à la conscience familière, il fut vexé de remarquer des auditeurs intéressés - une foule de mendiants involontaires, de parias, de clients de prostituées, d'adultères, de ventres ballonnés, et les grotesques malades répandus de manière prédominante dans les civilisations. Grande était son irritation, et cependant ils continuaient à l'importuner, disant : MAÎTRE, NOUS VOULONS APPRENDRE DE CES CHOSES! ENSEIGNE-NOUS LA RELIGION!

Et voyant, avec chagrin, la multitude des Croyants pleins d'espoir, il descendit dans la Vallée du Styx, ayant des préjugés contre eux, les DISCIPLES. Et, alors qu'il était ennuyé, il ouvrit la bouche par dérision, déclarant :

Ô vous dont le futur est en d'autres mains! Cette familiarité n'est pas permise par votre impuissance - mais par la mienne. Sachez que je suis Zos le Chevrier, sauveur de moi-même et de ces choses que je n'ai pas encore regrettées. Vous avez écouté ma soliloque sans y avoir été invités. Subissez donc mon Anathème.

Mangeurs d'infect! Etes-vous dégagés de vos propres excréments ? Parasites! Ayant rendu le monde pouilleux, imaginez-vous être de quelque importance pour le Ciel ?

Désireux d'apprendre - pensez-vous échapper aux coups dans le viol de votre ignorance ? Car de ce que je sèmerai, il sortira bien plus que de l'innocence! N'oeuvrant point pour obtenir la récolte de ma débilité, satisferai-je à vos désirs nourris de morale ?

Moi, qui me réjouis de mon corps d'un pas inlassable, je préférerai m'associer aux loups qu'entrer dans vos demeures pestilentielles.

Sensation... Nutrition... Mastication... Procréation...! Voilà votre cycle d'orvet. Vous avez fait un monde sacrément curieux à aimer de désir. Rien ne changera-t-il, excepté par le biais de votre diète accusatrice ?

DU FAIT QUE VOUS ÊTES CANNIBALES, quelle viande vous offrirais-je ? Ayant mangé de vos personnalités mortes épicées de tous les immondices, vous rêvez maintenant de vous goinfrer du mouvement de mon esprit ?

Dans votre conflit, vous avez obtenu... ? Vous qui croyez votre procréation ultime êtes les ordures de la création manifeste, vous en retournant à nouveau vers la primitive simplicité d'avoir faim, de devenir, et de réaliser : vous n'êtes pas encore. Vous avez emmêlé le temps et l'ego. Pensez-vous brider SENTIMENTALEMENT la semence ? Vous niez la sexualité avec de l'éthique cliquante, vivez de tueries, priez des idiots plus cons encore - que toutes choses puissent être possibles à vous QUI ÊTES IMPOSSIBLES.

Car vous désirez des saveurs inutiles au plaisir.

En vérité, il est plus facile à des fous d'entrer au Ciel qu'à des Lépreux moraux. Quelle différence entre Vie et Mort ? Quelle différence entre rêve et réalité ? Ne connaissez-vous rien au-delà de votre propre puanteur ? Connaissez-vous ce que vous pensez connaître pour sûr ? Je demeurerais volontiers silencieux. Mais trop indulgent est ce Soleil qui se lève pour me contempler, et ma faiblesse provient du mécontentement qu'a engendré votre sollicitation... mais soyez damnés avant que d'obtenir de vives excuses de ma part!

Maudits soient les partisans de la résurrection! N'existe-t-il que la chair et l'âme ?

N'est-il rien d'autre au-delà de l'être ? Nulle acquisition, au-delà de la sensation et du désir de Dieu, autre que le foudroiement et la dévoration de la fourmilière que vous êtes ?

Oh, vous les favoris de vos propres excuses, gros rire entre deux bouchées! Le Ciel est indifférent à votre salut comme à votre catastrophe. Votre malhonnêteté sans courbes vous met en jachère pour une étrange fatalité! Quoi! Moi, prêter secours à votre aveuglement, améliorer vos corps en décomposition, préserver votre lamentable apothéose du moi ?

L'épée du coup d'estoc, point celle du salut, celle que j'amène!

Suis-je votre porcher, sous prétexte que je guide les boucs ? Mon plaisir ne s'obtient pas au milieu de la vermine farcie d'idées vaines - avec des espoirs et des peurs d'une absurde portée. Je ne suis pas encore suffisamment las de moi-même. Ce n'est pas aujourd'hui que je vais pallier à l'abomination, car en vous je contemple vos parents et les stigmates de ceux qui bouffent de l'ordure.

Dans cette grivoise intoxication d'hypocrisie, ce monument de petitesses d'escrocs, où se trouve le symposium occulte, la hiérarchie de nécromanciens d'autrefois ?

***

Sodome fut honnête! VOTRE théologie est un puits de limon, de charabia devenu éthique. Dans VOTRE monde, où l'ignorance et la tromperie constituent la félicité, tout se termine misérablement - souillé de sang fratricide.

Chercheurs de salut ? Salut de votre digestion nauséeuse, de vos croyances infirmes : désirs de convalescence. Vos préceptes et prières d'emprunt - odeur infecte à toutes bonnes narines!

Indignes d'une âme, votre métamorphose est laborieuse de renaissance morbide devant donner habitat aux sentiments mesquins, aux laides familiarités, le pandémonium calligraphique - un monde d'abondance acquis par la cupidité. Ainsi êtes-vous des proscrits! Vous habitez des tas de fumier, vos glorieux palais sont des hôpitaux posés au milieu des cimetières. Vous respirez de gaieté de coeur dans cette fosse d'aisances ? Vous obtenez de demi-désirs des persuasions cambrées! de menaces, de promesses rendues hideuses par des vitupérations de droiture! Pouvez-vous concevoir le Ciel alors qu'il existe AU DEHORS ?

Croyant sans unir, vous êtes faux et ne connaissez point le chemin de la vertu. Il n'est point de vertu dans la vérité, ni de vérité dans la droiture. La loi devient la nécessité du désir. Corrompu est l'enseignant, car ceux qui parlent n'ont que des mots décédés à donner.

Croyez ou blasphémez! Ne parlez-vous point entre vos cuisses ?

Croire ou ne pas croire est la question. En vérité, si vous croyez la moindre chose - vos besoins doivent de toutes choses se nourrir. Vous êtes de toutes choses, de toute connaissance, et, peut-être, votre stupidité vous amènera-t-elle à plus de misère!

Votre souhait ? Votre ciel ? Je dirais votre désir de femmes. Votre désir latent est un bordel.

Ah, vous qui avez peur de la souffrance, qui parmi vous possède le courage d'assaillir les troubles ennemis des credo, des pieux espoirs de l'estomac ?

Je blasphème vos commandements, pour contrarier et me divertir de vos aboiements, de vos grincements de dents!

Savez-vous ce que vous voulez ? Que demandez-vous ? Connaissez-vous la vertu du grommellement démentiel ? Du péché issu de la sottise ? Désirant un enseignant, qui parmi vous est digne d'apprendre ?

Brutalement enseignerai-je l'évangile du suicide de l'âme, de la contraception, pas de la préservation et de la procréation.

Sots! Vous avez rendu vitale la croyance d'après quoi l'Ego est éternel, accomplissant un dessein désormais perdu pour vous.

Toutes choses proviennent du désir ; les jambes proviennent du poisson ; les ailes du reptile. Ainsi votre âme fut-elle engendrée.

Écoute, ô, vermine!

L'HOMME A VOULU L'HOMME!

Vos désirs sont devenus chair, vos rêves réalité, et nulle crainte ne l'altérera d'un brin.

D'où que je vous brinqueballe dans les monstres incarnés - les aberrations, les horreurs sans sexe, car vous êtes indignes d'offrir au Ciel de nouvelles sexualités.

***


Autrefois, en ce monde, je pouvais rire - me souvenant de la valeur que j'octroyais au méprisable ; l'importance de mes peurs égoïstes ; l'absurde vanité de mes espoirs ; de la chagrine droiture nommée Je.

Et VOUS ?

Sans nul doute guère seyantes les larmes de sang, ni le rire des dieux.

Vous ne ressemblez même pas à des HOMMES mais à l'étrange progéniture de quelque dérision oubliée.

Perdus parmi les illusions engendrées par la dualité - s'agit-il des différenciations que vous opérez pour la future entité devant chevaucher votre moi bestial ? Des millions de fois avez-vous eu la renaissance et de plus nombreuses fois encore SOUFFRIREZ-VOUS à nouveau de l'existence.

Vous êtes des choses vieillies ; faisant oublier les vérités que vous avez créées. Ne me libérant que de mon trop-plein, peut-être vous enseignerai-je à apprendre de vous-mêmes ? En mon devenir, l'affamé se satisfera-t-il de mon bien et de mon mal ? Je ne m'efforce pour aucun d'eux, et ne me confie qu'après l'événement.

Prenez connaissance de mon dessein : Etre un étranger à moi-même, l'ennemi de la vérité.

Incertains de ce à quoi vous croyez, peut-être à demi-désireux ? Mais croyez en ceci, servant votre dialectique :

Ne souscrivez qu'à l'amour de soi, les affleurements de ma haine parlent désormais. En outre, afin d'étaler au grand jour ma propre santé, je me moque des absurdes oripeaux de morale et de la foi ovine, en un futur glouton et fortuit, de vos puériles dignitaires!

Des chiens, dévorant votre propre vomi! Vous êtes tous maudits! Dégénérés, adultères, sycophantes, dévorateurs de cadavres, maraudeurs et bouffeurs de médicaments! Croyez-vous que le Ciel soit une infirmerie ?

Vous ne connaissez point le plaisir. Dans vos désirs somnolents, votre violence infirme et votre morale insalubre, vous êtes plus méprisables que les bêtes que vous nourrissez pour les manger.

Je déteste votre Mammon. La maladie participe à votre richesse. Ayant acquis, vous ne savez comment dépenser.

VOUS N'ÊTES QUE DE BONS MEURTRIERS.

Vides de cosmos les avides de droiture. Les miséricordieux sont déjà passés. Extincts ceux au coeur pur. Les humbles sont gouvernés et du Ciel méritent le même dégoût. Votre société est une barbarie vernie. Vous êtes de précoces primitifs. Avez-vous un succès qui ne passe point par la haine ?

Il n'est pas de bonne compréhension de votre monde - cette sanglante transition par la procréation et la boucherie.

Vous haïssez par nécessité, et aimez votre voisin en le dévorant.

Les prophètes sont nauséabonds et devraient être persécutés. Objets de ridicule, leurs actes ne peuvent vivre au travers de leurs doctrines. Les actes sont le critère, et donc comment pouvez-vous dire autre chose que des mensonges ?

L'amour est maudit. Votre désir est votre Dieu et exécration. Vous serez jugés pour votre appétit.

Autour de moi vois-je votre configuration - de nouveau un porc du troupeau.
Un repoussant objet de charité! La malédiction est proférée, car vous êtes nés du limon et de la sueur, élevés de manière homicide. Et à nouveau vos pères demanderont l'aide de la femme. Vous oeuvrez vainement à un Royaume pourri de Bien et de Mal. Je dis que le Ciel est catholique - et personne n'y entrera s'il est prédisposé à l'un ou à l'autre.

Maudits sont ceux qui seront persécutés par égard pour MOI. Car je dis que je suis entière CONVENTION, excessivement mauvaise, pervertie et bonne en rien - pour vous.

Quiconque voudrait être avec moi n'est ni suffisamment moi ni suffisamment lui-même.

***


Zos, fatigué, mais trop empli de dégoût pour ses auditeurs, les injuria encore, déclarant :

Chacals dévorés par les vers! Voulez-vous toujours festoyer sur mon vomi ?
Qui me suit devient son propre ennemi, car dès ce jour sa ruine sera ma nécessité.

Allez travailler! Acquittez-vous du dégoût de devenir vous-mêmes, de découvrir vos croyances, et d'ainsi acquérir la vertu. Que votre bien soit accidentel, échappez ainsi à la gratitude et à sa piteuse vanité, car le courroux du Ciel est lourd à porter pour le sybaritisme facile.

Dans votre désir de créer un monde, faites aux autres comme vous voudriez - lorsque suffisamment courageux.

Pour rejeter, non pour sauver, je viens. Inexorable envers moi-même ; pour détruire la loi, pour dévaster les charlatans, les margoulins, les salutistes prétentieux et bagarreurs avec leur fantasmagorie aux paroles d'un mauvais goût criard ; pour désillusionner et éveiller toute peur en vos moi naturels et rapaces.

Vivant dans le plus méprisable, et engendrant tout de bestiale manière, êtes-vous fiers de vos excuses au point d'espérer autre chose que les pires de vos chimères ?

L'honnêteté est muette. Et je vous conseille de faire un holocauste de vos saints, de vos excuses : ces beuglements boursouflés de votre ignorance. Alors seulement pourrais-je assurer votre vague désir - la rémission facile de vos péchés aseptisés. Criminels de sottise! Vous êtes péché contre soi-même.

Point de péché pour ceux du délice du Ciel. Je voudrais que vous ne résistiez point à votre mal, que vous ne l'exploitiez point : cela vient de la peur, et le somnambulisme est né de l'hypocrisie.

Avec plaisir, le Ciel violera toute loi avant que cette Terre ne passe. Et donc, si j'éprouvais de la bonté à votre égard, elle serait volcanique.

Celui qui est sans loi est libre. La nécessité et le temps ne sont que des phénomènes conventionnels.

Sans hypocrisie ni peur pouvez-vous faire comme vous souhaitez. Et donc, qui violera le commandement ou vivra sa transgression possédera la relativité du Ciel. Car, à moins que votre droiture n'existe pas, vous ne prendrez pas votre plaisir librement et de manière créative. Autant vous pécherez contre la doctrine, autant votre imagination sera requise dans le devenir.

***


Il a été dit, sans intelligence : "Tu ne tueras point." Parmi les bêtes, l'homme vit suprême - à sa manière propre. Dents et griffes ne sont plus de suffisants accessoires de l'appétit. La pire réalité de ce monde est-elle plus vicieuse que le comportement humain ?

Je suggère à votre amour inné de la gestuelle morale de démêler le réel du rêve.

Réjouissez-vous! Les législateurs connaîtront l'affreux destin de devenir assujettis. Tout ce qui est décrété est supplanté - afin d'équilibrer le rapport de cette omniscience avec l'hypocrisie.

Pourriez-vous être arbitraires ? La croyance pressent son inversion. Envahis par les désirs oubliés et les vérités qui se débattent, vous êtes leurs victimes dans la loi qui meurt et engendre.

La voie du Ciel est un dessein - antérieur à la pensée et non induit par elle. Le désir, autre que passant par l'acte, en aucun cas ne prévaudra : et donc, croyez SYMBOLIQUEMENT ou avec prudence.

Avoir ce désir, entre hommes et femmes, n'est point adultère. Défoulez la grande luxure et lorsque vous êtes rassasié passez à quelque chose de neuf. En ces jours bien élevés, il est devenu plus sain de forniquer en voeux qu'en actes.

N'offensez point votre corps ni ne soyez assez stupides pour laisser votre corps vous offenser. Comment vous servira-t-il à blâmer votre dualité ? Que votre serment soit sérieux ; bien qu'il soit mieux de communiquer via l'acte vivant que par la parole.

Ce Dieu - ce basilic - est une projection de vos appréhensions imbéciles, de votre obésité chauve et de vos vanités asilaires! Votre amour est né de la peur ; mais mieux vaut haïr que subir davantage de déceptions.

Je voudrais rendre votre chemin ardu. Prendre et donner aux hommes sans faire de distinction.

Je connais votre amour et votre haine. Me suis renseigné sur l'alimentation rouge. La guerre civile règne dans votre estomac.

Seul dans l'amour de soi se trouve la volonté procréatrice.

Et maintenant! Tenterai-je d'atteindre à la sagesse par des mots ? Des vérités alphabétiques avec une grammaire prestidigitatrice ? Aucune vérité dite qui ne soit du PASSÉ - très sagement oublié.

Vais-je griffonner un paradoxe retors avec une calligraphie démente ? Des mots, de simples mots. J'existe dans un monde sans mots, sans hier ni demain - au-delà du devenir.

Toute chose concevable procure temps et espace. D'où que je crache sur votre éthique déguenillée, vos proverbes moisis, vos inarticulations sacerdotales et votre délirant jargon de chaire. Je ne vous donne que ceci pour sains commandements dans vos schismes pestilentiels.

Mieux vaut aller sans que d'emprunter.

Bien plus beau de prendre que de mendier.

De la Puberté à la Mort le "Moi" se réalise en tout.

Il n'est pas de plus grande vertu qu'une bonne alimentation.

Nourris-toi à la mamelle, et si le lait est Tourné, nourris-toi de...

La nature humaine est la pire !

Autrefois, je vivais parmi vous. Pour des raisons de décence, j'habite désormais les terres incultes, paria volontaire, compagnon des boucs, bien plus propres et honnêtes que les hommes.

Dedans cette hétérogénéité de différence, la réalité est dure à réaliser, l'évacuation est difficile.

Ces spirites sont de vivants sépulcres. Ce qui s'est flétri devrait mourir décemment.

***


Maudits ceux qui supplient. Les Dieux sont encore avec vous. Alors donc, vous qui priez, faites ainsi :

Ô Moi mon Dieu, étranger est ton nom excepté dans le blasphème, car je suis ton iconoclaste. Je jette ton pain à l'eau, car je suis moi-même suffisamment viande. Caché dans le labyrinthe de l'Alphabet se trouve mon nom sacré, le SCEAU de toutes choses inconnues. Sur Terre, mon royaume est Eternité de DESIR. Mon souhait s'incarne dans la croyance et devient chair car JE SUIS LA VERITE VIVANTE. Le Ciel est extase ; ma conscience qui change et acquiert association. Puissè-je avoir le courage de puiser dans ma surabondance propre. Que j'oublie la droiture. Libère-moi de toutes morales. Mène-moi à la tentation de moi-même, car je suis un royaume titubant de bien et de mal.

Que valeur puisse être acquise par ces choses auxquelles j'ai fait plaisir.

Puisse mon péché être estimable.

Octroie-moi la mort de mon âme. Enivre-moi de l'amour de moi. Enseigne-moi à sustenter sa liberté, car je suis suffisamment Enfer. Laisse-moi pécher contre les petites croyances. AMEN.

Concluant sa conjonction, Zos dit :

À nouveau, ô somnambules, mendiants et souffreteux, nés de l'estomac ; hommes malchanceux à qui le bonheur est nécessaire!

Vous êtes trop insuffisants pour vivre seuls, pas assez matures pour pécher contre la loi et toujours désirer les femmes.

Hormis la damnation, je ne connais nulle magie pour satisfaire vos désirs ; car vous croyez en une chose, en désirez une autre, parlez différemment, agissez encore différemment, et y gagnez la valeur des vivants.

Pour sûr, l'inclination vers de nouvelles facultés jaillit de cette bâtardise!

Vous n'êtes sociaux que pour les vérités convenant à votre courage, et néanmoins, à nouveau, des bêtes seront abandonnées.

Parlerai-je de cette unique intensité dénuée de formes ? Connaissez-vous l'extase du dedans ? Les jouissances entre l'ego et le moi ?

À cet instant de l'extase, nulle pensée pour les autres ; il n'est NULLE PENSEE. Là je vais et nul ne m'y conduit.

Sans femmes - votre amour est anathème!

Pour moi, il n'est d'autre chemin que mon chemin. Donc, passez votre chemin - personne ne dirigera vos pas vers vous-mêmes. Que vos jouissances soient comme des couchers de soleil, HONNÊTES... SANGLANTS... GROTESQUES!

Le dessein original était-il la profonde jouissance du moi innombrable, pour l'extase ? Ces infinies ramifications de la conscience dans l'être, s'unissant par la bouche, le sexe, et la sensation!

L'obsession du sexe est-elle devenue totale misère - répétition devenue nécessaire de votre scotome ?

Ô vous à la bouche ensanglantée! Vais-je à nouveau vous divertir avec un peu de compréhension ? Une introspection du cannibalisme dans les abattoirs de la diète - la variante du meurtre contre le meurtre ancestral ? N'est-il aucune nourriture au-delà du cadavre ?

Votre meurtre et votre hypocrisie doivent passer avant que vous ne soyez élevés jusqu'à un monde où la boucherie est inconnue.

Ainsi, d'une bouche propre vous dis-je : je ne vis que de pain. Le sommeil est une prière compétente. Toute moralité est BESTIALE.

Hélas, il y eut un grand échec. L'homme est mort. Seule reste la femme.

Avec une ironie masquée je dirais : "Suivez-moi! Afin de réaliser ce qui est caché en toute souffrance. Je rendrai volontaire votre mortification, courageuse votre crispation."

Serez-vous toujours en ma compagnie ? Salut à tous les suicides!

***


D'un baillement, Zos se fatigua, s'assoupit.

En temps voulu, la puanteur le réveilla - car il avait dormi au milieu des mangeoires - et il remarqua que la foule n'était plus à ses côtés - que seul le GORET demeurait. Et il s'esclaffa et parla de la sorte : À peine ai-je perdu le lien et par-là même suis-je presque asphyxié! Prisonnier du dur labeur de la sensiblerie, des hallucinations morales du Flux et du Reflux des espoirs et des peurs ?

L'âge seul transmutera-t-il le désir ? Je n'ai point encore démêlé l'illusion de la réalité ; car je ne connais point l'homme depuis le porc, point les rêves depuis la réalité ; ou si je n'ai parlé qu'à moi-même. Je ne sais pas non plus qui mon anathème impressionnera le plus...

Ma soliloque insensible mangée comme révélation! Ce que j'ai dit avec dure et pugnace vanité pour accentuer la hardiesse ne met bas que de dégueulasses reniflements. L'eau n'est pas seule à trouver son niveau.

Je n'ai pas rencontré la tragédie, non, pas en cette vie! Cependant, que j'ai vomi leurs doctrines sur les tables de la Loi ou dans les mangeoires, au moins n'ai-je point rejeté la chair des rêves.

Et se tournant vers sa lumière, Zos dit : Ceci est ma volonté, ô Toi Glorieux Soleil. Je suis las de mes serpents qui descendent - faisant bourbe.

Adieu, antithèse. J'ai souffert. Tout est payé.

Laissez-moi aller de l'avant et recréer mon sommeil.

Austin Osman Spare.

[Rédigé en 1924. Première publication en 1927 (tirage limité à 100 exemplaires).
Texte anglais : © The Estate of Austin Osman Spare.
Traduction française : Philippe Pissier, novembre 2000. © J.-L. Colnot.]