SOLILOQUE SUR LA DIVINITÉ
Qui a jamais pensé ainsi ?
Quelque chose engendre la Douleur, quelque chose alimente l’Agonie ; et si l’Idée latente de la Suprême Félicité en était la cause ? Et cette espérance éternelle, cette accumulation d’ornements sur la pourriture, cette pensée toujours présente - elle coïnciderait avec la vanité ayant préséance sur la mort ? Oh, misérable pensée provenant du plus épouvantable spleen - comment puis-je te dévorer et sauver mon Âme ? La réponse fut toujours : ’Rends hommage à qui de droit, le Médecin est le Seigneur de l’existence !" Cette superstition de la médecine - n’est-elle pas l’essence de la lâcheté, la représentante de la mort ?
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N’est-il pas étrange que nul ne se souvienne d’être mort ? As-tu jamais vu le Soleil ? - Si tu l’as vu, alors n’as-tu rien vu qui soit mort - bien que tu croies différemment! De "toi" ou de ce cadavre, lequel est le plus mort ? Lequel de vous possède le plus important degré de conscience ? A n'en juger que par l’expression, lequel de vous deux semble jouir davantage de la Vie ? Puisse cette ‘croyance’ en la mort ne pas être la ‘volonté’ qui s'efforce vers 'la mort' pour votre satisfaction, mais ne peut rien vous donner de mieux que le sommeil, le déclin, le changement - l’enfer ? Ce somnambulisme constant est ‘le non-satisfaisant’.
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Vous ne croyez ni aux Esprits ni aux Dieux - parce que vous ne les avez pas vus ? Quoi! N'avez-vous jamais vu les fantômes moqueurs de vos croyances ? - l'asile rigolard de votre humilité ou Mammon - vos grotesques Idées sur le 'Moi' ? Oui, vos facultés elles-mêmes et vos Mensonges les plus courageux sont des Dieux! Qui est l'assassin de vos Dieux - sinon un Dieu!
Il n’y a aucune preuve que vous ayez existé auparavant ? Quelle excuse! Personne n’est jamais revenu pour nous raconter ? Damné avocat! Vous n’êtes que ce que vous étiez - changé d’une manière ou d’une autre ? A première vue peut-être êtes-vous réincarné en quelque chose ? Les ‘peut-être’, au pluriel, sont possibles! Pouvez-vous faire une chose différemment de comment vous la faites ? Je ne me lasserai jamais d’affirmer que vous faites constamment différemment!
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Quelle est la "laideur" qui offense ? C’est la vague conscience qu’il va vous falloir changer d’idée - que vous faites germer ce que vous contenez ? Vous êtes toujours en train de vous souvenir de ce que vous avez oublié ; aujourd’hui sera peut-être le jour du jugement dernier - de croire de force à ce en quoi vous ne croyiez pas ? Si aujourd’hui est hier en tout sauf les apparences - alors demain est aussi aujourd’hui - le jour du déclin! Cet univers est chaque jour détruit, c’est pourquoi vous êtes conscient! Il n’y a pas de Vie ni de Mort ? De telles idées ne devraient être rien moins que comiques.
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Il n’y a pas de dualité ?
Vous êtes conscient de l’heureux Papillon que vous observez et êtes conscient d’être ’Vous’ ; le Papillon est conscient d’être ’lui-même’ et, comme telle, c’est une conscience aussi bonne que la vôtre, et la même, i.e. d’être 'vous'. Cette conscience de ’vous’, que tous deux ressentez, serait le même ’vous’ ? Ergo, vous êtes un seul et même - le mystère des mystères et la chose la plus simple du monde à comprendre! Comment pourriez-vous être conscient de ce que vous n’êtes point ? Mais vous pourriez croire différemment ? Ainsi, si vous blessez le Papillon, c’est vous-même que vous blessez, mais votre croyance que vous ne vous blessez pas vous-même vous protège de la blessure - pour un temps! La croyance se lasse et vous êtes affreusement blessé! Fais ce que tu veux - la croyance est toujours sa propre inconsistance. Le désir contient toutes choses, pour cela devez-vous croire en toutes choses - si tant est que vous devez croire en quelque chose! La croyance semble exclure le bon sens.
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Pas de doute - cette conscience du "Toi" et du "Moi" est le bourreau guère désiré mais toujours prêt - bien qu’il ne soit 'pas nécessaire qu’il en soit ainsi', en aucune manière! N’est-ce pas une question de Peur ? Avez-vous peur d’entrer dans la fosse aux Tigres ? (Et je vous assure que c’est une question de rectitude - innée ou culturelle - que d’entrer volontairement ou d’y être poussé, que d’en sortir vivant ou non!). Et pourtant, chaque jour vous pénétrez sans crainte dans des fosses habitées par de plus terribles créatures que les Tigres, et en ressortez indemne - pourquoi ?
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L’Allégorie
De grands scientifiques découvrent les propriétés mortelles des microbes qu’ils ont appris que nous respirions, et qui d’après leurs canons devraient détruire ; nous devrions être déjà morts ? Ayez foi! Les canons de la science sont tout à fait corrects, ils ne déjouent point le doute! Notre grand familier - cet 'élan vers la connaissance' nous comblera pour sûr de la maladie et la mort qu’ils apportent! Et nous octroiera également en compensation leurs pouvoirs de destruction! Pour la destruction de qui ? Les choses seront réglées! Est-ce là la valeur de la volonté ? Cette 'volonté de puissance' - qui ô combien la vie préserve! Quelle avancée dans la judicieuse sélection! Qu’ils sont charmants! Ces nobles explorateurs! Ô, vous les savants, continuez à découvrir l’Enfer! Lorsque vous êtes imprégnés de science - l’éclair va-t-il tonner le meurtre ? Un nouvel espoir va-t-il naître ? De nouvelles créatures pour le cirque ? (La conception de) la Divinité doit toujours transformer son inertie pour la transmuer en son véritable opposé - car elle le contient!
Le maître doit être l’élève douloureux de sa stupidité ?
L’idée de Dieu signifie toujours l’oubli de la suprématie et de la Piété. Doivent-elles donc être supplantées par la peur, non ?
Il n’y a pas d’Athée, personne n’est affranchi de son autobiographie, pas d’intrépide hédoniste à l'horizon ?
La conception est l’absence de son indiscutable réalité ou réalité interne! Lorsque la conception commémore l’oubli - ce serait l'occasion de sa réalité pour vous ? Lorsque la prière (vous priez toujours) s’est transmutée en son Blasphème - vous êtes suffisamment attirant pour être entendu - votre désir est satisfait! Quel saut périlleux de l’humilité!
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Que l’on projette Dieu comme Maître par peur, ou comme l’habitant intérieur par l’amour, les Dieux nous sommes tout le temps, c’est pourquoi la divinité est toujours potentielle. Sa constante génération, le retard éternel - est la vie. Cette envie du Maître ou Créateur - le dernier espoir qu’il faille en quelque sorte suivre est aussi l’existence et la perte de ‘la Vie’!
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Le fait scientifique n’existe pas, il implique toujours son opposé comme fait égal, tel est le ‘fait’. Pourquoi alors se préoccuper de prouver quelque chose comme fait ? Ce vain espoir de démontrer une finalité, c’est la mort même, alors pourquoi raconter des sornettes au ‘Désir’ ? Vous avez prouvé (par les mathématiques!) que le soleil est à de nombreux millions de kilomètres de vous - vous allez maintenant améliorer son efficience! La Nature - cette impulsion aux antithèses de vos vérités - vous prouvera bientôt elle aussi (mathématiquement et aussi souvent que vous voudrez!) que le Soleil n’existe pas du tout! Ou si vous le désirez : elle démontrera catégoriquement que le Soleil est des millions de millions de fois plus éloigné ou plus proche que vous ne le pensiez de prime abord! Fort extraordinaire penseur! Ces faits et bien d’autres encore sont déjà connus du papillon, des poux, des insectes - et peut-être de vous-même ? Qui a les sens les plus fidèles - vous ou la mouche ? Avec le temps finirez-vous par adopter leur vision - leurs pensées et leur sagesse - vous étiez tel auparavant ? Vous l’êtes aujourd’hui mais ne les avez pas encore réveillées - vous seriez à nouveau d’une telle puissance! Merveilleux progrès! Réussites bien méritées! Fort impitoyables! On devrait soigneusement examiner ce progrès, voir également ce que vous avez gagné au moyen de la science.
Une pensée pour la perspective - vous êtes toujours ce que vous désirez le plus - l'avenir! Votre désir est de vivre selon votre désir, et cela vous le réaliserez toujours! Sentiment fort noble! - vous êtes déjà ‘cela’ - le ‘satisfait’ - le ‘sans désir’ - ‘pour de vrai’! Ivre êtes-vous de cela!
Il n’est d’autre illusion que la conscience ! Cette conscience est toujours le souriant monument commémorant ‘Que vous ayez ou non jamais réellement joui de la Vie’!
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Le Dieu de la "Volonté" est l’ordre auquel obéir, sa Justice terrorise tout le monde - elle est telle une Épée - votre dû pour l’obéissance! La ‘Volonté’ est l’ordre de croire, votre volonté est ce que vous avez activement cru être croyance de bonne volonté à votre égard! Vous pensez lorsque ‘cela’ souhaite! ‘La Volonté’ est complication, les moyens d’autres moyens. Dites cette volonté libre ou non - au-delà de la volonté et de la croyance se trouve l’Amour de Soi - je ne connais pas de meilleur nom. C’est libre de croire à ce que ça désire. Vous êtes libre de croire en rien qui soit relié à la croyance. La ‘Vérité’ n’est pas difficile à comprendre! La vérité n’a pas de volonté - la volonté n’a pas de vérité! La vérité est la 'volonté' jamais crue - elle n’a pas de vérité! ‘Peut-être’ - c’est la certitude immédiate! Ce Sphinx obsédant nous enseigne la valeur du 'vouloir quelque chose' ? Aussi n’est-il de risque plus grave que la Connaissance Absolue - si un peu est dangereux - qu'en est-il donc de l’Omniscience ? La force Toute-Puissante n’a pas de complices!
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La science est ce maudit doute du possible, oui, de ce qui existe! Vous ne pouvez concevoir une impossibilité, rien n’est impossible, vous êtes l’impossible! Le doute est retard, mais comme il punit! Nulle chose n'est plus vraie qu'une autre chose! Qu’est-ce que vous n'êtes pas - avez-vous jamais sincèrement répondu à cette question ?
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Vous vous tyrannisez vous-même, et ainsi oubliez constamment ce dont vous vous souvenez ; vous résistez aux objets des sens et présentez de la résistance aux facultés selon que vous croyez ou non. Ces facultés sont aussi nombreuses que les atomes que vous n’avez pas encore vus, et elles sont aussi infinies que le chiffre un - elles viennent à la vie à volonté. Vous en adoptez un petit peu à la fois - vous parlez connaissance via elles - auriez-vous au moins compris la grammaire, ceux que vous reniez parlent plus fort que vos paroles! Je ne croirais pas dans la sagesse du Tout-Puissant.
La croyance est toujours sa propre tentatrice, proposant de croire différemment ; vous ne pouvez croire en la liberté mais pourriez être libéré de la croyance ? Pas plus que vous ne pouvez croire en la ‘Vérité’, mais vous n’avez nul besoin de vous compromettre. La voie de la Vie n’est pas par ‘les moyens’ - ces doctrines - voire mes doctrines bien qu'elles permettent au dévot auto-désigné d’imiter ma réalisation - puissé-je jamais rougir! L’homme de douleur est l’Enseignant! J’ai enseigné - enseignerai-je de nouveau à toi, ou à moi-même ? Pas même pour un cadeau du Ciel! La maîtrise équivaut à apprendre - équivaut à constamment désapprendre! Tout-Puissant est celui qui n’a pas appris et puissant le nourrisson - il n’a que le pouvoir d’assimiler!
Et les idiots les plus solécistes demandent maintenant : 'comment pouvons-nous échapper aux inévitables évolutions de la conception - car tout conçoit en permanence ?' Ma réponse devra permettre tous les moyens, tous les hommes, toutes les conditions. Écoute, ô Dieu que tu es, qui veut cependant être Dieu. Lorsque l’esprit est désemparé, la capacité d’entreprendre l’impossible devient connue ; par ce très simple état de 'Ni Ceci-Ni Cela' l’Ego devient-il le Veilleur Silencieux et sait-il tout ce qu’il y a à savoir! Le ‘Pourquoi’ et le ‘Comment’ du désir sont contenus dans l’état mystique du 'Ni Ceci-Ni Cela', et le bon sens prouve que c’est l’état de lait, le plus nourrissant! Rustre comme je suis - toutes mes idées en sont néanmoins issues (et toutes les vôtres, mon ami), mais j’ai toujours été un fainéant - un vieux pécheur qui verrait les autres, omnipotents, en face de lui.
Titre original The book of Pleasure par Austin Osman Spare, traduction française de Jean-Luc Colnot et Philippe Pissier © copyright Jean-Luc Colnot le village, 26450 Cléon d'Andran, France, 2002.