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A MON SUJET

 

 

Concevant, tu n'as donné aucun signe de vie. Te revendiquant, travail de valeur créatrice, rien qui mérite qu'on s'y tienne, rien de satisfaisant ; la prise de conscience de ton inhibition serait-elle tout ? Il semblerait que par l'effacement de soi passe la réalité. Ce moi, combien vide! combien prolifique dans l'inachèvement! Dans l'abnégation de soi, sa stimulation pour simuler la réalité... de plus en plus de choses en sortent - ces affreuses brumes d'illusion sont parentales, la raison de la haine du Ciel! C'est pourquoi j'ai peur de croire en Dieu, la soumission à un attribut, une idée du Moi qui ne serait pas liberté de l'amour! Sans doute est-il Tout-Puissant celui qui est inconscient de l'idée de Dieu. Que maintenant l'ardeur de mon unité soit 'Ton' silence et ne me soit plus labeur ou interrogation devant épouser mon doute. Cependant l'humanité doute à jamais, ergote, et paie pour chaque plaisir, jusqu'à ce qu'elle devienne millionnaire : la punition correspondra à l'estimation de son profit, cette peur existe! Le riche, au milieu des impuretés, feint l'humilité pour duper sa conscience, se décrit comme 'pauvre', parle de ses avoirs comme de 'fardeaux', ou les dit 'n'ayant guère de valeur'! De quelle consolation la vérité au jour de l'épuisante attente, de l'épuisante veille, de la lutte agitée, de l'emprisonnement, du chevalet, des horreurs de toutes les tortures concevables ? Lorsqu'il sera habitué, qu'il gaspillera la réalité, qu'il cessera d'être découragé, créera-t-il à nouveau Dieu et ses tourments ? Oh, sottise du monde, renie ta foi, renonce à ce Dieu au Sanglant Sceptre et confesse-toi. L'achèvement de la sottise est le début de l'enfance, mais il n'est pas de terme à la connaissance. C'est l'égarement qui trouva le chemin direct. Depuis l'enfance, je n'ai jamais renié mon invincible dessein. Ô veilleur silencieux, œil inlassable de l'Univers, veille sur l'origine de toutes mes idées. La misère du monde semble éternelle cependant que moi, en son sein, tel un enfant ne sachant pas encore sourire, suis rebelle dans la pureté (de l'amour de soi) - mais je n'ose point revendiquer son service! Je suis en éternel manque de réalisation et, pauvre que je suis, mon contentement passe votre entendement. Opinioniste, j'ai peur d'appuyer un argument, ou de me compromettre en croyant à mes propres doctrines en tant que telles... puissent-elles à jamais se livrer à leur propre expurgation! Effrayée par la connaissance, puisse ma croyance être son néant, oui, son ignorance! De mon audace de croire aux religions, aux doctrines, aux credos, tirerai-je le pouvoir de m'emparer du joyau de la vérité. Si prudent suis-je, que simultanément je nie ce que j'affirme, et m'accroche ferme à la 'non-nécessité', évincé par le paradoxe, sans antécédent, spontané, je retourne à l'Absolu, observe mon ivresse et contrôle la réaction de Karma. Combien aisée la Voie, il semblerait que rien ne devrait en être dit, et tout passé sous silence! Puissent mes mots être rares et féconds! Hélas, la futilité de l'idée de Dieu n'a pas encore atteint sa limite, tous les hommes sont des menteurs, et semblent se battre pour que la folie soit son apogée : cependant que moi, seul comme un vieux avant l'âge, la raison vacillant sur son trône, sain d'esprit je demeure, dans la chasteté positive, ne confessant nulle conscience, nulle morale - une vierge avec un seul but en vue.

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Titre original The book of Pleasure  par Austin Osman Spare, traduction française de Jean-Luc Colnot et Philippe Pissier © copyright Jean-Luc Colnot  le village, 26450 Cléon d'Andran, France, 2002.