TOUTE LA DOCTRINE, TOUT LE RITUEL DE LA MAGIE
L'Extase dans l'Amour de Soi, l'Obsession.
Mes très chers, je vais maintenant expliquer la seule formule sûre et vraie, la destructrice des ténèbres du Monde, le plus secret de tous les secrets. Que ce soit un secret pour celui qui désirerait atteindre. Que cela couvre n'importe quelle période de temps, selon sa conception. Il n'y a pas de qualification (1), pas de rituel ou de cérémonie. Son existence même symbolise tout ce qui est nécessaire à la perfection. Très catégorique : nul besoin de répétition ou de faible imitation. Vous êtes vivant!
La magie, la réduction des propriétés à la simplicité, les rendant transmutables pour les pouvoir employer dans une nouvelle direction, sans capitalisation, portant fruit de nombreuses fois. Tenez la délibération, la surconscience et la concentration pour sa résistance et sa flagornerie, la dernière acquisition de l'idiotie. Que ce soit pour son propre plaisir, ou sa propre puissance, l'accomplissement de son désir est son dessein, il y mettrait un terme par la magie. Qu'il attende un désir d'intensité analogue (2), il sacrifiera alors ce désir (ou son accomplissement) au désir initial, et ainsi cela devient organique, le quantum. Il ne s'est pas encore libéré de la loi (3). Et que donc il attende qu'une croyance soit retranchée, cette période où règne la désillusion (4). En vérité, la désillusion est sa chance. 'Cette entité libre de croyance' et son désir sont unis pour son dessein, par l'emploi de Sceaux ou lettres sacrées. En projetant la conscience dans une seule partie, la sensation n'étant pas multiple, elle devient accrue. Par l'abstention de désir, sauf dans l'objet, ceci est-il atteint (à l'instant psychologique, cela se décide de soi).
Par la non-résistance (pensée et action involontaires), les tracas et l'appréhension du non-accomplissement, qui sont transitoires, ne trouvent pas de demeure permanente : il désire toute chose. L'angoisse fait échouer le dessein, elle garde le désir en mémoire et l'expose. Le désir conscient est non-attractif. L'esprit calme et concentré, non dérangé par les images externes, ne déforme pas les impressions des sens (il n'y a pas d'hallucination ; cela se terminerait par un accomplissement imaginaire), mais magnifie le désir existant, et l'unit en secret à son objet.
Projeter l'Ombre.
L'Ego n'étant pas totalement amnésique, qu'il ne retienne et visualise que la forme du Sceau, il s'agit de son calice, moyen de vacuité et d'incarnation. Par la délibération à ce moment d'une émotion analogue, il remplace la loi (réaction). Il est miraculeux, un équilibre inconnu du monde est mimé (atteint). Toute autre conscience est annulée sans dommage, le véhicule est suffisamment fort pour l'extase, il est au-delà de la peine. Qu'il imagine maintenant une union ayant lieu en lui-même (l'union mystique de l'Ego et de l'Absolu). Le nectar émis, qu'il en boive lentement, encore et encore (5). Après cette surprenante expérience, sa passion est sans pareille, rien dans le monde il ne désirera : à moins de le vouloir. Voilà pourquoi les gens ne me comprennent point. L'extase en son émotion est omnigène. Sachez que c'est le nectar de vie, le Sabayon du Soleil et de la Lune. En vérité, il vole le feu du Ciel : le plus bel acte de bravoure au monde. La délibération égotique, sauf dans la réfraction (6) de l'extase, est danger et mort, devenant une obsession souveraine, le contrôle ayant été donné à une expérience antérieure, et elle en est surconsciente, trouvant momentanément à travers elle un affranchissement de sa loi naturelle ; engendrant ainsi une double personnalité (Folie).
Par ce moyen il n'est nul désir au-delà de l'exaucement, nul accomplissement trop merveilleux, selon la quantité de libre croyance (7).
Les hommes de petite envergure et de petits plaisirs, oublieux de votre dessein, trouvant toujours à redire, avaricieux, pécheurs, ne pouvant vivre sans femmes ou s'amuser sans souffrances, timorés, inconstants, malades et flétris, à charge, cruels, abusés, et menteurs, les pires des hommes! Sache, ô Seigneur, ô bien-aimé Moi, je t'ai à présent entretenu de cette fort secrète taverne où se rend la passion lorsque la jeunesse s'est enfuie, où tout homme peut boire du nectar de la toute-bienfaisante et gratuite extase. La plus agréable des nourritures qui à personne ne nuit.

(1) Le moyen étant la simplicité, il est relativement libre de créer ses propres aptitudes et difficultés, i.e. des retraites magiques sont absurdes et prouvent de suite son incapacité : la non-existence de cela qu'il entreprend de prouver. Il pose de suite sa limite et sa servilité. [retour au texte]
(2) Juste un désir naturel. [retour au texte]
(3) C'est une formule brève pour ceux dont la croyance se trouve à plein dans la loi, qui sont des chefs de famille suivant leurs désirs. La formule est valable pour tout dessein. [retour au texte]
(4) Illustration : la perte de confiance en un ami, ou une union n'ayant pas répondu aux espérances mises en elle. [retour au texte]
(5) Si cela devient physique, qu'il imagine le corps d'un autre - il a ce sceau en cas d'urgence. Bien qu'il ne s'agisse point là de son dessein d'origine, il trouvera cela extrêmement agréable. [retour au texte]
(6) Le rire en ce cas. [retour au texte]
(7) Cela peut se faire en localisant le désir à un seul sens, de sorte que si via cette formule on emploie l'oreille pour véhicule, l'on entend la musique la plus transcendantale jamais conçue, étant les voix et l'harmonie de toute existence animale et humaine concevable : et de même avec chaque sens. [retour au texte]
Titre original The book of Pleasure par Austin Osman Spare, traduction française de Jean-Luc Colnot et Philippe Pissier © copyright Jean-Luc Colnot le village, 26450 Cléon d'Andran, France, 2002.