Mais ne vous attachez même pas a cet Un. Quand un esprit n’est pas troublé, les dix mille choses n’offrent point d’offense. Un en tous, tous en Un, Si seulement on se rend compte de cela, Plus de soucis au sujet de n’être point parfait. (Troisième Patriarche Zen)
Ainsi de l’homme avec son prochain (...) Tous sont liés charnellement les uns avec les autres parce que les âmes sont imbriquées ensembles, il y a dans celle-ci une part de celle-là et dans celle-là une part de celle-ci. Ils sont parents entre eux. (Rabbi Moïse Cordovero)
Les réalités les plus profondes de notre vie spirituelle sont aussi celles que nous connaissons le moins. Mais même s’il est impossible de les réduire en formules et en thèses, elles n’en expriment pas moins toute leur puissance dans l’ordre de la vitalité. Cette saine ignorance est une sagesse inévitable et précieuse. Mais il est une autre ignorance, dépourvue de sagesse et beaucoup plus fréquente : l’ignorance stupide. Car le Dieu en qui nous avons « la vie, le mouvement et l’être » est pour beaucoup d’hommes un dieu inconnu, un simple espace notionnel. Ainsi le Christ Jésus, notre inséparable vie, n’apparaît à beaucoup de chrétiens que dans le lointain de sa vie terrestre, ou bien là-haut, dans le paradis où il nous attend ; et pourtant, dés ici-bas, il est le cep dont nous sommes les sarments, il est le chef, la tête dont nous sommes les membres. Il nous répète, comme aux apôtres après la Cène : « Restez en moi et moi en vous » ; et cette parole est pour nous, comme elle l’était pour les apôtres, mystérieuse. Pas de christianisme sans christogénèse, sans la naissance du Christ en nous. Et l’on peut donc dire que le christianisme est rare. Sur ce sujet, l’Ecriture et la Tradition disent des choses remarquables.
Le mystère est donc avant tout un prodige d’unité ; nous en lui, lui en nous. Dieu a haussé à une perfection surnaturelle l’unité que, par nature, les hommes possèdent entre eux. Désormais, ils sont un, mais un dans le Christ, un d’une unité si transcendante qu’ils sont aussi incapables de la réaliser par leurs seules forces, qu’ils sont impuissants à se la représenter par leur seule raison. Mais leur coeur peut pourtant y répondre, faire écho à son infinité. Car cette unité prend notre être de toutes parts : elle nous unit à nous-mêmes, elle nous unit les uns aux autres, elle nous unit chacun et tous ensemble à l’Unique, elle nous unit chacun et tous ensemble au Christ. Unité avec le Christ. C’est ici la racine de tout le reste et le secret alchimique du corps-lumière universel. Car c’est de Lui que vient aux hommes leur unité surnaturelle, comme toute leur vie spirituelle. Et qu’est ce que la vie, sinon un mode particulier d’unité ?
Le mode d’être de l’homme est « d’être dans », d’être dans le Christ ; l’ontologie humaine, considérée à ses origines, est, en fait, une ontologie surnaturelle, une ontologie de membres destinés à être repris dans un corps : nous sommes, en fait, pour être membres du Christ, membres de son corps mystique qui est l’Eglise Intérieure véritable. Ce corps mystique réalise le prodige d’unité surnaturelle. Mais quelle est exactement cette unité pour ceux qui entretiennent en leur coeur le feu de l’être ?
Il est le chef, ils sont les membres ; il est la vigne, eux, les sarments ; il est la vie en sa source, eux sont les vivants ; il est l’unité, et eux, tous multiples qu’ils sont, en lui qui est un, ils sont un. Entre eux et lui, tout est commun. Les grandeurs qu’il a doivent s’étendre jusqu’à eux ; elles sont chez lui en plénitude, elles dérivent jusqu’à eux par participation et incorporation à sa Vie ; mais elle palpite en eux des battements de son coeur. Tout ce qu’il est, et même tout ce qu’il a fait historiquement, et jusqu’à ses moindres gestes est cause de leur vie la plus intérieure. Sa pureté, sa justice, sa sainteté influent en eux, comme dit la théologie ; elles deviennent leurs, puisqu’il s’est fait leur. Cette union, les hommes l’ont dans le Christ et rien que dans le Christ. Puisque lui est Dieu et puisqu’ils sont en lui, en lui, ils sont divinisés. Puisqu’il est le Fils et qu’ils sont en lui, en lui, ils sont fils d’adoption. Puisqu’il a l’Esprit et qu’ils sont en lui, en lui, ils ont l’Esprit. La grâce qui fait que son humanité est celle du Verbe de vie est aussi la grâce que leur humanité à eux, possède la vie à l’intérieur d’elle-même, mais en lui et en lui seul. La justification qui les fait intrinsèquement saints est le prolongement dans les membres du corps mystique de l’action de toute la Trinité, qui, à l’incarnation, a fait que le sang et le corps de leur chef ont été le sang et le corps du Saint des saints. Cette grâce qui leur vient de lui est aussi immense qu’elle est auguste : l’élévation qu’elle apporte, elle la confère à tous ses membres, et, à tous, en lui seul. Partant, en faisant la vie surnaturelle de tous en lui, elle fait aussi l’unité de tous, en lui aussi.
C’est pourquoi le mystère serait incomplet si n’était évoquée également l’unité de tous les hommes entre eux dans le Christ. Puisque tous les hommes existent exclusivement devant Dieu, de leur rattachement à la même Source, ils se trouvent donc vivre tous les uns avec les autres par cela même qui les fait vivre chacun au dedans d’eux-mêmes. Ils sont donc universels dans leur singularité, membres du corps mystique, de l’Eglise intérieure, et cela par le dedans. En ce qu’il a de plus intérieur, en ce Christ dont il vit, chacun est complété par les autres ; il a, mais avec eux tous, sa vie et sa sainteté, ses oeuvres et ses mérites, bien à lui sans doute, mais en même temps bien à tous. A travers toute l’humanité, une seule sainteté circule ; chacun l’a en propre et chacun est intrinsèquement saint, puisque chaque membre du Christ est vraiment vivant, et chacun l’a par union à tous les autres par communion à tous les saints, vivants ou morts parce que tous ne vivent que dans un seul et même Christ. Telle est, dans le Christ, l’union mystérieuse du genre humain avec lui-même.
Le troisième aspect de ce prodige d’unité dans le Christ concerne l’union de chaque homme avec lui-même. Approfondissement de la vie intérieure ; divinisation qui affecte en sa substance même le moi le plus profond. C’est la réponse aux exigences de cette vérité : Dans le Christ, on vit pour Dieu et pour ses frères, car dans le Christ, c’est avec eux que l’on vit. « Ce mystère caché, c’est donc que le Christ est en nous » s’exclame Saint Hilaire. Et dans sa lettre du 24 janvier 1604 à Madame de Chantal, Saint François de Sales donne la saveur de ce mystère. Les chrétiens, dit-il, « ont Jésus-Christ au cerveau, au coeur, en la poitrine, aux yeux, aux mains, en la langue, aux oreilles, aux pieds. Mais ce Sauveur, que fait-il partout par là ? Il redresse tout, il purifie tout, il mortifie tout, il vivifie tout , il aime dans le coeur, il entend dans le cerveau, il anime dans la poitrine, il voit aux yeux, il parle en la langue, et ainsi des autres : il fait tout en tout. Et lors, nous vivons, non point nous-mêmes, mais Jésus-Christ vit en nous (Gal. II : 20) ».
Le mystère, comme on le voit, est, pour ce qui concerne Dieu, un prodige d’Amour, et, pour ce qui concerne l’homme, un prodige de transfiguration, de vitalité et d’unité. Pour dire ce qu’il est, aucune formule ne suffit.
On comprendrait mal cette unité, ou plutôt, on ne la comprendrait pas du tout, si l’on se figurait que tous les chrétiens sont réellement et absolument le Christ lui-même, ou qu’ils sont des fragments, des moments du Christ. On tomberait ainsi dans une sorte de panthéisme, de panchristisme, plutôt aussi contradictoire que simpliste et extrêmement fécond en conséquences absurdes.
On se tromperait encore, mais moins lourdement, en se confiant à l’excès à l’imagination et au sentiment. C’est ce qui se produirait, par exemple, si l’on voulait à toute force, se représenter le corps mystique par une image, et par une image que l’on considérerait comme parfaitement exacte. L’erreur serait de prendre l’image pour une définition et de s’imaginer qu’on connaît exactement le mystère de la tête et des membres, parce qu’on se figure une sorte de grand organisme éthéré et invisible, ou une sorte d’atmosphère vivante où les âmes se fondraient en quelque sorte les unes dans les autres.
Voilà donc de mauvaises manières de concevoir le corps mystique. Mais la bonne, faut-il se demander maintenant, la bonne, qu’elle est-elle ?
Les chrétiens, mais même, si l’on en croit saint Paul, l’humanité toute entière et le monde, ont, avec le Christ, une union véritable, une union réelle et ontologique ; vraiment et réellement, il est en eux et eux en lui ; vraiment et réellement, ils sont tous un en lui, comme lui est un avec le Père. Que cette union soit difficile à expliquer, il n’importe ; est-ce si grand dommage que Dieu ait donné aux hommes, avec son Fils, une union plus parfaite que leurs idées à eux, toujours si courtes ? Qu’on puisse la comprendre mal, c’est encore vrai ; toutes les vérités n’en sont-elles pas là ? Mais elle n’en est pas moins réelle. Le tout est de s’expliquer nettement et prudemment- quand on en parle. Qu’on hésite à la qualifier de physique, cela se comprend : on aurait l’air de la ranger dans le cadre de l’ordre naturel. Qu’on ne veuille pas voir, dans l’expression du corps mystique, de membres et de têtes, un énoncé de thèse dont on puisse tirer toutes les conséquences possibles, rien de plus sage : ces métaphores, car ce sont des métaphores ; indiquent une unité transcendante par rapport aux entités de la biologie dont elles parlent. Le mystère du Christ en nous est un mystère d’union, une unité de grâce.
Saint Paul assimile ce corps mystique du Christ à l’Eglise, qui réalise cette unité surnaturelle de tous et de tout en Christ. Les péripéties des églises institutionnelles externes ne doivent donc pas faire oublier le message. Mais il est vrai pourtant que l’art, la science de la christogénèse échappe le plus souvent à ces institutions, qu’elles soient initiatiques ou simplement exotériques. Occupons-nous donc de l’Eglise Intérieure, celle qui réalise effectivement ce prodige d’unité. Son but est d’enfanter des Christs.
« Force est de déclarer qu’il est question de l’Église, qui est dans les douleurs de l’enfantement et qui met au monde ceux qui sont baptisés » déclare Saint Méthode. Et le saint d’ajouter : « Je pense donc qu’il s’agit d’un enfant mâle que l’eglise met au monde , car les baptisés portent les caractères et le type et l’air viril du Christ , la forme du Verbe est imprimée par ressemblance en leurs âmes, elle est engendrée en eux par une science exacte et par la foi. On peut donc dire qu’en chacun le Christ est enfanté intelligiblement. C’est pour cela que l’Église souffre et est en travail, jusqu’à ce que le Christ soit enfanté en nous (Gal. IV:19), de telle sorte que chacun des saints, par participation du Christ, naisse Christ. Dans le même sens, l’Ecriture dit quelque part (Ps. CIV.15) : « Ne touchez pas à mes Christs et ne cherchez pas querelle à mes prophètes ». On le voit, c’est comme si ceux qui sont baptisés dans le Christ par la participation de l’esprit, devenaient des Christs, l’Église ayant pour rôle en cette oeuvre de les transfigurer à la ressemblance du Verbe ». C’est encore le même saint Méthode qui affirme nettement : « il ne suffit pas d’annoncer que le Fils de Dieu a pris chair de la Sainte Vierge, sans confesser en meme temps qu’il vient dans l’eglise comme dans sa chair. Car chacun de nous ne doit pas seulement confesser sa venue dans cette sainte chair qu’il a prise de la Vierge pure, mais encore une Semblable venue dans 1’esprit àe chacun d’entre nous ( De sanguisuga ) ».
Et l’unique pédagogue de cette Eglise intérieure n’est autre que Christ lui-même. De ce maître par excellence, les maîtres du Didascalée ont parlé d’une manière splendide et touchante. Il est le maître, mais un maître qui connaît si bien son enseignement, qu’il est ce qu’il enseigne et qu’en communiquant ses préceptes, c’est de lui qu’il nourrit les petits enfants que nous sommes. Sa doctrine est, en quelque sorte, sa substance ; en nous la donnant, il nous fait vivre en lui, il nous fait membre de son corps mystique. Il est donc intérieur, ce maître unique, non seulement à ses leçons, mais aussi à ceux qui les écoutent. A la différence des maîtres humains qui ne parlent qu’au dehors, il est capable, lui, de s’adresser directement à l’âme et de susciter en elle l’intelligence de son message.
Enfin, est-il besoin de le préciser, ne peuvent être sensibles au travail d’enfantement de l’Eglise Intérieure que les hommes et les femmes qui ont l’oreille pour entendre, l’oeil pour voir.
Dans le paganisme
Dans les enseignements occidentaux non chrétiens, on retrouve des notions extrêmement proches de celle du corps mystique. D’après les stoîciens, le monde est un corps bien un ( Sextus Empiricus, Arius Didyme ). Dans ce corps immense, un seul esprit est répandu, est tendu même ( Simplicius ). La substance de l’univers est gouvernée par une conscience unique, qui adapte tout au reste, confirme Marc Aurèle. C’est comme, dit Cicéron, un consensus, un consentus, une conjunctio de toute la nature. Les hommes, membres de cette unité divine, ont du divin en eux. Sacer intra nos spiritus sedet, écrit Sénèque. Marc Aurèle insistera beaucoup sur cet aspect central du stoïcisme. L’homme n’est pas seulement partie d’un corps cosmique, il est aussi membre de ce corps : « Comme les membres du corps chez les êtres qui forment un tout, de même les intelligences raisonnables, quoique appartenant à des êtres distincts, sont constituées pour agir de concert. Cette pensée te frappera davantage si tu te répètes souvent : je suis membre du corps formé par les intelligences raisonnables. Mais si tu dis simplement " j’en fais partie ", c’est que tu n’aimes pas encore les hommes du fond du coeur. Il faut user noblement des aninaux et des choses ; des hommes, il faut user, en plus, avec union. » Et Epictète énonce également ce principe unitaire : « Ne te semble-t-il pas que toutes choses sont unies ? Il me semble, répond-il. - Quoi donc ? Ne te semble-t-il pas aussi que ce qui est sur terre est solidaire de ce qui est dans les cieux ? - Il me semble, dit-il ».
Pourtant, les conceptions stoïciennes, malgré quelques similitudes d’expression, sont fort éloignées de Paul. Car selon l’apôtre, le Christ est tout, Dieu est transcendant, la personnalité de chaque homme demeure bien intacte, la solidarité est surnaturelle.
Images du corps mystique
La façon dont enseigne l’Ecriture n’est pas celle de l’université. Quelle que soit l’entrée choisie, elle connaît des développements d’une richesse infinie, si bien qu’il est impossible de saisir la totalité du message donné par un seul de ses versets.
Si par exemple on choisissait d’étudier ce que les Ecritures nous disent du Royaume des Cieux, on s’apercevrait bien vite de l’extraordinaire multiplicité de ses aspects. Parfois, il semble s’agir de la justice intérieure des âmes ; parfois, il semble une organisation empirique et extérieure ; parfois, il paraît une réalité céleste qui viendra ici-bas quand le monde sera passé ; parfois, il paraît une réalité terrestre, quotidienne même, et qui est déjà réalisée. Par instants, on le voit comme une chose qui s’offre d’elle-même et presque de plain-pied. Et parfois, conune une chose escarpée que, seuls, les violents peuvent conquérir. Telle est la méthode des Ecritures, et il convient de se réjouir de sa polysémie.
Ainsi en est-il du corps mystique , qui est tantôt présenté comme un corps dont Christ est le Chef, ou bien encore comme épouse du Christ, royaume des cieux, Eglise, Israël, homme parfait, olivier, vierge, édifice, nouvelle Jérusalem. « Comment, demande Bossuet, comment l’eglise est-elle le corps du Christ, en même temps que son épouse ? Il faut adorer l’économie sacrée avec laquelle l’Ecriture nous montre l’unité simple de la vérité sous la diversité des expressions et des figures. C’est l’ordre de la création de ne pouvoir représenter que par la pluralité ramassée l’unité immense dont elle est sortie. Ainsi, dans les ressemblances sacrées que l’Ecriture nous donne, il faut remarquer en chacune le trait particulier qu’elle porte, pour contempler, dans le tout réuni, le visage entier de la vérité révélée. »
Dans l’Ancien Testament
Pour la Tradition chrétienne, l’Ancien Testament est expliqué par le nouveau. Le prologue de L’Epître aux Ephésiens nous apprend que dés la création du monde, dés les origines, dés le début des voies de Dieu sur le fini, il s’agissait déjà du corps mystique. Devant l’univers, on se trouve donc devant une grâce, devant la grâce, devant l’union dans le Christ qui s’offre comme tête du corps mystique. Aussi, à ce spectacle, Paul ouvre-t-il sa lettre par un chant de reconnaissance : « Paul, apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu, aux saints qui sont à Ephèse, et aux fidèles en Jésus-Christ, grâce et paix vous soient données, de la part de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ. Bénis soit Dieu, Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis en toute bénédiction spirituelle, aux cieux, dans le Christ, comme il nous élut en lui avant la fondation du monde pour être saints et sans tache devant lui dans la charité, en nous prédestinant à être ses fils adoptifs par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté ».
Sur ce dessein bienveillant, pris avant la constitution du monde, l’apôtre revient ailleurs, tant la création, pour lui, est intrinsèquement chrétienne. Dés le début, en fait, le Christ est le terme et le centre de tout, tout a été créé en lui et tout subsiste en lui Col. I:14-20 ; II:8 ; III:4 ).
De même qu’il y a, en Dieu, une préexistence du Christ par rapport à l’incarnation et à la création, il y a, dans le Christ, une préexistence du corps mystique par rapport à tout ce qui est créé ; les deux ne se séparent pas. Aussi l’unité des chrétiens, dés qu’elle s’esquisse dans l’ancien testament, mais bien plus, quand elle arrive à sa consommation, ne surgit-elle pas tant de la terre qu’elle ne descend du ciel où elle est en quelque sorte, effectuée d’avance. Saint Jean, dans l’Apocalypse (XXI:2), la voit qui arrive d’en-haut : c’est la Jérusalem nouvelle qui vient parée comme une épouse, et cette Jérusalem céleste, dit de son côté saint Paul (Gal. IV:27), est notre mère.
Il suffit donc de lire comme il se doit le récit des épousailles du Cantique des Cantiques pour découvrir toute la vie de l’Eglise dans son union au Christ. Il suffit de voir que Dieu a un projet d’union pour Israël, pour comprendre que le corps mystique est le projet de Dieu pour le monde. Cela existe, dés le commencement du monde et saint Augustin en affirme la préexistence : « La chose même qui maintenant s’appelle la religion chrétienne existait déjà autrefois, et, depuis le commencement du genre humain, elle n’a jamais fait défaut ». Paul fera souvent l’exégèse de l’Ancien Testament dans le but de montrer que le projet de Dieu pour le monde est une vie dans le Christ. Qu’un mot soit au singulier au lieu d’être au pluriel, cela suffit pour rappeler l’ultime vérité : « Or les promesses ont été faites à Abraham et à sa descendance. Il n’a pas dit aux descendants, comme s’il s’agissait de plusieurs, mais en tant qu’il ne s’agit que d’un seul : à ta descendance, lequel est Jésus-Christ » (Gal. III:15-16).
L’Eglise est un mystère extrêmement vaste qui dépasse le cadre même du christianisme. Si on lit Paul attentivement, on se rend compte du caractère universel qu’il donne au corps mystique . Car tout est dans le Christ.
Evangile et corps mystique
Dans l’Ancien Testament, le corps mystique apparaît comme une promesse. Cette incorporation est à la fois le plan éternel de Dieu et le résumé de toute l’Ecriture. Dans les Evangiles nous sont montrées les étapes par lesquelles passe la réalisation du corps mystique. Bien entendu, ces étapes sont inséparables de la vie de Jésus. Mais la réalisation effective du corps mystique ne commence à éclore véritablement qu’à partir des Actes des Apôtres, qui montrent comment, après l’ascension du maître, l’Esprit se répand sur toute la communauté. Le fait que les chrétiens commencent à être persécutés montre que les apôtres sont synchroniquement habités par Jésus. Ce qu’il a vécu, ils le vivent aussi. Son Esprit est devenu leur Esprit. Les Actes des apôtres constituent les premiers textes sur la vie de l’Eglise primitive et intérieure. Ce n’est pas par l’extérieur que le corps mystique est décrit car le témoignage de l’appartenance à l’Ekklesia part toujours de l’expérience de l’unité de l’homme avec le principe christique, avec le prochain et avec lui-même. Dans les Actes des apôtres, on peut donc dire que Jésus revient. C’est même pour cela qu’il est parti : pour revenir, mais plus proche et. plus intérieur. Il faut d’ailleurs signaler le parallèle sur la façon dont se déroule naissance de l’Eglise. Elle reprend en effet, mais pouvait-il en être autrement, toutes les circonstances de la naissance du Christ. Depuis l’ascension, dix jours sont passés. Les disciples sont tous réunis dans le cénacle, avec Marie, mère de Jésus, et avec les saintes femmes. Et, continue le récit des Actes (11:1-4) : « Il vint du ciel un bruit comme celui d’un vent qui souffle avec violence, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et ils virent paraître comme des langues de feu, qui se partagèrent et se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit ». Telle fut la naissance de cette Eglise intérieure par laquelle Jésus se révéla comme union de grâce en un seul corps. Par une disposition de la Providence, Marie se trouvait là. Est-il exagéré de voir, dans cette mention discrète que fait le récit inspiré, une allusion au rôle qui est celui de la mère de Dieu dans toute l’expansion de la Vie Divine ? Cormne le Chef était né, physiquement, de Spiritu sancto ex Maria Virgine, le corps naît, mystiquement, par l’opération de l’Esprit et la médiation de Marie. On pourrait ajouter que la promesse de l’Esprit montre, dans la Pentecôte, un baptême semblable à celui qui inaugure la vie publique de Jésus. Le corps, comme le chef, fera son entrée dans les évènements de ce monde sous le souffle de l’Esprit-saint. Née comme est née le Christ, l’Eglise intérieure vit comme il a vécu. Très tôt, son unité s’affirme en des manifestations extraordinaires. Et surtout, un principe de vie supérieure agit en elle.
Mais ce n’est qu’avec Paul que le corps mystique vient à être exposé par mille métaphores et sous des angles multiples et variés. C’est ce que nous verrons au chapitre suivant. Mais on peut déjà soupçonner toute l’importance des implications du corps mystique, baptème absolu du collectif, lorsque l’on étudie le récit de la conversion de Paul dans les Actes des Apôtres (Act. IX:6 ; XXII:10).
Nous sommes-donc au tout début de la vie du corps mystique, début marqué par la mort d’Etienne, qui ressemble à celle de son maître, autant que la mort d’un homme peut ressembler à la mort d’un Dieu. Les Actes des Apôtres signalent que Saül (Paul) avait approuvé le meurtre d’Etienne. Mais il continua à aller, ravageant l’Eglise naissante, pénétrant dans les demeures pour en arracher hommes et femmes et pour les jeter en prison. Mais il ne faisait que se rapprocher du terme où Dieu, comme il dit lui-même, devait le prendre. Sur le chemin de Damas, en plein jour, le Christ lui avait tendu une drôle d’embuscade. Une lumière resplendit autour de lui. « Entouré de Lumière, précise Saint Augustin, mais les yeux rendus aveugles ; pour qu’il vit au-dedans ». Il entendit une voix qui lui disait : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? ». Il répondit : « Qui êtes-vous, Seigneur ? » et le Seigneur répondit : « Je suis Jésus, que tu persécutes ». C’est donc bien la vérité du corps mystique, de l’union de tous les honunes en Christ, qui frappera Paul. Ce ne sont pas des hommes qu’il persécute, c’est le Christ lui-même. C’est net comme l’éclair qui aveugle Paul, et direct comme un coup. Pas de glose, ni d’atténuation. Paul en voulait à l’Eglise, il courait à la poursuite de ces hommes et de ces femmes qui mettaient leur espoir en un certain Jésus ; sa main était déjà levée pour les saisir, et voici qu’ils ne sont plus eux seulement, mais le Christ. Un autre a pris leur place et, surgissant au milieu d’eux, en eux, plutôt, il se dresse devant Saul et lui dit : « Pourquoi me persécutes-tu ? ».
Parole ancienne comme la révélation. Déjà dans l’Ancien Testament, Dieu se solidarisait avec ses prophètes et avec son peuple, et les frapper était aussi grave que le blesser, lui, à la prunelle des yeux. Mais ce n’était encore que 1’union en puissance, commencée et seulement ébauchée. Dans le Nouveau Testament, Dieu poursuit la même affirmation, mais plus nettement ; ce qu’on fait au dernier des siens, c’est à lui qu’on le fait. La solidarité est réelle et ontologique. Tout de suite, elle passe à l’acte. Cinq ou six ans après sa mort au Calvaire, Jésus déclare que c’est accompli, et lui qui s’était tu devant ses bourreaux, il réclame quand on l’attaque dans ceux qu’il habite : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? ».
Paul et le corps mystique
Paul retiendra cette leçon à jamais et tous ses écrits respireront du souffle unitaire du corps mystique . C’est le motif de sa conversion et la base de son message. Il va d’ailleurs de soi que la révélation de ce mystère s’accompagne de la découverte, de la naissance du principe christique en Paul. Christ ne lui est pas apparu extérieurement ; c’est en lui qu’il s’est révélé. Le récit de sa conversion, tel que le donne l’épître aux Galates (1:13-17), semble le suggérer : « Vous avez entendu parler de ma conduite quand j’étais dans le judaïsme ; comment je persécutais à outrance et ravageais l’eglise de Dieu, et comment je surpassais dans le judaïsme beaucoup de ceux de mon âge dans ma nation, étant à l’excès partisan jaloux des traditions de nos pères. Mais quand il a plu à celui qui m’a mis à part dés le sein de ma mère et qui m’a appelé par sa grâce, de révéler son Fils en moi afin que je l’annonçasse aux gentils, aussitôt je ne consultai ni la chair ni le sang, etc ... »
Il a plu à Dieu, dit Saint Paul, de révéler son Fils en moi. Qu’est-ce à dire ? D’après Saint Jean Chrysostome, « L’Apôtre a dit " en moi " pour montrer qu’il n’a pas été instruit en paroles seulement des choses de la foi, mais qu’il fut rempli d’une abondance de l’Esprit. Une révélation éclairait son âme et il avait le Christ parlant en lui ». Scaynus précise par ailleurs que « Paul veut dire par ces mots, non seulement qu’il a reçu de Dieu, par révélation, le Verbe de foi, mais encore que le Christ a été imprimé dans sa poitrine. Aussi I’expression signifie-t-elle : implanter son Fils en ma poitrine ». Paul ne pouvait mieux dire, lui qui insistera tant sur la présence du Christ en lui, dans des formules restées célèbres.
On remarque d’ailleurs que Paul est celui des écrivains sacrés qui utilisera le plus l’expression dans le Christ, ainsi que son complément évoquant Christ en nous. C’est là tout le fondement de la réalité rayonnante du corps mystique, du prodige d’unité. « Voyez comme l’Apôtre transporte les chrétiens en plein ciel. Comme je vous le disais, son souci constant est de montrer qu’ils ont tout ce qu’a le Christ. Et à travers toutes les épîtres, son thème est de montrer qu’ils sont, en tout, en communion avec le Christ » écrira saint Jean Chrysostome. Le Christ vit dans les chrétiens (Gal. II:20) et les chrétiens vivent en lui (Rom. VI, 11). La force du Christ est dans les chrétiens (Il Cor. XII:9) et les chrétiens sont forts en lui (Eph. VI:10). Le Christ grandit en eux (Gal. II:19) et eux grandissent en lui (Eph. IV:15). La vérité du Christ est en Paul (Il Cor. XI:10) et Paul dit la vérité dans le Christ (Rom. IX, 1 ; Eph. IV:21). Mais au-delà même du christianisme, ou bien parce que l’univers est en accord, il n’est rien qui ne soit dans le Christ et tout homme participe de sa vie, tout comme le jivâ n’a d’être que par Shivâ et n’est rien par lui-même.
Les exégètes s’interrogeront encore longtemps sur les origines du corps mystique dans l’oeuvre de Paul. Et il est vrai que dans de nombreuses traditions, cette prodigieuse unité est décrite sous la forme d’un Homme Primordial. Dans la kabbale, il s’agit de l’Adam Kadmon, dont Cordovero saura déduire l’unité ontologique qui lie le genre humain. Chez les musulmans, l’Homme Universel ne sera pas dépourvu non plus d’implications expérientielles d’une grande profondeur. Et grecs et romains semblaient ne pas l’ignorer, ainsi que nous l’avons vu. Quoi de plus naturel, lorsqu’il s’agit d’un principe si universel. Mais Paul n’aura pas besoin d’inspirations extérieures pour délivrer l’extraordinaire mystère. Il lui aura suffit d’écouter son coeur et d’y entendre Jésus pour retrouver la saveur de cette unité ontologique.
Mais, chez Paul, l’enseignement du corps mystique est aussi un prétexte pour apporter la science de la naissance du Christ au coeur de la communauté. Les jeunes convertis de Corinthe, turbulents jusque dans leur ferveur, étaient avides de grâces tapageuses. Chacun voulait le pouvoir des miracles et le don des langues. Paul les rappelle à la modestie en s’appuyant sur la sagesse du corps mystique. Chacun, dit-il, doit être à sa place, et se contenter de sa fonction et des grâces qu’il a reçues ; comme un membre, dans le corps, se satisfait de sa situation, et remplit son office pour le bien de tous (1 Cor. XII:12-27) :
« Il y a diverses sortes de grâces, mais toutes viennent d’un seul esprit.. A l’un est donné par l’esprit une parole de sagesse ; à l’autre, une parole de connaissance, selon le même esprit ; à un autre la foi, par le même esprit ; à un autre, le don de guérison, par ce seul et même esprit , à un autre, la puissance d’opérer dés miracles ; à un autre, la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits , à un autre, la diversité des langues ; à un autre, le don de les interpréter. Mais c’est le seul et même esprit qui produit tous ces dons, les distribuant à chacun en particulier, comme il lui plait.
« Car comme le corps est un et a plusieurs membres et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, sont un seul corps, ainsi en est-il du Christ. Tous, en effet, nous avons été baptisés dans un seul esprit, pour former un seul corps, soit juifs, soit grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul esprit
« Ainsi, le corps n’est pas un seul membre, mais plusieurs. Si le pied disait : " puisque je ne suis pas la main, je ne suis pas du corps " en serait-il moins du corps pour autant ?
Il y a donc dans l’Eglise, selon l’Apôtre, la même diversité de fonctions que dans un corps vivant. Qu’il y ait aussi la même unité, telle est la conclusion qu’il tire ; et il continue l’épître en faisant l’éloge de la charité. Tout ce long passage n’est qu’une description du corps mystique. Tout est Un en Tous. L’humanité est un seul corps : elle n’a qu’un souffle vital, elle n’a qu’un Esprit animateur. Qui y entre, s’insère dans une unité déjà faite, comme une greffe dans un vivant. Aussi, dans ce corps un, tout est commun. La sainteté d’un membre fait la splendeur de tous, tous souffrent de la douleur d’un seul et tous se réjouissent de l’exaltation de chacun. Même en remplissant chacun leur fonction propre, les membres vivent pour le tout, et les services qui de la sorte viennent de chaque partie à chaque autre partie cimentent l’union de l’ensemble. Aussi, loin de réclamer contre des privilégiés, les Corinthiens auraient-ils dû se réjouir : ce qu’une partie possède profite au. tout, et l’inégalité même des grâces, nécessaire pour qu’il y ait un corps organisé, contribue à rapprocher tous les membres dans la même vivante unité, et donc, dans la même dignité essentielle.
Paroles de Jésus
Toutes les paroles de Jésus tiennent compte de la réalité du corps mystique. Il est l’Etre de leur être et il le sait bien, lui, que tous ne sont qu’un en lui, comme lui et le Père sont un.
Aussi le corps mystique apparaît-il jusque dans son enseignement éthique : ne faisons pas à notre prochain ce que nous ne voudrions pas qu’il nous fasse. Donnons-lui à boire, et c’est à Jésus que nous donnerons à boire. Invitons le chez nous et c’est Jésus que nous accueillerons. « En vérité, je vous le dis : ce que vous avez fait à l’un de ces miens frères, à l’un des plus petits... c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt. XXV:40).
Dans le quatrième Fvangile, Jean retient de nombreuses paroles que Jésus a prononcées sur ce prodige d’unité qu’est le corps mystique. L’impression qui résulte du quatrième Evangile, ce n’est pas seulement qu’un seul esprit circule dans tout le livre, c’est encore que cet esprit si un est épris d’unité. Le Christ, le Fils de l’homme, le Fils de Dieu, sont un, et ce Fils est un avec le Père, et il s’est uni à la nature humaine en prenant sa chair : il appelle tous les hommes à la vérité et en même temps à l’unité. C’est par lui que se fait l’unité, lorsqu’en mangeant sa chair et en buvant son sang on devient participant de sa vie. Mais on ne peut s’unir au Fils sans s’unir au Père. Ses disciples, qui sont une même chose avec lui, seront donc une même chose avec le Père, dans le Christ. On ne pénétrera jamais assez dans ce mystère d’union intime et secrète.
Cette unité, cette brise printanière souffle, on l’entend ; mais elle vient de plages insoupçonnées et elle va vers des régions inconnues : de toute son action, on ne connaît que le petit coin où l’on écoute. Cette brise, bien réelle, est pourtant en plus un symbole : elle représente une vie immense, plus large meme que l’espace et le temps, où l’on est plongé lorsqu’on renaît et dont on ne connaît que l’endroit infime par où l’on s’insère dans l’éternité. C’est à cela que Jésus mène, à une vie qu’il n’hésite pas à qualifier d’Eternelle, une vie, la seule vie qu’il est (Joh. XVII:20-23).
« Or, je ne prie as seulement pour ceux-ci, mais aussi pour ceux qui croiront en moi, à cause de leur parole, afin que tous soient un, comme toi-même ô Père, tu es en moi et moi en toi ; afin qu’eux aussi soient en nous, de façon que le monde croie que tu m’as envoyé. Pour moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient consommés dans l’unité, de façon que le monde sache que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé ».
Les églises temporelles
Sur l’Eglise, Bede Griffiths dit des paroles merveilleuses : « Il est nécessaire en effet de considérer l’Eglise dans cette approche cosmique. En tant qu’institution, son origine est récente, et elle ne concerne qu’une partie du monde. Mais l’eglise, en elle-même, est la Mère éternelle, aspect créé de l’esprit incréé. " C’est pour Elle que le monde a été fait " Le monde est le "Devenir" de Dieu. [ .. ] Nous avons à rétablir cette compréhension de l’Eglise Universelle qui " fut créée a vant tout le reste " ».
L’Eglise primitive s’était établie en bousculant le clergé existant et la religion juive. Mais très vite apparut un nouveau clergé, avec ses règles et ses concessions aux puissances de ce monde. Là où était l’amour, on pratiqua la torture, là où était le pardon, on prononça des jugements. Les saints eux-mêmes eurent à souffrir des persécutions de l’Eglise et il est bien difficile pour nos contemporains de comprendre qu’une institution aussi noble théoriquement ait pu se dégrader à un tel point, abandonnant l’expérience de Dieu à quelques monastères éloignés. De l’inquisition, que l’on osa dire sainte, jusqu’au rôle ambigüe de l’Eglise dans les massacres inter-ethniques du Rwanda, on est extrêmement loin du message de Jésus.
Pourtant, les efforts d’incarnation de l’Eglise dans le temps font partie des projets de Dieu. Car si le christ s’est incarné, l’Eglise aussi doit s’incarner. Mais rien ne dit que la forme finale de cette incarnation de l’Eglise soit l’institution.
Quoi qu’il en soit, si l’Eglise intérieure est une, couvrant de son aile l’espace du monde créé et tous les êtres vivants, ouvrant aussi l’accès aux énergies incréés, on ne peut que reconnaître que l’Eglise extérieure est multiple, catholique, protestante, évangélique, orthodoxe, gnostique, ésotérique, syriaque et autres.
Telle est la loi d’entropie qui frappe durement toutes les institutions humaines. Seul le Coeur peut renouveler le Souffle en ses manifestations folles et innovantes. « Les Eglises ne possèdent plus aujourd’hui le crédit qui leur a été accordé durant des siècles. Les autorités vacillent pour ne pas dire s’écroulent. Que les Eglises se spiritualisent, qu’elles communiquent une intériorité trop longtemps méconnue, elles pourront peut-être retrouver une nouvelle jeunesse » (Marie-Madeleine Davy).
(c) copyright Centre d’Etudes Hiérosophiques, première publication dans LE GRIFFON, numéro 11, 1996.