Emmanuel, Dieu parmi nous

(Nous avons écrit en 2005 un texte sur ce sujet qui utilisait divers éléments de nos cours de kabbale et de nos cours de Gnose. Ce texte étant kabbalistiquement plus complet, nous choisissons de le reproduire, de préférence aux originaux du cours.)
Le nom d’Emmanuel apparaît à trois reprises dans la Bible. Deux fois dans l’Ancien Testament et une fois dans le Nouveau. Il est toujours cité dans un contexte messianique :
« Elle lui donnera le nom d’Emmanuel » (Esaïe VII :24)
« Le déploiement de ses ailes remplira l’étendue de ton pays, ô Emmanuel » (Esaïe VIII :8 )
« Et on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : Dieu avec nous » (Matthieu I :23)
L’interprétation du nom d’Emmanuel que donne L’Evangile de Mathieu suffit à montrer pourquoi le Messie porte ce nom. Mais s’il n’apparaît que trois fois dans la Bible, son occulte présence, ne serait-ce que par homophonie, est ressentie souvent. Cela va du LEMINEHU (‘selon leur espèce’) de la Genèse à des mots plus évocateurs encore tels que AMEN (ainsi soit-il), Olam (monde), OMAN (artisan, artiste), EMOUNA (foi, fermeté) NEELAM (occulte)…
Emmanuel qui, en toute rigueur phonétique devrait être prononcé IMANOUEL, עמנואל, a la valeur numérique de : 70 + 40 + 50 + 6 + 1 + 30 = 197. Cette valeur est celle, unie, des deux frères Caïn et Abel : CAIN = 100 + 10 + 50 = 160 קין; ABEL = 5 + 2 + 30 = 37 הבל; CAIN + ABEL = 160 + 37 = 197. Elle permet donc de comprendre pourquoi, aux temps du Messie « Le loup habitera avec l’agneau et la panthère se couchera avec le chevreau ; le veau, le lionceau et le bétail qu’on engraisse seront ensemble et un petit enfant les conduira » (Esaïe XI :6). On y reconnaît la conciliation des opposés et la réparation des inimitiés, d’Ismaël et d’Israël, de Jacob et Esaü, de Caïn et d’Abel, etc. Le Messie est celui qui réalise de fait cette coïncidence des opposés, cette restauration. ‘Messie’ en hébreu signifie ‘Oint’, mais une simple permutation transforme le mot en ISAME’H, ‘Il donnera la joie’.
La valeur numérique d’IMANUEL est aussi celle du nom divin EL ELION (1 + 30 + 70 + 30 + 6 + 10 + 50 = 197). IMANUEL est lui-même un nom divin. Par le mispar katan, c’est-à-dire sans les zéros, il vaut : 7(0) + 4(0) + 5(0) + 6 + 1 + 3(0) = 26. C’est la valeur du Tétragramme. On peut noter que même sa valeur numérique ordinaire renvoie au Tétragramme puisque 197 c’est 1 + 9 + 7 = 17. Or, 17 est le mispar katan du Tétragramme : 1(0) + 5 + 6 + 5 = 17. Lors de la pêche miraculeuse (Jean : XXI :1-19), les disciples remontent 153 poissons dans leurs filets. Ce nombre est l’addition de tous les nombres de 1 à 17. 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7 + 8 + 9 + 10 + 11 + 12 + 13 + 14 + 15 + 16 + 17 = 153. C’est le nombre de la Pâque de l’Humanité, puisque ‘la Pâque’, HA-PESA’H vaut 5 + 80 + 60 + 8 = 153. Il renvoie en outre aux fonctions du Messie, lequel est Roi et Prophète, NABI + MELEKH = 153. Il donne à Emmanuel, selon Vuillaud, le titre de COHEN HA-GADOL JEHOUDA = 153. Emmanuel résout et unit ce que nous croyons, en cette période d’errance, totalement inconciliable. Il reprend tout en lui, il redresse tout, il rédime tout, il accomplit tout.
Quelle autre chose peut signifier Emmanuel sinon le pont entre le supérieur et l’inférieur, la coïncidence du centripète et du centrifuge ? Quel est le rapport entre les termes ‘origine’ EM, ‘monde’ OLAM, ou AMEN, avec cette même perfection que Mathieu finit par traduire « Dieu avec nous » ou « Dieu parmi nous » ? Le Rabbi Lo Yadouah, le ‘Maître Inconnu’ qui est au Cœur de l’Homme, fait allusion à ce qui bouillonne dans le vin, son eau ignée, ainsi qu’à ce qui nourrit dans le pain de lumière.
IMANU signifie que le ‘peuple’ AM עם, nie LO לא ou affirme AL אל cette divinité, selon qu’il dédaigne ou reconnaît ses prophètes. Lorsque Jésus signale le grain de sénevé qui est Lui en chacun, très peu comprennent la parabole qui unit le soleil, roi des cieux, avec la semence, reine de la terre. On dirait que le LEMINEHU de la genèse ( ‘selon leur espèce’), révèle dans la fameuse Pâque du Fils de la Femme, un point, l’ineffable YOD, qui n’est pas évident dans l’univers bien que ce soit par lui que l’univers devienne l’Evidence de l’Un.
Face à l’’humble’ ANU prophète, qui comprendrait le mystère du Aleph reflété dans ce qu’il y a de plus petit et de plus grand en même temps ? IMANUEL élève ‘au-dessus’ AL du conditionné. Il est chacun d’entre nous et tous ensemble nous le sommes, mais au-delà de nous, puisqu’Il est secours de l’Autre Rive, du Tout Autre : « Dieu m’a donné la Connaissance. Ce n’est pas moi qui suis Moi, qui sait ces choses, mais Dieu les sait en moi… Puisque c’est Lui qui enfante, ce n’est pas moi qui les fais, mais Lui en moi ; je suis comme mort pendant cette parturition de la Sublime Sagesse » (Jacob BOHME). Pour cela l’’apprenti’ AMON, doit connaître ce qu’il a dans sa propre ‘gorge’ LOA. Entendrait-il cette grâce du Verbe s’il ne la portait en lui, dans son corps ? Le NUN central d’EMMANUEL est donc une lettre qui tombe, faible, vers le dedans. Ce NUN est pauvreté riche de tout. Sa merveille est de diminution, de dépouillement, d’’endura’, diraient les cathares. C’est que le sculpteur taillant la pierre n’ajoute pas de la matière mais en enlève. « Il faut qu’Il croisse (COAGULA) et que je diminue (SOLVE) », s’exclame le Baptiste proclamant Sa venue ! Oui, « il faut que je diminue ».
Lorsque les pharisiens demandent à Jésus (LUC XVII :20) : « Quand viendra le Royaume des Cieux ?» le maître répond : « Le Royaume des Cieux ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira pas : voyez, il est ici, ou : Il est là. Car voyez, le Royaume des Cieux est au milieu de vous ». « Dieu parmi nous » IMANUEL. Que signifie cet 'Intra vos est' ? Une fois de plus, sous le substrat grec, au delà de la solide expression latine, la version hébraïque nous rapproche du sens originel : Le Royaume des Cieux « parmi vous », BEQUIRBE’HEM HINE, fait allusion à ce qui est ‘proche’, QAROB, intime, profond, autant qu’au ‘sacrifice’ QURBAN et à la ‘lutte’ QRAB pour découvrir le HINE, ‘voici !’, ‘contemplez’. « Cette source est en vous et ne vient pas du dehors, car ‘Le Royaume de Dieu est en vous’. Ce n’est pas dehors mais chez elle que la femme qui avait perdu sa drachme (Lc XV :8 ) la retrouva ; elle avait allumé sa lampe, elle avait balayé sa maison… » commente Origène.
Le Royaume des Cieux n’est pas dans l’École, la doctrine, les exercices, le pouvoir, le titre, le ‘isme’ que je défends. Il n’est pas dans l’apparat de l’initiatique ni dans ma proclamation de science ou de puissance. Il est BEQUIRBE’HEM HINE. Et la reconnaissance de cet IMANUEL retourne et bouleverse, Révolution de Lui, seule exigence de cette renaissance par l’eau et par l’esprit.
« Personne ne peut faire les miracles que tu fais si Dieu n’est avec lui » fait remarquer Nicodème au Maître. Et celui-ci répond : « si un homme ne naît d’eau et d’esprit il ne peut entrer dans le Royaume des Cieux » (Jean III :5). Sans cette eau, sans cet esprit, chacun reste sur sa faim, chacun reste assoiffé. On a beau se nourrir de rites, de discours, de savoirs, de textes, d’informations, de pratiques, rien n’y fait.
« D’eau et d’esprit ». ISH MIN HA-MAIM VE-HA-RUA’H, c’est ce qui est offert à celui qui a faim et soif d’IMANUEL. Cette expression biblique contient clairement ‘la vie’ HA-‘HAIM et le ‘feu’ ESH ‘extrait’ MIN, de la ‘montagne’ HAR du dedans. On retrouve ici la ‘rosée de lumière’, à peine voilée, qui unit les opposés, elle aussi, et fait de nous un « homme de feu et d’eau » ayant pouvoir de transformer l’esprit RUA’H en ‘HOR, ‘l’orifice’, le ‘chat’ de l’aiguille où le chameau passe plus facilement que le riche, le ‘trou’ par lequel on accède à l’Autre Rive dont le gnostique est nostalgique. « Du sein de l’aurore, ta jeunesse vient à toi comme une rosée »(Psaumes 110 :3). ‘Du sein de l’aurore’ MISHA’HAR, mais aussi MISHA’HOR, ‘de l’obscur’, ‘du noir’. C’est toujours dans le noir que la pupille se dilate.
Derrière cette porte, derrière ce ‘trou’ 'HOR et ce passage, nous attendent les vêtements ‘blancs’ 'HAR de « celui qui se couvre de lumière comme d’un vêtement » OTE OR KESHALMA (Psaumes 104). Et cette blancheur est celle, transfiguristique, du Mont Tabor : « ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante » ; il ‘blanchit’, HILBIN, mot qui contient le ‘cœur’ LEB, mais aussi la ‘flamme’ LAHAB ou le ‘conducteur’ NAHAL. Rappel de ce que Luc appelle en grec le SOMA PHOTEINON, le ‘corps de lumière’ : « Ton œil est la lampe du corps, lorsque ton œil est en bon état, tout ton corps aussi est illuminé » (Luc XI : 34). Et c’est cet œil, AYIN, dont nous avons déjà abondamment parlé ailleurs, qui donne à IMANUEL son initiale.