La Trinité maintenant
par Jean-Luc Colnot
L’oeuf dans la poule, la poule dans l’oeuf, le Deux dans l’Un, également l’Un dans le Deux. (Angelus Silésius)
On le goûte, cela ne suffit pas pour en trouver la saveur. (Tao Té King)
Pour le chercheur chrétien, et qui plus est gnostique, quel est le sens de ce Mystère ? Dans l’héritage traditionnel lui est livré ici quelque chose dont il est bien difficile de pénétrer l’arcane. Plus qualifiés que nous, J. BRICAUD et J. BOHME viennent d’en commenter quelques bases, l’essentiel.
Nous avons choisi ces deux auteurs pour illustrer le Mystère car ils appartiennent tous deux à l’ésotérisme chrétien. Mais il en est tant d’autres...
J. BRICAUD séduit par une approche vitale de la trinité. Certains y reconnaîtront le langage par lequel Dieu leur parle : joie, unité, communion entre les êtres... Tout cela leur dira les grâces vécues et leur nature véritable, liée au Plérome.
Mais attention : Dieu, plutôt que ses dons ! Pourtant les dons de Dieu sont Dieu, selon qu’Il se donne tout entier en eux. BRICAUD nous le rappelle, qui fait intervenir, lourdes de sens, les déterminations. L’auteur adhère à l’orthodoxie en faisant du Christ et du Saint-Esprit des Jumeaux. Cette perspective est celle de l’Eglise originelle. Pour Photius autant que pour Saint Irénée, le Fils et l’Esprit sont « deux mains du Père agissant dans le monde ». Ils entretiennent entre eux un rapport d’amour mutuel et d’égalité.
Plus métaphysique, BOHME envisage la Trinité selon la perspective de la Connaissance. Ainsi, le Père est Père parce qu’inconnaissable. Le Fils en est le fond d’appréhension, la base de connaissabilité. Contrairement à J. BRICAUD, Jacob BOHME souscrit au filioque, terme technique par lequel on désigne le fait que l’Esprit-Saint provient à la fois du Père et du Fils. Ce point de vue est celui de l’Eglise catholique. L’adoption du Filioque contribua d’ailleurs très largement à la séparation des deux églises d’orient et d’occident.
En l’église Sainte-Sophie de Constantinople, au moment où allait commencer l’office vespéral du soir du 15 juillet 1054, le cardinal HUMBERT, envoyé de Rome, déposa sur l’autel la bulle pontificale qui excommuniait le patriarche byzantin Michel Cérulaire. C’est par cet acte que l’irréparable fut commis et que l’occident catholique se sépara de l’orient orthodoxe.
Dés lors, les deux églises connurent des sorts différents, élaborant deux façons distinctes d’exposer leur foi en un même Dieu unique et "trine". La coutume s’instaura en occident d’introduire dans le Credo officiel l’affirmation que l’Esprit procède du Père et du Fils ( Filioque ). Pourtant, le Symbole de Nicée Constantinople, élaboré par les Pères au IVème siècle, précisait nettement que l’Esprit procède uniquement du Père, ce qui n’empêcha pas Léon III de déclarer en 810 que le Filioque n’était pas hérétique. Cependant, cette ouverture sur la différence ne persista guère et en 1014, le pape Benoit VIII introduisit le Filioque dans le Symbole récité à la messe, prétendant même l’imposer à l’Eglise d’Orient qui était restée fidèle à la Tradition. C’est ainsi que s’amorça l’occultation de l’Esprit dans l’Occident chrétien. Car en rendant l’Esprit dépendant du Fils, la théologie catholique subordonna l’invisible au visible. L’Esprit en l’homme fut sous-estimé au profit des parties visibles de .l’homme que sont l’âme et le corps. Ce danger, signalé dés le IXème siècle par Photius, se vérifia hélas parfaitement. Le fossé entre l’Eglise du Levant et celle du Couchant se creusa sur tous les fronts. L’une prêche la divinisation de l’homme, l’autre le salut et la rémission des péchés. La première prône la mystique, la seconde moralise. L’Orient aspire à la résurrection, l’Occident insiste sur la crucifixion. Les saints d’Orient manifestent des phénomènes de transverbération. Leur visage, leur corps devient lumineux. Les saints d’Occident connaissent la stigmatisation. La différence d’attitude théologique est frappante. EVDOKIMOV écrit d’ailleurs : « Autant l’Occident manifeste universellement le besoin de définir, autant l’Orient, non seulement n’a pas besoin de définir, mais encore a besoin de ne pas définir ». En Orient, l’ésotérisme chrétien est à fleur de peau. En Occident, il s’occulte davantage encore, laissant place à un exotérisme qui dénature souvent le message du Maître.
Mais de nos jours le chrétien - et plus encore l’ésotériste chrétien - s’interroge. Quel est ce Mystère de la Trinité ? La solution est-elle théologique où doit-elle émerger d’un vécu ? Le dogme est-il autorité ou simple témoignage orientant dans le bon sens ? Il faut ici rappeler que l’étymologie du mot dogme évoque la vision. En appeler à la réalité d’un christianisme post-dogmatique qui solliciterait directement la vision plutôt que l’autorité, rencontrer Dieu sans intermédiaire, n’est-ce pas le retour à un christianisme libéré de l’autorité infantilisante des religions clef en main ? Magnifiques et courageuses paroles que celles de Monseigneur Germain : « Pourquoi le Christ est-il venu dans le monde ? Ne cherchez pas, vous ne trouverez pas la vraie réponse. Il est venu pour débarrasser les hommes de la religion ». Mais il convient de ne pas se méprendre face à un tel message.
Il est dit que le but du chrétien est la contemplation de la Sainte Trinité, dans la Lumière incréée des énergies divines. Voilà une bien grande chose ! Tellement grande qu’on ne sait plus rien, qu’on ne comprend plus rien. Les idées seules sont impuissantes à faire comprendre le Mystère du Trois en Un. Il est clair cependant que ce Mystère ne nous a pas été légué pour rien. Le rejeter à cause du dogmatisme de certains équivaudrait sans doute à jeter le bébé avec l’eau du bain. L’interroger est préférable, l’obligation de croire devant ici faire place à l’ouverture sur l’inconnu.
Quel est l’organe de la contemplation de la Sainte Trinité ? Hugues de Saint-Victor répond à cette question en distinguant les trois yeux de l’âme : l’oeil de chair qui voit le monde, l’oeil de la raison qui vit dans l’âme et l’oeil de la contemplation, l’oeil du coeur ou de l’esprit, qui voit ce qui est en Dieu. C’est donc cet oeil du coeur qui permet de contempler la Trinité et non celui des constructions systémiques, aussi intelligentes soient-elles. Dans l’acte même de cette contemplation, J. BORELLA entrevoit le mystère suprême : « Dieu ne peut être vu que par lui-même se voyant dans sa propre lumière. L’intellect est dans cette vision transformé en Dieu lui-même et c’est donc aussi dans sa propre lumière qu’il voit Dieu ». A la question délicate de savoir si dans la contemplation l’identité créaturelle est maintenue ou absorbée, Saint Jean de la Thébaîde refusa de répondre. Mais ce refus est en soi une réponse extraordinaire. Il fait écho aux magnifiques propos de Maître ECKHART : « Un en tant qu’un ne crée pas l’Amour. Deux en tant que deux ne crée pas l’Amour. Mais deux en tant qu’un crée lAmour ». Est-ce pour cela que le prologue de Jean déclare que la Parole est avec Dieu en même temps qu’Elle est Dieu ?
Quoi qu’il en soit, la, Trinité n’est pas un objet que le contemplant observerait de l’extérieur. J. BOHME donne sur ce point la précision qui s’impose. « Dieu est si prés de vous, que la génération de la trinité sainte se passe aussi dans votre coeur. Toutes les trois personnes, Dieu le père, le fils et l’esprit saint sont engendrées dans votre coeur ».
Adhérer au dogme comme à une autorité paternelle n’est donc pas suffisant. Il faut aussi contempler, humer le parfum de Sophia. Quel est ce Dieu en trois personnes ? La recherche n’est pas celle d’une théorie parfaite. C’est avant tout comprendre que le Divin se donne à vivre : « La véritable orthodoxie n’est pas la formulation correcte de la doctrine, mais l’authentique expérience de la gloire de la vérité » écrit le théologien Raimon Panikkar. Dans cette définition ouverte de l’orthodoxie, Orient et Occident trouvent à se réconcilier au-delà des idées et doctrines, dans l’expérience réelle du Divin. Filioque ou pas filioque, telle n’est pas la question. L’important est la Réalité, l’implacable Réalité que le chrétien nomme Dieu, laissant toute liberté au non chrétien de L’appeler selon son coeur, sa tête et ses reins.
Et puisque Dieu n’est ni hier, ni demain, Il ne s’offre à vivre que dans l’ici et le maintenant. Qu’est-ce-que la Trinité, ici et maintenant demande le gnostique ?
Il me semble cependant que la meilleure des réponses serait simplement de dire que Dieu seul le sait ! On ne peut approcher de ce Mystère ultime que par l’inconnaissance ; car rien ne peut Le dire véritablement. C’est un peu comme si le sommet de l’Eveil dépassait nécessairement le conscient. Pourtant, ce sommet n’est pas la totalité de l’Eveil ; car celui-ci est aussi un Mystère qui habite la chair et lui transmet Paix et Joie. La réalité brûlante de ce feu qui habite le coeur justifie que dans une certaine mesure, le Divin puisse être connaissable. C’est pourquoi l’Ecriture déclare en même temps que « nul n’a jamais vu Dieu et que « les coeurs purs voient Dieu ». Cependant, la connaissabilité de Dieu n’est pas du ressort d’un système de pensée. On peut toujours opposer un système à un autre système, mais il est clair que la pensée ne décrit pas le réel, puisqu’elle ne fait jamais que de décrire cette pensée du réel.
« Dieu est invisible, ineffable, infini ; pour le décrire, la parole manque ; l’esprit défaille dans sa recherche ; pour le saisir, l’intelligence ne trouve pas de prise » déclare Saint Hilaire. Il faut donc commencer par cela et s’en souvenir, chaque fois que se présente à nous le dogme.
Sur cette base d’inconnaissance qui annonce d’emblée que tout ce que je vais dire est faux, je relève néanmoins cette ancienne appellation gnostique des trois personnes de la Trinité : Le Père y a pour nom Hagnostos, le Fils y est qualifié de Demiurgos, tandis que l’Esprit-Saint est désigné comme Paracletos.
La Présence, c’est le présent ! Comment, dans cette immédiateté, la Trinité devient-elle pour moi autre chose qu’une idée ou un dogme ? Comment se donne-t-elle en partage en évoquant, non pas les termes d’un Credo, mais la réalité très concrète d’un vécu ?
Hagnostos, l’inconnaissable Père, évoque en moi le caractère inconnaissable du réel que je ne puis ni saisir, ni savoir, ni réduire à mes propres projections cognitives. Cette inconnaissabilité est pleinement acceptée comme faisant partie de la nature même du réel, ou plutôt de son absence de nature et de non nature. Sa profonde pénétration d’absence en toute chose conduit nécessairement à l’inconnaissabilité ultime de celui qui accepte l’inconnaissabilité ultime du réel. Pour Hagnostos, l’arbre n’est pas un arbre et Jean-Luc n’est pas Jean-Luc. A chaque instant je crée ma réalité et je la considère comme la réalité, alors qu’il s’agit tout au plus de. l’une des perceptions possibles d’un fragment du réel. Tant que je m’accroche à mon idée du réel, je ne puis appréhender le caractère hautement inconnaissable et magique de la réalité. Je m’enferme dans une réalité répétitive que je maintiens dans des limites sécurisantes. Lorsque ces sécurités sautent et que disparaissent les constantes, j’entre directement dans l’inconnaissabilité d’Hagnostos. On pourrait dire qu’Hagnostos est comparable à la Lumière. En l’absence de tout objet, la Lumière est invisible. C’est la Lumière noire, une présence d’absence, où que se tourne le regard. Je suis là, mais je ne suis pas là. L’arbre est là, mais il n’est pas là. Comme si toutes choses trouvaient essence en cette non-essence sur-essentielle, Néantisation plutôt qu’être. Cette absence, cette nuit est Hagnostos.
Grégoire de Nysse écrit : « On peut dire à la fois en toute vérité et que les coeurs purs voient Dieu, et que : nul n’a jamais vu Dieu. En effet, ce qui est invisible par nature devient visible par les énergies, apparaissant ainsi autour de sa nature ». Ce que nul n’a jamais vu est Hagnostos, dépassant toute conscience en le tréfonds de sa Lumière Noire, semblable à une sans conscience de la conscience. Et ce que voient les coeurs purs, c’est Démiurgos, le Fils Créateur, la Lumière blanche. Invisible par essence, la Lumière ne devient visible que par les objets qu’elle éclaire. Hagnostos et Démiurgos ne se succèdent pas. Ils sont là ensemble, dans le Présent. Visible ou invisible, il s’agit bien de la même Lumière. En même temps, il y a le vide et le plein, l’au-delà du conscient et le conscient, l’inconnaissance et la connaissance. Hagnostos, Demiurgos et Paracletos sont trois en Un, Un en Trois. C’est l’unité en ce qu’elle a de manifeste et de non manifeste. La nature du Réel n’est pas seulement vide. Elle est aussi extrêmement lumineuse, énergétique, connaissante, aimante. Elle est émergence infinie de Conscience, elle est Fils.
Quant à Paracletos, l’Esprit-Saint Consolateur, il est ce qui donne sens au Réel, ce qui manifeste par le signe. Il permet de dire que le Réel n’est ni ceci ni cela, ni conscience, ni inconscience, ni Absence, ni Présence. il communique ce qu’est Dieu. Le Père étant non manifesté, non révélé, l’Esprit est Jumeau du Fils car Lui aussi est participable. Mais parce qu’il relie le Fils et le Père par LE SENS, on peut comprendre que certains aient pu être tentés par le Filioque. Pourtant, l’Esprit ne procède pas du Fils mais seulement du Père. Ce qui donne SENS est la Lumière Noire, indépendamment de tout objet éclairé. Dieu est son propre sens et ne se définit pas par rapport au créé. La Lumière incréée est porteuse de son propre SENS, sans que celui-ci dépende de sa visibilité ou de son invisibilité, de sa connaissabilité ou de son inconnaissabilité. C’est pourquoi l’Esprit procède du Père seul, des ténèbres insondables de la Lumière Noire, du lieu que rien ne qualifie.
Et cette Trinité n’est pas simplement un dogme ou une idée abstraite. Elle non-est ici et maintenant, une en son triple jaillissement. Maintenant l’Insondable Absence ! Maintenant la Connaissante Présence à cette Absence, Maintenant la communication, l’énergie du SENS !
Ultimement, certains l’assimilent à la nature profonde de leur être, ce qui n’est pas faux, si et seulement si la grâce s’y implique. Convient-il de ne voir en cette essence que le Moi d’un surhomme ? Il y a là d’indéniables dangers et réductions sur lesquels je reviendrai un jour. Car l’essence suressentielle qui nous habite vous et moi n’est pas le moi d’un surhomme mais le Moi de Dieu, un Moi qui est plus nous-même que nous-même et qui est, en même temps, le tout autre. Un Moi qui est moi et qui n’est pas moi ; en vertu, justement, de la très Sainte Trinité ! Souvenons-nous ici de la " réponse " de Saint Jean de la Thébaîde et des propos éclairants de Maître ECKHART, qui montrent qu’unité et distinction doivent être dépassées.
J’ai dit plus haut que le sommet de l’Eveil est obligatoirement au-delà de la conscience. Il convient pourtant de ne pas se méprendre sur le propos en sacrifiant à une dérive immanentiste exclusive qui réduirait le Divin à une forme d’inconscient, ainsi que le firent JUNG et FRANKL. Au-delà du conscient est le sommet, mais le Tout est autre, puisqu’il inclut aussi le conscient. Il n’est pas seulement Père, mais aussi Fils et Esprit. Cependant, le caractère sur-conscient du fonds ultime doit être souligné, ne serait-ce que pour ne pas confondre l’Eveil avec un passage de l’inconscient au conscient ou du conscient à l’inconscient. Cet aspect sur-conscient concorde avec l’inconnaissabilité du Divin défendue par la Tradition chrétienne. Les traditions d’Orient coïncident également sur ce point avec l’humble théologie négative du chrétien, puisqu’elles comparent souvent le fonds ultime de l’Eveil à un état de sommeil profond et sans rêve. NISARGADATTA Maharaj insiste sur ce point du caractère nocturne du “sommet” et rejoint l’occident, qui nomme l’ultime en termes négatifs. Il est l’obscurité Lumineuse, la Lumière Noire. Mais il intègre aussi le conscient et l’inconscient ; il n’est donc pas réductible à une forme d’inconscient collectif.
C’est pourquoi des techniques comme l’observation de soi, si utiles au début du chemin, peuvent devenir par la suite de sérieux obstacles à la réalisation. Car l’Eveil, qui se présente tout d’abord comme souvenir de soi, culmine nécessairement en l’oubli de soi. Mais gardons-nous de le définir par l’oubli car il n’est ni ceci ni cela, ni souvenir ni oubli. En lui coïncident les opposés, lesquels sont fondamentalement irréels.
Il est possible de distinguer en l’Eveil différents degrés de profondeur. Mais dans sa nature ultime, l’Eveil véritable a perdu jusqu’à la sensation même d’avoir atteint quelque chose de particulier. Il a perdu toute idée de l’Eveil. Et alors que l’on dit de l’homme respiré par le Souffle qu’il est un éveillé, celui-ci est seul à ne pas avoir de nom, à avoir perdu toute idée de lui-même, à ne plus savoir ce que savent les sages, nu à s’être dépouillé de sa nudité même. « Je suis comme un petit enfant qui n’a pas encore souri. [...] Les hommes ordinaires vivent dans l’abondance ; moi seul suis comme un homme qui a tout perdu. J’ai le coeur d’un sot, je suis chaos et confusion. Les hommes ordinaires sont brillamment éclairés ; moi seul suis comme dans l’obscurité. Les hommes ordinaires sont très pénétrants et perspicaces ; moi seul suis lamentablement troublé. Je suis vague comme la mer ; emporté ça et là par les flots, sans répit. Tous les hommes ont des raisons pour tout ; moi seul suis un sot », s’exclame LAO TSEU. Les sages parlent posément, le fou bégaie sa confusion. Verra-t-on en cela les "signes" mêmes de l’inaccompli ? « Je suis chaos et confusion », répondra l’éveillé , sur quoi les initiés éclateront de rire, s’éloignant de l’ignorant un peu plus convaincus encore de la supériorité, de la sur-humanité de leur science. Rien d’étonnant à ce que GURDJIEFF et OUSPENSKY aient signalé toute la difficulté qu’il y avait à travailler avec de tels profils, que l’occultisme entretient !
Mais à fréquenter d’un peu plus prés les êtres éveillés qui ne font pas mystère de leur humanité, la surprise est de taille ! Les manques deviennent vallées où souffle l’infini, profondeurs où peut puiser l’assoiffé, plénitudes où se perdent les regards.
Conscient et inconscient ne peuvent le décrire. Ce sont des catégories que la déification de l’homme semble faire exploser, comme si le Deus A bsconditus faisait de l’homme habité d’infini un homo absconditus cordis, selon le mot de Pierre. « Dieu est le Dieu caché qui transcende aussi bien le sensible que l’intelligible. Et parmi nous, son lieu est le saint. Ou plutôt, son lieu est l’homme ùnage de Dieu, l’homme irréductible à ce monde, l’homme qui n’a pas d’autre définition que d’être indéfinissable » ( 0. CLEMENT)
Et tout culmine finalement en cette immense Nuit qui abandonne jusqu’à l’idée de Dieu ou d’homme !.
« Il n’existe, de façon suressentielle, et n’est connu, au-delà de toute intellection, qu’en tant qu’Il est totalement inconnu et n’existe point. Et c’est cette parfaite inconnaissance, prise au meilleur sens du mot, qui constitue la connaissance vraie de Celui qui dépasse toute connaissance » ( Denys l’Aéropagiste )