Au réveil d’un rêve, la vérité est connue ;

au réveil de l’état de veille, la Vérité est : l’Inconnu.

Aleister Crowley, Le Livre des Mensonges

 

 

 

Terres du Dragon

- l'expérience magique -

par Jean-Luc Colnot

 

 

 

L'un des axiomes de la Magie Inconnue [1] précise que « Tous les obstacles sont des moyens et tous les moyens des obstacles ». L'inconnaissabilité de l'Arcane semble n'y pas échapper. Au stade initial du parcours, elle apparaît en même temps comme un obstacle insurmontable et un moyen extraordinairement puissant. Elle peut aussi donner prise à toutes sortes de stratégies d'enfermement. Au fond, il est possible que nous nous mettions à utiliser la notion d'inconnu pour nous rassurer. Le vague et l'abstrait donnent en effet toute liberté à la confusion. C'est tellement pratique ! Voilà que notre ignorance se trouve justifiée. L'inconnaissable, c'est formidable !

 

C'est la manie du romantisme spirituel que de s'en référer toujours à l'indéterminé, à Dieu, au paysage vague et flou de l'ignorance, comme s'il s'agissait du secret même de la vie. Tout n'en devient-il pas dés lors très explicable... par l'inexplicable ? L'occasion de récupérer l'Arcane est vraiment trop belle : Si je ressens un quelconque état de confusion, des maux qui n'ont pas de mots, c'est sans doute parce que les voies du Seigneur sont impénétrables et l'arcane inconnaissable. Je peux me mettre ainsi à orner mon ignorance de belles citations sur l'inconnu, utiliser le spirituel comme un moyen de fuir la confusion au lieu de la pourfendre. L'inconnaissable devient alors une catégorie confortable, un endroit où au moins, personne ne viendra plus mettre le doigt dans la plaie.

 

Confondre l'inconnaissable avec la confusion, trouver en lui la justification idéale de l'ignorance reviendrait à trahir la discipline de l'Arcane, à la dissoudre dans l'indéterminé. Nous en ferions peut-être une sorte de poubelle métaphysique.

 

En magie, l'inconnaissance n'est pas une ignorance ordinaire. C'est au contraire quelque chose d'extrêmement vif et précis. D'une certaine façon, l'impossibilité de connaître l'inconnaissable est le moyen même de sa connaissance. Il ne s'agit donc pas d'une chose au-delà de laquelle il n'est pas possible d'aller. Nous pouvons commencer à explorer l'espace et découvrir que contre toute attente, l'Arcane n'est pas une abstraction mais une immanence parfaitement oeuvrable. Certes, les processus mentaux habituels y sont inopérants sous la forme que nous leur connaissons. C'est totalement déroutant. Toutefois, la magie donne des signes concernant d'autres possibles, d'autres modes de connaissance. Car l'inconnu magique est une présence, une immanence, une puissance terriblement réelle. Il ne s'agit nullement d'une catégorie indéterminée et abstraite, d’une notion utilisée en vue d'amortir des confusions internes.

 

L'approche magique développe une science d'un autre ordre, une connaissance qui n'est pas la connaissance telle que nous la concevons d'ordinaire. Pour les magiciens, « le mystère, l'inconnu, l'inconnaissable est une présence. Ils ne mettent pas en oeuvre des facultés cérébrales dans le dessein de justifier des croyances ( Dieu est ceci, non cela ; il veut telle chose, non telle autre ; l'on doit se comporter à son égard de façon prescrite, non d'une façon condamnable ; etc.) mais ils désarticulent la rigide logique rationnelle [...]. Si ce quelque chose existe, [...] on doit cesser d’imaginer qu'il est possible d’y penser. En effet [...], penser à quelque chose que l'on ne connaît pas, c'est simplement avoir des idées à son sujet en des termes se rapportant à des choses que l'on connaît déjà » [2]. Pour le kabbaliste Carlo Suarès, auteur de ces lignes, l’approche mentale du Mystère est nécessairement vouée l’échec. Le serpent de la pensée finit par tourner à vide, prisonnier du connu. Il ne fait pas face à l'Arcane.

 

Mais l'on sent bien, pourtant, que tout ceci n'est une impasse que pour la pensée. Je songe ici à l'histoire de cet homme qui perd ses clés sur le trottoir en pleine nuit. Un autre homme vient à passer qui se propose de l'aider à rechercher l'objet. Après un moment et n'y tenant plus, ce passant finit par demander : « Etes-vous sûr de les avoir perdues ici ? ». « Pas du tout », répond l'autre. « Je les ai perdues là-bas, dans le noir, mais ici, sous le lampadaire, on y voit mieux pour chercher ». Ainsi cherchons-nous dans la zone éclairée par la pensée rationnelle, cet autre visage que nous avons perdu ailleurs. Nos pensées doutent que puisse exister un type de connaissance qui n'a pas besoin d'être su pour être effectif. Elles préfèrent rester sous leur éclairage propre. Cependant, d'autres niveaux de notre être répondent à ces possibles. C'est ce que les voies magiques ne tardent jamais à nous faire découvrir. Dans La Force du silence [3], Don Juan, le sorcier yaqui, explique qu'il est impossible de connaître, de manipuler et de commander l'Esprit. Cependant, il ajoute que la magie connaît, manipule et commande l'Esprit. Ce paradoxe, remarque-t-il, est toute la magie.

 

Le mental peut bien se laisser paralyser et fasciner par le paradoxe, la magie n'en est pas moins scandaleusement effective. Seule la pensée peut trouver que cette situation pose un problème et débouche sur une impasse. Don Juan, lui, rend possible l'impossible, montre que cet au-delà de la pensée est une dimension très concrète de notre être, qu'il n'y a pas seulement en nous une connaissance qui sait, mais aussi une connaissance qui grandit de s'ignorer. Et c'est justement sur le fil du rasoir du paradoxe de Don Juan qu'intervient la volonté magique. Oui, il est possible de provoquer sans provoquer ce qui ne peut être provoqué. Oui, il est possible de connaître sans connaître, ce qui ne peut être connu. Oui il est possible de vouloir sans vouloir ce qui dépasse le voulu. Scandale pour la pensée vouée à disjoncter ! Instant de conscience sans conscience où nul ne se perd ni ne se gagne.

 

Toutefois, bien des hommes qui abordent le sujet sans l'avoir goûté font du non-moi l'ennemi du moi et inversement. Ils ont peur de cette ouverture vers l'au-delà de la pensée et ils craignent de s'y perdre ( ou bien encore de la perdre une fois qu'ils l'ont trouvée ! ). Mais qui crée ce paradoxe et cette opposition entre le connu et l’inconnu, le conscient et l’inconscient, le possible et l’impossible ? Dans l'acte même, il n'y a pas de paradoxe, pas d'opposition entre moi et non-moi. Pas de question. Le magicien montre simplement qu'en ce qui le concerne, il n'y a manifestement pas de problème.

 

Pour reprendre une image bien connue des mystiques, on peut dire qu’existent deux manières de lâcher la pierre que je tiens dans la main. Ou bien j'ouvre ma main en tournant la paume vers le sol, et dans ce cas l'objet tombe, ou bien je tourne la paume vers le haut avant d'ouvrir la main. J'ai la paume ouverte, mais la pierre reste dans le creux de ma main. Tel est le moi de l'homme qui chevauche le Dragon. Mais la simple étude de textes parlant du monde magique qui se dévoile alors ne suffirait à nous en communiquer la saveur inconnue. Car le Lieu du Dragon - l’Inexistant - n'est pas une autre rive que l'on aurait atteint. Ne portant pas de nom, on l'appelle Citadelle du Dragon Primordial, celle qui n'est jamais vue, jamais appréhendée.

 

Oh ! Que sont moi et non-moi ? Comme la question est vaine ! Comment est le Dragon ? Réel ou irréel ? De quelle couleur est-il ? Matériel ou immatériel ? Grand ou petit ? Lumineux ou obscur ? Ni autre, ni moi, ni rien, ni tout, ni égo, ni absence d'égo, ni religieux, ni non-religieux, Quelle est sa nature ? Ni proche, ni lointain, sans étiquette, ni "sans étiquette", totalement naturel, les théories y sont sans objet. Le tenir pour cela , le tenir pour "ceci", lancée dans l'azur, la flèche n'atteindra pas l'étoile ! Bien que pouvant être décrit, le Dragon n'est jamais tel qu'on le dit. Il n'est jamais vu. Il n'est ni observé, ni conçu, ni établi, ni appréhendé, ni donné, ni reçu. Mais son flambeau ne peut s'éteindre. Celui qui le chevauche ne l'a jamais connu, il ne l'a pas saisi. Même sa non-connaissance n'a pas pu le produire. Pas la peine de fabriquer de réponses ! Pas la peine d'essayer de l'analyser ! Même ceux qui affirment la Non-dualité ou d'autres choses semblables avec une impeccabilité sans faille, jour et nuit, ne peuvent le toucher. Même si vous le ramenez à Rien, à l'Éveil, à l'insondable, l'or devient poussière et vous ne reposez plus en ce qui échappe à l'analyse. Voilà bien la raison pour laquelle la magie ne s'enseigne pas par des textes et des théories mais par des mises en situation. Elle désarticule par les faits les objections et tentatives de cloisonnement que pose la pensée. La force de la magie est de se communiquer elle-même, plutôt que les idées circulant à son propos. Aussi P. B. Randolph écrit-il dans sa Magia Sexualis : « Les connaissances primordiales et dérivées qu'on acquiert [...] sont toutes différentes de celles que donnent les livres, car elles placent l'élève dans l’essence même des choses, tandis que les livres ne lui apprennent que les rapports entre des idées postulées. L'étude cérébrale ( qui ne doit cependant pas être négligée) confère la mémoire des mots, et enseigne l'art de jongler avec ces derniers, mais nos méthodes, qui reposent sur l'antique sagesse [...], apportent la connaissance réelle de ce qui est » [4]. Et l'on voit bien ici que par connaissance, on ne désigne ni théorie, ni doctrine, ni explication.

 

Pour illustrer cet art, cette science qui connaît avec la fraîcheur qui ne connaît pas, ce monde magique riche de tous les possibles, je citerai une situation vécue au mois de Juillet 96. Son contexte parapsychologique ne doit pas faire oublier que le sens importe plus que le signe. J'étais alors en retraite sur une terre consacrée aux usages magiques et j'avais passé l'aprés midi à parler avec l'un de mes compagnons au sujet de la visualisation, de l'imagination magique et de la lumière astrale. Le soir venu, j'entrepris de lui montrer une technique permettant de résoudre le problème du manque de luminosité dans la pratique de la visualisation. Ce problème pratique est assez répandu chez les magiciens et Robert Ambelain le signale dans sa Kabbale pratique [5]. Les conditions pour ce travail étaient idéales. L'état de conscience dans lequel nous nous trouvions ne pouvait que faciliter la tâche. Nous nous couchâmes côte à côte, et je commençai à pratiquer moi-même une visualisation. En même temps que je visualisais, j'expliquais à mon compagnon le processus suivi et la façon de placer l'attention lors de ce type de pratique. Celui-ci était tout étonné de constater combien il lui était aisé de travailler avec la lumière astrale. Souhaitant alors m'informer de la qualité de visualisation de mon compagnon, je posai ma main sur son front et sans réfléchir, je me mis à décrire très exactement ce que je voyais, l'aidant même à corriger certains défauts de sa visualisation. Il ne m'avait pourtant rien dit de ce qu'il visualisait. A la fin de la séance, mon compagnon remarqua, dangeureusement excité : « Tu peux voir ce que je vois ! Comment fais-tu ? ». C'était à mon tour d'être surpris et je ne pus que répondre que je ne savais pas. Pas besoin de savoir pour faire. Si je m'étais posé la question de savoir comment faire, je n'aurai rien vu. Il fallait que je voie et j'ai vu. Ce sont des choses que l'on connaît sans avoir besoin de les saisir. Quand elles doivent être là, elles sont là. Le sentiment d'avoir des pouvoirs est absent, tout est très ordinaire. Aujourd'hui encore, je ne sais toujours pas si je peux répéter l'expérience et si je serais capable de faire la description détaillée de ce qu'une autre personne est en train de visualiser. Par contre, cette petite anecdote montre que certaines choses en nous, dépassent le cadre de la pensée. Elles n'en sont pas pour autant imprécises ou délirantes. Bien au contraire, on en rapporte plutôt des impressions de vive clarté. Elles projettent dans une attitude magique spécifique qui prend le Dragon pour monture, celui-là même qui vogue sur l'Ouvert.

 

Les moments où souffle la magie du Dragon sont marqués par une absence totale d'hésitation et une intrépidité incroyable. Chaque fois que j'ai pu voir opérer un vrai magicien, c'est cette absence d'hésitation qui m'a frappé, plus fortement encore que les résultats et les signes magiques obtenus. Cette confiance, cette audace, est l'une des qualités émergeantes de ce que l'on appelle : la volonté magique. Elle suppose un état de conscience différent, une intrépide connaissance qui chevauche le vent !

 

Le magicien voit l'invisible. Il peut connaître sans savoir et voir sans regarder. C'est une aberration. Son monde peut nous paraître subtil, mais il est aussi très solide. Au sujet du monde magique, les tantras tibétains parlent de qualité vajra ( mot signifiant "ce qui est indestructible" ). Selon les maîtres tibétains, le monde sacré est aussi dur et brillant que le diamant. C'est impitoyablement là, réel. J'utilise à dessein le terme "impitoyable". Il signifie que nous n'avons jamais aucun moyen de fuir vraiment la réalité. Nous pouvons seulement nous faire croire que nous la fuyons, mais elle est toujours implacablement là. L'impitoyabilité du monde sacré ne signifie donc aucune malveillance. Lorsque Julius Evola tente d'en communiquer la saveur, il dépeint le stade magique, le stade primordial, comme un retour à l'immanence absolue. La réalité ne lui parvient pas par le biais des pensées mais par l'acte, l’expérience, la sensation directe de présences impersonnelles et de pouvoirs.

 

Décrivant l'une de ses expériences magiques de l'immatérialité, Pietro Negri, qui fut l'un des compagnons de route d'Evola, insiste beaucoup sur le caractère très concret de l'état magique, allant même jusqu'à parler de perception : « Dans le cas spécifique de mon expérience personnelle, le transfert arriva indépendamment de toute spéculation scientifique ou philosophique, de tout travail cérébral ; et je suis plutôt enclin à croire que cette indépendance n'a pas été fortuite et exceptionnelle. Il ne semble vraiment pas que la spéculation rationnelle puisse conduire plus loin qu'une simple abstraction conceptuelle, de caractère plus que négatif, et incapable de suggérer ou provoquer l'expérience directe vécue, la perception de l’immatérialité » [6]. Concevoir et percevoir, regarder et voir, penser et vivre, c'est ce qui fait la différence entre l'initiation virtuelle et l'initiation effective. L'expérience magique est plus un acte qu'une pensée de l'impensable. Le saut qu'elle nous propose est d'une telle intensité ! Agrippa, dans sa Magie d’Arbatel [7], précise que « Le passage de la vie ordinaire des hommes à la vie magique ne diffère pas du passage du sommeil à la veille ». Et si, pendant tout ce temps, nous n'avions fait que dormir ? Pour présenter cet accès au caractère immanent du monde sacré, Kremmerz utilise le terme d'état de mag [8]. C'est un état de conscience-capable-de-tout, ainsi que le nomme la Magie Inconnue. Conscience sans conscience : ainsi la conscience suprême, ignorante d’elle-même ! Loin d'être une forme de transe passive, il s'agit plutôt d'une absorption active communiquant une sensation d'indestructibilité. Car le monde sacré est aussi solide que le diamant, aussi impitoyable, lumineux, brillant et soudain que la foudre. Telle est cette « autre moitié du monde que le monde ne connaît pas » dont parlent les Rose + Croix dans leur Fama Fraternitatis [9]. Mais ce n'est pas un monde autre que celui dans lequel nous vivons. On peut penser qu'il s'agit de quelque chose d'extraordinaire mais il n'en est rien. Tout cela se résumera peut-être finalement par une histoire très domestique, une affaire de couteaux et de fourchettes.

 

Bien qu'étant partout, la magie n'est jamais là où on l'attend. Même Pietro Negri insiste sur le caractère apparemment fortuit des états de conscience qu'elle génère. L'expérience qu'il a faite n'était pas construite par la pensée. Il ne la déclenche ni ne l'arrête. Inattendue, elle arrive comme un voleur, ainsi qu'on le dit du retour de Jésus dans les Écritures. Et le magicien de citer les Évangiles [10] : « L'esprit souffle où il veut, nul ne sait d'où il vient ni où il va ». Evola témoigne également de ce caractère soudain et imprévisible. Les termes utilisés par ces magiciens auraient de quoi surprendre plus d'un occultiste. Evola et Pietro Negri ne disent-ils pas tous deux, dans d'autres passages de leurs oeuvres, que l'attitude magique diffère de l'attitude religieuse en ce qu'elle ne repose pas sur l'intervention de la grâce ou de la providence, c'est-à-dire sur quelque chose d'extérieur à la volonté du mage ? Par conséquent, on penserait plutôt trouver ce genre de témoignages expérientiels chez les mystiques, ceux pour qui le monde sacré est pure grâce, hors toute volonté d'homme. Mais il se trouve néanmoins que lorsqu'ils parlent d'états de conscience magique, les deux auteurs en reviennent à l'inattendu et à l'impromptu. Ils "contrôlent" peut-être l'état, ils y découvrent une sorte d'hyper-lucidité dégagée de toute “observation”, mais ils n'ont pas le pouvoir d'y accéder par un commandement intérieur immédiat.

 

L'occultisme revendique pourtant une immanence dont il contrôle les paramètres. En effet, bien des occultistes prétendent que seuls sont magiques les processus restant totalement sous le contrôle du magicien et dépendant de sa volonté propre. M. Denning et 0. Phillips vont jusqu'à préciser : « cette condition est indispensable. Les effets qui tiennent du phénomène miraculeux ou qui naissent spontanément du psychisme, causés par l'état de médiumnité ou encore dérivant de possession, ne peuvent être qualifiés de magiques » [11]. Je ne suis pourtant pas sûr que cette définition sommaire puisse rendre réellement compte du phénomène magique. On peut déjà constater qu'elle ne s'applique ni à la magie chamanique, ni à la magie tibétaine, ni à la magie de Crowley, ni à la magie païenne d'Evola et de Pietro Negri, du moins au stade où elle se présente dans les expériences citées. Cela écarte beaucoup de monde, semble-t-il. Et nos occultistes, toujours “ au courant de tout “, finissent par se retrouver seuls à raconter leurs petites histoires. Les propos sans nuance, qui assimilent systématiquement les phénomènes spontanés et non maîtrisés à de la médiumnité ou à une conception religieuse de la "grâce" ne m'ont jamais semblé pertinents. Ils ne correspondent pas à ce que l'expérience magique communique.

 

Cette compréhension primaire du monde occulte témoigne le plus souvent du pur virtualisme de ceux qui la soutiennent. Crowley en aura fait les frais, lui qui plongeait vaillamment dans la nature vajra. Ainsi le qualifia-t-on de médium jouant dangereusement avec les univers magiques : « En tant qu’adepte, l’histoire de sa vie montre qu’il appartenait à la toute dernière classe et, à part une intelligence brillante, sa principale contribution à l’occultisme était d’être un bon médium. Un adepte doit être capable de contrôler les forces qu’il invoque, et Crowley en était incapable », remarque Gareth Knight [12]. Mais le fameux “contrôle” n’est pas tel que le disent les mythes des occultistes. La plupart du temps, la conception du contrôle des pouvoirs est très manichéenne. C’est un contrôle égotique et cérébral. On demande à l’enfant qui vient de naître de ne fréquenter que tel ou tel type de paysage, de voir le bleu et d’éviter le vert. Comme s’il avait le choix ! Le film de Scorcese, Kundun, qui fût supervisé par Tenzin Gyatso lui-même, nous montre un Dalaï-lama sujet à d’atroces visions. Sa conscience cérébrale ne les désire absolument pas. Il ne choisit ni de s’y ouvrir ni de s’y fermer. Le monde vajra décide, Tenzin Gyatso n’est pas. Le “contrôle” est cependant parfait, même si les visions sont abominables et impromptues et qu’elles sont vécues dans une atmosphère d’effondrement et de larmes. L’art d’ouvrir et de fermer la “vue” ne sont donc pas ce que l’on croit. En détenir les clés ne veut pas dire que l’on ne soit pas sujet à l’imprévu, au spontané ou au désagréable. Au contraire, le parfait “contrôle” naît d’une écoute profonde de l’Instant, indépendamment des petits “j’aime”, “j’aime pas”.

 

Dans bien des cas, il semble que l'on ne reconnaisse pour magique que le domaine étroit de la magie à but utilitaire. En revanche, si l'on devait traiter de l'Ars Magna, de la magie de l'Éveil ( laquelle ne serait pas une magie dans le but d'atteindre l'Éveil mais plutôt une magie DE l'éveil, une magie utilisant les qualités éveillées ), on serait conduit à reconnaître au moins deux stades magiques - le stade initial et le stade ultime - où tout semble se produire spontanément, sans détermination de la part de la volonté cérébrale. Pour être plus rigoureux encore, il faudrait même ajouter que le caractère spontané de la magie ne disparaît jamais. Sans en réduire le mouvement, la magie indomptable peut cependant être commandée. L'imprévisible Souffle peut être deviné et appelé, sans que n'en soit altérée l'imprévisibilité. C'est une éventualité qui n'entre pas dans l'ordre logique des choses, mais elle n'en est pas moins réelle. Je crois d'ailleurs que c'est l'un des aspects les plus scandaleux de la magie. Dans le tantrisme tibétain, les pratiques de visualisation manipulent l'état de Shunyata (vide) [13]. On demande au pratiquant de générer ce qui, d'autre part, est déclaré comme étant hors de toute manipulation possible. Il en va de même pour ce qui concerne la présentation de Rigpa [14], l'état naturel, dans la voie du Dzogchen [15]. On y suppose presque que vous déclenchez Rigpa sur commande. Cela relève du même défi que celui consistant à transmettre l'intransmissible et à provoquer ce qui ne peut l'être en aucun cas. Pour une logique ordinaire, le commandement magique est une aberration absolue. Cela équivaut à manipuler le Divin, donner des ordres aux dieux. Mais je ne crois pas que la volonté cérébrale puisse jamais parvenir à de tels résultats.

 

L'esprit ne peut être commandé mais on peut commander l'esprit disait Don Juan. Une mystique un peu courte condamnerait ici la récupération. « Comment ! Vous prétendez que la grâce est oeuvrable ? ». N'est-il pas écrit pourtant, dans les Evangiles, que les Apôtres commandent l'Esprit ? N'y a-t-il pas quelque magie dans cette affirmation ? Le mystique accuse souvent l'occultiste de vouloir mettre la grâce sous la puissance du moi et de n'agir qu'en vue d'acquérir des pouvoirs qui lui permettront de transformer la montagne en vallée en un clin d'oeil. La simplification est hâtive. C'est à se demander qui récupère la magie ? Il peut y avoir un manque total de spontanéité chez celui qui ne veut pas manipuler la magie et se substituer à la providence. Inversement, il peut y avoir une spontanéité énorme et héroïque chez celui qui ne s'empêche pas de le faire. Le magicien constate seulement que ces pouvoirs sont là. Il ne les cherche pas mais il les utilise. C’est comme s’il avait prise sur le Samadhi, mais il ne se retourne pas sur ce pouvoir. La vérité de l'expérience parle donc un autre discours. Ainsi que le disait Crowley, Magick dépasse l'étroitesse des catégories artificielles. Mysticisme, occultisme... le Souffle du Dragon est plus mystérieux que nos concepts. Il n'en a plus besoin.

 

Au niveau initial du travail magique, l’absorption sans sujet ni objet, apparaît donc comme un voleur. Cela surprend. Vous n'aviez pas du tout prévu de vous retrouver dans une telle situation. C'est tellement vaste, tellement puissant ! Comme Tchouang-Tseu, vous vous retrouvez peut-être dans un champ expérientiel où les montagnes sont des grains de sables et les fourmis des univers sans fin. Il y a des perceptions infinies, des sons que l'on peut voir et des couleurs que l'on peut entendre. Pleinement ancrée dans l'instant, dans l'ici, “votre” “conscience” peut parfois vous montrer qu'il est possible d'anticiper le temps. Ce n'est pas que vous cherchiez à produire ces phénomènes non ordinaires. Simplement, ils sont là. Ils jaillissent de l'instant sans que vous les attendiez. Ils correspondent à la nécessité du moment. Vous ne cherchez aucun pouvoir. Ce qui est là est déjà tellement puissant !

 

C’est pourtant très ordinaire. Une métaphore peut nous le faire comprendre : tapi dans la forêt, le sanglier peut vous surprendre. Vous ne pouvez le voir qu'au dernier moment. Telle est la conscience ordinaire. Mais si vous grimpez dans un arbre ( état de mag ), vous voyez plus loin. Votre conscience devient panoramique. Vous avez le temps de voir le sanglier arriver. C'est pourquoi je dis que ce type de conscience sans sujet peut permettre d'anticiper le temps. Il semble que vous puissiez remonter de l'effet à la cause, puis à la cause de la cause, indéfiniment. Parfois, vous pouvez voir ce qui va se produire. Il semble également que vous puissiez puiser en vous-même des connaissances que vous n'avez pas apprises. Ce sont des bouffées de sagesse spontanée, ainsi que les appellent les tibétains. C'est une sorte d'inspiration, reflet embryonnaire de quelque chose de plus élevé. Vous avez aussi l'impression de connaître les gens de l'intérieur. Leur état d'esprit vous est connu même s'ils se trouvent à des kilomètres. Dans le champ de mag, toutes sortes de choses peuvent ainsi se produire. Et même s'il ne se passe rien, même si c'est très ordinaire, il semble que vous soyez au coeur des choses, que la barrière entre vous et ce que vous voyez devienne transparente. Vous êtes dans l'ici et maintenant. Les phénomènes non ordinaires que vous pourriez expérimenter vous apparaissent comme des signes indiquant que vous êtes sur la bonne voie plutôt que comme des pouvoirs personnels.

 

Mais tout cela ne dure qu'un bref instant. Vous ne pouvez y demeurer. "On" vous met l'eau à la bouche pour créer le désir de la voie. Puis, "on" vous éloigne de la bien-aimée. Et ce que vous avez goûté est si vrai que vous êtes condamné à la quête. Vous êtes amoureux. Vous brûlez de retrouver cet espace de conscience libre de soi. La magie vous a pris au piège sans vous demander votre avis. Elle est totalitaire. Elle reviendra vous embrasser... si elle veut. Car au début, ce n'est pas vous qui avez le pouvoir. Beaucoup plus tard, vous apprendrez peut-être que vous êtes le seul auteur de cette embuscade magique. Une expérience psychique ordinaire ne vous transforme ni ne vous engage. L'expérience magique, au contraire, vous donne une direction de vie. Elle est spirituelle et redoutable. Je ne crois pas qu'il faille la rechercher. C'est plutôt quelque chose qui vous trouve.

 

. Il y a donc une expérience très forte de la magie qui marque le début de la quête et de l'initiation. Comme si Samadhi [16] vous sautait dessus et se communiquait par contagion. C’est une sorte de percussion. L’inconnaissance est majeure ; on le sait, on l’a touché du doigt. Et on sait, par participation directe, qu’il s’agit d’une donnée immédiate et positive, pas d’une simple abstraction. Que cette expérience vous vienne d'un homme ou d’une femme qui a pouvoir sur elle ou qu'elle jaillisse spontanément du cours même de votre existence n'est pas vraiment le plus important. L'essentiel est que tout cela marque un engagement fort, non pas dans une école ou relativement à une doctrine, mais par rapport à votre propre voie, celle qui ne sera jamais celle d'un autre. Ce que vous avez goûté est trop fort. Vous ne pouvez plus vous comporter en simple client du supermarché spirituel. Quelles sont les nouveautés au rayon tantra ? Et si je m'intéressais au soufisme ? Consommez ! Poussez votre caddy. Crédit illimité !

 

Mais revenons à la description du stade initial de la voie magique. Une fois disparue l'expérience, il semble tout à fait impossible de la reproduire à volonté. En fait, nous ne nous souvenons peut-être même pas de la façon dont tout a cessé. Et ce n'est bien souvent qu'aprés en être sorti que nous nous rendons compte que nous avons touché quelque chose d'essentiel. La fin de l'expérience est aussi énigmatique que sa venue. On peut tenter d'imiter cet état et de le reconstruire, cela ne marche pas. Tant que vous l’attendez, il ne vient pas. Si vous le saisissez, il s'enfuit. La chose n'est pas vraiment oeuvrable. C'est une saveur sans égale qui n’est à rien comparable ( comparable à Rien ? ).

 

L'impossibilité de manier l'expérience de l'immanence magique à volonté est inhérente à sa nature. Comment pourrait-on exiger de l'occultiste un tel pouvoir alors qu'il ne fait que commencer à parcourir le chemin ? Il me semble éminemment naturel que les choses se produisent ainsi. Qui, aux premiers souffles du Dragon, se targuerait d'en maîtriser le rythme ? L'immanence magique n'est pas le fruit de la volonté ordinaire et cérébrale. Elle ne naît pas de la pensée. Inutile de rêver, une telle chose ne se produira jamais par les voies de la conscience ordinaire. La possibilité de manier la magie par commandement n'apparaîtra me semble-t-il que plus tard, lorsqu'après un long apprentissage, l'homme sera entré dans l'intimité de l'expérience magique, dans la perception de la puissance qui est là. Et encore n’y aura-t-il alors plus personne qui commande !

 

Avant cela, avant de contrôler la magie et de la provoquer, il convient de la découvrir et de la goûter. A ce stade, la volonté de contrôle pourrait bien nous empêcher d'établir le contact avec le monde sacré. Cette première étape n'est vraiment pas une mince affaire. La croyance que l'homme peut ainsi débarquer dans le monde magique pour commander l'esprit au premier contact établi a quelque chose de mégalomaniaque. En fait, nous sommes très influencés par la magie des bandes dessinées. Nous avons lu beaucoup trop de bouquins d'occultisme. Pourtant, la magie apparaît comme quelque chose que l'on ne peut provoquer par un acte de volonté cérébrale. Plus vous êtes crispé et concentré, moins vous pouvez l'entrevoir. Les premiers voyages vers les terres du Dragon sont des visites impromptues et l'on ne peut espérer maîtriser immédiatement les choses par un commandement fort. Celui-ci apparaît dans nombre de traditions comme un pouvoir réservé et exceptionnel. Ainsi en est-il du waiyuwen, de la vision-commandement chez les chamanes eskimos. Tous les chamans n'en sont pas dotés, loin s'en faut. Que puissent exister des capacités cérébrales susceptibles d'imiter ce processus spirituel, certes. Ces pouvoirs réaliseraient par le bas ce que la volonté magique accomplit par le haut, c'est-à-dire en chevauchant le Dragon. Ils constitueraient un Ars brevis coupé de toutes racines éveillées. Mais on ne saurait comparer ces bricolages psychiques avec les pouvoirs qui naissent d'une réalisation spirituelle authentique.

 

Le niveau suivant du développement magique m'apparaît être celui où, justement, l'homme commence à découvrir le caractère oeuvrable des qualités magiques. L'inconnaissable n'est pas seulement inconnaissable. Il s'offre à une certaine pénétration. Sous un mode particulier, l'état de mag nous devient familier. Il est toujours magique, toujours imprévisible, toujours nouveau, mais il est familier tout de même. Il nous adopte et nous l'adoptons, un peu à la manière dont nous avons dû intégrer progressivement le sens de la parole ou le sens de la marche. Ce qui semblait impossible au départ commence à devenir envisageable. Cela ne paraît plus aussi hérétique. Surpris, nous découvrons que ces instants magiques sont oeuvrables. Ainsi que le fait remarquer Jean Dierkens, les énergies sacrées nous collent à la peau [17]. Elles font partie intégrante de notre habileté magique. Au niveau précédent, l'impression d'espace et d'ouverture laissée par l'état de mag pouvait nous absorber complètement. D'une certaine façon, l'hyper-lucidité était fascinée par le spectacle de sa propre découverte. C'était quelque chose d'aussi mystérieux que la grâce. On ne pouvait vraiment pas le prévoir. Toutefois, notre manière de voir les choses était dualisée. Il y avait deux mondes : celui de l'état de mag, et celui de la conscience ordinaire. L'absence de pont entre les deux rendait l'ensemble peu malléable. Mais nous commençons maintenant à nous rendre compte que tout ceci se laisse travailler. Nous pouvons fonctionner avec une certaine aisance et mobiliser en nous cet état de mag, cette puissance qui est là, immanente. Nous nous y aventurons même avec beaucoup d'audace. Il semble que tout change de rythme et que la magie soit de plus en plus prégnante, intense et rapide. Nous découvrons que l'état de mag produit une sorte de feed back. Ce dernier est semblable à un retour qui jaillit comme un écho au cœur même de la vie ordinaire. Il laisse entrevoir une possibilité de contrôle. On peut alors provoquer ce qui ne peut l'être. On commence par le faire très doucement, sans avoir l'air. Nous recevons toutes sortes de signes et de secours. Nous pensons que telle ou telle personne devrait nous appeler et le téléphone sonne. Les livres s'ouvrent à la bonne page. Les rencontres hasardeuses deviennent des rendez-vous. Il semble que quelque chose nous aide à parcourir notre route. C'est l'effet de feed back dont est capable l'état de mag.

 

En fait, nous cessons d'être victime de notre existence où, jusqu'à présent, tout se déroulait sans notre accord. De victime nous devenons à la fois disciple et maître de notre vie. Même les coups du sort sont des émergences de nos qualités internes. C'est une véritable, une authentique célébration. Le règne tout puissant de la fatalité semble s’achever. Nous commençons à avoir un destin. Nous pouvons peindre et sculpter notre vie. Les synchronicités abondantes, les opportunités incroyables jalonnent le parcours. C'est comme si la frontière entre le moi et le monde qui l'entoure devenait extrêmement floue. Peut-être commençons-nous vraiment à savoir ce qu'est la Volonté Magique. En effet, les magiciens orientaux disent que les signes de la Vierge ( symbole de la volonté purifiée ) sont patents lorsque tout ce qui nous entoure commence à jouer le rôle de maître. Les situations extérieures sont le feed back du maître intérieur qui est le Vouloir Vrai. On pourrait ressortir ici la vieille idée de l'école de la vie, mais il me semble que cela va beaucoup plus loin qu'une simple vision scolaire de l'existence. De nombreux étudiants des écoles magiques ont constaté que lorsqu'ils s'engagent vraiment ( non pas dans l'école, qui est la voie des autres, mais dans leur propre voie ), tout semble s'accélérer et aller très vite. Chaque fois que vous faîtes une chose, l'effet est immédiat. Il n'est pas différé. Cela fait dire à certains que le processus initiatique tend à accélérer l'élimination des résidus karmiques. Il me semble pourtant que cette explication ne rend pas entièrement compte de ce qui se produit. En vérité, nous découvrons notre maître, notre Volonté, notre coeur, l'orbite de notre étoile. Chaque fois que nous dépassons nos limites, nous recevons un signe fort et conséquent. Cela n'a rien à voir avec une sorte de flic cosmique. C'est un processus naturel. Lorsque l'enfant touche la flamme, il se brûle. C'est impitoyable. L'enfant reçoit un avertissement immédiat et naturel. Ce n'est pas une punition. Les situations qui nous reviennent sous forme de feed back sont en réalité l'œuvre de notre magie. Nous croyons peut-être que c'est providentiel et extérieur, mais il s'agit bien d'une production de notre propre esprit. A ce stade, il n'est pas exclu que la magie puisse devenir pour nous quelque chose d'extraordinairement irritant et dérangeant. En effet, la voie magique n'est pas un sentier bordé de fleurs multicolores. On ne saurait, sans surprise, l'imaginer d'une façon si romantique.

 

Quant au stade final de la magie, celui où l'homme est un vrai magicien, il semble une fois de plus que le caractère spontané de la magie y soit extraordinairement présent. D'une certaine manière, la magicien n'a plus besoin de faire de magie parce que la baguette magique remplit parfaitement son rôle. Non seulement on est magicien, mais on est totalement magique. Il n'y a pas d'effort à faire pour que tout fonctionne avec une certaine luminosité, une grande précision. Ce qui arrive est ce que l'on veut. Aucune différence. On pourrait tout aussi bien dire que rien n'arrive, tout est voulu. Extérieur et intérieur sont constamment synchrones, si tant est qu'une distinction puisse encore être établie à ce stade. Tilopa, grand magicien et maître tantrique, apparaît sous toutes les formes à Naropa qui le cherche. Il lui joue toutes sortes de tours. Il apparaît comme un mendiant, comme une vieille femme ou un jeune homme dans la force de l'âge. Tilopa est partout. Il faut voir ici le symbole. Mais la magie de Tilopa s'accomplit sans Tilopa. Il n'a aucun besoin de s'en occuper. Comme on le voit ici, la perfection de la magie est l'invisibilité qui accomplit sans agir, spontanément. De nouveau, il se peut que l'on ne sache plus qui est le magicien ni si la magie qui advient a un auteur. Nous sommes donc très loin d'une définition de la magie comme acte mental délibéré, déterminé par une volonté ordinaire et cérébrale.

 

Lorsque je parle de stade ultime, cela ne veut pas dire qu'existe un niveau où l'on épuise la magie, où l'on sait tout sur tout. Au contraire, le stade ultime ne cherche pas à épuiser la magie. C'est tout à fait inutile. Vous êtes magique. Vous pouvez, lorsque vous avez soif, puiser de l'eau et boire. Mais il est vain de vouloir épuiser la source car une fois tarie, comment pourra-t-elle étancher votre soif ? Cette source, c'est vous. Si vous vous arrêtez à quelque chose, c'est perdu. Vous ne vous jetez plus dans le Rien. Vous n'êtes plus suspendu au-dessus de l'abîme. Cela devient de la sagesse claustrophobique. Aussi faut-il laisser les fenêtres ouvertes, car tout ceci peut se mettre singulièrement à puer l'Éveil. Le stade ultime n'est pas un état statique que l'on aurait atteint et au-delà duquel il n'y aurait plus rien. La découverte est sans fin. Vous n'êtes pas quelqu'un qui n'a plus rien à apprendre. Vous êtes neuf chaque jour. Il y a de la fraîcheur, l'air vif des hautes altitudes...

 

Il semblerait au fond que la vision magique colportée par les "initiés" ( vision de bande dessinée où l'on imagine que les premières manifestations de magie dans la vie de l'apprenti sont soumises dés le début à son entière volonté ) soit surtout due à une compréhension trop linéaire et cérébrale de ce que peut être la volonté magique. Depuis un très grand nombre d'années, les occultistes suivent des entraînements de la volonté axés sur une compréhension cérébrale de cette faculté spirituelle. Selon ce que j'ai pu en apprendre - mais il se peut également que je ne sois pas au courant de tout - la qualité dictatoriale que Randolph appelle décrétisme n'est pas accessible par le bas, au moyen des seules forces de la pensée. Essayez de suivre l'entraînement communiqué par l'auteur dans sa Magia sexualis, vous m'en direz des nouvelles ! Cela ne marche pas. A moins, bien sûr, et c'est là le secret, que vous ne vous y exerciez qu'à partir de l'état de mag, et non en partant de la conscience ordinaire. Heureusement d'ailleurs, que ces recettes ne fonctionnent pas lorsqu'elles sont appliquées en marge des voies de l'Ars Magna. Il y aurait sans cela un grand nombre de despotes puissants et de tyrans.

 

Mais la volonté magique n'est pas la volonté cérébrale. Il ne s'agit pas de cette faculté que nous utilisons pour dire : « je veux une nouvelle voiture et une jolie maison », pour vouloir en même temps une chose et son contraire. La Volonté magique est ce qui est nous, avant nous. Elle est ce qui dépasse l'homme en l'homme ; ce qui, en nous, est plus nous-méme que nous-même. Nous parlons alors d'étincelle divine ou de maître intérieur. En fait, nous sommes cela et cela est nous. Nous ne pouvons être deux. Cependant, cette zone profonde de notre être qui est nous, semble en même temps nous dépasser et nous être étrangère. Pour cette raison, nous la déifions. Elle semble si loin de notre personnalité de surface ! Cela devient un autre que nous qui est nous en nous. C'est pourquoi nous l'objectivons. Nous le mettons en face. Certes, c'est en nous. Mais nous le voyons comme différent de nous. Nous pouvons découvrir cet abîme de sagesse intérieure et en comprendre la volonté. Au début, lorsque nous établissons le contact, nous mettons cette volonté qui est en nous en face de nous. Nous sommes le découvreur et la volonté est la découverte que nous faisons. Il y a deux. C'est pourquoi l'on dit que la magie nous fait découvrir le Vrai Vouloir par une rencontre, une conversation avec l'Ange Gardien, avec l'étincelle divine qui est en nous. Puisque nous parlons de rencontre et de conversation, cela signifie que l'approche est duelle. Nous sommes encore coupé de notre volonté au sens où celle-ci, si elle est bien quelque chose d'intérieur, n'en est pas moins vue à partir d'un pôle d'observation qui se croit différent d'elle. Aussi reste-t-il encore du chemin à faire. Ce chemin consistera à réaliser que nous sommes réellement Un et que ce Un est Rien. Finalement, nous ne sommes pas ce que nous voyons de nous-même. Nous sommes celui qui voit. Et celui-là, nous ne pouvons pas le voir. Voir celui qui voit ne revient pas à le mettre en face de soi, car ce serait encore un objet de lui-même et non lui-même. Celui qui voit est invisible à ses propres yeux. C'est comme si nos dents essayaient de se mordre elles-mêmes, comme si notre langue tentait de se goûter elle-même. Le poisson ne voit pas l'eau dans laquelle il nage. Ainsi, cette connaissance réelle de soi aboutit à une forme d'inconnaissance, au sens où vous n'êtes plus pour vous-même un sujet différent d'un objet que vous placez en face de votre conscience et que vous nommez "moi". Vous êtes cela. Vous êtes un. Même pas !

 

Vous êtes le Vouloir Vrai, celui où nul vouloir n'est plus. Parvenu à ce stade, il est possible qu'un pouvoir de commandement fort apparaisse. Mais ce commandement est totalement spontané, au sens où vous êtes tellement vous-même que vous n'avez pas besoin de vous objectiver pour vous observer vous-même. Vous n'avez plus besoin de vous couper en deux, ainsi que le fait la conscience ordinaire. Vivre, ce n'est pas se regarder vivre. Expérimenter, ce n'est pas sortir de l'expérience et se constituer en expérimentateur. Être soi, ce n'est pas se mettre en face de soi pour se regarder. Le stade duel ( rencontre avec l'ange gardien ) doit être réalisé d'abord pour être abandonné ensuite. Au début, il y a un autre en nous que nous ne connaissons pas. Puis, cet autre, l'étincelle divine, se dévoile. Nous devenons « disciple de notre propre esprit », ainsi que l'explique l'Évangile de Vérité, un texte gnostique de Nag Hammadi [18]. Enfin, après ce long parcours, nous sommes unifié, maître de nous-même. Rien n’ayant pas besoin d’être maîtrisé : maîtrise !

 

Redescendons de ces hauteurs vertigineuses qui commencent au ras du sol ( le ciel commence au ras du sol ) et reposons-nous la question : Est-il nécessaire d'opposer la spontanéité à la volonté magique, ainsi que le font des "initiés" mal informés ? « Chaque acte intentionnel est un Acte Magique » dit le premier théorème du Magick de Crowley. Mais l'auteur ajoute cependant : « Par "intentionnel", j'entends "voulu'. Car même les actes qui paraissent non-intentionnels ne sont pas tels en vérité. Ainsi, la respiration est un acte de la Volonté-de-Vivre ». Rien de plus spontané que la respiration, rien de plus intentionnel aussi, selon le mot de Crowley. Mais alors, qu'est-ce qui n'est pas magique ? Et il se pourrait bien que la volonté soit pleinement agissante au coeur des expériences spontanées d'un Pietro Negri ou d'un Evola. En effet, si ces choses-là leur arrivent, n'est-ce pas parce qu'ils les appellent ? N'est-ce pas parce que ce type d'homme s'est donné pour mission de se connaître soi-même ? Leurs expériences n'apparaissent sans doute pas comme une production contrôlée de la volonté cérébrale. Cependant, elles donnent un sens et une direction à leur existence. En ce sens, elles expriment pleinement leur Volonté Magique. L'apprenti magicien qui accueille le Souffle impromptu du Dragon devine le rendez-vous derrière la rencontre hasardeuse.

 

Pour provoquer un changement magique dans l'ordre des choses, la Magie Inconnue précise que l'homme qui ne dispose pas de moyens réservés peut avoir recours à l'intention fine. Afin de comprendre la façon dont notre conscience peut induire ces changements magiques, il faut se souvenir ici des enseignements que l'on retrouve dans un très grand nombre de cultures magiques. Le rôle joué dans la magie occultiste par la volonté a ses équivalents dans la magie yaqui ou il est question de l'intention. Pour d'autres cultures, c'est le rêve et la vision qui serviront d'éléments déclencheurs.

 

L'idée de base est que le monde visible, le monde des apparences, trouve son origine dans le monde invisible qui en est la cause. Ainsi, pour appeler des changements dans le monde visible, le magicien ou le chamane doit introduire de nouveaux enchaînements de causes dans le monde invisible. Cela se fait par la volonté, par l'intention, par le rêve, par l'aspiration.

 

Parlant de l'action du mage, P. B. Randolph explique que ce dernier « chasse de son esprit toute préoccupation ou imagination étrangères à son but, et attend la réalisation voulue, laquelle s'accomplit en vertu de la loi qui veut que tout ce qui est réalisé sur les plans supérieurs - métaphysique, mental et éthérique - d'un être, se reproduise également sur son plan physique et vice versa » [19].

 

Le même processus semble à l'œuvre dans la magie des indiens quechuas. Selon leurs enseignements, tout ce qui est manifesté est l'expression d'un rêve. Le visible est produit par l'invisible. Ainsi, l'univers dans lequel vit l'indien est une production des rêves combinés du dieu Soleil ( Inti ), de la déesse Lune ( Mama Kylia ) et de la déesse Terre ( Pacha Mama ). Quant à la vie d'un homme, elle est également l'expression de sa vision, de son rêve. De nos jours, les indiens pratiquent encore la quête de vision, c'est-à-dire la recherche du but de leur vie, de ce qui donnera une orbite à leur étoile. Même les civilisations apparaissent aux indiens comme l'expression de rêves collectifs. J'avoue ici que je prends très au sérieux ces choses, ayant pu vérifier que les rêves sont oeuvrables et qu'il est même possible de les transmettre à distance et de les partager, ce qui semble indiquer que le domaine onirique n'est pas dépourvu d’une certaine solidité. Pour les indiens quechuas, la civilisation industrielle et technologique est la production d'un rêve collectif que font les hommes. Ce rêve est conduit par l'instinct de consommer toujours plus, sans aucun respect pour les ressources et les capacités de Pacha Mama, la Terre-Mère. Ce qui pousse un auteur comme Thomas Berry à déclarer que « ce que nous semblons ne pas vouloir reconnaître - à moins que nous n'en soyons incapables c'est que l'ensemble du monde moderne ne découle pas d'un processus traditionnel, mais d'un rêve tordu peut-être le plus puissant qui ait jamais pris possession de l'imagination humaine. Aussi bien à l'origine que dans leurs objectifs, notre sens du progrès, et notre société technologique et rationnelle ne sont en réalité qu'une pure vision, un rêve » [20].

 

Je laisse à l'auteur la responsabilité de ses affirmations sur le caractère inéluctablement mauvais du progrès pour ne retenir ici que la puissance du rêve. Les cultures magiques qui en connaissent particulièrement bien la force ont développé l'enseignement de techniques donnant accès au rêve. Ainsi, l'homme qui souhaite changer de vie doit induire le changement magique de sa vie par un changement de rêve et de vision. Il doit générer un autre type d'aspiration.

 

La Magie Inconnue parle ici d'introduire l'intention fine dans le champ de mag. « L'intention fine est le mariage du feu et de l'eau » est-il dit par ailleurs. Quant au champ de mag, il apparaît comme champ de tous les possibles. En fait nous sommes ce champ des possibles lui-même, et non pas quelque chose de différent de lui, placé en face. Dans cette connaissance elle-même, nous pouvons trouver le pouvoir de réaliser nos intentions. Lorsque nous réalisons quel est notre but, il est inutile de nous crisper et de vouloir déterminer de façon rigide les étapes de réalisation de nos objectifs. Le champ de mag a en effet la caractéristique de former une unité donnant la possibilité de corrélations infinies. Si nous introduisons notre aspiration dans ce champ de mag, celui-ci est capable d'orchestrer une infinité d'évènements pour parvenir à la réaliser, pour peu que l'intention ne soit pas rigide au point de tuer toute créativité permettant de la concrétiser. Il semble qu'il y ait là une sorte de secret magique. Vouloir, certes, mais aussi lâcher prise. Vouloir le plus important comme si rien n'avait d'importance. Vouloir en profondeur, puissamment, mais sans crispation, sans inquiétude quant à l'échec ou à la réussite. C'est le sens du paradoxe disant que la volonté magique consiste à vouloir (feu) sans vouloir (eau). Mariage de la volonté magique et de la fantasia, du soleil et de la lune, de l'homme et de la femme, volonté à la fois active et passive.

 

Chaque jour, nous pouvons faire l'expérience de l'aventure dans l'inconnu, de la joie de l'incertain et de l'ouverture. Comme l’écrit Crowley dans son Livre des Mensonges : « C’est le Pur hasard qui régit l’Univers : c’est pour cela, et uniquement pour cela, que la vie est bonne.» Si nous vivons dans l'ouvert sans nous crisper sur notre intention, nous allons dans la bonne direction. Nous n'avons pas besoin de tout planifier, de tout réduire au connu. Mais il nous est très difficile de ne pas fixer les choses car l'ouvert nous fait peur. Non seulement nous voudrions réaliser notre intention, mais nous voudrions également dicter de quelle façon les choses doivent se produire. Lorsque nous nous gelons sur une idée rigide, avec un commandement fort de ce qui doit arriver, lorsque nous y restons attaché, nous détruisons de vastes univers de possibilités. Cette volonté cérébrale pénètre le champ de mag à la manière d'un éléphant dans un magasin de porcelaine. Attachée au résultat, sans recul, la volonté crispée s'embourbe dans la toile rigide de ses pensées. Elle n'a plus la créativité suffisante et nécessaire pour reconnaître les opportunités. Elle ne peut s'élever pour toucher et atteindre dans des conditions favorables le champ de mag, dont la caractéristique est l'infinie fluidité. Ici même, il convient donc de mettre en application la discipline de l'arcane : respecter la part d’inconnu, l’élément chaotique créateur. Avec la volonté cérébrale, nous voulons refermer la main sur le papillon de l'intention. Nous voulons tellement définir les choses, faire en sorte que nul principe d'incertitude n'y vienne interférer, que nous rendons impossible l'ouverture et la réalisation de notre intention. Entre un point et un autre, entre l'intention et sa réalisation, il existe une infinité de chemins possibles. L'intention du magicien reste ouverte à l'opportunité et ne se crispe pas. Si elle dictait ses normes, elle s'enfermerait nécessairement dans des processus routiniers. Elle serait victime du passé et ne pourrait changer la vision de sa vie pour s'ouvrir à la nouveauté, au processus créateur de la magie, aux infinis possibles. Ainsi, l'action magique intelligente sait que sa réalisation passe par l'imprévisible. Elle respecte l'Arcane. Si le magicien veut de façon trop dure et crispée, il nuit à son projet et s'attache à son objectif. Or, la volonté magique est sans désir et sans dessein. C'est une volonté tranquille et détachée. Ouverte à l'incertain, dépourvue de doute, elle n'est pas hésitante. Elle est si ouverte qu'elle en devient créative, neuve, inventive, surprenante, souple. Lorsque nous décidons de faire notre chemin dans l'inconnu, nous découvrons que la vie est une célébration. Le détachement nous donne la liberté de créer autre chose que ce que nous connaissons et savons. Il permet à l'intention de germer dans les meilleures conditions. Nous sommes alors capable de chevaucher l'ouvert.

 

Mais pour cela, l'homme doit rencontrer son "ange". Il doit s'acheminer vers la caverne sacrée pour obtenir la claire vision donnant le sens, la direction de son voyage, qui est le rêve du Seigneur du dedans.

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NOTES

[1] Nom par lequel l'auteur désigne son propre système magique. Voir à ce sujet la deuxième cassette de ses entretiens sur la magie. [retour au texte]

[2] La Bible Restituée, Editions Cohérence, 1984. [retour au texte]

[3] Carlos Castaneda, Editions Gallimard, 1988. [retour au texte]

[4] Editions Guy Le Prat, 1981. [retour au texte]

[5] Editions Bussière, 1990. [retour au texte]

[6] Introduction à la Magie, UR 1927-28, Editions Arché, 1986. [retour au texte]

[7] Editions Le Monde Inconnu Reprint [retour au texte]

[8] Le champ du mag est un "état de l'être que ne peut comprendre celui qui ne l'a pas éprouvé". C'est le "pouvoir de transe actif". Cf. Introduction à la Science Hermétique op. cit. [retour au texte]

[9] La Bible des Rose + Croix, traduction et commentaires des trois premiers écrits rosicruciens (1614-1615-1616) Bernard Gorceix, Editions PUF, 1970. [retour au texte]

[10] Evangile de Jean III : 8. [retour au texte]

[11] Cité par J-L de Biasi dans L'Esprit de la Terre, Philosophie et pratique de l'écologie sacrée; éditions Les Trois Parques, 1996. [retour au texte]

[12] Guide pratique du symbolisme de la Qabal, éditions Ediru, 1980. [retour au texte]

[13] Shunyata est la non-réalité des phénomènes, leur véritable nature. Mais en aucun cas il ne s'agit d'un néant négatif. On peut noter que toute visualisation naît de la vacuité et que cet enseignement n'est pas seulement vrai dans le bouddhisme. Le Liber Umbrarum de Gardner précise que même la déesse des sorcières et des sorciers prend racine dans le vide, qui est aussi notre vraie nature : " qu'on ne parle pas de toi comme Une, mais comme Aucune... Ce n'est pas toi que nous adorons car ce qui adore est aussi toi." [retour au texte]

[14] Rigpa est l'état de présence claire et discernante de l'esprit d'éveil, libre des fabrications conceptuelles et spontanément présent, non-élaboré. [retour au texte]

[15] Le Dzogchen est un coprus d'enseignements tibétains relatifs à "la pureté primordiale des phénomènes et de la présence naturelle des qualités du Bouddha en chaque être. C'est la vue ultime de la tradition nyingma, l'union de la vacuité et de la conscience éveillée". Cf. Glossaire des termes bouddhistes in Le Trésor du coeur des êtres éveillés de Dilgo Khyensé, éditions du Seuil, 1996. [retour au texte]

[16] Samadhi est, selon Crowley, la condition de base de la pratique magique où fusionnent sujet et objet, ainsi que le point d'union par lequel la magie est irrémédiablement liée à la mystique. C'est aussi, accessoirement, le secret technique et métaphysique du nombre onze et de la onzième lettre de l'alphabet hébreu, Kaf, secret qui permet de passer de la simple magie à la magicK. [retour au texte]

[17] Pourquoi des groupes ésotériques ?, article publié dans l'Originel n°3, éditions Arkhanorum, 1995. [retour au texte]

[18] Textes fondamentaux du séthianisme christianisé, version française et commentaires par André Wautier, éditions Ganesha, 1989. [retour au texte]

[19] Magia Sexualis op. cit. [retour au texte]

[20] Cité par John Perkins dans Enseignements chamaniques, éditions du Rocher, 1991. [retour au texte]

 

 

Chapitre 2 de L'Art Obscur, secrets de magie et magie du secret (petit manuel à l'usage des sots), par Jean-Luc Colnot © copyright Éditions de L'Oeil du Sphinx, 2000. Le texte est reproduit avec de légères modifications dans les notes pour l'adapter à une version éléctronique.