L'ENFER



Le danger se produit en face d'un certain plein quelque part, quelque temps, ou de quelque chose. Le risque se produit en face d'un certain plein durable, éventuellement toujours présent et éventuellement presque partout. Le péril se produit en face de tout le plein, analogue au chaos, et éventuellement en face d'un certain vide. Le martyre se produit en face de tout le vide, et éventuellement d'un certain néant. Ce qui dépasse le martyre et dont je ne connais pas le nom, - et qui est peut-être la crucifixion réelle -, se produit en face du néant total. La crucifixion, c'est le mourir en devenir. Il y a ce qui dépasse la crucifixion, et qui est l'état du mourir face au néant du rien suprême. Ceci est dépassé par le devenir de la mort, et ceci est encore dépassé par l'état de la mort. Enfin, cet état de la mort est dépassé par l'action de la mort, à nouveau dépassé par l'oeuvre - en état - de la mort, à nouveau dépassé par l'oeuvre de l'oeuvre de la mort, qui est le chef-d'oeuvre de la mort en état, dépassé encore par l'action du chef-d'oeuvre de la mort, à nouveau dépassé par l'oeuvre du chef-d'oeuvre de la mort, à nouveau dépassé par le chef-d'oeuvre - en état - du chef-d'oeuvre - en action - de la mort, à nouveau dépassé par le chef-d'oeuvre - en action - du chef-d'oeuvre de la mort - alors en action -, à nouveau dépassé par le chef-d'oeuvre - en oeuvre - du chef-d'oeuvre alors en oeuvre - en état - de la mort.
A nouveau dépassé par le chef-d'oeuvre - en état de chef-d'oeuvre du chef-d'oeuvre alors en action - du chef-d'oeuvre de la mort : c'est alors que se produit le chef-d'oeuvre - en action en chef-d'oeuvre du chef-d'oeuvre alors en oeuvre en état - du chef-d'oeuvre de la mort. Alors se produit un nouveau dépassement qui se produit par le chef-d'oeuvre - en état d'oeuvre en chef-d'oeuvre, alors oeuvre en action - du chef-d'oeuvre de la mort. Alors, on accède à un nouveau dépassement par le chef-d'oeuvre - en oeuvre d'oeuvre en chef-d'oeuvre, alors oeuvre en chef-d'oeuvre - du chef-d'oeuvre de la mort : c'est alors, par changement de plan révolutionnaire, la mort de la mort qui est la vie nouvelle - en état -, et l'esprit nouveau - en état - de la résurrection où on accède à la vie nouvelle - en action -, et à l'esprit nouveau - en action - : c'est alors le dépassement nouveau de la vie nouvelle - en oeuvre -, et de l'esprit nouveau en oeuvre -, germe du corps glorieux - qui passe du virtuel qu'il était alors, à la naissance de la nouvelle essence, quatrième essence, puisque la première essence est celle de la naissance qui précède l'existence du naître, et qui débouche sur l'existence concrète, passage de la réalité à la manifestation : c'est alors la naissance de la seconde essence, fruit de l'existence. Puis on passe à la troisième essence, celle qui vient après l'existence du mourir, et qui produit l'essence de la mort : essence durable de la mort, qui débouche sur la quatrième essence, celle de la résurrection où l'esprit vivifiant crée le corps glorieux, existence qui débouche sur une cinquième essence qui est le fruit de l'existence du corps glorieux : passage de son être à sa conscience enfin libre - fruit de la libération. Passage de l'existence du corps glorieux à la cinquième essence - celle de la liberté absolue, révolutionnaire, singulière et universelle - où le devenir révolutionnaire transforme l'éternité et l'infini absolus, en éternité relative et en infini relatif, promesse d'une éternité relative - cette fois incarnée -, et de l'infini relatif - cette fois incarné. Ceci est le terme, et pas la fin : il n'y a jamais de fin. Le terme débouche sur une nouvelle origine - ainsi, d'origine en terme, et de terme en origine, etc. L'incarnation de l'éternité relative et de l'infini relatif est l'éternel présent qui devient l'instant où disparaît l'enfer où l'être et le non-être sont en situation de réaction - donc de révolte - et de passion. Dans l'enfer, il y a l'âme qui est et qui existe dans un corps subtil dont elle a créé l'existence par la vertu de son essence. L'âme - avec son corps subtil créé par elle pendant la mort - est le germe du germe du corps glorieux qui sera une essence capable d'accéder à l'existence par le chef-d'oeuvre de la conscience absolue de son être global. L'enfer est donc le lieu où les âmes sont en situation de passion ou de réaction, incarnée dans le corps subtil qu'elle a créé pendant la période durable de la mort. L'enfer est - passagèrement - lieu de l'éternité absolue et de l'infini absolu. Mais l'enfer est seulement interne. Le Paradis est externe - et même extérieur - et aussi intérieur. Le purgatoire est le lieu du passage - relativement durable - de l'âme - essence incarnée dans le réel de son corps subtil qui devient son existence relative. Le réel de ce corps subtil, et l'essence - qu'en est l'âme à l'état d'essence -, passeront à la réalité et à la manifestation définitive, lors de la résurrection. Je l'ai dit : ce corps subtil - existence de l'essence de l'âme - est le germe du germe du corps glorieux. Corps glorieux qui n'est qu'essence à sa naissance malgré. La présence du corps glorieux passera à l'existence - toujours au sein de la manifestation définitive - par le chef-d'oeuvre second de globalité de son état, et par l'opération de son action à l'état de chef-d'oeuvre premier dans le corps glorieux. Lorsque l'éternité absolue deviendra relative et incarnée, et lorsque l'infini absolu deviendra relatif et incarné, - incarnés tous les deux alors dans le corps glorieux -, à ce stade d'incarnation, l'enfer explose, libérant toutes les victimes de l'enfer - qui était éternité absolue, mais qui est devenu éternité relative : c'est alors que l'enfer disparaît dans une explosion immanente, suprême, et ultime. Et le Paradis, encore lieu d'exception et de miracle, implosera, implosion immanente, suprême, et ultime : il n'y aura plus - nulle part et jamais - de différences quantitatives ou qualitatives. Il n'y aura plus que le collectif immanent, suprême, et ultime, de tous les uniques où qu'ils soient, quels qu'ils soient. Alors, le miracle et l'exception - qui étaient sporadiques - deviendront le nouveau collectif de tous les uniques en situation permanente de tous les miracles et de toutes les exceptions, passés de l'état et de l'action sporadique à l'état et à l'action, donc à l'oeuvre suprême et ultime - et même au chef-d'oeuvre suprême et ultime à l'état et à l'action de permanence -, tous deux objet et sujet du devenir permanent et révolutionnaire ayant atteint la révolution, et la dépassant par une nouvelle situation du devenir premier de l'être, devenu devenir second de la conscience et de l'être global, dépassé par la conscience nouvelle où se sont incarnés l'éternité relative et l'infini relatif, pour une durée absolument infinie - d'un espace absolu étendu de l'infini relatif incarné - où toutes les galaxies possibles et impossibles, et le système solaire, et la Jérusalem céleste de la Terre, seront tous le lieu de l'alchimie permanente : tous les humains sont devenus alchimistes. L'enfer est le lieu où le devenir - toujours présent - est passé de sa vertu révolutionnaire à sa vertu réactionnaire. L'enfer est le lieu de la réaction et de la passion, où le Dragon est toujours le seigneur de l'enfer et de son néant, et où la Bête est toujours la victime et les victimes de la passion. L'enfer est, pour la Bête, le lieu du chaos où elle règne par son masochisme absolu.

© Jean Carteret

[ carnet 26, pp. 68-79 ]