INTERVENTION DE JEAN CARTERET
A LA FlN D'UNE CONFÉRENCE SUR LE TANTRISME
PAR SERGE HUTIN EN 1969
On ne va pas de la Main Droite à la Main Gauche par une évasion mais par un engagement qui est une forme du choix.
Disons que la Main Droite est au Blanc ce que la Main Gauche est au Noir, mais lorsque l'on sait que l'esprit est blanc et que la vie est noire, à ce moment là des choses sont ouvertes...
D'autre part je voudrais rattacher le problème du mariage et des noces au problème de la Chute. Qu'est-ce que la Chute ? C'est la séparation de l'Androgynat non seulement de l'Homme et de la Femme, mais du Ciel et de la Terre.
Alors je dirais à ce moment-là seulement que le mariage, lorsque l'homme et la femme font un couple humain, c'est "un" couple, mais quand, au contraire, dans les Noces - et c'est de quoi il est question dans le Tantrisme - il s'agit de dépasser la Chute, cette rupture du Ciel et de la Terre, de l'Homme et de la Femme, pour faire en même temps le mariage de l'Homme et de la Femme et le mariage du Ciel et de la Terre... finalement, ces deux mariages s'appellent les Noces.
Les Noces, c'est un unique vécu dans un collectif et à ce moment on peut parler de "le" couple. Au contraire, dans le mariage habituel on ne parle pas de "le couple" mais de "un couple", c'est-à-dire une chose entre autres, ce qui n'a pas vraiment de valeur et n'est jamais qu'une certaine situation.
La différence majeure, capitale, qui existe entre le mariage et les Noces, c'est que le mariage est une "conversation" et au contraire dans les Noces c'est un "dialogue" qui réunit au moins deux personnes. Ce qui peut faire comprendre qu'il puisse y avoir des noces collectives, y compris les formes ésotériques des amours de la Main Gauche dans le sens du collectif...
En réalité, il ne peut être question que chacun fasse cette démarche essentielle. L'Alchimie, on en fait comme de la littérature parce qu'on ne peut pas faire autrement, mais celui qui fait de l'Alchimie parce quí"il veut faire" de l'Alchimie est aussi pompier que celui qui "veut faire" de la littérature...
Jean Carteret
[Texte paru in REVOLUTION INTERIEURE n°2, hiver 1977-78]