Je connais un ami "X" qui souffre jusqu'à l'immanence de la
dipsomanie.
Mais il tient trop à cette situation vécue pour se suicider. Il tient à ce
que ça dure. La dipsomanie appartient au domaine du néant du rien suprême,
alors que l'ivrognerie est une transcendance subie dans la passion subie de
l'étant du tout suprême : elle y est même parfois déterminée ou nécessaire,
- la nécessité étant transcendance du déterminisme.
L'ivrogne est donc dans la situation de passion subie dans son rapport avec
l'étant du tout suprême. La passion dynamique et collective est l'analogue
dans l'état ou dans l'action en déterminée, de ce qu'est la réaction en
déterminant statique. "X" dans sa dipsomanie est pris entre l'impossible à
l'origine (le chaos) et l'impossible au terme (le néant) : il veut remplir
le vide du néant par le plein du chaos - il boit beaucoup en quantité. Entre
ces deux impossibles, il y a le possible qui est lui même moi contingent
aliéné, individu transcendant aliéné. Tous les deux venant du néant du rien
suprême, le quelqu'un vient de l'étant du tout suprême. Tous les deux sont
uniques. Le quelque chose est le lieu des noces du néant du rien suprême et
de l'étant du tout suprême : il est ainsi illimité. Il est collectif plus
qu'unique. C'est dans ce lieu du possible que se trouve l'éventuelle
thérapeutique. Il est nécessaire qu'elle soit en même temps métaphysique,
et
physique et collective, - donc éventuel non-être pour l'unique qu'il est. Si
l'ivrognerie dépend de l'état du tout suprême, la dipsomanie dépend du néant
du rien suprême. L'ivrognerie est folie, - concernée par le chaos ; la
dipsomanie est démence, - concernée par le néant. Le whisky qu'il boit est
une boisson qui lui est devenue immanente dans sa quantité. Le possible au
milieu des deux impossibles est le lieu de la thérapeutique métaphysique et
physique, un collectif ou un non-être comme thérapeute.
© Jean Carteret
[ carnet 34, pages 1 à 4 ]
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