Le sommeil fait partie de la réalité comme le mourir : c¹est l¹absence de la présence. Le rêve fait partie des valeurs, et j¹oppose la valeur et la réalité, comme s¹opposent l¹essence et l¹existence, comme s¹opposent la parole et l¹écriture. Le réveil fait partie des valeurs, et j¹oppose la valeur et la réalité, comme s¹opposent la parole et l¹écriture. Le réveil appartient à la mutation qui fait passer la réalité du sommeil à la réalité de la veille. Mais l¹éveil appartient au domaine des valeurs : c¹est le cas de l¹éducation qui éveille mais n¹enseigne pas. Chez moi, l¹éveil est agressif, comme le domaine de mes valeurs est agressif. Je m¹endors difficilement, et je suis insomniaque : il me faut beaucoup de somnifères pour baigner dans le sommeil. Si je me réveille, je me rendors difficilement, parce que pour moi le réveil est du domaine de l¹éveil - comme la créativité qui est un monde des valeurs qui atteignent la réalité dans la création qui est le passage. L¹art n¹est pas un passage, mais un séjour des valeurs dans la réalité sociale. La parole est un passage des valeurs, plus ou moins permanent dans le domaine des réalités. Je ne me souviens pas de mes rêves, la mémoire étant du domaine de la réalité - alors que le souvenir est un monde des valeurs qui viennent de la réalité et éventuellement le retraversent. En raison de leur origine de réalité, je n¹ai même pas de souvenirs de mes rêves. Mais je sens que je rêve beaucoup. Mais je ne rêve ni partout ni toujours. Je pense partout et toujours, et la pensée est du domaine des valeurs. Et c¹est ce qui nourrit le domaine de mon éveil : c¹est donc la pensée qui rend mon éveil agressif. La pensée traverse le domaine de la réflexion et habite la méditation : ce qui fait que je réfléchis et que je médite tout le temps où je ne pense pas simplement. Mais comme la réflexion habite davantage l¹écriture que la parole, je n¹écris que pour prendre des notes, et exceptionnellement pour écrire des textes plutôt courts, et - encore plus exceptionnellement - longs. J¹écris ; je ne rédige pas, sauf dans des états de grâce ou de paix qui sont rares et le signe d¹une incarnation passagère, - mais pas d¹une réalité.


[ carnet 39, pages 34 à 36 ]