
Les essais qui suivent sont reproduits car il s’agit de textes pouvant intéresser et inspirer les lecteurs voulant en savoir plus sur l’approche de la Magick du Chaos - et non pour étoffer un ouvrage plutôt mince. Beaucoup sont déjà parus dans la revue Nox, ou ailleurs... Donc, si vous les avez déjà lus auparavant, allez mater une vidéo ou faire autre chose.
Lignes de fracture - Hurlement - Extase technique - Autres lectures

"Si la Volonté s’arrête et s’écrie Pourquoi, invoquant Parce Que, alors la Volonté s’arrête et ne fait rien."
Liber AL, II, 30.
Je me retrouve possédé par un démon. Obsession. Agrippé par des serres, l’amour de moi et la haine de moi nouant mes entrailles. Hurlant ma frustration dans la nuit, le rêve brisé s’amoncelant autour de mon lit.
Plus tard.
Un rayon de lumière dans la nuit qui couve : mon manteau de nuit, mon suaire autocousu. Connaissance. Perception. Rire sauvage. Etrange voie menant à la gnose. Une blessure intime réintégrant mon temps personnel. Je rampe dans mon centre, mon cercle, y grave un triangle à l’aide de ma plume. Je force le monstre à y rentrer, délie les écheveaux de la forme ; moments de faiblesse, de volonté et d’attente, désir enflammé par l’imagination. Créant ma propre came, ma propre toxicomanie.
S’il s’agit là de patauger dans le "fumier qliphotique", que ce soit le cas. Mais hors de ce fumier j’ai entamé une conversation, une histoire avec aucune chance de bien finir. Une histoire qui voilait ma volonté, brouillait de larmes mes yeux. J’avais créé ce monstre, un golem né de mes propres envies, de mes propres défauts, et maintenant je le démontais, pièce par pièce, évacuant le pus de passions entravées. Nous ne sommes que des noeuds dans une corde. Dénouons-les et nous glissons aisément, d’éon en éon, dans des rêves nébuleux.
MECANISMES EMOTIONNELS
Nous sommes entravés par notre propre passé, condamnés à répéter des schémas, des programmes écrits il y a bien longtemps. Ebauchés dans la main repliée d’un enfant, pelote de laine bien trop embrouillée ; un langage de moments critiques dans notre histoire personnelle. Des années plus tard, une brèche s’ouvre dans le monde, et nous, qui pensons être des créatures de libre arbitre et de volonté, sommes surpris par notre soudaine vulnérabilité. Pris au dépourvu, nous hésitons, et, dans ce silence, des doigts anciens et innocents, profonds en nous, pincent des cordes et nous sursautons maladroitement sous l’emprise de monstres se multipliant d’eux-mêmes, obsessions mentales.
MECANISMES DE DEFENSE
Plus nous octroyons de valeur au respect d’un schéma émotionnel donné, plus il sera probable que tous les messages ambigus seront perçus comme le soutenant. Les éléments qui vont à l’encontre seront très probablement négligés ou rationalisés afin d’être plus malléables. Le conflit survient lorsque se produit une dissonance entre les désirs et les constructions mentales existantes (n’avez-vous jamais eu peur de la force de vos propres désirs ?). Pour faire face à de tels conflits, divers systèmes de défense peuvent être adoptés :
L’agression
Une réponse typique au désir frustré et à la perte de contrôle, la perte de rêves dévorants. On peut la diriger contre la source de la frustration, ou contre les autres.
Apathie
Perte de contrôle, perte de la face, de la valeur personnelle. La machine s’arrête.
Régression
Adulte, moi ? Retour à une attitude enfantine. Pleurons assez fort et quelqu’un viendra nous réconforter. Peut-être avons-nous appris que nous pouvons contrôler les autres via les larmes.
Sublimation
En d’autres termes, faire bonne contenance. Rediriger l’énergie sous une forme plus acceptable. Mais les démons sont rusés. Jetez-les dehors par la porte d’entrée et ils reviendront en douce par derrière, attendant avec le calme d’une araignée que vous laissiez entrebâillée la porte de votre esprit.
Intellectualisation
Déplacer des sentiments avec des mots. Un bref mensonge pour des raisons esthétiques devient rapide source de fric pour le psychanalyste. De telles stratégies sont normales, avant qu’elles ne deviennent obsessionnelles : une boucle, verrouillée, fonctionnant de manière aussi automatique que la respiration. Hors de contrôle.
Fantasme
Le fantasme est la pierre d’angle de l’obsession, où l’imagination se trouve être ficelée comme un poulet élevé en batterie ; la catharsis devient éventuellement catastrophique. Walter Mitty vit en chacun de nous, dans des pièces de diverses tailles. Nous usons de fantasmes "de mise en marche" afin de tisser le sens d’une nouvelle situation, de fantasmes "de maintenance" afin de poursuivre une tâche ennuyeuse, et de fantasmes "obturateurs" afin de nous persuader qu’il ne vaudrait mieux ne pas...
Un fantasme possède un immense pouvoir, et dans des périodes de grande anxiété nous pouvons imaginer des milliers de résultats, bons et mauvais (mais surtout bons), pouvant être apportés par ce qui est craint/espéré sur le moment. Le fantasme existe, tension continuelle entre le désir de l’accomplir et celui de le maintenir comme fantasme - pour s’empêcher de le perdre. Evidemment, toute tentative pour le réaliser menace son existence. Une boucle, autarcique, en est le résultat, consolidée par nos mécanismes de défense favoris, flagellée par notre crainte de l’échec et notre désir de résultat. L’obsession obscurcit toute raison, nuit à la capacité d’agir, fait en sorte que tout élément secondaire devienne peu important à sa lumière. Il s’agit d’une lutte de traction à la corde, version double contrainte. Le désir de maintenir le fantasme en tant que tel peut être plus fort que le désir de l’actualiser.
En termes occultes classiques, je décris une forme-pensée, un monstre engendré des entrailles les plus sombres de l’esprit, nourri d’énergie psychique, revêtu d’imaginaire et alimenté via des cordons ombilicaux qui s’entrelacent au cours des années de croissance. Nous possédons tous nos propres Tunnels de Set, établis en nos voies par l’habitude et les schémas s’amoncelant les uns sur les autres. La forme-pensée nous chevauche tel un singe, sa queue est fermement entortillée autour de la colonne vertébrale d’un moi perdu il y a déjà des années ; une version antérieure fonctionnant machinalement à un moment de peur, de souffrance ou de désir.
Ainsi sommes-nous formés, et dans un moment d’égarement nous ressentons la chaude haleine du monstre contre notre dos, ses griffes labourant nos muscles et notre chair, nous dansons comme des marionnettes dont les ficelles sont là depuis des années, et dans un aveuglant éclair de perspicacité, ou mieux les douces remontrances d’un ami, nous pouvons voir le mensonge : le programme, il est tout d’abord nécessaire de voir qu’il y a un programme. Pour dire, peut-être que cette créature est mienne, mais elle n’est pas totalement moi. Ce qui s’ensuit alors est que la proie devient le chasseur, déchirant l’obsession en petits morceaux, nommant ses parties, recherchant des fragments de compréhension dans ses entrailles. Les amoindrissant, les dévorant, enlevant une par une les pelures de l’oignon.
C’est en soi une magick aussi puissante que n’importe quelle sorcellerie. Dénouer les noeuds que nous avons noués et emmêlés ; débrouiller les fils de l’expérience et repérer par des couleurs les chaînes du hasard. Cela peut nous rendre plus libres, plus à même d’agir efficacement, et moins susceptibles de répéter les vieilles erreurs. Tout cela a un côté casse-tête chinois. Nous ne pouvons percevoir que le présent, et il faut un intense examen de la mémoire pour percevoir l’échafaudage qui s’y trouve dissimulé.
L’emprise de l’obsession sur nous possède trois composantes :
Cognitive : nos pensées & nos sentiments en rapport avec la situation. Ils doivent être impitoyablement analysés et fauchés par vipasana, le bannissement ou autre stratégie similaire.
Physiologie : les réactions anxieuses du rythme cardiaque, du tonus musculaire et de la pression sanguine. Le corps doit être apaisé par la relaxation et pranayama.
Comportementale : ce que nous devons faire (et plus souvent ce que nous ne faisons pas). Souvent, notre comportement obsessionnel est totalement inapproprié et potentiellement nuisible aux autres. Généralement, il faut que d’autres personnes nous le fassent remarquer. Des techniques analytiques comme le I Ching ou le Tarot peuvent ête utiles à ce niveau.
La colère du monstre me fait sursauter de terreur, me met hors d’haleine, je me sens pris au piège. Tous les sentiers sont jonchés de verre brisé. Le désespoir me mena chez un ami. Il y a de la magick, suffisamment, dans le fait d’aller demander l’aide d’un autre. Un tirage du I Ching me conseilla l’action et la non-action, de nier le piège momentané du manque de confiance en soi. Pranayama bannit la tension physique (enfin, en grande partie). Le monstre rapetisse en barbotant sur des jambes maigrelettes au-travers des années de souvenirs gelés, se dissolvant pour finir dans un tas de tessons reflétés.
Indices : je continue à les ajuster, mais les images qu’ils suggèrent ne m’effraient plus.

Le Babillage : un dérèglement délibéré des sens - orchestrant une cacophonie personnelle, une descente dans les profondeurs du subconscient, afin de s’y confronter à ses "habitants", de les brider.
Cet essai est un bref compte rendu d’une exploration personnelle des "démons" de ma propre psyché. Plutôt que me baser sur des approches existantes, pour les raisons déjà explicitées, j’ai préféré développer une approche purement personnelle. Je ne délivre pas ce compte rendu pour imposer aux autres cette approche particulière, mais dans l’espoir qu’il aidera ceux qui eux aussi expérimentent avec diverses techniques. Je ne souhaite pas non plus critiquer ou invalider les systèmes traditionnels de magie goétique, je dirais simplement qu’ils ne sont pas pour moi.
Ce travail débuta de manière assez anonyme, par la compilation d’un "livre noir", une dissection de la personnalité, en termes d’habitude, de défauts, de fautes, d’idéaux, tout ce que j’étais, voulais être, ou refusais d’être. Goûts, aversions, attractions et dégoûts. Puis les autoportraits, écrits à la troisième personne, portrait positif, portrait neutre, portrait négatif. Un CV, une notice nécrologique. A tout cela fut ajouté un "Livre des Gaffes" : toute erreur, tout souvenir gênant pouvant être recueilli, extraits de livrets scolaires, lettres et photographies faisant resurgir de douloureux souvenirs.
Des extraits choisis en furent enregistrés sur cassette, puis les cassettes furent assemblées de manière à donner une série de "cut-up". Une tentative délibérée de chirurgie psychique, casser le vase pour le remouler.
Puis les dispositions mondaines. Se retirer de la compagnie des autres, une si vieille nécessité, pour que nos démons ne dérangent point l’imprudent. Sur un plan plus pratique, afin qu’on ne vous tombe pas dessus, qu’on ne vous prenne pour un psychotique et qu’on vous incarcère dans un asile.
Je décidai de me contenter d’une bouffe simple, nourrissante, facile à préparer. Avec une réserve d’herbe comme aide chimique. Des drogues ? Qui en a besoin ? Cependant, un choix de substances naturelles peut aider à faire avancer les choses.
Le temple : noir, sans fenêtres, sans ornements mais pas dépouillé! J’entassai tout un bric-à-brac à ses extrêmités. Plaques d’Isorel, un seau d’argile, des bouteilles, des postes de radio cassés, des déchets provenant de la benne d’un terrain en construction, des peintures, des outils, un pistolet à peinture, tout ce dont je pouvais avoir besoin, et encore quelques trucs en plus.
Mettre bas l’Habitant Intérieur : Légion est son nom.
Je me préparais à une descente dans le labyrinthe, afin d’y faire la connaissance de "Ceux Qui Sont Oubliés", avec le plus petit des fils d’Ariane pour m’y retrouver. Pourquoi risquer la folie de la sorte ? C’est le voyage intérieur, le ventre de la baleine, la fête des voraces. Pourquoi partir seul, sans la sécurité de rituels et bannissements testés et approuvés ? Oh, je ne crois plus dans tous ces vieux livres, ces moines fous, leurs Nécronomicons et sceaux blasphématoires. A quel prix, la connaissance interdite ? Environ 45 FF en édition de poche, voilà. Ridicule! Je décidai donc de compiler un vivant grimoire. Produit de l’ère technocratique, j’allais employer ses débris pour façonner mes rêves. "Le Hurlement" - le sifflement, la vocifération, les cris statiques de radios captant des stations mortes.
Au travail : une structure lâche étant requise (c’est du moins ce que je croyais), je mis au point une hiérarchie basée sur les travaux du psychologue Abraham Maslow, qui incluait les démons de "survie" - faim, soif, etc ; les démons de "l’Ego" (amour-propre, image de soi, etc) ; et des conceptions plus abstraites telle la soif de connaissance ou de sagesse. Plus profond le niveau hiérarchique, plus primitifs les désirs.
Les techniques : inonder et vomir (manger et excréter) - inonder la conscience d’images données, mettre bas (évoquer) le démon, lui donner forme, "chair", et pour finir un nom ou un sceau. Les cassettes cut-up de la personnalité devaient agir comme sceaux auditifs - des orages émotionnels suscités par l’intensive remise en mémoire (répétition) d’ensembles de souvenirs. Lâcher les hyènes du cynisme sur un dessein ou un idéal choisi.
Les moyens de la Gnose : surcharge sensorielle, hyperventilation, de vieux copains comme la faim, la soif, l’épuisement. 120 heures sans sommeil parent la conscience d’un beau "liseré" paranoïde.
Cohésion des images : peindre avec ses doigts, façonner de l’argile mélangée à des fluides corporels et des excréments, sculpter à l’aide de verre brisé, et les méthodes plus usuelles : sceaux, écriture automatique, griffonner des graphiques.
Ce sont les moyens par lesquels prennent forme Ceux Qui Sont Oubliés. Ces "psychogrammes" sont bien en dessous des images et visions qui vacillent autour de moi. Je hurle : "Un autre tas de merde pour le Grand Livre ?", et tape dessus à coups de marteau, puis m’effondre, épuisé, avec des haut-le-coeur, sur le sol du temple. Les lignes rouges du yantra-circuit sur le sol sur le sol semblent être à ce moment particulièrement moqueuses, indifférentes à mes efforts. Il y a dans ma tête comme une sensation de "violente torsion", le craquement de mes vertèbres tordues, animal impuissant dont on tord le cou, et je commence à hurler les noms qui jaillissent de ma gorge :
ZZZNNNAAAAAAA SHKAAA GNAAAAA IIAAAA
Et les chacals font irruption pour se nourrir et je ris lorsque je vois que tous ont mon visage.
Je redescends de là avec une sorte de calme détachement, momentanément "vidé" de toute autre sensation. Je marchai autour du temple, comme si je voyais les débris pour la première fois. Examinant soigneusement le désordre, considérant chaque oeuvre à demi achevée, comme si elle n’avait rien à voir avec moi. Je fus à même de donner des noms à certaines oeuvres : "Tu es Uul, peur de l’échec, tu es Hamal, culpabilité pas encore effacée." Ces noms, et leurs sceaux, constituaient la base d’un alphabet d’assujetissement.
La seconde partie de cette opération consistait à expérimenter avec l’alphabet obtenu - assujettir les démons comme armes magiques destinées à un emploi ultérieur. Lorsque la phase initiale fut terminée, je dormis environ dix-huit heures, et me réveillai affranchi du délire frénétique qui avait été échafaudé. Au cours des six mois qui suivirent, environ, je traversai des accès périodiques de dépression, de paranoïa et de dégoût de moi-même. Lorsque de telles sensations survenaient, l’emploi des sceaux et des noms appropriés bannissait ces démons, les renvoyait dans leurs bouteilles.

La plupart des exercices magiques destinés à engendrer un Etat Modifié de Conscience (EMC) peuvent être classés dans l’une des deux formes de Gnose physiologique : Inhibitoire ou Excitatrice. Au cours des deux dernières décennies, un bon nombre de ces techniques ont été étudiées en conditions de laboratoire, et deux facteurs importants ont été isolés, connus respectivement sous les noms de Réaction d’Accoutumance et de Réaction de Désaccoutumance.
La réaction d’Accoutumance explique les processus neurologiques qui surviennent lorsqu’un individu se concentre sur une seule donnée, à l’exclusion des autres dans la plus grande proportion possible. Ainsi, toute technique visant à concentrer la conscience sur une "unitude", tels le mantrayoga, le contrôle du souffle, le chant, le tournoiement ou la danse, sert la conscience directe d’un point central sélectionné. Cela a un effet particulier sur la région du pédoncule cérébral connue sous le nom de Formation Réticulaire. La Formation Réticulaire est une sorte de système de censure, "décidant" quelle donnée sensorielle sera transmise aux centres supérieurs. Par exemple, c’est l’action de la Formation Réticulaire qui permet à une personne endormie de ne pas être réveillée par des bruits familiers, mais qui laissera un bruit "nouveau" la sortir de son sommeil.
Du fait que la Formation Réticulaire module l’expérience perceptive du cortex cérébral, une donnée unique & immuable sert à "étouffer" l’activité de la Formation Réticulaire. Ce phénomène inhibe en retour l’activité du cortex cérébral, centrant ainsi la conscience sur l’objet de concentration. Comme conséquence de cet "étouffement" cortical, un "haut degré de cohérence neuronale" (comme l’a postulé Karl Pribram) semble survenir. L’une des hypothèses affirme que la tranquillité engendrée dans le cerveau par la réaction d’accoutumance réduit la quantité de "bruit" cérébral, à savoir les signaux neuronaux incohérents. Des schémas qui sont d’habitude indistincts les uns des autres deviennent clairs à la conscience, de sorte que nous devenons plus conscients du monde autour de nous et pouvons percevoir des aspects plus subtils de nos expériences. Ainsi, plus l’activité neurologique devient ordonnée et cohérente dans le cortex, plus nous devenons conscients d’une totalité plus vaste de l’expérience.
Inversement, plus le cortex cérébral est surstimulé et plus de bruit sera engendré dans les schémas neuronaux, de sorte que notre conscience de l’environnement s’en trouvera réduite.
Cependant, certains exercices magiques ne cherchent pas à centrer la conscience sur un point unique, mais à l’accroître jusqu’à ce que l’individu devienne constamment conscient du champ total de l’expérience - à la fois intérieure et extérieure. Nous pouvons citer en exemples le Vipasana des Tantrikas, l’Attention dans le Zen, ou la technique de rappel de soi de Gurdjieff. Les recherches sur ces exercices montrent que ses pratiquants avancés ne s’habituent pas aux bruits de fond, et qu’ils gardent pleinement conscience de leurs actes automatiques. De telles techniques sont généralement connues sous le nom de Métanoïa - apprendre à regarder le monde de diverses manières. Il semble que les changements dans le schéma neuronal produits par ces processus servent à "désaccoutumer" la réaction aux stimuli de la Formation Réticulaire. Ainsi, après une séance de méditation, le monde semble plus vif ou plus neuf, parce que le taux d’impulsions neuronales à la base de l’expérience consciente a été tout d’abord "étouffé", puis à nouveau stimulé, et ainsi ces dernières "s’enflamment" ensuite à une vitesse plus rapide que la normale.
Le physicien David Bohm pense que si nous pouvions commencer à concevoir l’univers plus Holistique que fragmenté, alors nos esprits commenceraient à fonctionner de manière similaire, et il en découlerait "une action ordonnée" vis-à-vis de l’ensemble. C’est certainement le cas pour moi, ayant appris par l’expérience que nous vivons dans un univers MAGIQUE.
Au sujet de la Folie et des Voyages Mystiques
Les travaux d’anti-psychiatres comme David Cooper et R. D. Laing ont popularisé l’idée que le complexe syndrome nommé schizophrénie est semblable en de nombreux points à un voyage mystique, entretenant d’étroits rapports avec les odyssées intérieures des chamans et des héros présents dans les mythes culturels du monde entier. Cependant, une chose est très claire : le chaman ou l’initié est un agent actif - sans peur -, ce qui est rarement vrai des individus en proie à la schizophrénie.
Comme les "initiés" qui "descendent", les schizophrènes signalent souvent le sentiment d’une perte de possibilité d’action sur leur environnement, d’une perte des frontières de l’ego, et la sensation d’être - d’une manière ou d’une autre - "différent" ou isolé. Il semblerait que nombre d’entre eux ne puissent trier les stimuli significatifs de leur environnement, et éprouvent la sensation d’être écrasés par ce qui se passe autour d’eux. Il y a un grand choix de théories spéculatives s’attachant aux "causes" de la schizophrénie, des conceptions purement génétiques jusqu’aux perspectives exclusivement écologistes.
Dans la perspective neurologique, une forme de thérapie connue sous le nom d’Intégration Sensorielle a mené à quelques spéculations intéressantes sur la nature de l’expérience transcendantale. Des recherches au cours de la dernière décennie ont montré que certains des problèmes vécus par les schizophrènes sont connectés au processus de sélection des informations : trier les données importantes. Cela serait dû au fonctionnement anormal d’une région du pédoncule cérébral connue sous le nom de Noyau Vestibulaire, elle aussi reliée à la Formation Réticulaire. Le Noyau Vestibulaire intègre les informations provenant des divers sens, et donc, s’il y a un problème à ce niveau de fonctionnement subcortical, il se manifestera sous une forme ou une autre de "confusion" au niveau de la conscience. Le déficit neurologique peut être dû à des anomalies génétiques, menant à une évolution atypique du cerveau, ou provenir de réactions au stress.
L’activité du niveau subcortical, acheminant l’information destinée à devenir le contenu de l’expérience consciente, est d’après certains neurologistes la clé des EMC. Certains ont postulé que pareilles expériences peuvent être programmées à un niveau génétique, mais que l’expérience individuelle détermine si oui ou non le programme se manifestera comme expérience évolutive (menant à une capacité de survie accrue) ou si "le système plantera".
Illumination
"L’illumination... l’inspiration, l’illumination et la libération résultent du succès de ces méthodes [Gnostiques]."
Pete Carroll, Liber Null.
L’illumination est l’objectif ardemment désiré par des milliers de personnes dans le monde, lesquelles ont employé diverses psychotechnologies et développé leurs propres psychocosmes. L’illumination a aussi été reliée à l’emploi du LSD & drogues similaires, et - chose peut-être la plus mystérieuse d’entre toutes - il semblerait qu’elle puisse se produire spontanément, chez des gens qui ne l’espéraient ni n’en connaissaient l’existence.
Qu’est-ce qui caractérise l’expérience de l’illumination ? Nona Coxhead, chercheur sur les "Etats de Béatitude" recense ainsi certains des facteurs prédominants :
1. Unité - affaiblissement de la ligne de partage moi/l’autre.
2. Transcendance de l’espace & temps comme barrières limitant l’expérience.
3. Sensations positives.
4. Une conscience du numineux.
5. Un sentiment de certitude - la "réalité" de l’expérience.
6. Eclaircissements paradoxaux.
7. Caractère transitoire - l’expérience ne dure pas.
8. Changements en conséquence dans l’attitude & le comportement.
En termes neurologiques, de telles expériences sont des réorganisations de l’activité cérébrale dans son ensemble. La disparition des limites de l’ego et l’implication de toutes les perceptions laissent à penser que la Formation Réticulaire est influencée de telle sorte que les processus cérébraux donnant la sensation d’être enraciné dans l’espace-temps sont momentanément inhibés. La sensation de "flottement" souvent associée à la projection astrale et autres phénomènes du même genre suggère que le système limbique du pédoncule cérébral (qui traite les informations proprioceptrices relatives à la position du corps dans l’espace) agit également de manière inhabituelle.
Nous sommes les fruits de cette expérience - les éclaircissements, les perceptions et les messages ramenés sur terre par l’illuminé ? L’évolution de la conscience, par de tels moyens, pourrait bien constituer un important programme de survie - une manière d’aller plus loin que l’information donnée -, une manière d’apprendre comment modifier le biosystème via l’environnement. La théorie des "structures dissipatives" d’Ilya Prigojine démontre comment la véritable instabilité des systèmes ouverts leur permet d’être autotransformants. La base de cette idée est que le mouvement de l’énergie au-travers d’un système cause des fluctuations à l’intérieur. Ces fluctuations, si elles atteignent un niveau critique (i.e. point-cuspide-catastrophe) engendrent de nouvelles interactions, jusqu’à ce qu’un nouvel ensemble soit produit. Le système se réorganise alors en un nouvel "ordre supérieur", plus complet que le précédent et réclamant plus d’énergie pour se maintenir. Il est en outre plus disposé à une future transformation. Ceci peut également s’appliquer à l’évolution neurologique, où l’on emploie une psychotechnologie (ancienne ou moderne) comme outil de changement. Les principales étapes du changement semblent être :
1. Changement.
2. Crise.
3. Transcendance.
4. Transformation.
5. Prédisposition à des changements ultérieurs.
Le Réflexe Conditionné
Les recherches des nouvelles Sciences du Chaos commençant à saper les solides fondements de la réalité post-Newtonienne, toutes les disciplines basées sur cette vision du monde doivent finir par être reconsidérées. Des révolutions dans les sciences commencent à se produire, le décalage d’influence entre perspective réductionniste et perspective intégrationniste prenant de l’ampleur. Il y a aussi une conscience de plus en plus forte de ce qu’une révolution dans les consciences est en train de s’accomplir.
La fragmentation de la culture occidentale montre assez clairement comment "diviser pour régner" est à l’oeuvre dans tous les aspects de notre expérience. Notre culture est profondément égocentrique, il s’agit du comportement terrestre de singes brandissant des outils. Notre comportement en boucle "nous sommes supérieurs/vous êtes inférieurs" a dominé nos relations culturelles à la fois entre nous et avec les autres espèces de la planète, et il est aussi à la source de notions comme le libre arbitre ou la spiritualité.
Au tournant du siècle, le passage de la religion à la science comme génie dominant, là pour définir la réalité, fit ressortir le fait que nous les singes avions besoin d’une dimension ontologique de l’acte afin de nous sentir en sécurité dans un monde de plus en plus perçu comme hostile. Cet espace laissé libre par la puissance déclinante de la religion fut rapidement comblé par les cultes de la psyché : la psychanalyse, et divers cultes mystiques/magiques. Cela offrit une confortable manière de raisonner aux classes moyennes en cours de développement. L’illumination devint une manière de plus de démontrer qu’on valait mieux que ses voisins. Cette attitude est devenue de plus en plus prédominante au cours des dernières décennies. Une magick pouvant être acceptée par la culture de masse perd toute sa puissance transformatrice, devient un soutien du status quo. Explorez par tous les moyens vos "mondes intérieurs" mais ne faites pas de vagues. L’évolution est sacrifiée à la sécurité. Dans un monde de chenilles, le papillon est un dangereux ennemi des choses en place.
L'Ego
Le concept d’Ego, provenant des cultes psychanalytiques, et fermement incorporé dans notre champ global d’expérience, sert à maintenir la séparation corps/esprit tellement ancrée dans notre expérience. La plupart de la soi-disante pensée du New Age semble être concernée par le fait de se débarrasser de l’ego ou de le transcender - ego derrière lequel se trouverait, cela est sous-entendu, un Moi Supérieur. Cette fiction de Moi Inférieur/Moi Supérieur maintient la scission entre "spiritualité" et vie de tous les jours. Personnellement, je préfère l’idée que nous sommes tous une multiplicité de personnalités ou, comme l’affirme le Tantra une boule de corps entrelacés de Shaktis (désirs-complexes) interagissant (mais pas toutes à la fois) avec Shiva (ou Kia), la divine étincelle de conscience. Un autre concept utile, c’est que plutôt que "vaincre" l’Ego, l’on peut passer d’une condition Ego-centrée à une condition Exo-centrée. Dans le premier cas, le moi est maintenu par le rejet de tout ce qui n’est pas lui, est séparé des autres. Dans le second, le moi est constamment renouvelé (et modifié) par un processus d’engagement avec les autres.
Comme montré ci-dessus, les différentes pratiques psychotechnologiques comme la magie produisent divers changements dans le système nerveux - la base des EMC et de l’assimilation rapide. L’un des moyens les plus anciens (et les plus controversés) d’induire de tels états, ce sont les drogues. L’emploi, par des cultures "primitives" d’agents comme la Mescaline ou le Peyotl a longtemps été un sujet d’intérêt pour les disciplines culturelles, cependant que la montée de la culture des drogues à l’Ouest rencontra la répression et la criminalisation. Des drogues historiquement contrôlées par ceux qui détenaient le pouvoir social furent autorisées : le tabac, l’alcool et les barbituriques, choix acceptables des consommateurs.
Il serait vain de minimiser l’influence des drogues dans la magick occidentale, il y a néanmoins beaucoup de moralisation à ce sujet, et l’on insiste sur le fait que les EMC obtenus via les drogues ne sont pas aussi valides que ceux atteints par d’autres itinéraires. Les recherches sur l’usage et (l’abus) des agents psychotropes démontrent que ses utilisateurs expérimentent les mêmes effets que lors d’une Illumination obtenue par d’autres techniques. Cependant, un chercheur américain, W. N. Pankhe, a fait remarquer que le risque le plus sérieux peut se présenter après l’expérience, dans l’effort effectué pour l’intégrer dans la vie de tous les jours. En est témoin, par exemple, le nombre de victimes de l’Acide qui finirent chrétiens régénérés. Le LSD fut, après tout, étudié par la CIA dans les années 50 comme possible moyen de "lavage de cerveau". Si vous souhaitez connaître quelques-unes des recherches modernes sur l’Illumination via les Psychotropes, consultez les travaux de Stanislas Grof.

Thundersqueak - Angerford & Lea
Magick,
The Book of Lies - Aleister Crowley
Liber Null & Psychonaut,
Liber Kaos - Pete Carroll
The Book of Results - Ray Sherwin
Cosmic Trigger - Robert Anton Wilson
Illuminatus! - Robert Anton Wilson & Robert Shea
Principia Discordia - Malaclypse le Jeune
La Chasse au Snark - Lewis Carroll
The Book of Pleasure - Austin Osman Spare
Liber Cyber - Charlie Brewster
Metamagical Themas - D. R. Hofstadter
Tantra Magick - Mandrake of Oxford
IMPRO - Keith Johnstone
Practical Sigil Magick,
Secrets of the German Sex-Magicians - Fra. U.D.
Chaos Servitors : A User Guide - Phil Hine
The Spirit of Shamanism - Roger Walsh
Escape Attempts - Stan Cohen & Laurie Taylor
Chaos - James Gleick
SSOTBME - Ramsay Dukes
Azoetia - Andrew D. Chumbley
Stealing the Fire from Heaven - Stephen Mace
Du même auteur :
PRIME CHAOS, disponible auprès de Chaos International Publications, BM Sorcery, London WC1N 3XX, UK. Prix : 20 dollars, port inclus (n’envoyer que du liquide, un mandat postal international, ou un chèque tirable sur une banque anglaise).
CONDENSED CHAOS, disponible auprès de New Falcon Publications, 1739 East Broadway Rd, Suite 1-277, Tempe, AZ 85282, USA.
THE PSEUDONOMICON (deuxième édition révisée), disponible auprès de Dagon Productions, PO Box 17995, Irvine, CA 92713, USA.
Un choix d’essais écrits par Phil Hine (et d’autres) est disponible à l’adresse suivante : Chaos Matrix : http://www.sonic.net/~fenwick/

"OVEN-READY CHAOS" par Phil Hine.
Texte anglais : © Phil Hine.
Traduction française : Philippe Pissier, 2001 e.v.
© Jean-Luc Colnot.
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