Révision
de la magie du chaos.
Malheureusement, presque toute la théorie qui se développe dans les cercles de
la "Magie du Chaos" est une très faible et, paradoxalement,
traditionnelle croyance : celle de la dualité. On affirme aussi régulièrement
que les choses n’existent seulement qu’en raison de leur ‘opposé’ et
que toutes les idées et émotions ont pour racine une idée ou une émotion “égale
et opposée”. On répète sans cesse que la dualité est "la condition
usuelle de l’humanité" et que l’esprit est une “entité dualiste en
soi”. Il n’est guère surprenant que l'on fasse suivre tous ces commentaires
de la conviction qu’existe une “union” de la dualité dans les
“hauteurs”, mais que pour une raison ou une autre, il n’est pas possible
de percevoir cette union.
Pourtant, ils semblent parfois mieux s’orienter : "les sens ne sont
seulement équipés que pour percevoir des différences” ; voilà une
observation plutôt raisonnable, bien que les similitudes ne soient pas hors de
notre appréhension. Mais les voilà très vite qui transforment notre capacité
à percevoir des différences en capacité à percevoir des dualités,
lesquelles, puisque nous en parlons, sont présentées comme les lois réelles
d’une vérité objective. Cet ultime recours, les lois de l’unification et
éventuellement, l’unification de la subjectivité (non différentiation) font
que le système en vient à être incapable de percevoir les différences même
qu’il prétend percevoir.
On dirait qu’ils croient que nous ne pouvons traiter que deux choses à la
fois. Comme si tout était, en dernière instance, réductible à des identités
‘opposées’ ou des dualités qui essentiellement sont unité ; le tout est
habituellement illustré d’exemples du genre : "Le bonheur n’existe
seulement que parce qu’existe la misère” et d’autres exemples d’un bien
pauvre mysticisme. Cette façon de recourir à des idées transcendantales,
ironiquement, est très applaudie : "la 'chose’ responsable de
l’origine et continuité de tout est appelée Chaos par les mages. On peut
l’appeler Dieu ou Tao, le nom de Chaos n’a pas la moindre
importance..." Il semble alors que nous ayons une ‘chose’ unifiée qui
aurait ‘créé’ l’univers à un moment donné, connu comme ‘origine’
et dont les lois ont continué depuis lors, sans jamais muter, existant hors de
la réalité physique.
Ces notions ne sont qu’une simple continuation des idéaux platoniques, où
les ‘formes’ ou ‘idées’ transcendent le temps et l’espace, étant
l’essence de toutes choses. Elles sont également aristotéliciennes dans leur
propos, 'le Chaos ne connaît ni bien ni mal et il agit mécaniquement et
aveuglément'.
Il n’est guère surprenant que des chemins si souvent fréquentés soient
suivis et cependant, il est très rare que quelqu’un note les influences que
nous avons mentionnées. La Magie du Chaos peut être vue comme une régression très
conservatrice. On peut s’en rendre compte dans la définition de l’Éther
que l’on manipule dans la Magie du Chaos, simplement une définition
platonique : "Il consiste en possibilités que le Chaos génère mais qui
ne se sont pas encore transformées en réalités solides". Les choses
existeraient alors avant de devenir réalité ; hors du temps, sans jamais
changer, des vérités mystiques.
Ce document appartient au fonds de Topy Chaos Archives.