CHAPITRE XIII
DES BANNISSEMENTS, ET DES PURIFICATIONS
Propreté est proche de Piété, et il vaut mieux qu'elle la précède. Pureté signifie unicité. Dieu est un. La baguette n'est pas une baguette si quelque chose y adhère qui ne soit une partie essentielle d'elle-même. Souhaitant invoquer Vénus, vous ne pourrez réussir si des traces Saturniennes se trouvent impliquées.
Il ne s'agit là que d'une simple banalité logique : en magick, l'on doit voir beaucoup plus loin. L'on peut établir une analogie avec l'électricité. Si l'isolation est imparfaite, la totalité du courant s'en retourne à la terre. Inutile de plaider que sur tous ces kilomètres de fil ne se trouve qu'un centième de centimètre non-protégé. Ce n'est pas correctement construire un navire si l'eau peut y engouffrer, quelle que soit la petitesse du trou.
La première tâche du Magicien, dans toute cérémonie, est par conséquent de rendre son Cercle absolument imprenable (1). Si la plus petite pensée fait irruption dans l'esprit du Mystique, sa concentration est entièrement détruite ; et sa conscience demeure alors au même niveau que celle d'un courtier de bourse. Même le plus petit bébé est incompatible avec la virginité de sa mère. Si vous laissez un seul esprit à l'intérieur du cercle, l'effet de la conjuration sera entièrement absorbé par lui (2).
Le Magicien doit donc être extrêmement méticuleux au sujet de la purification, premièrement, de lui-même, deuxièmement, de ses instruments, troisièmement, du lieu de travail. Les Anciens Magiciens conseillaient une purification préliminaire allant de trois jours à plusieurs mois. Durant cette période d'entraînement, ils effectuaient les plus grands efforts au niveau du régime alimentaire. Ils évitaient la viande animale de peur que l'esprit élémental de la créature ne pénètre leur atmosphère. Ils pratiquaient l'abstinence sexuelle de crainte d'être influencés d'une manière ou d'une autre par l'esprit de leur épouse. Même à l'égard des excréments du corps, ils étaient pareillement attentifs ; ayant coupé leurs cheveux et leurs ongles, ils détruisaient (3) cérémoniellement les résidus en question. Ils jeûnaient afin que le corps puisse lui-même détruire tout ce qui n'était pas strictement indispensable à sa survie. Ils purifiaient l'esprit par des prières et des conjurations spéciales. Ils évitaient d'être contaminés par les fréquentations, surtout de type conjugal ; et leurs serviteurs étaient des disciples spécialement choisis et consacrés au travail prévu.
De nos jours, notre compréhension plus élévée des principes fondamentaux du processus nous rend à même de nous passer dans une certaine mesure de ses rigueurs extérieures ; mais la purification intérieure doit être plus soigneusement accomplie encore. Nous pouvons manger de la viande pourvu que ce faisant nous affirmions que nous la mangeons afin de nous fortifier spécialement en vue de l'invocation projetée (4).
En évitant ainsi ces actions qui pourraient susciter les commentaires de nos voisins, nous évitons le grave danger de sombrer dans l'orgueil spirituel.
Nous avons compris l'adage "Au pur toutes choses sont pures" et avons appris comment mal le mettre en pratique. Nous pouvons analyser l'esprit avec bien plus de perspicacité que ne le pouvaient les anciens et par conséquent distinguer le comportement juste et véritable de ses contrefaçons. Un homme peut manger de la viande par laisser-aller ou afin d'éviter les dangers de l'ascétisme. Nous devons constamment nous examiner et nous assurer que chaque action est réellement subordonnée au But Unique.
Il est cérémoniellement souhaitable d'affirmer et sceller cette pureté mentale par voie Rituelle, et en conséquence la première opération, dans toute véritable cérémonie, consiste à se baigner puis revêtir la robe rituelle, avec les paroles appropriées. Le bain signifie la mise à l'écart de toutes choses étrangères ou contraires au dessin unique. Le revêtissement de la robe est le côté positif de la même opération. Il consiste en l'adoption de l'état d'esprit convenant à ce dessein unique.
Une opération semblable a lieu lors de la préparation de chaque instrument, comme on l'a vu au Chapitre consacré à ce sujet. Les mêmes considérations s'appliquent à la préparation du lieu de travail. D'abord, nous enlevons tout ce qui se trouve dans la pièce ; puis nous y rentrons ces objets, et seulement ceux-là, qui nous sont nécessaires. Durant plusieurs jours, nous oeuvrons à ce processus de purification et de consécration qui se trouvera du reste confirmé lors de la véritable cérémonie.
Le Magicien purifié et consacré introduit ses instruments purifiés et consacrés dans le lieu purifié et consacré, et là se met en devoir de réitérer cette double cérémonie dans le cadre de la cérémonie proprement dite, elle-même scindée en ces deux sections principales. La première partie de toute cérémonie est le bannissement ; la seconde l'invocation. Cette formule se retrouve également dans la cérémonie de bannissement elle-même, car dans le rituel de bannissement du pentagramme, non seulement nous ordonnons aux démons de s'enfuir mais invitons les Archanges et leurs armées à agir comme gardiens du Cercle durant notre investissement dans la cérémonie proprement dite.
Lors de cérémonies plus élaborées, il est usuel de bannir toute chose par son nom. Chaque élément, chaque planète et chaque signe, peut-être même chaque Séphirah ; tous sont écartés, même celui-là que nous désirions invoquer, car cette force telle quelle dans la Nature est toujours impure. Mais ce procédé, long et fatigant, n'est pas systématiquement judicieux dans le travail concret. Il est d'ordinaire suffisant de réaliser un bannissement général et de compter sur l'assistance des gardiens invoqués. Que le bannissement soit donc bref, mais en aucun cas bâclé - car il est utile en ce qu'il tend à susciter l'état d'esprit convenant aux invocations. "Le Rituel Bannissant du Pentagramme" (tel que désormais réécrit, Liber 333, Chap. XXV) est le plus utile (5). Seuls les quatre éléments sont expressément mentionnés mais ils contiennent les planètes et les signes (6) - les quatre éléments sont Tétragrammaton, et Tétragrammaton est l'Univers. Cette précaution spéciale est toutefois nécessaire : assurez-vous d'infaillible manière que la cérémonie de bannissement soit effective! Soyez sur le qui-vive! Tenez-vous sur vos gardes! Scrutez attentivement avant de prier! La sensation de réussite d'un bannissement, une fois acquise, est facilement reconnaissable.
En conclusion, il est d'ordinaire à propos de faire une pause de quelques instants et de s'assurer une fois de plus que tout ce qui est nécessaire à la cérémonie se trouve à sa place juste. Le Magicien peut alors procéder à la consécration finale des ustensiles du Temple (7).
NOTES
(1) NDAC : Consulter toutefois l'Essai sur la Vérité in Konx Om Pax. Le Cercle (sous un certain aspect) affirme la Dualité et met l'accent sur la Division.
(2) NDAC : Tant que l'on est sujet aux actions de toutes sortes de forces, elles se contrebalancent plus ou moins les unes les autres, si bien que l'équilibre général produit par l'évolution est dans l'ensemble maintenu. Mais si nous supprimons toutes ces forces sauf une, l'action de cette dernière devient irrésistible. De même, la pression atmosphérique nous écraserait si nous "bannissions" celle de nos corps, et nous tomberions en poussière si nous nous rebellions avec succès contre la cohésion. Un homme qui normalement se trouve être "un brave type sur toute la ligne" devient souvent insupportable lorsqu'il se débarrasse de tous ses défauts ; il devient en proie à la monomanie du fait de l 'orgueil spirituel auparavant freiné par les passions se contrebalançant. Du reste, le courant d'air est pire lorsqu'une porte mal ajustée est fermée que lorsqu'elle est ouverte. Il est bien moins nécessaire de protéger sa mère et son bétail de Don Juan que ce l'aurait été des Ermites de la Thébaïde.
(3) NDAC : Une telle destruction sera opérée par le feu ou autres moyens causant une totale modification chimique. Ce faisant, il faudra prendre soin de bénir et libérer la force inhérente à la chose brûlée. Cette maxime est d'application universelle.
(4) NDAC : Dans une Abbaye de Thelema, nous disons "Volonté" avant un repas. La formule est comme suit : "Fais ce que tu voudras sera toute la Loi.'' "Quelle est ta Volonté ?" "C'est ma volonté que de manger et boire." "A quelle fin ?". "Afin que mon corps en soit fortifié." "A quelle fin ?" "Afin que je puisse accomplir le Grand Oeuvre." " L'amour est la loi, l'amour sous la volonté." "Attaquons-nous au repas!" Ceci peut être adapté en monologue. L'on peut aussi ajouter la question : "Qu'est-ce que le Grand Oeuvre ?" et y répondre de manière adéquate lorsqu'il semble utile de préciser la nature de l'Opération en cours. L'important est de saisir toute occasion de mettre en rapport n'importe quelle force disponible avec l'objectif de l'assaut. Peu importe ce qu'est la force (selon quelque critère que ce soit) aussi longtemps qu'elle aide à atteindre le but fixé. Ainsi, même la paresse peut être employée en vue d'augmenter notre indifférence envers les impulsions perturbatrices, ou la jalousie afin de parer à la négligence. Consulter le "Liber 175," Equinox I(7), p. 37. Cela est spécialement vrai du fait que ces forces se trouvent détruites par le processus. C'est-à-dire qu'on détruit un tout en lui-même "néfaste" et que l'on fait bon usage de ses parties.
(5) NDAC : Voir aussi le Rituel intitulé "La Marque de la Bête" donné en Appendice. Mais ceci est pantomorphe.
(6) NDAC : Les signes et les planètes contiennent à l'évidence les éléments. Il est important de s'en souvenir dans la mesure où cela peut aider à réaliser ce que signifient réellement tous ces termes. Aucun des "Trente-Deux Sentiers" n'est une idée simple ; chacun est une combinaison, différenciée des autres par sa structure et ses proportions. Les éléments chimiques sont pareillement constitués, comme ont été enfin forcés de l'admettre les critiquailleurs de la Magick.
(7) NDAC : C'est-à-dire la disposition spécifique de ces ustensiles. Chaque objet devra avoir été séparément consacré au préalable. Le rituel ici en question doit résumer la situation et consacrer cet arrangement donné à son dessein propre via l'invocation des forces adéquates. Il convient de se souvenir que chaque objet est limité par les Serments de sa consécration d'origine en tant que telle, Ainsi, un Pantacle ayant été consacré à Vénus ne pourra être utilisé lors d'une opération de nature Martienne ; l'Energie de l'Exorciste se trouverait accaparée par ses efforts pour vaincre l'opposition du "karma" ou inertie inhérente à cet état de fait.
"Of the Banishings, and of the Purifications,"
chapitre XIII de "Magick in Theory and Practice" :
première publication par Lecram Press (Paris, 1929-30).
© Philippe Pissier pour la traduction française (5 rue Clémenceau,
F-46170 CASTELNAU-MONTRATIER) & © Ordo Templi Orientis
(JAF BOX 7666 / New York, NY 10116-4632 / USA)
pour le texte anglais.