CHAPITRE XIV
DES CONSÉCRATIONS : AVEC UN EXPOSE DE LA NATURE ET DE LA NUTRITION DU LIEN MAGIQUE.
I
La consécration est la dédicace active d'une chose à un but unique. Le bannissement empêche son usage à toute autre fin, mais elle reste inerte avant que d'être consacrée. La purification est opérée par l'eau et le bannissement par l'air, dont l'arme est l'épée. La consécration est réalisée par le feu, usuellement symbolisé par l'huile sainte (1).
Dans la plupart des rituels magiques existants, les deux opérations sont réalisées en même temps ; ou du moins le bannissement y occupe la place la plus importante et de plus grands efforts semblent y être apportés ; mais comme l'étudiant progresse dans l'Adeptat, le bannissement diminuera en importance car il ne sera plus aussi nécessaire. Le Cercle du Magicien aura été perfectionné par son habitude du travail Magique. Au sens le plus juste de cette expression, il ne sortira jamais plus du Cercle de toute son existence. Mais la consécration, étant l'application d'une force positive, est toujours susceptible d'être hissée jusqu'à une approximation plus proche de la perfection. Le succès absolu en matière de bannissement sera bientôt atteint ; mais il ne peut y avoir semblable plénitude dans la marche vers la sainteté.
La méthode de consécration est très simple. Prenez la baguette, ou l'huile sainte, et tracez sur l'objet à consacrer le suprême symbole de la force à laquelle vous voulez le dédier. Confirmez cette consécration par des paroles, invoquant le Dieu approprié à prendre possession de ce temple pur que vous Lui avez préparé. Faites ceci avec amour et ferveur, comme pour contrebalancer le détachement glacial qui se trouve être l'attitude mentale propre au bannissement (2).
Les paroles de purification sont : Asperges me, Therion, hyssopo, et mundabor ; lavabis me, et super nivem dealbabor (3).
Les paroles de consécration sont : Accendat in nobis Therion ignem sui amoris et flammam aeternae caritatis (4) (5).
Ces phrases, comme le savent les initiés du VII° de l'O.T.O., signifient plus qu'il n'y paraît.
II
Il est curieux qu'aucun écrivain Magique n'ait jusqu'ici traité le sujet immensément important du Lien Magique. On pourrait presque l'appeler le Chaînon Manquant (6). Il semble toujours avoir été considéré comme implicite ; seuls des écrivains laïques traitant de la Magick tel le Dr. J.G. Frazer ont accordé au sujet sa pleine importance.
Tentons d'émettre quelques réflexions quant à la nature de la Magick dans un esprit rigoureusement scientifique, du mieux que, privés de la gouverne de l'antiquité, nous le pouvons.
Qu'est-ce qu'une Opération Magique ? On peut la définir comme n'importe quel phénomène de la Nature devant passer par l'exercice de la Volonté. Nous ne devons pas exclure la culture des pommes de terre ou les opérations bancaires de notre définition.
Prenons un exemple très simple d'Acte Magique : celui d'un homme mouchant son nez. Quelles sont les conditions de la réussite d'une telle Opération ? Primo, que la Volonté de l'homme soit de moucher son nez ; secundo, que ce nez soit susceptible d'être mouché ; tertio, qu'il ait à ses ordres un dispositif à même de manifester sa Volonté spirituelle en termes de force matérielle, et d'appliquer cette force à l'objet qu'il désire affecter. Sa Volonté peut être aussi forte et concentrée que celle de Jupiter, et son nez totalement incapable de résistance ; mais à moins que le lien ne soit fait par l'usage des nerfs et des muscles conformément aux lois psychologiques, physiologiques et physiques, ce nez risque de demeurer non mouché pour le reste de l'éternité.
Ceux qui ont écrit sur la Magick n'ont pas ménagé leurs efforts pour nous instruire de l'entraînement de la Volonté, mais ils semblent s'être imaginé qu'aucune précaution en sus n'était nécessaire. Il existe un cas frappant d'une épidémie de cette erreur dont l'histoire est familière à tous. Je fais référence au Scientisme Chrétien (absurde intitulé), et aux doctrines parentes de la "guérison mentale" et compagnie. La théorie de telles personnes, une fois dépouillée de ses jupons dogmatiques, est une parfaite bonne Magie en son genre, son genre négroïde. L'idée est assez exacte : la matière est une illusion créée par la Volonté via l'esprit, et se trouve donc susceptible de modifications selon les ordres émis par son créateur. Mais la pratique a fait défaut. Ils n'ont pas développé une technique scientifique d'application de la Volonté. C'est comme s'ils avaient espéré que la vapeur de la chaudière de Watt (7) transportât les gens d'une place à une autre sans prendre la peine d'inventer et d'employer des locomotives.
Appliquons ces considérations à la Magick dans son sens restreint, le sens dans lequel elle fut toujours comprise avant que le Maître Therion n'étende son empire à l'intégralité des opérations de la Nature.
Quelle est la théorie impliquée dans des rituels tels ceux de The Goetia ? Que fait le Magicien ? Il s'applique à invoquer un Dieu, et ce Dieu contraint l'apparition d'un esprit dont la fonction de réaliser la Volonté du Magicien à ce moment précis. Il n'y a aucune trace de ce que l'on pourrait appeler mécanisme dans le procédé. L'exorciste se donne à peine le mal de préparer une base matérielle pour l'incarnation de l'esprit - hormis la simple relation de lui-même à son sceau. Il est apparemment supposé que l'esprit possède déjà les moyens d'oeuvrer sur la matière. La conception nous rappelle l'écolier demandant à son père d'ordonner au maître d'hôtel de faire quelque chose pour lui. Autrement dit, la théorie est grossièrement animiste. Les tribus sauvages décrites par Frazer possèdent une théorie bien plus scientifique. La même chose peut être dite des sorcières, qui semblent avoir été plus sages que les thaumaturges qui les méprisaient. Elles faisaient au moins des effigies en cire - identifiées par le baptême - des gens qu'elles souhaitaient contrôler. Elles employaient au moins des supports appropriés aux manifestations Magiques, comme le sang et autres véhicules de l'énergie animale, avec d'autres possédant des vertus végétales, telles des herbes. Elles prenaient aussi soin de mettre leurs produits ensorcelés en rapport direct - matériel ou astral - avec leurs victimes. En dépit de toute leur érudition, les exorcistes classiques étaient au contraire peu soucieux de cette condition essentielle. Ils agissaient aussi stupidement que des gens qui écriraient des lettres d'affaires et oublieraient de les poster.
Ce n'est pas aller trop loin que d'affirmer que cette incapacité à comprendre les conditions du succès justifie le discrédit dans lequel tomba la Magick jusqu'à ce qu'Eliphas Lévi entreprenne la tâche de la réhabiliter il y a deux générations. Mais même lui (ayant parfaitement étudié et lumineusement exposé la nature de la Magick, vue comme formule universelle) ne prêta la moindre attention à cette question du Lien Magique, bien qu'il donne partout à entendre qu'il soit indispensable à l'Oeuvre. Il éluda la question par une petitio principii (8) consistant à assigner à la Lumière Astrale le pouvoir de transmettre des vibrations de toute nature. Il n'entre nulle part dans les détails relatifs à la manière dont se produisent ses effets. Il ne nous informe pas des lois qualitatives ou quantitatives de cette lumière. (L'étudiant formé scientifiquement remarquera l'analogie entre le postulat de Lévi et celui de la science ordinaire au sujet de l'éther luminifère).
Il est déplorable que personne n'ait consigné de manière systématique les résultats de nos investigations relatives à la Lumière Astrale. Nous ne possédons aucun exposé de ses propriétés ou des lois qui prévalent dans sa sphère. Encore qu'elles soient suffisamment frappantes. Nous pouvons brièvement observer que, dans la Lumière Astrale, deux objets ou plus peuvent occuper le même espace en même temps sans interférer l'un avec l'autre ou perdre leurs contours.
Dans cette Lumière, les objets peuvent complètement changer leur apparence sans souffrir d'un changement de Nature. La même chose peut se révéler sous une infinie multitude d'aspects différents ; de fait, elle s'identifie en faisant de la sorte, de même qu'un écrivain ou un peintre se dévoile dans une succession de romans ou de tableaux, chacun étant totalement lui-même et rien d'autre, mais lui-même sous diverses conditions, bien que chacun d'entre eux soit profondément différent de ses confrères. Dans cette Lumière, "l'on est rapide sans pieds et l'on vole sans ailes" ; on peut voyager sans bouger, et communiquer sans les moyens classiques d'expression. L'on est insensible à la chaleur, au froid, à la douleur, et autres types de sensations, tout du moins sous les formes familières à nos véhicules corporels. Ils existent, mais nous y sommes réceptifs, et ils nous affectent, d'une manière différente. Dans la Lumière Astrale, nous sommes liés par ce qui s'avère être, superficiellement, une série de lois totalement différentes. Nous rencontrons des obstacles d'une nature étrange et subtile ; et nous les surmontons par des efforts et des astuces d'un ordre entièrement étranger à ce qui nous sert dans la vie terrestre. Dans cette Lumière, les symboles ne sont pas des conventions mais des réalités, bien que (au contraire) les entités que nous rencontrons ne soient que des symboles des réalités de notre propre nature. Nos actions dans cette Lumière sont vraiment les aventures de nos propres pensées personnifiées. L'univers est une projection de nous-mêmes ; une image aussi irréelle que le reflet de notre visage dans un miroir. Néanmoins, comme ce visage, son indispensable moyen d'expression, il ne peut que rester le même à moins que nous ne le modifions (9). Le miroir peut être déformé, sans éclat, terne ou fêlé ; et dans une certaine mesure notre reflet peut s'avérer infidèle même par rapport à sa représentation symbolique. Par conséquent, tout ce que nous faisons dans cette Lumière est de nous découvrir au moyen d'une succession d'hiéroglyphes, et les changements qu'apparemment nous opérons sont, objectivement parlant, des illusions.
Mais c'est ainsi que nous sert la Lumière. Elle nous rend à même de nous percevoir et contribue donc à nous initier en nous montrant ce que nous faisons. De la même façon qu'un horloger emploiera une loupe, bien qu'elle agrandisse et donc falsifie l'image du système de rouages qu'il tente d'ajuster. Pareillement, un écrivain utilisera des caractères arbitraires suivant une convention dénuée de sens afin de permettre à son lecteur d'obtenir, par leur retraduction, une approximation de son idée.
Telles sont quelques-unes des principales caractéristiques de la Lumière Astrale. Ses lois quantitatives sont bien moins dissemblables que celles de la physique matérielle. Les Magiciens ont trop souvent été suffisamment sots pour présumer que toutes les catégories d'Opérations Magiques étaient également aisées. Ils semblent avoir supposé que la "toute-puissance de Dieu" était une quantité infinie en présence de laquelle tous les finis étaient pareillement insignifiants. "Un jour avec le Seigneur est comme un millier d'années" est leur première loi de la Dynamique. "La foi peut déplacer les montagnes" disent-ils, mais ils dédaignent de mesurer la foi ou les montagnes. Si l'on peut tuer un poulet par Magie, pourquoi ne pas détruire une armée par un effort égal ? "Avec Dieu, toutes choses sont possibles".
Cette absurdité est une erreur du même genre que celles décrites plus haut. Les faits sont totalement contraires. Deux et deux font quatre aussi rigoureusement dans la Lumière Astrale que n'importe où ailleurs. La distance de notre cible Magique et la précision de notre carabine Magique sont des facteurs concourant au succès de notre tir Magique exactement de la même manière qu'à Bisley. La loi de la gravitation Magique est aussi rigide que celle de Newton. La loi de l'Inverse des Carrés peut ne pas s'appliquer ; mais quelque loi similaire doit bien s'appliquer. De même pour toutes choses. Vous ne pouvez produire un orage à moins que les matériaux ne soient présents dans l'atmosphère à ce moment-là, et un Magicien pouvant faire pleuvoir dans le Cumberland risque d'échouer lamentablement dans le Sahara. L'on peut faire un talisman pour gagner l'amour d'une vendeuse et constater qu'il fonctionne, et néanmoins essuyer un échec dans le cas d'une comtesse ; ou vice versa. On peut imposer sa Volonté à une ferme, et se trouver écrasé par celle d'une cité ; ou vice versa. Le MAÎTRE THERION Lui-Même, malgré toutes ses réussites inégalées dans chaque secteur de la Magick, s'avère quelquefois profondément impuissant à réaliser des exploits dont serait capable presque n'importe quel amateur, du fait qu'Il a opposé sa Volonté à celle du monde, ayant entrepris la Tâche d'un Magus qui est d'imposer le mot de Sa Loi à l'ensemble de l'humanité. Il réussira, sans aucun doute ; mais Il ne s'attend guère à voir plus d'un échantillon de Son produit durant Sa présente incarnation. Cependant, Il refuse de gaspiller la moindre fraction de Sa force pour des travaux étrangers à Son OEUVRE, si évident puisse-t-il être aux yeux du spectateur que Son avantage consisterait à ordonner aux pierres de se transformer en pain, ou à Se rendre les choses plus aisées de telle ou telle autre manière.
Ces considérations étant parfaitement comprises, nous pouvons retourner à la question de la création du Lien Magique. Dans le cas cité plus haut, FRATER PERDURABO composa Son talisman en invoquant Son Saint Ange Gardien conformément à la Magick Sacrée d'Abramelin le Mage. Cet Ange inscrivit sur le lamen le Mot de l'Eon. Le Livre de la Loi est cet écrit. A ce lamen, le MAÎTRE THERION donna la vie en y dévouant la Sienne propre. Nous pouvons donc regarder ce talisman, la Loi, comme le plus puissant jamais conçu de l'histoire universelle, car les précédents talismans du même genre avaient été limités dans leur portée d'action par les conditions de race et de patrie. Le talisman de Mahomet, Allah, n'était valable que de la Perse aux Colonnes d'Hercule. Celui de Bouddha, Anatta, n'opérait qu'au Sud et à l'Est de l'Asie. Le nouveau talisman, Thelema, est maître de la planète.
Mais notez de suite comment se pose la question du Lien Magique! Peu importe combien puissante la vérité de Thelema, elle ne peut régner avant d'être appliquée à et par l'humanité. Tant que Le Livre de la Loi était à l'état de Manuscrit, il ne pouvait affecter que le petit groupe parmi lequel il circulait. Il fut mis en action par l'Opération Magique de le publier. Lorsque cela fut fait, ce le fut sans la perfection requise. Ses exigences quant à la manière dont le travail devait être effectué ne furent pas pleinement respectées. Il y avait doute et répugnance en l'esprit de FRATER PERDURABO et ils gênèrent Son travail. Il était hésitant. Néanmoins, même ainsi, le pouvoir intrinsèque de la vérité de la Loi et l'impact de la publication suffirent à ébranler le monde pour qu'éclate une guerre décisive, et que les esprits des hommes soient affectés de mystérieuse manière. Le second coup fut assené par la réédition du Livre en septembre 1913, et cette fois-ci la puissance de sa Magick fit tout sauter et causa une catastrophe à la civilisation. A cette heure, le MAÎTRE THERION se tient caché, rassemblant ses forces pour un coup de grâce. Lorsque Le Livre de la Loi et son Commentaire seront publiés, avec les forces de Son entière Volonté se conformant totalement aux instructions qui avaient été jusqu'à aujourd'hui mécomprises ou négligées, le résultat sera incalculablement effectif (10). Cet événement instaurera le royaume de l'Enfant Couronné et Conquérant sur la terre entière, et tous les hommes s'inclineront devant la Loi, qui est "l'amour sous la volonté" (11).
Il s'agit là d'un cas extrême ; mais il n'est qu'une seule loi pour régir l'infime comme l'immense. Les mêmes lois déterminent et mesurent les mouvements des fourmis et des étoiles. Leur lumière n'est pas plus rapide que celle d'une étincelle. Dans toute opération de Magick, le lien doit être correctement noué. La première condition requise est l'acquisition d'une force suffisante de la nature adéquate au but proposé. Il nous faut une électricité d'un certain potentiel et en quantité suffisante si nous désirons cuire de la nourriture sur un fourneau. Nous aurons besoin d'un courant plus fort et d'un approvisionnement plus important pour éclairer une ville que pour alimenter un fil téléphonique. Aucune autre espèce de force ne fera l'affaire. Nous ne pouvons directement employer la force de la pression pour propulser un avion ou pour nous soûler. Nous devons employer celle du pétrole, ou du vin, et devons l'appliquer dans la proportion convenable et d'une manière adéquate.
Il est par conséquent absurde d'invoquer l'esprit de Vénus afin d'obtenir l'amour d'une Impératrice, à moins de prendre des mesures pour transmettre l'influence de notre travail à la dame. Nous pouvons par exemple consacrer une lettre exprimant notre Volonté ; ou, si nous savons comment, employer quelque objet relié à la personne dont nous tentons de contrôler les actes, comme une mèche de cheveux ou un mouchoir lui ayant appartenu, et se trouvant donc en relation subtile avec son aura. Mais pour des buts matériels il est préférable d'avoir des moyens matériels. Nous ne devons pas compter sur un défilé étroit pour pêcher le saumon à la cuillère. Notre volonté de tuer un tigre sera pauvrement transmise par une faible charge de poudre tirée à une distance d'une centaine de yards. Notre talisman doit donc être un objet convenant à la nature de notre Opération, et nous devons avoir les moyens d'appliquer sa force de sorte à ce qu'elle contraigne à l'obéissance cette partie de la Nature que nous nous efforçons de modifier. Si l'on souhaite la mort d'un pécheur, le haïr n'est pas suffisant, même si l'on concède que les vibrations de la pensée, lorsque suffisamment puissantes et pures, puissent suffisamment modifier la Lumière Astrale pour inculquer dans une certaine mesure pareil dessein à des personnes réceptives. Il est plus sûr d'employer son esprit et ses muscles au service de cette haine en concevant et fabriquant une dague, puis en l'appliquant au coeur de son ennemi. Il faut donner à votre haine une forme physique du même ordre que celle qu'a prise votre ennemi pour sa manifestation. Votre esprit ne peut entrer en contact avec le sien qu'au moyen de cette fabrication magique de spectres ; de même, on ne peut mesurer son esprit (une certaine partie de ce dernier) contre celui d'un autre homme qu'en les faisant se manifester par un biais tel le jeu d'échecs. On ne peut employer les pièces de ce dernier contre un autre homme à moins qu'il ne consente à les utiliser dans le même sens que vous. L'échiquier et les pièces constituent le Lien Magique par lequel vous pouvez témoigner de votre pouvoir de le contraindre à capituler. Le jeu est un dispositif par lequel vous pouvez le forcer à renverser son roi en signe de reddition, un acte musculaire réalisé par obéissance à votre volonté, bien qu'il fasse deux fois votre poids et soit deux fois plus fort que vous.
Ces principes généraux devraient permettre à l'étudiant de comprendre la nature du travail que constitue l'élaboration du Lien Magique. Il est impossible de délivrer des instructions détaillées car chaque cas réclame un examen séparé. Il est parfois extrêmement difficile de cerner la démarche adéquate.
Souvenez-vous que la Magick inclut tous les actes quels qu'ils soient. N'importe quoi peut servir d'arme Magique. Pour imposer sa Volonté à une nation, par exemple, le talisman peut être un journal, le triangle une église, ou le cercle un Club. Pour conquérir une femme, le pantacle peut être un collier ; pour découvrir un trésor, la baguette peut être la plume d'un auteur dramatique, ou l'incantation une chanson à la mode.
Bien des buts, bien des moyens : il suffit de se souvenir de l'essence de l'opération, qui est de vouloir sa réussite avec suffisamment de pure intensité, et d'incarner cette volonté dans un corps apte à l'exprimer, un corps tel que son impact sur l'expression corporelle de l'idée que l'on souhaite modifier puisse l'obliger à ce changement. Par exemple, est-ce ma volonté de devenir un médecin célèbre ? Je bannis tous les "esprits hostiles" tels que la paresse, les intérêts étrangers et les jouissances incompatibles, hors de mon "cercle" (l'hôpital) ; je consacre mes "armes" (mes diverses capacités) à l'étude de la médecine ; j'invoque les "Dieux" (les autorités médicales) en étudiant et en obéissant à leurs lois présentes dans leurs ouvrages. J'incorpore les "Formules" (les manières dont causes et effets influent sur la maladie) dans un "Rituel" (mon style personnel de contraindre les maux à se soumettre à ma volonté). Je persiste dans ces conjurations année après année, faisant les gestuelles Magiques de guérison des malades, jusqu'à ce que je contraigne l'Esprit du Siècle à l'apparence visible, et le force à me reconnaître comme son maître. J'ai utilisé les types de moyens appropriés, dans une mesure adéquate, et les ai appliqués de diverses manières convenant à mon dessein en projetant mon idée incorporelle d'ambition dans une ligne de conduite à même d'induire chez les autres l'idée incorporelle de satisfaire la mienne. J'ai rendu ma Volonté manifeste au sens commun ; ce sens commun influença les Volontés de mes semblables ; esprit oeuvrant sur l'esprit via la matière.
Je n'attends pas qu'une couronne médicale me tombe sur la tête par le simple souhait de la posséder, ou par un "acte de foi", ou en priant Dieu "d'émouvoir le coeur de Pharaon", comme nos trafiquants de miracles, qu'ils soient du genre mentalo-moderne ou médiévalo-mystique, furent et restent suffisamment brouillons et larmoyants pour nous le conseiller.
Ces quelques observations générales quant au Lien Magique ne doivent pas être mécomprises, faute de détails ; on ne peut rédiger un "Manuel de la Séduction" qui contiendrait tous les "Sésame, ouvre-toi!" de toutes les Cavernes de Brigands, pas plus que pourvoir le cambrioleur en herbe d'un répertoire contenant les combinaisons de tous les coffres existants. Mais l'on peut signaler les différences prononcées entre des femmes succombant, certaines à la flatterie, certaines à l'éloquence, certaines à l'apparence extérieure, certaines au rang social, d'autres à la richesse, à l'ardeur, ou encore à l'autorité. Nous ne saurions épuiser les combinaisons de l'Echiquier Amoureux, mais nous pouvons énumérer les gambits essentiels : le Bouquet de Fleurs, les Chocolats, le Dîner Intime, le Chéquier, le Poème, la Voiture au Clair de Lune, l'Acte de Mariage, le Fouet, et la Fuite Simulée.
Le Lien Magique peut être divisé en trois grandes catégories ; selon qu'il implique (1) un plan et une personne, (2) un plan et deux personnes ou plus, (3) deux plans.
Dans la catégorie (1), le mécanisme de la Magick - l'instrument - existe déjà. Ainsi, je peux souhaiter guérir mon corps, augmenter mon énergie, développer mes facultés intellectuelles, ou inspirer mon imagination. Ici, l'Exorciste et le Démon sont dès à présent reliés, consciemment ou subconsciemment, par un excellent système de symboles. La Volonté est pourvue par la Nature d'un système adéquatement outillé pour transmettre et exécuter ses ordres.
Il est seulement nécessaire d'enflammer la Volonté jusqu'au degré approprié et de donner ses ordres ; ils sont immédiatement obéis, à moins - comme dans le cas des maladies organiques - que le mécanisme ne soit endommagé au-delà de ce que l'art de la Nature est à même de réparer. Il peut s'avérer nécessaire en pareil cas de seconder les "esprits" internes par la "purification" des remèdes, le "bannissement" de la diète, ou autres moyens extrinsèques.
Mais il n'y au moins nul besoin de tel ou tel expédient spécial ad hoc pour établir le contact entre le Cercle et le Triangle. Les Opérations de cette catégorie sont donc souvent couronnées de succès, même lorsque le Magicien possède peu ou aucune connaissance technique de la Magick. Presque n'importe quel cancre peut "se reprendre", se dévouer à l'étude, briser une mauvaise habitude ou vaincre une lâcheté. Ce type de travail, bien qu'étant le plus facile, est toutefois le plus important ; car il implique l'initiation dans son acception la plus haute. Il s'étend à l'Absolu dans toutes les dimensions ; il met en jeu l'analyse la plus approfondie et la plus vaste des synthèses. Dans un sens, c'est le seul type de Magick qui soit indispensable ou approprié à l'Adepte ; car il inclut à la fois l'obtention de la Connaissance et Conversation du Saint Ange Gardien et l'Aventure de l'Abîme.
La seconde catégorie comprend toutes les opérations par lesquelles le Magicien s'efforce d'imposer sa Volonté à des objets échappant à son contrôle, mais non à celui d'autres volontés symbolisées au moyen d'un système similaire au sien. C'est-à-dire pouvant être naturellement contraintes par une conscience de même origine.
Par exemple, l'on peut souhaiter recueillir la connaissance délivrée dans ce livre. Ne sachant pas qu'un tel livre existe, l'on peut néanmoins amener quelqu'un au fait de sa publication à nous en offrir un exemplaire. Ainsi, l'opération consisterait à enflammer sa Volonté de posséder la connaissance au point d'y consacrer son existence, en exprimant cette volonté par la recherche d'individus ayant des chances de connaître ce dont nous avons besoin, et en la leur imposant par la démonstration d'une ferveur enthousiaste telle qu'ils recommanderont à l'enquêteur la lecture de ce livre.
Ceci semble-t-il trop simple ? Se pourrait-il que ce comportement d'un bon sens évident tienne en vérité de cette merveilleuse Magick qui terrorise tant la populace ? Oui, même cette banalité est un exemple de comment fonctionne la Magick.
Mais il se peut qu'échoue le plan ci-dessus. L'on pourra alors recourir à la Magick au sens classique du mot, en fabriquant et en chargeant un Pantacle approprié à l'objectif ; ce Pantacle devra alors provoquer dans la Lumière Astrale une tension telle que les vibrations obligeront telle ou telle conscience étrangère à rétablir l'équilibre en nous apportant le livre.
Supposons un but plus grave et plus sérieux ; supposons que je veuille conquérir une femme à qui je ne plaise pas et qui en aime un autre. Dans ce cas, non seulement sa Volonté, mais celle de son amant, doivent être vaincues par la mienne. Je n'ai de contrôle direct sur aucun des deux. Mais ma Volonté est en contact avec celle de la femme par le biais de nos esprits ; je n'ai qu'à rendre mon esprit maître du sien par les moyens de communication existants ; son esprit désavouera alors sa Volonté, sa Volonté abrogera sa décision, et son corps se soumettra au mien en confirmation de cette reddition.
Ici, le Lien Magique existe, seulement il est complexe au lieu d'être simple comme dans la Première Catégorie.
Divers types d'erreurs peuvent intervenir dans la transmission de la Volonté ; un malentendu peut gâcher l'affaire ; une question d'humeur peut semer la discorde ; des événements extérieurs peuvent interférer ; l'amant peut m'égaler en Magick ; l'Opération elle-même peut offenser la Nature de diverses manières ; par exemple, s'il existe une incompatibilité subconsciente entre moi et la dame, je m'abuse en croyant la désirer. Pareille défectuosité peut suffire à réduire le projet à néant, de même qu'aucun effort de Volonté ne peut homogénéifier l'huile et l'eau.
Je puis bien entendu oeuvrer "naturellement" en la courtisant. Mais, magiquement, je puis l'attaquer astralement de sorte que son aura devienne désagréable, perdant toute réceptivité à son amant. Avant qu'ils ne diagnostiquent la cause, une querelle peut éclater, et le Corps de Lumière de la femme, désorienté et affamé, se tourner alors dans sa détresse vers celui du Magicien qui l'a maîtrisé.
Prenons un troisième cas de cette catégorie 2. Je désire retrouver ma montre qui m'a été volée dans la foule.
Ici, je n'ai aucun moyen de contrôler les muscles qui pourraient me ramener ma montre, pas plus que sur l'esprit qui commande à ces muscles. Je ne puis même pas informer cet esprit de ma Volonté car je ne sais pas où il se trouve. Mais je sais qu'il s'agit d'un esprit fondamentalement semblable au mien, et je m'efforce de nouer un Lien Magique avec lui en annonçant ma perte dans l'espoir de le joindre, prenant soin de le tranquilliser en lui promettant l'immunité et de faire appel à son seul intérêt connu en offrant une récompense. Je tente également d'employer la formule opposée ; de l'atteindre en envoyant mes "esprits familiers", la police, le traquer et le contraindre à l'obéissance par des menaces (12).
En outre, un sorcier peut se trouver en possession d'un objet appartenant magiquement à un homme riche, par exemple une lettre compromettante, faisant tout autant partie de lui que son foie ; il peut parfaitement maîtriser la volonté de cet homme en intimidant son esprit. Son pouvoir de publier la lettre est aussi effectif que s'il pouvait directement nuire au corps de l'homme en question.
Ces cas "naturels" peuvent être transposés en termes plus subtils ; par exemple, on peut se rendre maître d'un autre homme, serait-ce un étranger, par une pure concentration de volonté, excitée cérémoniellement ou autrement jusqu'au potentiel requis. Mais d'une manière ou d'une autre, cela devra être fait afin d'affecter l'homme ; par les moyens normaux de contact si possible, ou sinon en attaquant quelque point sensible de son sensorium subconscient. Mais la plus robuste des cannes à pêche ne ramènera pas le moindre poisson si une quelconque ligne n'est pas fermement reliée aux deux.
La Troisième Catégorie se caractérise par l'absence de tout lien existant entre la Volonté du Magicien et celle contrôlant l'objet à affecter. (La Seconde Catégorie peut se rapprocher de la Troisième lorsqu'il n'y a aucune possibilité d'aborder le deuxième esprit par aucun des moyens habituels, comme il arrive parfois).
Ce type d'opérations demande non seulement une énorme connaissance de la technique de la Magick alliée à une immense adresse et vitalité, mais aussi un degré de réalisation Mystique extrêmement rare qui, lorsqu'il est atteint, se signale par une indifférence absolue quant à la réalisation de quelque Magick que ce soit. Mettons que je souhaite provoquer un orage. Ce phénomène échappe à mon contrôle comme à celui du reste de l'humanité ; il est aussi inutile d'oeuvrer sur leurs esprits que sur le mien. La Nature est indépendante des affaires humaines et n'éprouve qu'indifférence à leur égard. Un orage est causé par des conditions atmosphériques sur une échelle si énorme que les efforts unifiés de nous tous, vermine de cette Terre, pourrions à peine dissiper un nuage même si nous pouvions l'atteindre. Comment donc un Magicien, lui qui est avant tout instruit des choses de la Nature, pourrait-il sombrer dans l'absurdité au point de vouloir lancer le marteau de Thor ? A moins d'être tout simplement fou, il doit être initié à une Vérité transcendant les réalités apparentes. Il doit avoir conscience que toute la Nature est un continuum, de sorte que son esprit et son corps sont consubstantiels à l'orage, sont également les expressions d'une Existence Une, toutes du même ordre d'artifices via lesquels l'Absolu s'apprécie. Il doit aussi avoir assimilé le fait que la Quantité est tout autant une forme que la Qualité ; que toutes choses étant les modes d'une Substance Une, leurs mesures sont les modes de leurs relations. Non seulement l'or et le plomb ne sont que des lettres, en elles-mêmes dénuées de sens et cependant convenues pour orthographier le Nom Unique ; mais la différence entre le volume d'une montagne et celui d'une souris n'est rien de plus qu'un moyen de les différencier, de même que la lettre "m" n'est pas plus grosse que la lettre "i", dans aucune véritable acception du terme (13).
Notre Magicien, avec ceci à l'esprit, laissera probablement les orages mijoter dans leur propre jus ; mais s'il décide (après tout) d'égayer l'après-midi, il oeuvrera de la manière suivante.
Primo, quels sont les éléments nécessaires pour son orage ? Il doit avoir à sa disposition certaines réserves de force électrique et la bonne espèce de nuages pour les contenir.
Il doit veiller à ce que la force ne s'écoule sur terre lentement et paisiblement.
Il doit susciter une tension suffisamment vive pour devenir finalement si intolérable qu'elle cesse d'explosive manière.
Ceci dit, en tant qu'homme, il ne peut créer ces conditions. En tant qu'étudiant de la science, il ne peut prier Dieu de provoquer ces phénomènes, car les Dieux ne sont que des noms pour les forces de la Nature elles-mêmes. Mais, en tant que Mystique, il sait que toutes choses ne sont que les spectres d'Une Chose, et qu'elles peuvent s'y résorber pour ensuite se remanifester sous un autre aspect. Il sait que toutes choses sont en lui et qu'il est Tout-Un avec l'Un. Il n'y a donc aucune difficulté théorique à convertir l'illusion d'un ciel dégagé en celle d'une tourmente. D'autre part, il n'ignore pas, en tant que Magicien, que les illusions sont régies par les lois de leur nature. Il sait que deux fois deux font quatre, bien que "deux" et "quatre" ne soient que des propriétés de Un. Il ne peut utiliser l'identité Mystique de toutes choses que dans un sens strictement scientifique. Il est vrai que son expérience des ciels clairs et des orages prouve que sa nature contient des éléments parents de ces derniers ; car sinon ils ne pourraient l'affecter. Il est le Microcosme de son propre Macrocosme, que l'un ou l'autre s'étende ou non au-delà de la connaissance qu'il a d'eux. Il doit par conséquent réveiller en lui ces idées membres du clan de l'Orage ; rassembler tous les objets disponibles de même nature pour talismans, et poursuivre en les excitant au plus haut point par le biais d'une cérémonie Magique ; c'est-à-dire en insistant sur leur divinité, de sorte à ce qu'ils s'enflamment à l'intérieur et à l'extérieur de lui, ses idées vitalisant les talismans. Il y a ainsi une forte vibration de haut potentiel dans un certain groupe de substances et d'énergies en résonance ; et cela s'étend comme les cercles concentriques d'une pierre jetée dans l'eau, s'affaiblissant et s'élargissant jusqu'à ce que la perturbation soit compensée. De même qu'une poignée de fanatiques, pathologiquement obnubilés par leur vérité unique, peut infecter tout un pays pour un temps en attisant cette pensée chez leurs prochains, le Magicien est à même de créer un tumulte en perturbant l'équilibre des forces. Il transmet sa vibration particulière comme un opérateur radio avec son rayon émetteur ; l'accord de fréquence détermine la sélection exclusive.
Dans la pratique, le Magicien doit "évoquer les esprits de l'orage" en s'identifiant aux idées dont les phénomènes atmosphériques sont les expressions comme son humanité l'est de lui ; ceci accompli, il doit leur imposer sa Volonté par la vertu de la supériorité de son intelligence, et susciter l'intégration de son dessein à leurs impulsions sans direction et à leur interaction dénuée d'entendement.
Toute Magick de cet ordre réclame la plus grande précision dans la pratique. Il est vrai que les meilleurs rituels nous donnent des instructions quant au choix de nos véhicules d'Energie. Dans 777, nous trouvons les "correspondances" de diverses catégories d'entités avec les types variés d'opération, de sorte que nous savons quels sont les armes, joyaux, chiffres, drogues, parfums, noms, etc., à employer dans un travail donné (14). Mais il a toujours été supposé que la force invoquée était intelligente et compétente, qu'elle pouvait se diriger comme souhaité sans plus de façons, grâce à ce processus de vibrations dues à la résonance.
La nécessité de diriger la force a été ignorée ; et ainsi, bien des opérations, même lorsque correctement effectuées au niveau invocation, s'avèrent aussi inoffensives que mettre le feu à de la poudre répandue.
Mais, même en accordant que la Volonté suffise à déterminer la direction, et empêcher la dispersion, de la force, nous pouvons difficilement être certains qu'elle agisse sur son objectif, à moins que ce dernier n'ait été convenablement préparé à recevoir son influence. Le Lien doit être parfaitement noué. L'objet doit posséder en lui-même suffisamment de matière en résonance avec notre travail. Nous ne pouvons faire l'amour à une brique, ou envoyer un chêne faire les commissions.
Nous voyons donc que nous ne pouvons jamais influer sur quelque chose hors de nous-mêmes à moins qu'il ne soit également en nous. Quoi que je fasse à un autre, je le fais aussi à moi-même. Si je tue un homme, je détruis ma propre vie au même instant. C'est la signification magique de la soi-disante "Règle d'Or", laquelle devrait être à l'indicatif et non à l'impératif. Chaque vibration réveille toutes les autres de même niveau.
Il existe ainsi quelque justification à l'hypothèse des précédents écrivains sur la Magick d'après laquelle le Lien est implicite, et ne réclame aucune attention spéciale. Toutefois, dans la pratique, rien de plus certain que l'on doive confirmer sa volonté par tous les actes possibles sur tous les plans possibles. La cérémonie ne doit pas être confinée aux rites magiques formels. Nous ne devons négliger aucun moyen d'arriver à nos fins, sans dédaigner notre sens commun ni douter de notre sagesse secrète.
Lorsque Frater I.A. était en danger de mort en 1899 E.V., Frater V.N. et FRATER PERDURABO invoquèrent de fait l'esprit Buer à l'apparence visible afin qu'il puisse guérir leur frère ; mais l'un d'eux fournit également la somme nécessaire pour l'envoyer sous un climat moins cruel que celui de l'Angleterre. Il est vivant aujourd'hui (15) ; qui se soucie que les esprits ou les sheckels aient produit le résultat désiré par les Magiciens ?
Que le Lien Magique soit solide! Il s'agit de "l'amour sous la volonté" ; il affirme l'identité de l'Equation de l'oeuvre ; il identifie réussite et Nécessité.
NOTES
(1) NDAC : La conception générale est que les trois éléments actifs concourent à influencer la terre ; mais la terre peut elle-même être employée comme instrument. Sa fonction est la solidification. L'emploi du Pantacle est en vérité fort nécessaire dans certains types d'opération, spécialement celles dont l'objectif implique la manifestation dans la matière, et la fixation dans une forme plus ou moins permanente des forces subtiles de la Nature.
(2) NDAC : Les légendes hébraïques nous fournissent la raison des vertus respectives de l'eau et du feu. Le monde fut purifié par l'eau lors du Déluge et sera consacré par le feu lors du Jugement Dernier. La véritable cérémonie ne peut commencer qu'une fois cela achevé.
(3) ["Tu m'aspergeras d'hyssope, ô Therion, et je serai propre ; tu me laveras, et je serai plus blanc que neige."]
(4) ["Allume en nous, Therion, le feu de ton amour et la flamme de l'éternelle dévotion."]
(5) NDAC : Ceci dit, elles peuvent être remplacées avantageusement par (a) "pur vouloir, inassouvi d'objet, libéré de la soif de résultat, est en tout point parfait" (CCXX, I : 44) pour bannir ; et (b) "Je suis élevé en ton coeur ; et les baisers des étoiles pleuvent fort sur ton corps" (CCXX, II : 62) pour consacrer. Car Le Livre de la Loi contient les Charmes Suprêmes.
(6) NDT : Jeu de mots portant sur "link" (= lien) et "missing link" (= chaînon manquant ou lacune dans une théorie).
(7) NDT : James Watt (1736-1819), né à Greenock ; mécanicien écossais. Il perfectionna les machines à vapeur. On lui doit aussi la première idée du chauffage à la vapeur. Son nom a été donné à la célèbre unité de puissance.
(8) [Lat., "pétition de principe".]
(9) NDAC : Ce passage ne doit pas être compris comme soutenant que l'Univers est purement subjectif. Au contraire, la Théorie Magique admet l'absolue réalité de toutes choses dans le sens le plus objectif. Mais toutes les perceptions ne sont ni l'observateur ni l'observé ; ce sont des représentations de la relation existant entre eux. Nous ne pouvons affirmer la propriété d'un objet comme étant indépendante de notre sensorium, ou comme étant en elle-même ce qu'elle nous semble être. Pas plus que nous ne pouvons supposer que ce dont nous prenons connaissance soit plus qu'un fantôme partiel de sa cause. Nous ne pouvons même pas déterminer la signification d'idées telles que le mouvement, ou faire une distinction entre le temps et l'espace, sauf relativement à un observateur particulier. Par exemple, si je tire deux coups de canon en l'intervalle de 3 heures, un observateur sur le Soleil notera une différence de quelques 200,000 miles dans l'espace entre les tirs, tandis qu'à moi ils sembleront avoir été effectués "au même endroit". Du reste, je suis incapable de percevoir un phénomène si ce n'est à l'aide des instruments arbitraires que sont mes sens ; il est donc correct de dire que l'Univers tel que je le connais est subjectif, sans pour autant nier son objectivité.
(10) [Voir Partie IV.]
(11) NDAC : Cf. p. 96, "Un dernier mot" ditto p. 97 & fin du para[graphe]. [Dans la pagination d'origine. Voir Chap. XII, §I.]
(12) NDAC : La méthode cérémonielle consisterait à transférer jusqu'à la montre - naturellement reliée à moi du fait qu'elle m'appartienne et que je l'utilise - une pensée propre à terrifier le voleur, et à le déterminer à s'en défaire sur-le-champ. Observant extra-sensoriellement la réaction, suggérez soulagement et récompense comme résultats de la restitution.
(13) NDAC : Lord Rutherford estime qu'il n'est pas théoriquement irréalisable de construire un détonateur qui pourrait détruire tous les atomes de la matière en libérant les énergies d'un seul, de sorte que les vibrations susciteraient la désintégration explosive du reste.
(14) [Voir aussi Appendice V.]
(15) NDAC : P.S. Il mourut quelques mois après la rédaction de ce passage : mais il fut à même de vivre et d'oeuvrer près d'un quart de siècle de plus que ce n'eût autrement été possible [NDT : Allan Bennett mourut en 1923].
"Of the Consecrations : with an Account of the Nature and Nurture
of the Magical Link,"
chapitre XIV de "Magick in Theory and Practice" :
première publication par Lecram Press (Paris, 1929-30).
© Philippe Pissier pour la traduction française (5 rue Clémenceau,
F-46170 CASTELNAU-MONTRATIER) & © Ordo Templi Orientis
(JAF BOX 7666 / New York, NY 10116-4632 / USA)
pour le texte anglais.