DES RITUELS THÉÂTRAUX
La Roue tourne et nous en arrivons à ces efficaces méthodes d'invocation employées dans les anciens Mystères et, de nos jours, par certains groupes secrets d'initiés. Leur objet est presque invariablement (1) l'invocation d'un Dieu, ce Dieu étant conçu sur un mode plus ou moins matériel et personnel. Ces Rituels conviennent donc parfaitement à des personnes capables de comprendre l'esprit de la Magick par contraste à la lettre. L'un des grands avantages qu'ils présentent est qu'un bon nombre de personnes y peut participer, et qu'en conséquence plus de force est disponible ; mais il est important qu'elles soient toutes en harmonie. Il conviendrait donc qu'elles soient toutes initiées aux mêmes mystères, liées par les mêmes serments, et pleines des mêmes aspirations. Mais elles ne devraient pas être amies, sauf accidentellement. Elles doivent être associées seulement pour ce but précis.
Une telle troupe étant apprêtée, l'histoire du Dieu sera dramatisée par un poète talentueux accoutumé à cette forme de composition. De longs discours et invocations sont à éviter, mais l'action sera à son comble. Pareilles cérémonies seront soigneusement répétées ; mais lors des répétitions l'on aura soin d'omettre l'apogée, lequel sera étudié en privé par le personnage principal. La pièce sera arrangée de manière à ce que cet apogée dépende de lui seul. Par ce moyen l'on empêche la cérémonie de devenir mécanique ou rebattue, et l'élément de surprise aide les personnages secondaires à sortir d'eux-mêmes au suprême moment. Faisant suite à l'apogée, il devra toujours y avoir une cérémonie improvisée, un impromptu. La forme la plus satisfaisante en est la danse. Lors de telles cérémonies, les libations adéquates peuvent être abondamment employées.
Le Rite de "Luna" (Equinox I, 6) est un bon exemple de cet usage. Ici, l'apogée est la musique de la déesse, les assistants demeurant en une silencieuse extase.
Dans le rite de Jupiter l'impromptu est la danse, dans celui de Saturne de longues périodes de silence.
L'on remarquera que dans ces Rites poésie et musique furent largement employées - principalement extraites d'oeuvres déjà publiées d'auteurs et compositeurs de renommée. Il serait préférable (2) d'écrire et composer spécialement pour la cérémonie (3).
NOTES
(1) NDAC : Cet avis ne se justifie pas universellement. Il ne serait pas impossible d'employer cette méthode en vue d'opérations telles celles ressortissant de la Magick Talismanique. Par exemple, l'on pourrait consacrer et charger un Pantacle par une Commémoration de l'Equinoxe des Dieux et de la communication du Livre de la Loi au Scribe par Aiwaz, le Magicien représentant l'Ange, le Pantacle étant le Livre, et la personne sur laquelle le Pantacle est censé agir tenant le rôle du Scribe.
(2) NDAC : "Peut-être! Mais l'on pourrait imaginer certaines Conséquences Effroyables." "Mais, après tout, elles n'apparaîtraient pas comme telles aux auteurs!" "Mais - ayez pitié des pauvres Dieux!" "Inquiétez-vous de Leur sort!".
(3) NDAC : Un groupe d'habiles Magiciens accoutumés à travailler de concert peut être habilité à effectuer des orgia (4) de manière impromptue. Pour citer un exemple concret et appartenant à notre époque, le sang d'un Chrétien étant requis pour ses avantages, l'on se procura un jeune coq qui fut baptisé dans l'Eglise Catholique Romaine par un homme (5) qui , étant le Fils d'un Prêtre ordonné, était magiquement l'incarnation de l'Etre de ce Prêtre, et était par conséquent congénitalement possesseur des pouvoirs afférents. Ce coq, "Pierre Paul", était donc un Chrétien baptisé convenant à tout objectif magique. Ordre fut donné d'emprisonner le volatile ; ceci fait, les Magiciens incarnèrent respectivement les personnages d'Hérode, d'Hérodiade, de Salomé et du Bourreau, jouèrent les scènes de la danse et de la décapitation, sur les lignes du drame d'Oscar Wilde, et l'on assigna à "Pierre Paul" le rôle de saint Jean-Baptiste. Cette cérémonie fut imaginée et réalisée sous l'inspiration du moment, et sa spontanéité et sa simplicité furent vraisemblablement de puissants facteurs de sa réussite.
En ce qui concerne la théologie, je doute que Dom Gorenflot (6) ait évité avec succès de manger de la viande durant le Carême en baptisant une poularde une carpe. Car le sacrement - par son intention, malgré ses vices de formes - ne pouvant manquer d'efficacité, la poularde devait devenir Chrétienne, et donc un être humain. Carpe était seulement son nom de baptême - cf. Polycarpe (7) - et Dom Gorenflot mangea de la viande humaine durant le Carême, et ainsi, bien qu'il soit devenu évêque, il est damné.
(4) NDT : Crowley emploie ici le grec orgia ( littéralement = travaux ). Par "Orgia", l'on désignait des rites secrets liés à la vénération d'un dieu, accompagnés de danses folles et de boissons, dans la Grèce et la Rome antique. Le mot s'applique plus spécialement aux Rites concernant Bacchus.
(5) NDT : Il s'agit de Cecil Maitland. Cette cérémonie se déroula en été 1921 à l'Abbaye de Thelema fondée par Crowley à Céfalu, Sicile.
(6) NDT : Type de moine gourmand et poltron, créé par A. Dumas père dans La Reine Margot, etc.
(7) NDT : Polycarpe (saint), disciple de saint Jean l'Evangéliste, évêque de Smyrne, martyr. Auteur présumé d'une Epître aux chrétiens de Philippes.
"Of Dramatic Rituals," chapitre XIX de "Magick in Theory and Practice" : première publication par Lecram Press (Paris, 1929-30).
© Philippe Pissier pour la traduction française (5 rue Clémenceau,
F-46170 CASTELNAU-MONTRATIER) & © Ordo Templi Orientis (JAF BOX 7666 / New York, NY 10116-4632 / USA)
pour le texte anglais.