CHAPITRE XII
DU SACRIFICE SANGLANT. DES QUESTIONS AFFÉRENTES.
I
Il est nécessaire que nous considérions attentivement les problèmes liés au sacrifice sanglant, car cette question est en effet d'une importance traditionnelle en Magick. Presque toute l'ancienne Magick tourne autour de ce sujet. En particulier, l'ensemble des religions Osiriennes - les rites du Dieu Agonisant - s'y réfère. Les meurtres d'Osiris et d'Adonis ; la mutilation d'Attis ; les cultes du Mexique et du Pérou ; l'histoire d'Hercule ou Melkart ; les légendes de Dionysos et de Mithra, tous sont en relation avec la même idée. Dans la religion hébraïque, nous trouvons la même chose inculquée. C'est la première leçon de morale que nous donne La Bible : le seul sacrifice agréable au Seigneur est le sacrifice du sang. Abel, qui opta pour ce dernier, trouva grâce aux yeux du Seigneur, tandis que Caïn, qui offrit des choux, fut bien à l'évidence perçu comme un pingre. Cette idée revient encore et encore. Nous avons le sacrifice de la Pâque, prolongeant l'histoire d'Abraham recevant l'ordre d'immoler son fils premier-né, avec l'idée de substitution de la vie animale à la vie humaine. La cérémonie annuelle des deux boucs applique à perpétuité ce principe. Et nous constatons encore l'emprise de cette idée dans la fable d'Esther, où Aman et Mardochée sont les deux boucs ou dieux ; et finalement dans la représentation du rite des Purim en Palestine, où Jésus et Barabbas se trouvèrent être les Boucs de cette singulière année dont nous avons tant entendu parler, sans certitude quant à la date.
Ce sujet devrait être étudié dans Le Rameau d'Or, où il est traité avec beaucoup d'érudition par J.G. Frazer.
Nous en avons suffisamment dit pour démontrer que le sacrifice sanglant est depuis des temps immémoriaux la partie la plus estimée de la Magick. La morale de la chose semble n'avoir intéressé personne ; et à dire vrai ce n'était pas nécessaire. Comme dit St Paul : "Sans effusion de sang, il n'y a pas de pardon" ; et qui sommes-nous pour discuter avec St Paul ? Mais, après tout, libre à chacun d'avoir l'opinion qu'il veut sur ce sujet, ou sur n'importe quel autre, Dieu merci! Cependant, il est vraiment indispensable d'étudier l'affaire, quoi que nous décidions par la suite à son égard, car notre morale dépendra naturellement de notre théorie de l'univers. Si nous étions par exemple pleinement convaincus que chacun va au paradis après sa mort, il n'y aurait plus d'objections sérieuses au meurtre ou au suicide, du fait qu'il est généralement concédé - par ceux qui ne connaissent ni l'un ni l'autre - que la terre n'est pas un endroit aussi agréable que le paradis.
Quoiqu'il en soit, il est un mystère caché dans cette théorie du sacrifice sanglant, d'une grande importance pour l'étudiant, et par conséquent nous ne chercherons pas plus longtemps à le justifier. Nous n'aurions même pas dû avoir à nous excuser de notre justification, ce n'aurait été en raison de la sollicitude d'un jeune et pieux ami, d'une grande austérité de caractère, qui affirma avec insistance que la partie de ce chapitre qui suit maintenant - la partie originellement rédigée - pourrait être source de malentendus. Cela ne doit point être.
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Le sang est la vie. Les Hindous expliquent ce simple énoncé en affirmant que le sang est le principal véhicule du prana vital (1). Il y a quelques raisons de croire qu'il existe une substance bien précise (2), n'ayant encore jamais été isolée, dont la présence crée toute la différence entre la matière vivante et la morte. Nous passerons, avec un mépris justifié, sur les expériences pseudo-scientifiques de charlatans américains prétendant avoir constaté que le corps s'allège au moment du décès, et sur les affirmations, dénuées de preuves, de prétendus clairvoyants qui auraient vu l'âme s'échappant comme une vapeur hors de la bouche de personnes in articulo mortis (3). Ceci dit, les expériences d'explorateur du Maître Therion l'ont convaincu que la viande perd une partie notable de sa valeur nutritive dans les quelques minutes suivant la mort de l'animal, et que cette déperdition se poursuit avec une rapidité décroissante à mesure que le temps passe. Il est de plus généralement concédé que la nourriture vivante, les huîtres par exemple, est la plus rapidement assimilable et la plus concentrée des formes d'énergie (4). Les expériences en laboratoire sur les valeurs nutritives apparaissent quasi dénuées d'intérêt pour des raisons que nous ne pouvons aborder ici ; le témoignage commun de l'humanité semble être un guide plus sûr.
Il serait imprudent de condamner comme irrationnelle la pratique de ces sauvages qui arrachent le coeur et le foie d'un adversaire et les dévorent encore chauds. En tout cas, c'était la théorie des anciens Magiciens que tout être vivant est un réservoir d'énergie variant en quantité selon les dimensions et la santé de l'animal, et en qualité selon ses spécificités mentales et morales. A la mort de l'animal, cette énergie est brusquement libérée.
L'animal sera donc tué (5) à l'intérieur du Cercle ou du Triangle selon les circonstances, ce afin que son énergie ne puisse s'échapper. L'on choisira un animal dont la nature sera en accord avec celle de la cérémonie - ainsi, ce n'est pas en sacrifiant une brebis qu'un Magicien obtiendrait une appréciable quantité de l'énergie féroce requise pour invoquer Mars. En pareil cas, un bélier (6) serait plus approprié. Et ce bélier devrait être vierge afin que le potentiel intégral de son énergie globale d'origine ne soit aucunement diminué (7). Pour le travail spirituel le plus élevé, il faut par conséquent choisir la victime contenant la force la plus importante et la plus pure. Un enfant mâle parfaitement innocent et hautement intelligent (8) constitue la victime la plus satisfaisante et la plus adéquate (9).
Pour les évocations, il serait plus opportun de placer le sang de la victime dans le Triangle - l'idée étant que le supposé esprit puisse obtenir, grâce au sang, cette substance physique bien que subtile qui était la quintessence de la vie de cette dernière, afin qu'il soit à même d'adopter une forme visible et tangible (10).
Ces magiciens qui se refusent à l'emploi du sang ont tenté de le remplacer par l'encens. A cette fin, l'encens d'Abramelin peut être brûlé en grandes quantités. Le Dictame de Crète s'avère également précieux. Tous deux sont d'une nature très universelle et conviennent à presque n'importe quelle matérialisation.
Mais le sacrifice sanglant, bien que plus dangereux, est aussi plus efficace ; et pour la quasi-totalité des objectifs, le sacrifice humain est le meilleur (11). Le Magicien réellement grand sera capable d'employer son propre sang, ou peut-être celui d'un disciple, et cela sans sacrifier irrévocablement la vie physique (12). Un exemple de pareil sacrifice est fourni au Chapitre 44 du Liber 333 (13). Cette Messe peut être universellement recommandée pour la pratique quotidienne.
Un dernier mot sur le sujet. Il existe une Opération Magique d'importance maximale : l'Instauration d'un Nouvel Eon. Lorsqu'il devient nécessaire de proférer un Mot, toute la Planète doit être baignée dans le sang. Avant que l'homme ne soit prêt à accepter la Loi de Thelema, la Grande Guerre doit être livrée. Ce Sacrifice Sanglant est le point critique de la Cérémonie Mondiale de la Proclamation d'Horus, l'Enfant Couronné et Conquérant, Seigneur de l'Eon (14).
La chose est intégralement prophétisée dans Le Livre de la Loi lui-même ; que l'étudiant en prenne note, et entre dans les rangs de l'Armée du Soleil (15).
II
Il existe un autre sacrifice au sujet duquel les Adeptes ont toujours maintenu le plus profond des silences. Il s'agit du suprême mystère de la Magick pratique. Son nom est la Formule de la Rose-Croix. Dans ce cas, la victime est toujours - dans un certain sens - le Magicien lui-même, et le sacrifice doit coïncider avec la profération du plus sublime et secret nom du Dieu qu'il souhaite invoquer.
Correctement réalisé, cela ne rate jamais la cible. Mais il est difficile au débutant de le mettre en pratique de manière satisfaisante, car c'est un grand effort pour l'esprit que de rester concentré sur le but de la cérémonie. Triompher de cette difficulté est d'un grand secours pour le Magicien.
Il est imprudent pour lui de s'y attaquer avant d'avoir reçu une initiation régulière dans le véritable (16) Ordre de la Rose-Croix, et il doit avoir prêté les serments avec la plus haute compréhension et expérience de leur signification. Il est aussi extrêmement souhaitable qu'il soit parvenu à un point absolu d'émancipation morale (17), et à cette pureté d'esprit résultant d'une parfaite compréhension à la fois des différences et des harmonies des plans de l'Arbre de Vie.
Pour cette raison, FRATER PERDURABO n'osa jamais utiliser cette formule d'une manière pleinement cérémonielle, hormis une seule fois, à une occasion d'une immense importance, lors de laquelle ce ne fut pas Lui qui fit l'offrande, mais UN en Lui. Car il avait perçu un grave défaut dans son caractère moral qu'il avait pu surmonter sur le plan intellectuel, mais pas encore sur des plans plus élevés. Avant d'avoir terminé la rédaction de ce livre, il y sera parvenu (18).
Les détails pratiques du Sacrifice Sanglant peuvent être étudiés dans divers manuels ethnologiques, mais les conclusions d'ordre général sont résumées dans Le Rameau d'Or de Frazer, fortement recommandé au lecteur, ainsi que, brièvement mais intensément, dans The God-Eater de Crowley, convenant mieux à ceux préférant l'esprit à la lettre.
A vrai dire, les détails de la cérémonie peuvent eux aussi être laissés à l'empirisme. La méthode de mise à mort est pour ainsi dire uniforme. L'animal sera poignardé au coeur, ou sa gorge sera tranchée, par le couteau dans l'un ou l'autre cas. Toutes les autres méthodes d'assassinat sont moins efficaces ; et même dans le cas de la Crucifixion la mort est donnée d'un coup de poignard (19).
L'on peut remarquer que seuls les animaux à sang chaud sont choisis pour victimes : à deux principales exceptions près. La première est le serpent, exclusivement utilisé lors d'un Rituel très spécial (20) ; les scarabées magiques du Liber Legis constituent la seconde. (Voir Partie IV.)
Il peut s'avérer nécessaire de prévenir le débutant. La victime doit être en parfaite santé - ou son énergie pourrait être en quelque sorte empoisonnée. Elle ne doit pas non plus être trop volumineuse (21) : le montant énergétique dégagé est presque inconcevablement élevé, et au-delà de toute proportion imaginée par rapport à la force de l'animal. Par conséquent, le Magicien peut aisément être débordé et obsédé par la force qu'il a laissée se perdre ; elle se manifestera alors, très probablement, sous sa forme la plus inférieure et la plus choquante. La plus intense spiritualité d'intention (22) est absolument indispensable à la sécurité.
Lors des évocations, le danger n'est pas si grand, le Cercle formant une protection ; mais le cercle, en pareilles circonstances, doit être protégé non seulement par les noms de Dieu et les Invocations employées du même coup, mais aussi par une longue habitude de protection couronnée de succès (23). Si vous êtes aisément troublé ou effrayé, ou si vous n'avez pas encore vaincu la tendance de votre esprit à vagabonder, il ne vous est pas conseillé de mettre en pratique le Sacrifice Sanglant (24). Encore qu'il ne faille oublier que celui-ci, et cet autre art auquel nous avons osé faire obscurément allusion, soient les suprêmes formules de la Magick Pratique.
Vous avez aussi beaucoup de chances de vous attirer des ennuis grâce à ce chapitre avant d'avoir réellement compris sa signification (25).
NOTES
(1) NDAC : Prana ou "force" est souvent employé comme un terme générique pour désigner tous les types d'énergie subtile. Le prana du corps n'est que l'un de ses "vayus". Vayu signifie air ou esprit. L'idée est que toutes les forces corporelles ne sont que les manifestations d'énergies plus élevées d'un corps plus réel, ce corps réel étant quelque chose de subtil et d'invisible.
(2) NDAC : Il n'est pas nécessaire de considérer cette substance comme "matérielle" dans l'acception grossière de la science victorienne ; nous savons maintenant que des phénomènes comme les rayons et les émanations des substances radioactives occupent une position intermédiaire. Par exemple, la masse n'est pas, comme autrefois supposé, forcément imperméable à la masse, et la matière elle-même peut n'être interprétée qu'en termes de mouvement. Ainsi, pour ce qui est du "prana", l'on peut émettre l'hypothèse d'un phénomène dans l'éther analogue à l'isomérie. Nous connaissons déjà des corps chimiquement identiques dont les structures moléculaires rendent l'un actif, l'autre inactif, vis-à-vis de certains réactifs. Des métaux peuvent être "épuisés" ou même "tués" en ce qui concerne certaines de leurs propriétés, sans modification chimique apparente, voire susceptible d'être découverte. On peut "tuer" l'acier et le "ressusciter d'entre les morts" ; des mouches noyées dans l'eau glaciale et congelées peuvent être ramenées à la vie. Qu'il soit impossible de créer une vie organique supérieure est scientifiquement impensable, et le Maître Therion pense qu'il ne s'agit que de quelques années avant que cela ne soit réalisé en laboratoire. Déjà, nous sommes en mesure de ressusciter ce qui est apparemment noyé. Alors, pourquoi pas ceux qui meurent de causes telles que la syncope ? Si nous comprenions les ultimes réalités chimiques et physiques intervenant au bref instant du décès, nous pourrions saisir l'énergie d'une quelconque manière, suppléer à l'élément disparu, renverser les conditions électriques ou je ne sais quoi encore. Déjà, nous prévenons certains types de décès en comblant certains manques, comme dans le cas de la thyroïde.
(3) [Lat., "à l'instant de la mort."]
(4) NDAC : L'on peut réellement s'enivrer avec des huîtres, en les mâchant complètement. La rigidité cadavérique semble être un symptôme de la perte de ce que je pourrais nommer énergie alpha, créant une brusque interruption dans la courbe. L'énergie beta et autres se dégradent plus lentement. Ce devrait être la première tâche des physiologistes que de mesurer ces phénomènes ; car leur étude oriente à l'évidence vers de franches recherches quant à la nature de la Vie. L'analogie entre les vivantes et complexes molécules du groupe inorganique auquel appartient l'Uranium et le groupe d'éléments organique que forme le Protoplasme est extrêmement évocatrice. Les facultés de croissance, d'action, d'auto-régénération, etc., doivent être imputées à des propriétés similaires dans les deux cas ; et de même que nous avons découvert, mesuré, et partiellement expliqué la radioactivité, il devrait être possible de trouver moyen de faire la même chose pour la Vie.
(5) NDAC : C'est une erreur de croire que la victime subit un préjudice. Au contraire, il s'agit de la plus bénie et de la plus miséricordieuse d'entre toutes les morts, car l'esprit élémental est directement hissé jusqu'à la Divinité - le but précis de ses efforts au travers d'innombrables incarnations. Par contre, la pratique consistant à torturer des animaux jusqu'à la mort en vue d'obtenir un esclave élémental est indéfendable, absolue magie noire de la pire espèce, impliquant, comme elle le fait, une base métaphysique de nature dualiste. Il n'y a toutefois aucune objection au dualisme ou à la magie noire lorsqu'ils sont correctement compris. Lire le récit de la Grande Retraite Magique du Maître Therion près du Lac Pasquaney, lors de laquelle Il "crucifia un crapaud en la demeure du Basilic".
(6) NDAC : Un loup serait encore mieux dans le cas de Mars. Consulter 777 pour les correspondances entre divers animaux et les "32 Sentiers" de la Nature. [Voir Liber 777, Col. xxxviii ; voir aussi Appendice V.]
(7) NDAC : Il y a aussi la question de sa liberté magique. Le rapport sexuel crée un lien entre ses protagonistes, et donc une responsabilité.
(8) NDAC : Il ressort des Journaux Magiques de Frater Perdurabo qu'Il réalisa en moyenne ce sacrifice particulier environ 150 fois par an entre 1912 E.V. et 1928 E.V. Contrastez avec Là-Bas de J.K. Huysmans où se trouve décrite une forme pervertie de Magie d'un ordre analogue.
"C'est le sacrifice de soi-même spirituellement. Et l'intelligence et l'innocence de cet enfant mâle sont la parfaite compréhension du Magicien, son seul but, sans soif de résultat. Il doit être mâle, car ce qu'il sacrifie n'est pas le sang matériel, mais son pouvoir créateur." Cette interprétation initiatique des citations de l'Ecriture fut envoyée spontanément par Soror I.W.E., par égard pour les jeunes Frères.
(9) [Bien que Crowley émaille ce chapitre d'avertissements portant contre une interprétation littérale de ses remarques, ses détracteurs citent fréquemment cet énoncé hors de son contexte afin de soutenir qu'il préconisait le sacrifice humain au sens propre, pratique qu'il désavouait. Cette phrase ne figure pas dans le manuscrit, et apparaît pour la première fois in TS1.]
(10) NDAC : Voir Equinox I(5), Supplément : [Liber 418] Dixième Ether, pour le Récit d'une Opération où cela fut fait. Des phénomènes magiques de nature créatrice sont conçus et germent dans une étrange et épaisse ténèbre veloutée, cramoisie, pourpre, ou bleu foncé, s'approchant du noir : comme si l'on disait : Dans le corps de Notre Dame des Etoiles.
Voir 777 pour les correspondances des diverses forces de la Nature avec les drogues, parfums, etc. [Pour les drogues minérales et végétales, voir 777, Colonnes xliii et xliv. Pour les plantes (y compris celles qui sont des stupéfiants) et les parfums, voir Colonnes xxxix et xlii ; voir aussi Appendice V.]
(11) [Crowley mentionne un sacrifice de soi n'entraînant ni la mort ni de sérieuse blessure ; ses remarques possèdent également une interprétation sur le plan de la magie sexuelle. Il ne préconise ni le suicide ni le meurtre rituel.]
(12) NDAC : Néanmoins, pareils détails peuvent sans crainte être laissés au bon sens de l'Etudiant. L'expérience, ici comme ailleurs, est le meilleur maître. Toutefois, en ce qui concerne le Sacrifice durant l'Invocation, l'on peut affirmer sans craindre la contradiction que la mort de la victime doive coïncider avec la suprême invocation.
(13) [Voir "Liber XLIV", Appendice VI.]
(14) NDAC : Note : Ce paragraphe fut rédigé durant l'été 1911 E.V., exactement trois ans avant sa confirmation. ([P.S.] Seconde tournée ë38 sqq.)
(15) NDAC : Voir aussi pp. 112-113. [Dans la pagination d'origine. Voir Chap. XIV, §2.]
(16) NDAC : Il est souhaitable d'ici mettre en garde le lecteur contre les nombreux ordres factices s'étant effrontément octroyé le nom Rosicrucien. La Masonic Societas Rosicruciana est honnête et inoffensive ; et elle ne se livre à aucune allégation mensongère. Si ses membres s'avèrent être en général des officieux séduisants, prompts à afficher leur droiture, méticuleux quant à la purification de l'extérieur de la coupe et du plat ; si les masques des Officiers de leurs Mystères évoquent le Hibou, le Chat, le Perroquet et le Coucou, et si la Robe de leur Mage en Chef est une Peau de Lion, c'est leur affaire. Mais ces ordres dirigés par des personnes prétendant représenter l'Ancienne et Véritable Fraternité, e.g. Plummer, Clymer, le successeur de Heindel, le Dr. E.W. Berridge, A.L. Wedgwood, A.E. Waite, sont de vulgaires duperies. Les successeurs de feu S.L. Mathers (alias Comte McGregor) constituent la phosphorescence du bois pourri d'une branche qui fut élaguée de l'arbre à la fin du 19ème siècle. Ceux de Papus (Dr. Encausse), Stanislas de Guaita et Péladan, méritent le respect du fait de leur sérieux, mais il leur manque une connaissance étendue et l'autorité. L'"Ordo Rosae Crucis" est un ramassis d'ignorance et de mensonges, mais peut-être s'agit-il d'un stratagème intentionnel en vue de se dissimuler. Le test, pour n'importe quel Ordre, c'est son attitude envers la Loi de Thelema. Le Véritable Ordre présente les Véritables Symboles, mais évite d'y attacher le Véritable Nom ; ce n'est que lorsque le Postulant a prêté d'irrévocables Serments et a été reçu formellement qu'il découvre quelle Fraternité il a rejointe. S'il a pris les faux symboles pour les vrais et se trouve magiquement lié à une bande de fripons, tant pis pour lui!
(17) NDAC : Ceci résulte de la pleine acceptation de la Loi de THELEMA, assidûment mise en pratique.
(18) NDAC : Avec les meilleurs résultats. P.
(19) NDAC : Encore qu'on puisse imaginer des méthodes d'exécution appropriées aux Armes : Poignarder ou assommer avec la Lance ou la Baguette, Noyer ou empoisonner avec la Coupe, Décapiter avec l'Epée, Ecraser avec le Disque, Brûler avec la Lampe, et ainsi de suite.
(20) NDAC : Le Serpent n'est pas vraiment tué ; il est mis à bouillir dans un récipient adéquat, d'où il ressort en temps voulu reposé et modifié, mais toujours essentiellement lui-même. L'idée est celle d'une transmission de vie et de sagesse par un véhicule qui s'est acquitté de sa formule à un autre susceptible d'une prolongation ultérieure. Le développement d'un fruit sauvage par des plantations répétées dans une terre adéquate constitue une opération analogue.
(21) NDAC : Le sacrifice (e.g.) d'un taureau suffit pour un grand nombre d'individus ; d'où qu'il soit communément effectué lors de cérémonies publiques, et lors de certaines intronisations, e.g. celle d'un Roi, qui a besoin de force pour son royaume tout entier. Ou, encore, lors de la Consécration d'un Temple.
Consulter The Blessing of Pan de Lord Dunsany - une noble et très remarquable prophétie du bel avenir de la Vie.
(22) NDAC : C'est une question de concentration, sans implication morale. Le danger est d'obtenir quelque chose dont on ne veut pas. C'est "mauvais" par définition. Rien n'est en soi bénéfique ou maléfique. Les boucliers des Sabins qui écrasèrent Tarpéia ne leur étaient pas meurtriers, mais l'inverse. La critique qu'elle en fit reposait sur le fait qu'il s'agissait de ce dont elle ne voulait pas dans son Opération.
(23) NDAC : L'usage quotidien du Petit Rituel Bannissant du Pentagramme (mettons trois fois par jour) durant des mois et des années, ainsi que l'assomption constante de la Forme Divine d'Harpocrate (pour ceux-ci, voir ["Liber O",] Equinox I(2), et le Liber 333, Cap. XXV ["Liber XXV"]) devront créer le véritable cercle, i.e. l'Aura du Magus, inattaquable. [Pour le "Liber O", voir Appendice VII ; pour le "Liber XXV", voir Appendice VI.]
Cette Aura devra être d'une grande netteté, élastique, rayonnante, iridescente, brillante, resplendissante. "Une bulle de savon comme en l'acier d'un rasoir, ruisselante de lumière interne" est mon prime effort pour la décrire, et n'est pas si mauvais en dépit de ses incongruités : P.
"FRATER PERDURABO, lors de la seule occasion où je fus à même de Le voir tel qu'Il est réellement, était plus brillant que le Soleil de midi. Je tombai immédiatement à terre, mon évanouissement dura plusieurs heures, et durant celui-ci je fus initiée." Soror A.... Cf. Apocalypse, I : 12-17.
(24) NDAC : Toute l'idée véhiculée par le mot Sacrifice, telle que communément comprise, repose sur l'erreur et la superstition, et se trouve être non scientifique, en plus d'être métaphysiquement fausse. La loi de Thelema a totalement changé le Point de Vue relatif à cette question. A moins d'avoir parfaitement assimilé la Formule d'Horus, il est réellement dangereux de se mêler de ce genre de Magick. Que le jeune Magicien médite sur la Conservation de la Matière et de l'Energie.
(25) NDAC : Il est un adage traditionnel affirmant qu'à chaque fois qu'un Adepte semble avoir formulé un énoncé franc et compréhensible, il est alors quasi certain qu'Il veuille dire quelque chose d'entièrement différent. La Vérité est pourtant clairement présente en Ses Paroles : c'est Sa simplicité qui déroute l'indigne. J'ai choisi les expressions de ce Chapitre de telle sorte qu'elles soient susceptibles d'égarer ces magiciens qui permettent à leurs intérêts égoïstes de voiler leur intelligence, mais aussi de donner d'utiles indications à ceux qui sont contraints par les Serments appropriés de dévouer leurs pouvoirs à des fins légitimes. "tu n'as nul droit hormis faire ta volonté." [Liber Legis, I : 42] "C'est un mensonge, cette folie contre soi-même." [Liber Legis, II : 22] L'erreur fondamentale de tous les non-initiés est de définir le "moi" comme irréconciliablement opposé au "non-moi". Chaque partie de soi-même est au contraire stérile et dénuée de sens avant de s'accomplir, via "l'amour sous la volonté" [Liber Legis, I : 57], dans sa contre-partie Macrocosmique. Se séparer des autres revient à se détruire ; le moyen de se réaliser et de donner le maximum de soi-même est de perdre ce moi - son sentiment de séparation - dans l'autre. Ainsi : Enfant + nourriture : l'un n'est pas préservé aux dépens de l'autre ; il y a une "destruction" ou plutôt des modifications des deux afin qu'ils aboutissent au résultat de l'opération : un homme adulte. Il est de fait impossible de préserver une chose telle qu'elle est par une action positive dessus. Son intégrité exige l'inaction ; et l'inaction, la résistance au changement, est stagnation, mort et dissolution dues à l'interne putréfaction des éléments morts d'inanition.
"Of the Bloody Sacrifice : and Matters Cognate,"
chapitre XII de "Magick in Theory and Practice" :
première publication par Lecram Press (Paris, 1929-30).
© Philippe Pissier pour la traduction française (5 rue Clémenceau,
F-46170 CASTELNAU-MONTRATIER) & © Ordo Templi Orientis
(JAF BOX 7666 / New York, NY 10116-4632 / USA)
pour le texte anglais.