CHAPITRE V

L'HUILE SAINTE

 

 

L'Huile Sainte est l'Aspiration du Magicien ; c'est cela qui le consacre à l'accomplissement du Grand Oeuvre ; et son efficacité est telle qu'elle consacre également tout le mobilier du Temple et les instruments qui s'y trouvent. Elle est aussi la grâce ou chrême ; car cette aspiration n'est pas l'ambition ; c'est une qualité accordée d'en-haut. Pour cette raison, le Magicien oindra en premier le sommet de sa tête avant de poursuivre en consacrant les centres inférieurs tour à tour.

 

Cette huile est d'une pure couleur dorée ; et lorsqu'elle est étalée sur la peau, elle doit brûler et faire frémir le corps avec l'intensité du feu. C'est la pure lumière traduite en termes de désir. Il ne s'agit pas de la Volonté du Magicien, du désir qu'a l'inférieur de s'élever jusqu'au supérieur ; mais de l'étincelle de supérieur dans le Magicien souhaitant unir l'inférieur à elle-même.

 

Par conséquent, à moins que le Magicien ne soit tout d'abord oint de cette huile, tout son travail sera néfaste et vain.

 

Cette huile est composée de quatre substances. La base de l'ensemble est l'huile d'olive. L'olive est, traditionnellement, le cadeau de Minerve, la Sagesse de Dieu, le logos. Dans celle-ci sont dissoutes trois autres huiles ; huile de myrrhe, huile de cannelle, huile de galanga. La Myrrhe est attribuée à Binah, la Grande Mère, qui est à la fois la compréhension du Magicien et cette tristesse et compassion résultant de la contemplation de l'Univers. La Cannelle symbolise Tiphereth, le Soleil - le Fils, en qui Souffrance et Gloire sont identiques. Le Galanga représente à la fois Kether et Malkuth, le Premier et le Dernier, l'Un et le Multiple, puisqu'ils ne font qu'Un en cette Huile.

 

Ces huiles réunies ensemble symbolisent donc l'Arbre de Vie tout entier. Les dix Séphiroth sont harmonieusement mariées dans la perfection dorée du mélange.

 

Cette Huile ne peut être préparée à partir de myrrhe, cannelle et galanga à l'état brut. Toute tentative dans ce sens n'aboutit qu'à l'obtention d'une boue marron avec laquelle l'huile ne compose pas. Ces substances doivent être elles-mêmes raffinées en de pures huiles avant la combinaison finale.

 

L'Huile parfaite est fort pénétrante et subtile. Peu à peu, elle se répandra, telle une pellicule étincelante, sur chaque objet du Temple. Chacun de ces objets flamboiera alors à la lumière de la Lampe. Cette Huile est comme ce qui se trouvait dans la cruche de la veuve : elle se renouvelle et se multiplie miraculeusement ; son parfum remplit le Temple tout entier ; c'est l'âme dont le corps n'est que le parfum plus grossier.

 

La fiole contenant l'Huile devrait être de pur cristal de roche, et certains magiciens l'ont façonnée sous la forme d'un sein féminin, car il s'agit là de la véritable nourriture de tout ce qui vit. Pour cette même raison, elle a été faite de nacre et bouchée par un rubis.

 

 

"The Holy Oil," chapitre V de "Book Four, Part Two" : première publication par Wieland & Co. (Londres, 1912).

 

© Philippe Pissier pour la traduction française (5 rue Clémenceau,

F-46170 CASTELNAU-MONTRATIER) & © Ordo Templi Orientis (JAF BOX 7666 / New York, NY 10116-4632 / USA)

pour le texte anglais.