CHAPITRE VII

LA FORMULE DU SAINT-GRAAL : 

D'ABRAHADABRA : ET DE CERTAINS AUTRES MOTS. ET AUSSI : AU SUJET DE LA MEMOIRE MAGIQUE.

 

 

I

 

L'Hiéroglyphe que nous présente la Septième Clé du Tarot (décrite dans le 12ème Ether, Liber 418, Equinox, I(5)) est le Pilote du Char de NOTRE DAME BABALON, dont il porte la Coupe ou Graal.

 

Il s'agit là d'une formule importante. C'est en un sens la Première des Formules car c'est celle de la Renonciation (1). C'est aussi la Dernière!

 

Cette Coupe est dite remplie du Sang des Saints ; c'est-à-dire que chaque "saint" ou magicien doit verser jusqu'à la dernière goutte de son sang dans cette coupe. C'est le prix originel payé pour le pouvoir magicke. Et si par pouvoir magicke nous entendons pouvoir véritable, l'assimilation de toute force à la Lumière Ultime, les vraies Noces de la Rose-Croix, alors ce sang est l'offrande de la Virginité, le seul sacrifice qui soit fort agréable au Maître, le sacrifice dont l'unique récompense est la douleur de la mise au monde de l'enfant en lui.

 

Mais "vendre son âme au diable", renoncer à quoi que ce soit pour un équivalent en gain personnel (2) est magie noire. Vous n'êtes plus un noble donateur de vous-même, mais un minable profiteur.

 

Cette formule est toutefois un peu différente dans son symbolisme, puisque c'est une Femme dont la Coupe doit être remplie. Il s'agit plutôt du sacrifice de l'Homme qui transmet la vie à ses descendants. Car une femme ne porte pas en elle-même le principe de la nouvelle vie, excepté de manière temporaire, lorsqu'il lui est donné.

 

Mais ici la formule implique bien plus que cela. Car c'est sa vie tout entière que le Magus offre à NOTRE DAME. La Croix est à la fois Mort et Génération, et c'est sur la Croix que fleurit la Rose. La pleine signification de ces symboles est si élevée qu'elle ne peut que difficilement convenir à un manuel élémentaire de ce genre. Il faut être un Adeptus Exemptus, et être prêt à faire le saut, avant de pouvoir saisir les symboles - même depuis le plan inférieur. Seul un Maître du Temple peut les comprendre pleinement.

 

(Toutefois, le lecteur pourra étudier le "Liber 156" in Equinox I(6) (3), les 12ème et Deuxième Ethers du Liber 418 in Equinox I(5), et le Symbolisme du V° et du VI° dans l'O.T.O.).

 

De la conservation de ce sang que NOTRE DAME offre à l'ANCIEN, CHAOS (4) l'Omni-Père, ce afin de le raviver, et comment sa divine Essence emplit la Fille (l'âme de l'Homme) et la place sur le Trône de la Mère, obéissant à l'Economie de l'Univers, et de cette manière récompensant finalement le Magicien (le Fils) dans l'ordre de dix mille pour un, il serait plus impropre encore de parler ici. L'Arcanum des Maîtres du Temple est un mystère si sacré qu'il y est ici fait allusion afin d'aveugler les présomptueux qui, indignes, pourraient chercher à lever le voile, et dans le même temps afin d'illuminer les ténèbres de ceux pouvant n'avoir besoin que d'un rayon de Soleil pour surgir à la vie et à la lumière.

 

 

II

 

ABRAHADABRA est un mot à étudier in Equinox I(5), "The Temple of Solomon the King". Il symbolise le Grand Oeuvre achevé, et il est donc un archétype de toutes les opérations magiques mineures. Il est dans un sens trop parfait pour être appliqué par avance à quelqu'une d'entre elles. Mais un exemple d'une telle opération peut être étudié in Equinox I(7), "The Temple of Solomon the King", où une invocation d'Horus basée sur cette formule est donnée en entier (5). Notez la réverbération des idées les unes contre les autres. La formule d'Horus n'a pas encore été suffisamment travaillée dans tous ses détails pour justifier un traité sur sa théorie et sa pratique exotériques ; mais l'on peut dire qu'elle est à la formule d'Osiris ce qu'est la turbine au moteur alternatif.

 

 

III

 

Il y a bien d'autres mots sacrés en lesquels sont enchâssées des formules de grande efficacité lors d'opérations particulières.

 

Par exemple, V.I.T.R.I.O.L. donne un certain Régime des Planètes utile dans le travail Alchimique. ARARITA est une formule du macrocosme puissante dans certaines Opérations très élevées de la Magick de la Lumière la Plus Intérieure (Voir "Liber 813").

 

La formule de Thelema peut être résumée ainsi : Q "Babalon et la Bête conjoints" - e en Nuit (CCXX, I, 61) (4) - l L'Oeuvre accomplie dans la Justice - h le Saint Graal - m l'Eau qui s'y trouve - a L'Enfant dans l'Oeuf (Harpocrate sur le Lotus).

 

Celle d'AGAPÉ est comme suit :

 

Dionysos (A majuscule) - La Terre Vierge g - L'Enfant dans l'Oeuf ( a minuscule - l'image du Père) - le Massacre des Innocents, p (pressoir) - La Gorgée d'Extase h.

 

L'étudiant s'apercevra que cela vaut vraiment le coup d'explorer par lui-même ces concepts dans le détail, et de développer la technique de leur application.

 

Il existe aussi un Nom Gnostique de Sept Voyelles fournissant une formule musicale très puissante lors d'évocations de l'Ame de la Nature. Il y a du reste ABRAXAS ; il y a XNOUBIS ; il y a MEITHRAS ; et en vérité l'on peut brièvement affirmer que tout véritable nom de Dieu donne la formule de l'invocation de ce Dieu (6). Il serait donc impossible, même si c'était souhaitable, d'analyser de tels noms. La méthode générale pour y parvenir a déjà été délivrée, et le magicien doit élaborer lui-même sa propre formule pour des cas particuliers (7).

 

IV

 

Il convient également de remarquer que chaque grade possède sa formule magique spécifique. Ainsi, la formule d'ABRAHADABRA nous concerne, en tant qu'hommes, principalement du fait que que chacun d'entre nous représente le pentagramme ou microcosme ; et notre équilibration doit donc se faire vis-à-vis de l'hexagramme ou macrocosme. En d'autres mots, 5° = 6 est la formule de l'opération Solaire ; mais il se trouve que 6° = 5 est la formule de l'opération Martiale, et cette inversion des chiffres implique une Oeuvre très différente. Dans le premier cas, le problème était de dissoudre le microcosme dans le macrocosme ; mais l'autre problème consiste à détacher une force particulière du macrocosme, tout comme un sauvage se taillant une hache en silex à partir des dépôts d'une falaise crayeuse. De même, une opération de Jupiter sera de la nature de son équilibration avec Vénus. Sa formule graphique sera 7° = 4, et il y aura un mot en lequel sera décrit le caractère de l'opération, de la même façon qu'ABRAHADABRA décrit l'Opération du Grand Oeuvre.

 

L'on peut affirmer sans injustice, et poser comme approximative règle générale, que plus les deux termes de l'équation sont éloignés de l'égalité originelle, plus l'opération sera difficile à réaliser.

 

Ainsi, pour citer le cas de l'opération personnelle symbolisée par les grades, il est plus ardu de devenir Néophyte, 1° = 10, que de passer de ce grade à celui de Zelator, 2° = 9.

 

L'initiation est par conséquent de plus en plus facile, dans un certain sens, après que le premier pas ait été franchi. Mais (spécialement après le passage de Tiphereth) la distance entre les grades augmente pour ainsi dire par une progression géométrique avec un facteur immensément élevé, qui lui-même progresse (8).

 

Il est évidemment impossible de livrer les détails de toutes ces formules. Avant de commencer quelque opération que ce soit, le magicien doit réaliser une minutieuse étude Qabalistique de celle-ci, afin d'en élaborer la théorie dans la perfection et la symétrie. La préparation est aussi importante en Magick que dans l'Art de la Guerre.

 

V

 

Il peut être avantageux de livrer une étude quelque peu détaillée du mot d'étrange apparence AUMGN, car son analyse fournit une excellente illustration des principes sur lesquels le Practicus peut construire ses propres Mots Sacrés.

 

Ce mot a été proféré par le MAÎTRE THERION lui-même, comme un moyen de déclarer son propre travail personnel en tant que la Bête, le logos de l'Eon. Pour le comprendre, il convient de considérer tout d'abord le mot qu'il détrône et à partir duquel il a été développé : le mot AUM.

 

Le mot AUM est le mantra sacré hindou qui était le suprême hiéroglyphe de la Vérité, un abrégé de la Connaissance Sacrée. Bien des volumes ont été rédigés à son sujet ; mais pour notre présent propos il suffira d'expliquer comment il vint à représenter les principales croyances philosophiques des rishis.

 

Premièrement, il symbolise le cours complet du son. Il se prononce en expulsant le souffle depuis l'arrière-gorge avec la bouche grande ouverte ; puis la cavité buccale et les lèvres sont modelées de sorte à modifier le son A en O (ou U) ; et enfin les lèvres sont closes pour donner le M. Symboliquement, ceci présente l'ordre de la Nature comme issu d'une création libre et informe, passant par une préservation équilibrée et organisée, et aboutissant au silence de la destruction. Les trois sons sont harmonisés en un seul ; et ainsi ce mot symbolise la Trinité hindoue de Brahma, Visnu et Siva ; et les opérations dans l'Univers de leur énergie trine. C'est donc la formule d'un manvantara, ou période d'existence manifestée, alternant avec un pralaya, durant lequel la création est latente.

 

Analysé Qabalistiquement, ce mot témoigne de propriétés analogues. A est la négative, et aussi l'unité qui la concentre sous une forme positive. A est le Saint-Esprit qui enfante Dieu dans la chair de la Vierge, selon la formule familière aux étudiants du Rameau d'Or. A est aussi "l'enfant dans l'Oeuf" ainsi engendré. La qualité de A est donc bisexuelle. C'est l'être originel - Zeus Arrhenothelus, Bacchus Diphues, ou Baphomet.

 

U ou V est le fils manifesté. Son chiffre est 6. Il fait donc référence à la double nature du logos, divine et humaine ; l'entrecroisement des triangles inférieur et supérieur dans l'hexagramme. C'est le premier nombre du Soleil, dont le dernier (9) est 666, "le nombre d'un homme".

 

La lettre M témoigne de la fin du processus. C'est le Pendu du Tarot ; le développement de l'individu à partir de l'absolu se conclut par sa mort.

 

Nous voyons en conséquence comment AUM est, dans l'un ou l'autre système, l'expression d'un dogme impliquant la catastrophe dans la nature. Il est parent de la formule du Dieu Assassiné. La "résurrection" et "l'ascension" n'y sont pas sous-entendues. Ce sont des inventions tardives sans fondements dans la nécessité ; elles peuvent être en effet décrites comme des fantasmes freudiens évoqués par la crainte de faire face à la réalité. Pour l'Hindou, elles sont à vrai dire encore moins respectables. Dans son optique, l'existence est par essence désagréable (10) ; et sa principale préoccupation est d'invoquer Siva (11) afin qu'il détruise l'illusion dont le joug est le fléau du manvantara.

 

La révélation cardinale de ce Grand Eon d'Horus est que cette formule AUM ne correspond pas aux faits de la nature. Le point de vue est basé sur une mauvaise compréhension du caractère de l'existence. Il devint vite évident au Maître Therion que AUM était un hiéroglyphe inadéquat et fallacieux. Il n'énonçait qu'une partie de la vérité, et impliquait une fausseté fondamentale. En conséquence, il décida de modifier le mot de manière à lui permettre de symboliser l'Arcana dévoilé par l'Eon dont Il était parvenu à être le logos.

 

La tâche essentielle consistait à mettre en relief le fait que la nature n'est pas catastrophique, mais procède au moyen d'ondulations. L'on peut suggérer que manvantara et pralaya sont en réalité des courbes complémentaires ; mais la doctrine hindoue nie avec force insistance la continuité des phases successives. Il était néanmoins important d'éviter de perturber la disposition Trinitaire du monde, ce qui serait le cas par l'addition d'autres lettres. Il était également souhaitable de bien faire comprendre que M représente une opération qui ne se produit jamais réellement dans la nature sauf résorption des phénomènes dans l'absolu ; processus qui, même ainsi appréhendé, n'est pas une véritable destruction, mais au contraire l'affranchissement de toutes choses des modifications qu'elles ont confondues avec elles-mêmes. Il lui vint à l'esprit que la vraie nature du Silence était de permettre la vibration ininterrompue de l'énergie ondulatoire, libre des fausses conceptions qui lui sont attachées par l'ahamkara ou faculté créatrice de l'Ego, dont le postulat selon lequel l'individualité consciente constitue l'existence le mène à considérer sa propre nature apparemment catastrophique comme appartenant à l'ordre de la nature.

 

La formule ondulatoire de la putréfaction est représentée dans la Qabalah par la lettre N, qui correspond au Scorpion, dont la nature trine combine l'Aigle, le Serpent et le Scorpion. Ces hiéroglyphes eux-mêmes indiquent les formules spirituelles de l'incarnation. Il était aussi désireux d'employer la lettre G, une autre formule trine expressive des aspects de la lune, qui de plus proclame la nature de l'existence humaine de la manière suivante. La lune est en elle-même une orbe noire, mais une apparence de lumière lui est conférée par le soleil ; et c'est précisément de cette manière que les incarnations successives créent une apparence de conscience. La lune n'est pas modifiée par ses phases, tout comme l'étoile individuelle qu'est chaque homme demeure elle-même indépendamment du fait que la terre la perçoive ou non.

 

Or il s'avère que la racine GN signifie à la fois connaissance et génération combinées en une seule idée, sous une forme absolue et indépendante de la personnalité. Le G est une lettre muette, comme dans notre mot Gnose ; et le son GN est nasal, suggérant par conséquent le souffle de vie par opposition à celui de la parole. Poussé par ces considérations, le Maître Therion se proposa de remplacer le M de AUM par la combinaison MGN, symbolisant de cette façon la subtile transformation des silence et mort apparents qui concluent la vie manifestée du vau par la vibration continue d'une énergie impersonnelle de la nature de la génération et de la connaissance. Du reste, la Lune Vierge et le Serpent se trouvent inclure dans l'idée une commémoration de la légende si grossièrement altérée dans le mythe hébraïque du Jardin d'Eden, et dans sa falsification encore plus malicieusement dégradée, cette bordée amèrement sectaire, L'Apocalypse.

 

Toute recherche valide se justifie invariablement en fournissant des corollaires confirmatifs non prévus par le Qabaliste. Dans le cas présent, le Maître Therion fut ravi de remarquer que sa combinaison MGN, construite sur des principes théoriques avec l'intention d'y incorporer la nouvelle connaissance de l'Eon, était de valeur 93 (M = 40, G = 3, N = 50). 93 est le nombre du mot de la Loi , Thelema = Volonté, et d'Agapé = Amour, qui indique la nature de la Volonté. C'est du reste le nombre du Mot qui triomphe de la mort, comme le savent les membres du grade M.M. de l'O.T.O. ; et c'est aussi celui de la formule complète de l'existence telle qu'exprimée par le Véritable Mot du Néophyte, où l'existence se trouve signifier cette phase du tout qui est la résolution finie du Zéro Qabalistique.

 

Enfin, la numération totale du Mot AUMGN est 100, qui, comme le savent les initiés du Sanctuaire de la Gnose de l'O.T.O., exprime l'unité sous la forme d'une manifestation intégrale par le symbolisme du nombre pur, étant Kether par l'Aiq Bkr (12) ; et aussi Malkuth multipliée par elle-même (13), et de ce fait établie dans l'univers phénoménal. Mais, de plus, ce nombre 100 indique mystérieusement la formule Magique de l'Univers conçu comme machine réverbérante pour l'extension du Néant au travers du dispositif des opposés en équilibre (14).

 

C'est du reste la valeur de la lettre qoph, qui signifie "l'arrière de la tête", le cervelet, où la force créatrice ou reproductrice est primitivement située. Qoph, dans le Tarot, est "La Lune", une carte suggérant l'illusion, et montrant néanmoins des forces adverses à l'oeuvre dans les ténèbres, et le Scarabée Ailé ou Soleil de Minuit dans sa Barque voyageant en direction du Nadir. Son attribution Yetziratique est Les Poissons, symboliques des courants positifs et négatifs de l'énergie liquide, le mâle ichthus ou "pesce" (15) et la vesica femelle, recherchant respectivement l'anode et la cathode. Le nombre 100 est par conséquent un glyphe synthétique des énergies subtiles employées dans la création de l'Illusion, ou Reflet de la Réalité, que nous nommons existence manifestée.

 

Ci-dessus se trouvent les principales considérations relatives à la question d'AUMGN. Elles devraient suffire à éclairer l'étudiant sur les méthodes présidant à la construction des hiéroglyphes de la Magick, et à l'armer d'un mantra d'un pouvoir terrifiant par la vertu duquel il peut appréhender l'Univers, et maîtriser en lui-même ses conséquences karmiques.

 

 

VI

 

La Mémoire Magique

 

I

Il n'est pas de tâche plus importante que l'exploration de ses incarnations précédentes (16). Comme dit Zoroastre : "Explore la rivière de l'âme ; d'où et en quel ordre tu es venu". L'on ne peut réaliser intelligemment sa Vraie Volonté avant de savoir ce qu'elle est. Le "Liber Thisharb", Equinox I(7) (17), donne des instructions pour déterminer ceci par le calcul de la résultante des forces qui nous ont fait ce que nous sommes. Mais cette pratique est confinée à l'incarnation présente.

 

Pour un homme qui se réveillerait dans un bateau sur un étrange cours d'eau, il serait inconsidéré de conclure que la direction du seul bief visible est celle du fleuve tout entier. Cela aiderait beaucoup de se ressouvenir des orientations des biefs précédents traversés avant son sommeil. De plus, cela délivre de l'anxiété que de prendre conscience qu'une force constante et invariable était l'unique facteur déterminant de tous les méandres du fleuve : la gravitation. Nous pouvons nous réjouir de ce que "même la plus pénible des rivières serpente jusqu'à la mer".

 

Le "Liber Thisharb" décrit une méthode pour acquérir la Mémoire Magique en apprenant à se souvenir à rebours. Mais la pratique soigneuse de dharana est peut-être plus utile en règle générale. Comme l'on empêche les pensées les plus accessibles de surgir, nous découvrons des strates plus profondes - des souvenirs d'enfance sont réveillés. Encore plus profondément encore se trouve une catégorie de pensées dont l'origine nous déconcerte. Certaines d'entre elles appartiennent semble-t-il à des incarnations précédentes. En cultivant ces départements de l'esprit nous pouvons les développer ; nous devenons expert ; nous façonnons une cohérence organisée à partir de ces éléments originellement isolés ; la faculté croît avec une stupéfiante rapidité une fois qu'on a acquis le tour de main.

 

Il est plus facile (pour des raisons évidentes) d'obtenir la Mémoire Magique lorsqu'on s'est juré, lors de nombreuses existences, de se réincarner immédiatement. Le grand obstacle est le phénomène nommé oubli freudien ; c'est-à-dire que, bien qu'un événement déplaisant puisse être assez fidèlement enregistré par le mécanisme du cerveau, nous refusons de nous en souvenir, ou nous en souvenons de manière erronée, parce qu'il est pénible. Psychopathologie de la Vie Quotidienne (18) analyse et explique ce phénomène en détail. Or, la Reine des Terreurs étant la Mort, il est en vérité difficile de la regarder en face. L'humanité s'est créée des multitudes de masques fantastiques ; les gens parlent "d'aller au paradis", de "passer", et ainsi de suite ; étendards flottant sur les tours en carton-pâte de théories sans fondement. L'on tressaille instinctivement en se rappelant sa dernière mort, tout comme en imaginant la prochaine (19). Le point de vue de l'initié aide énormément.

 

Dès que l'on a franchi ce pons asinorum (20), la pratique devient plus aisée. Il est bien moins douloureux d'atteindre la vie précédant la dernière ; la connaissance de la mort fait naître le mépris à son égard.

 

C'est une très grande aide pour le débutant s'il se trouve posséder quelques motifs intellectuels de s'identifier à une personne précise du passé immédiat. Un bref compte rendu de la bonne fortune d'Aleister Crowley dans ce domaine devrait être instructif. L'on remarquera que les points de contact divergent grandement en caractère.

 

1. La date de la mort d'Eliphas Lévi se situe environ six mois avant celle de la naissance d'Aleister Crowley. L'ego en voie de réincarnation est censé prendre possession du foetus à cette étape de son développement.

 

2. Eliphas Lévi présentait une ressemblance frappante avec le père d'Aleister Crowley. Ceci ne suggère bien sûr qu'un certain degré de concordance sur le plan physique.

 

3. Aleister Crowley rédigea une pièce intitulée "The Fatal Force" à une époque où il n'avait jamais lu aucune des oeuvres d'Eliphas Lévi. Le thème de la pièce est une Opération Magique d'un genre très particulier. La formule qu'Aleister Crowley supposait être son idée originale est mentionnée par Lévi. Nous n'avons pu nulle part ailleurs en retrouver la trace avec autant de correspondances exactes dans les moindres détails.

 

4. Aleister Crowley trouvait un certain quartier de Paris incompréhensiblement familier et attirant. Ce n'était pas le phénomène ordinaire du déjà vu, mais avant tout le sentiment d'être à nouveau chez soi. Il découvrit bien plus tard que Lévi avait vécu de nombreuses années dans le voisinage.

 

5. Il y a beaucoup de similitudes insolites entre les événements de la vie de Lévi et ceux de la vie d'Aleister Crowley. L'intention des parents était que leur fils mène une carrière religieuse ; l'incapacité de faire usage de talents très remarquables d'une manière régulière ; l'inexplicable ostracisme qui l'affligea, et dont les artisans semblaient d'une manière ou d'une autre honteux d'eux-mêmes ; les événements relatifs au mariage (21) : tout cela offre des parallèles étonnamment étroits.

 

6. Les caractères des deux hommes présentent de subtiles correspondances sur bien des points. Tous deux semblent constamment s'efforcer de réconcilier des antagonismes insurmontables. Tous deux trouvent dur de détruire l'illusion selon laquelle les croyances et les coutumes arrêtées des hommes peuvent être radicalement modifiées par quelques explications amicales. Tous deux montrent un curieux penchant pour une instruction d'ordre insolite, préférant de mystérieuses sources de connaissance aux sources normales. Tous deux prennent très au sérieux les noms et les costumes ; ils adoptent des apparences excentriques. Tous deux inspirent ce qu'on peut nommer peur panique chez de parfaits étrangers, lesquels ne peuvent donner aucune raison que ce soit pour une répulsion pouvant presque mener, parfois, à une démence temporaire. La passion dominante, dans les deux cas, est celle d'aider l'humanité. Tous deux montrent une indifférence donquichottesque à l'encontre de leur prospérité personnelle, et même envers leur bien-être, quoique chacun affiche un amour du luxe et de la splendeur. Tous deux ont l'orgueil de Satan.

 

7. Lorsque Aleister Crowley devint Frater et eut à écrire sa thèse pour le grade d'Adeptus Exemptus, il avait déjà rassemblé ses idées lorsque La Clef des Grands Mystères tomba entre ses mains. Il était remarquable qu'admirant Lévi depuis plusieurs années, et ayant même commencé à suspecter l'identité, il ne se soit jamais inquiété (bien que fort dépensier en matière de livres) d'acquérir cette oeuvre donnée. Il s'aperçut, à sa grande surprise, que presque tout ce qu'il s'efforçait de dire y était écrit. Il s'ensuivit qu'il abandonna la rédaction de son oeuvre originale et, à la place, traduisit le chef-d'oeuvre en question.

 

8. Le style des deux hommes est étonnamment semblable à de nombreux égards, au niveau de la profondeur comme de la subtilité. Le point de vue général est pratiquement identique. La qualité de l'ironie est la même. Tous deux prennent un plaisir pervers à jouer des tours au lecteur. Sur un point, par-dessus tout, l'identité est absolue - il n'y a pas de troisième nom dans la littérature pouvant être rangé dans la même catégorie. Ce point est le suivant : dans une seule phrase, l'on trouve le sublime et l'enthousiasme réunis avec l'amertume sarcastique, le scepticisme, la grossièreté et le mépris. C'est évidemment la jouissance suprême que plaquer un accord composé d'autant d'éléments opposés que possible. Le plaisir semble tirer son origine d'un étanchement de la soif de pouvoir, le pouvoir de contraindre tout élément possible de la pensée à contribuer au spasme.

 

Si la théorie de la réincarnation était universellement admise, les considérations ci-dessus en seraient une bonne illustration. FRATER PERDURABO, dans une partie de son esprit, était parfaitement convaincu de cette identité bien avant d'en acquérir la mémoire en tant que telle (22).

 

 

II

A moins d'avoir une base de cette sorte pour démarrer, l'on doit reculer dans sa vie du mieux que l'on peut à l'aide des méthodes ci-dessus mentionnées. Il peut être utile de signaler quelques caractéristiques d'une véritable Mémoire Magique ; de citer quelques sources d'erreur, et de fixer des règles critiques pour la vérification des résultats obtenus.

 

Le premier grand danger vient de la vanité. Il faut toujours se méfier de "se souvenir" qu'on fut Cléopâtre ou Shakespeare.

 

En outre, les ressemblances superficielles sont généralement trompeuses.

 

L'un des grands tests de l'authenticité d'un souvenir est que l'on se rappelle des choses réellement importantes de sa vie, et non de celles que l'humanité classe ordinairement comme telles. Par exemple, Aleister Crowley ne se souvient d'aucun des événements décisifs de la vie d'Eliphas Lévi. Il se rappelle d'intimes banalités de l'enfance. Il a le très vif souvenir de certaines crises spirituelles ; notamment d'une qui survint alors qu'il faisait les cent pas sur un coin de route désert dans une région morne et désolée. Il se rappelle d'incidents ridicules, comme ceux survenant souvent lors de dîners, lorsque la conversation prend un tour tel que son allégresse frappe l'âme d'une manière ou d'une autre, et qu'on reçoit une suprême révélation, laquelle est toutefois parfaitement inarticulée. Il a oublié son mariage et ses tragiques conséquences (23), quoique le plagiat que le Destin a été suffisamment effronté pour perpétrer dans sa vie présente, aurait dû, pourrait-on penser, rouvrir la plaie.

 

Il est une sensation qui nous assure intuitivement que nous nous sommes engagés sur la bonne piste. Il y a une bizarrerie au sujet de la mémoire qui est tant bien que mal contrariante. Elle donne une impression de honte et de culpabilité. Il y a une tendance à rougir. L'on se sent comme un écolier qui serait surpris en train d'écrire de la poésie. C'est le même genre d'impression surgissant lorsqu'on retrouve une photo jaunie ou une mèche de cheveux vieilles de vingt ans parmi toute la camelote d'un meuble oublié. Ce sentiment est indépendant du fait que la chose remémorée soit en elle-même une source de plaisir ou de peine. Serait-ce que nous sommes offensés à l'idée de notre "ancienne condition de servitude" ? Nous voulons oublier le passé, quelle que soit la bonne raison que nous ayons d'en être fier. Tout le monde sait que la plupart des hommes se sentent gênés en présence d'un singe.

 

Lorsque cette "perte de la face" ne se produit pas, méfiez-vous de l'exactitude de la chose dont vous vous rappelez. Les seuls souvenirs fiables se présentant avec sérénité sont invariablement rattachés à ce que les hommes nomment des désastres. Au lieu de l'impression d'être pris dans un éboulement, l'on a celle de passer inaperçu devant la poterne. L'on a la maligne satisfaction d'avoir commis une chose scandaleusement insensée et de s'en être tiré indemne. Lorsque l'on regarde la vie en perspective, c'est un immense soulagement que de découvrir que des choses comme la faillite, la vie conjugale ou la potence ne présentent aucune différence particulière. Ce n'étaient que des accidents pouvant arriver à n'importe qui, n'ayant pas de vrai rapport avec la question pendante. On se souvient par la suite ayant eu ses oreilles amputées comme si c'était la meilleure des évasions, tandis que la blague incongrue d'un compagnon de soûlerie déraillant dans un bar de nuit nous harcèle de la honte du parvenu auquel un étranger courtois a sans soupçon aucun déclaré "Mon Oncle".

 

Le témoignage des intuitions est toutefois strictement subjectif et réclame des garanties additionnelles. Ce serait une grande erreur que de trop leur demander. Par suite du caractère singulier des souvenirs sous la lentille du microscope, toute chose de l'ordre de la confirmation grossière sent quasiment le faux témoignage. Un pathologiste éveillerait les soupçons s'il affirmait que ses bacilles se sont disposés sur la lamelle de sorte à orthographier le mot Staphylocoque. Nous nous méfions d'une composition florale qui nous dit que "La vie est chouette à vivre à Détroit, Michigan". Supposons qu'Aleister Crowley se souvienne d'avoir été Sir Edward Kelly. Il ne s'ensuit pas qu'il sera capable de nous donner des détails sur la ville de Cracovie à l'époque de Jacques Ier d'Angleterre. Les événements matériels sont les mots d'un langage arbitraire ; les symboles d'un code préalablement convenu. Ce qui advint à Kelly à Cracovie peut avoir eu un sens pour lui, mais il n'y a aucune raison de présumer que cela en ait pour son successeur.

 

Il y a une évidente conduite critique à tenir à l'encontre de n'importe quel souvenir. Il ne doit pas entrer en conflit avec des faits sûrs et certains. Par exemple, on ne peut avoir deux vies qui se chevauchent, à moins qu'il n'y ait une raison de supposer que le premier personnage soit mort spirituellement avant que son corps ne cesse de respirer. Cela peut se produire dans certains cas, tel celui de l'aliénation mentale.

 

Il n'est pas concluant contre une incarnation précédente que la présente lui soit inférieure. Cette vie peut représenter les pleines possibilités d'un certain karma partiel. L'on peut avoir consacré son incarnation à s'acquitter des responsabilités d'une partie de son personnage précédent. Par exemple, l'on pourrait vouer toute une vie à régler la note laissée par Napoléon pour avoir causé d'inutiles souffrances, dans le but de recommencer, débarrassé de ses dettes, une vie consacrée à recueillir la récompense des inestimables services rendus à la race par le Corse.

 

De fait, le Maître Therion se souvient de plusieurs incarnations presque entièrement vouées au malheur, à l'angoisse et à l'humiliation, volontairement assumées afin de pouvoir poursuivre son oeuvre sans être gêné par des créanciers spirituels.

 

Il y a les stigmates. La mémoire est poinçonnée par sa correspondance avec les faits réellement observés dans le présent. Cette correspondance peut être de deux sortes. Il est rare (et sans importance pour les raisons avancées plus haut) que notre mémoire soit confirmée par ce qu'on peut appeler, avec mépris, des preuves extrinsèques. Ce fut à vrai dire un moment de lucidité de la part du Paranoïaque Nazaréen (de la fable) lorsqu'il remarqua qu'une génération funeste et adultère demandait un signe. (La valeur permanente de l'observation est précisément de retracer la généalogie du Pharisien - de Caïphe au chrétien moderne).

 

Les signes trompent, qu'il s'agisse de la pancarte "Extraction Indolore des Dents" ou de questions plus élevées. Le fait que quelque chose soit intelligible prouve que cela ne s'adresse pas à qui de droit, car l'existence même du langage présuppose l'impuissance à communiquer directement. Lorsque Sir Walter Raleigh (24) jette son manteau sur le chemin boueux, il se contente d'exprimer dans un code conçu par un concours de circonstances son souhait autrement inexprimable d'être en bons termes avec la Reine Elisabeth. La signification de cet acte fut déterminée par le concours des circonstances. La réalité peut n'avoir aucune raison de se reproduire exclusivement sous cette forme particulière. Il peut n'y avoir aucune raison de se souvenir qu'un rituel aussi extravagant se soit avéré nécessaire. Par conséquent, autant qu'un homme se souvienne d'avoir été Jules César, ce ne sera pas nécessairement le passage du Rubicon (25) qui lui évoquera son aptitude à tout miser sur un coup de dé. N'importe quel état spirituel peut être symbolisé par une infinie variété d'actions dans une infinie variété de circonstances. L'on ne devrait se souvenir que de ces événements qui se trouvent être directement reliés à nos propres inclinations à imaginer une chose plutôt qu'une autre (26).

 

Des souvenirs authentiques vous expliquent presque invariablement à vous-même. Supposons par exemple que vous ressentiez une aversion instinctive pour tel ou tel type de vin. Faites de votre mieux, vous ne pouvez trouver aucune raison à votre idiosyncrasie. Supposons ensuite qu'explorant une incarnation précédente vous vous souveniez d'être mort de l'absorption d'un poison administré dans un vin de ce genre. Votre aversion peut s'expliquer par le proverbe : "Chat échaudé craint l'eau froide". L'on peut objecter que dans un tel cas votre libido a engendré un fantasme de la manière expliquée par Freud. La critique est juste mais sa valeur est diminuée s'il s'avère que vous n'étiez pas conscient de son existence jusqu'à ce que votre Mémoire Magique attire votre attention dessus. De fait, l'essence du test consiste en ceci : que votre mémoire vous avise de quelque chose qui soit la conclusion logique des prémisses posées par le passé.

 

Nous pouvons citer en exemple certains souvenirs du Maître Therion. Il suivit une chaîne d'idées qui l'amena à se remémorer une vie où il était un Romain nommé Marius d'Aquila. Ce serait forcer la probabilité que présumer une relation entre () cette méthode hiéroglyphiquement consignée d'auto-analyse et () l'introspection ordinaire conduite sur des principes lui étant intelligibles. Il se souvient très nettement de diverses personnes et de divers événements rattachés à cette incarnation ; et ils sont en eux-mêmes apparemment authentiques. Il n'y a pas de raison particulière pour que ceux-ci, plutôt que d'autres, lui soient venus à l'esprit. Dans l'acte mnémonique lui-même, ils sont absolus. Il ne voit aucune raison pour les mettre en corrélation avec quelque chose du présent. Mais un examen ultérieur du dossier révèle que l'aboutissement logique de l'Oeuvre de Marius d'Aquila ne se présenta pas à ce romantique réprouvé ; il mourut en effet avant que quoi que ce soit puisse survenir. Pouvons-nous supposer qu'une cause puisse être privée d'effet ? L'Univers est unanime dans la réfutation. Si alors les répercussions précises pouvant être espérées résulter de ces causes se manifestent dans l'existence du Maître Therion, ce serait assurément la plus simple et la plus raisonnable justification de cette supposition d'une identité entre les deux hommes. Personne n'est choqué d'observer que l'ambition de Napoléon ait diminué la stature moyenne des Français. Nous savons que d'une manière ou d'une autre toute force doit trouver son accomplissement, et ces gens qui ont compris le fait que les événements extérieurs ne sont que les symptômes d'idées extérieures n'auront aucun mal à attribuer les correspondances des uns aux identités des autres.

 

Loin de tout apologiste de la Magick que d'insister sur la validité objective de ces concaténations! Il serait puéril de s'accrocher à la croyance selon laquelle Marius d'Aquila exista réellement, cela n'a pas plus d'importance qu'il n'y en a pour le mathématicien de savoir si l'usage du symbole X22 implique la"réalité" de 22 dimensions de l'espace. Le Maître Therion ne se soucie pas plus que d'une coupure du journal d'aujourd'hui de savoir s'il fut Marius d'Aquila, ou s'il existât jamais pareille personne, ou si l'Univers lui-même n'est rien de plus qu'un cauchemar issu de sa propre imprudence en matière de rhum et d'eau. Son souvenir de Marius d'Aquila, des aventures de cette personne à Rome et dans la Forêt Noire, n'est d'aucune importance pour lui comme pour quiconque. Ce qui importe, c'est ceci : qu'il ait réellement existé ou non, il a trouvé une figure symbolique lui permettant de se gouverner au mieux. "Quantum nobis prodest haec fabula Christi!" (27). La "fausseté" des Fables d'Esope ne diminue pas leur valeur pour l'humanité.

 

La réduction ci-dessus de la Mémoire Magique à un expédient permettant d'extérioriser sa sagesse intérieure ne doit pas être perçue comme relevant du scepticisme, sauf en dernier ressort. Aucune hypothèse scientifique ne peut apporter plus forte preuve de sa validité que la confirmation de ses prévisions par le témoignage expérimental. L'objectif peut toujours être exprimé, si nécessaire, par des symboles subjectifs. La controverse est en fin de compte dénuée de sens. De quelque manière que nous interprétions la preuve, sa vérité relative dépend de sa cohérence interne. Nous pouvons donc affirmer que n'importe quel souvenir magique est authentique s'il fournit l'explication de nos conditions intérieures ou extérieures. Tout ce qui peut jeter la lumière sur l'Univers, tout ce qui peut nous révéler à nous-mêmes, sera le bienvenu dans ce monde d'énigmes.

 

Comme notre mémoire s'étend dans le passé, l'évidence de sa véracité est cumulative. Chaque incarnation dont nous nous souvenons doit augmenter notre compréhension de nous-mêmes tels que nous sommes. Chaque accroissement de la connaissance doit indiquer avec une indubitable exactitude la solution de quelque énigme proposée par le Sphinx de notre ville natale inconnue, Thèbes. La situation complexe dans laquelle nous nous trouvons est composée d'éléments ; et aucun de ces éléments n'est surgi du néant. La Première Loi de Newton s'applique à chaque plan de la pensée. La théorie de l'évolution est omniforme. Il y a une raison pour la prédisposition de quelqu'un à la goutte, ou à la forme de son oreille, qui se trouve dans le passé. Le symbolisme peut changer ; mais pas les faits. Sous une forme ou une autre, tout ce qui existe est dérivé d'une manifestation antérieure. Dites si vous le voulez que les souvenirs d'autres incarnations ne sont que des rêves, mais les rêves sont tout autant déterminés par la réalité que les événements du jour. La réalité doit être appréhendée par la traduction correcte du langage symbolique. La dernière section du Serment du Maître du Temple est : "Je jure d'interpréter chaque phénomène comme une relation particulière de Dieu avec mon âme". La Mémoire Magique est (en dernière analyse) une manière, et, comme l'expérience en témoigne, l'une des plus importantes d'accomplir ce voeu.

 

 

NOTES

 

(1) NDAC : Il n'y a pas ici d'implication morale. Mais choisir A implique le refus de non-A : ou du moins il en est ainsi en dessous de l'Abîme.

 

(2) NDAC : Supposé gain personnel. En fait, il n'y a personne pour gagner ; de sorte que l'entière transaction est une duperie des deux côtés!

 

(3) [Pour le "Liber Cheth vel Vallum Abiegni sub figura 156", voir Appendice VII.]

 

(4) NDAC : CHAOS est un nom général pour la totalité des Unités de l'Existence ; c'est donc un nom de forme féminine. Chaque unité de CHAOS est elle-même Omni-Paternelle.

 

(5) [Voir "L'Invocation d'Horus d'après la Vision de W., la Voyante", Partie IV, Chap. VI.]

 

(6) NDAC : Les Membres du IV° de l'O.T.O. ont connaissance d'un Mot Magicke dont l'analyse contient toute Vérité, humaine et Divine, un mot puissant en vérité pour tout groupe osant l'employer.

 

(7) NDAC : La Sainte Qabalah (voir le "Liber D" in Equinox I(8), Supplément, et le Liber 777) accorde les moyens d'étude et d'analyse requis. Voir aussi Equinox I(5), "The Temple of Solomon the King".

 

(8) NDAC : Une suggestion a récemment été faite d'après laquelle la Hiérarchie des Grades devrait être "détruite, et remplacée par" - un système-anneau de 13 grades tous égaux. Dans un sens, chaque grade est certes une Chose-en-Elle-Même. Mais la Hiérarchie n'est qu'une méthode pratique de classification des faits observés. L'on se souvient de la Démocratie qui, informée par le Ministre de l'Intérieur que la disette de vivres était due à la Loi de l'Offre et de la Demande, se prononça à l'unanimité pour l'abrogation immédiate de cette mesure inique!

Toute personne, quel que soit son grade dans l'Ordre, possède également un grade "naturel", approprié à sa valeur intrinsèque. Elle peut s'attendre à être "propulsée" dans ce grade lorsqu'il devient 8° = 3. Ainsi, un homme, durant toute sa carrière, peut être essentiellement du type de Netzach ; un autre de Hod. De même, Rembrandt et Raphaël conservèrent leurs points de vue respectifs à chaque étape de leur oeuvre. La considération d'ordre pratique est que certains aspirants peuvent trouver exceptionnellement difficile d'atteindre certains grades ; ou pire, permettre à leurs prédispositions naturelles de les pousser à négliger les travaux de type antipathique et à donner libre cours à ceux de type sympathique. Ils peuvent alors devenir plus déséquilibrés que jamais, avec des résultats désastreux. Le succès dans sa quête favorite est une tentatrice ; quiconque succombe à ses avances limite sa propre croissance. Vrai, chaque Volonté est partiale ; mais même ainsi elle ne peut s'accomplir que par expansion symétrique. Elle doit être ajustée à l'Univers ou manquer de perfection.

 

(9) NDAC : Le Soleil est 6, un carré de 6 x 6 contient 36 carrés. Nous disposons les nombres de 1 à 36 dans ce carré, de sorte que chaque ligne, colonne et diagonale donne le même nombre. Ce nombre est 111 ; le total de toutes donne 666.

 

(10) NDAC : Les Thélémites admettent que l'existence manifestée implique l'Imperfection. Mais ils comprennent pourquoi la Perfection conçoit ce déguisement. La Théorie est entièrement développée dans le Liber Aleph, et dans la Partie IV de ce Livre 4. Voir aussi le paragraphe du Chapitre 5 consacré au F final de FIAOF.

 

(11) NDAC : La théorie Vaisnava, superficiellement opposée à ceci, s'avère à l'analyse être pratiquement identique.

 

(12) NDAC : Une méthode d'exégèse où 1 =10 = 100, 2 = 20 =200, etc.

 

(13) NDAC : 102 = 100.

 

(14) NDAC : [k = I00 (20 + 80). k = k = kteiV [Gr., vulve] :[ = j = FalloV [Gr., pénis] ; (par le Notariqon).

 

(15) [Gr., Lat., "poisson".]

 

(16) NDAC : Il a été objecté à la réincarnation que la population de cette planète s'est accrue rapidement. D'où viennent les nouvelles âmes ? Il n'est pas nécessaire d'inventer des théories relatives aux autres planètes ; il suffit de dire que la terre traverse une période où les unités humaines sont construites à partir des éléments avec une fréquence accrue. Les preuves de cette théorie sautent aux yeux : en quelle autre époque y-a-t-il eu autant de puérilité, un tel manque d'expérience de la race, pareille confiance en des formules incohérentes ? (Contrastez l'émotivité infantile et la crédulité de l'Anglo-Saxon moyen, "instruit", avec le sagace bon sens du paysan illettré de base). Une grande proportion de l'humanité d'aujourd'hui est composée "d'âmes" vivant pour la première fois la vie humaine. Notez spécialement l'incroyable essor de l'homosexualité congénitale et d'autres carences sexuelles aux formes nombreuses. Il s'agit de personnes n'ayant pas même compris, accepté et utilisé la Formule d'Osiris. Proches d'eux sont les "une fois nés" de William James, incapables de philosophie, de magick voire de religion, mais cherchant instinctivement un refuge de l'horreur résultant de la contemplation de la Nature, qu'ils ne comprennent pas, dans des sirops calmants tels ceux du Scientisme Chrétien, du Spiritisme, et de toutes les croyances "occultes" foireuses, aussi bien que des formes émasculées du prétendu Christianisme.

 

(17) [Pour le "Liber 913 vel Thisharb", voir Appendice VII.]

 

(18) NDT : De Sigmund Freud.

 

(19) NDAC : Au sujet de ce dernier cas, voilà une excellente pratique à mettre en oeuvre. Voir le "Liber HHH" ; et aussi étudier les méditations bouddhistes sur les Dix Impuretés. [Pour le "Liber HHH sub figura 341", voir Appendice VII.]

 

(20) [Lat., littéralement "pont aux ânes", i.e. un obstacle pour les débutants.]

 

(21) NDAC : Lévi, délibérément abandonné par elle, retira à son épouse sa protection ; elle perdit sa beauté et son intelligence, et devint la proie d'un pithécanthrope hideux et âgé. La femme d'Aleister Crowley insista pour suivre sa propre volonté, telle qu'elle la définissait ; ce qui l'obligea à se tenir à l'écart. Ce qui arriva à Mme Constant lui survint également, quoique sous une forme plus désastreuse et plus violente.

 

(22) NDAC : Longtemps après la rédaction de ce passage, la publication de la biographie d'Eliphas Lévi par Paul Chacornac confirma l'hypothèse d'innombrables et impressionnantes manières.

 

(23) NDAC : Peut-être est-il significatif que bien que le nom de la femme lui fut familier depuis 1898, il n'ait jamais été capable de s'en souvenir par coeur.

 

(24) NDT : Sir Walter Raleigh (1552-1618) : né à Hayes, marin, homme d'Etat et écrivain anglais, favori d'Elisabeth. Il explora la Virginie (1584), fut disgracié quelques années plus tard, puis explora la région de l'Orénoque et rentra en faveur pour sa conduite devant Cadix en 1596. Jacques Ier, qui le haïssait, le fit décapiter après l'avoir faussement accusé de complot.

 

(25) NDT : Petite rivière de l'Adriatique que César hésita longtemps à franchir (après la conquête des Gaules) pour marcher contre Pompée, car un senatus-consulte déclarait traître à la patrie quiconque la franchissait avec des troupes sans l'ordre du Sénat. Il le fit pourtant en s'écriant "Alea jacta est!" (le sort en est jeté!). L'expression Franchir le Rubicon est synonyme de prendre une décision suprême et irrévocable.

 

(26) NDAC : L'exception est lorsque quelque circonstance fantasque fait un noeud au coin du mouchoir mnémonique.

 

(27) [Lat., "Quel bienfait pour nous que cette fable du Christ."]

 

 

 

"The Formula of the Holy Graal : of Abrahadabra : and of certain other Words. Also : The Magical Memory,"

chapitre VII de "Magick in Theory and Practice" :

première publication par Lecram Press (Paris, 1929-30).

 

© Philippe Pissier pour la traduction française (5 rue Clémenceau,

F-46170 CASTELNAU-MONTRATIER) & © Ordo Templi Orientis

(JAF BOX 7666 / New York, NY 10116-4632 / USA)

pour le texte anglais.