CHAPITRE II
LE CERCLE
Le Cercle annonce la Nature du Grand Oeuvre.
Bien que le Magicien ait été limité dans son choix de pièces, il est plus ou moins à même de choisir la partie du local dans laquelle il oeuvrera. Il considérera l'aspect pratique et les possibilités. Son cercle ne doit pas être trop petit et gêner ses mouvements, mais pas grand au point qu'il doive parcourir de longues distances. Une fois le cercle tracé et consacré, le Magicien ne doit pas en sortir, ou même se pencher au-dehors, de crainte d'être détruit par les forces hostiles se tenant à l'extérieur.
Il choisit un cercle plutôt qu'aucune autre figure linéaire pour plusieurs raisons ; e.g.,
1. Il affirme de ce fait son identité avec l'infini.
2. Il affirme l'exact équilibre de son travail ; car tous les points de la circonférence sont équidistants du centre.
3. Il affirme la limitation impliquée par sa dévotion au Grand Oeuvre. Il cesse d'errer sans but dans le monde.
Le centre de ce cercle est le centre du Tau de dix carrés qui se trouve au milieu, comme le montre l'illustration. Le Tau et le cercle réunis constituent une forme de la Rose-Croix, l'union du sujet et de l'objet qui est le Grand OEuvre, et qui est parfois symbolisée par ce cercle et cette croix, parfois par le linga-yoni, parfois par l'ankh ou crux ansata, parfois par la Flèche et la Nef d'une église ou temple, et parfois par une fête nuptiale, un mariage mystique, un mariage spirituel, les "noces chymiques", et de cent autres manières. Quelle que soit la forme choisie, elle symbolise le Grand Oeuvre.
Ce lieu de travail proclame par conséquent la nature et l'objet de l'Oeuvre. Ces gens qui ont supposé que l'emploi de ces symboles impliquait le culte des organes reproducteurs n'ont fait qu'attribuer aux sages de tous les pays et de toutes les époques des esprits d'un calibre égal au leur.
Le Tau est composé de dix carrés correspondant aux dix Séphiroth (1). Autour de ce Tau se trouve un triangle lui-même inscrit dans le grand Cercle ; mais de ce triangle ne sont vraiment marqués que les trois angles, aires formulées par le retranchement des lignes le constituant. De ce triangle ne sont visibles que les parties résultant de l'intersection de deux lignes ; elles offrent par conséquent l'aspect d'un diamant, l'une des formes du yoni (2). La signification de ceci est trop complexe pour être explicitée dans notre humble manuel ; on pourra l'étudier dans Bereshith de Crowley.
La dimension de la figure tout entière est déterminée par celle d'un carré du Tau. Et la taille de ce carré est celle de la base de l'Autel, placé en Malkuth. L'on en déduira que malgré l'apparente liberté qu'a le Magicien de faire ce qu'il veut, il est en fait totalement déterminé ; car l'Autel devant posséder une base proportionnée à sa hauteur, et cette hauteur devant, elle, être adaptée au Magicien, tout dépendra en fait de la taille de ce dernier. Il est facile de tirer des leçons morales de ces considérations. Nous n'indiquerons que celle-ci : l'envergure de l'oeuvre d'un homme dépend de son génie d'origine. Même la taille des armes doit être déterminée par de nécessaires questions de proportions. Les exceptions à cette règle sont la Lampe, qui pend au plafond, au-dessus du centre du Cercle, au-dessus du carré de Tiphereth ; et l'Huile, dont la fiole est suffisamment petite pour convenir à n'importe quel autel.
Sur le Cercle sont inscrits les Noms de Dieu ; le Cercle étant vert et les noms d'un vermillon flamboyant, de même couleur que le Tau. A l'extérieur du Cercle sont disposés neuf pentagrammes équidistants (3), au centre desquels brûle une petite Lampe ; ce sont les "Forteresses aux Frontières de l'Abîme". Voir le onzième Ether, Liber 418 (Equinox I(5)). Elles tiennent en respect ces forces des ténèbres qui pourraient autrement faire irruption.
Les noms de Dieu constituent une protection supplémentaire. Le Magicien peut réfléchir aux noms qu'il utilisera ; mais chacun devrait d'une manière ou d'une autre symboliser le Grand Oeuvre dans sa méthode et son accomplissement. Il est impossible d'ici traiter le sujet à fond ; la découverte ou la construction de noms adéquats peut occuper le Qabaliste le plus instruit durant plusieurs années.
Ces neuf lampes étaient à l'origine des bougies faites de graisse humaine, la graisse des ennemis (4) tués par le Magicien; elles servaient ainsi à avertir toute force hostile de ce qui l'attendait en cas de troubles. De telles bougies sont difficiles à se procurer de nos jours ; et il est peut-être plus simple d'employer de la cire d'abeille. Le miel a été mangé par le Magicien ; rien ne reste du labeur de ces armées d'abeilles à l'exception de l'enveloppe extérieure, aliment de la lumière. Cette cire est également utilisée pour la construction du Pantacle, et cela crée un lien entre les deux symboles. Le Pantacle est la nourriture du Magus ; et il en donne un peu afin d'éclairer ce qui se trouve à l'extérieur. Car ces lumières ne sont qu'en apparence hostiles à l'intrusion ; elles servent à illuminer le Cercle et les Noms de Dieu, et permettent ainsi au profane d'apercevoir les premiers et les plus extérieurs symboles de l'initiation.
Ces bougies sont disposées sur des pentagrammes, symbolisant Geburah, la sévérité, et jouant un rôle protecteur ; mais représentant aussi le microcosme, les quatre éléments couronnés par l'Esprit, la Volonté de l'homme devenue parfaite en son aspiration au Supérieur. Elles sont placées à l'extérieur du Cercle afin d'attirer les forces hostiles et leur donner un premier aperçu du Grand Oeuvre, qu'elles aussi devront un jour accomplir.

Figure 4 : Le Cercle
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Figure 5 : Le Triangle de l'Univers (et le Tau)
NOTES
(1) NDAC : Les Dix Séphiroth sont les Dix Unités. Dans un certain système de classification (voir 777), elles sont mises dans cet ordre, et diverses idées leur sont attribuées, et elles en sont ainsi venues à signifier toutes choses. Plus vous en savez, plus ces chiffres auront de sens pour vous [Voir Appendice V].
(2) NDAC : [Voir Fig. 5, nous ajoutons ici la description de Crowley : ] Trois voiles du Négatif - pas de jaune, pas de rouge, pas de bleu, mais les "couleurs flamboyantes" leur correspondant : violet (11), émeraude (12) et orange (13). Dans ce triangle de yonis se trouve le linga en contact avec lui, le remplissant. Il est positif de même qu'ils sont négatifs ; et dans l'Echelle de Couleurs de la Reine cependant qu'ils sont dans l'Echelle du Roi. Il y a dix Emanations de l'Unité, dix parties de ce linga, en Kether, TARO = 78 = 6 X 13, l'Influence de cette Unité dans le Macrocosme (Hexagramme). Le centre de cette figure est Tiphereth, où se trouve le Soleil doré à six rayons. Notez le reflet des yonis dans la triade autour de Malkuth. Notez également que le triangle de yonis est caché, de même que leurs liens sont secrets. De Malkuth dépend la Croix Grecque du Zodiaque et leur Centre Spirituel [Fig. 6]. Pour les Echelles de Couleurs, voir 777 [et Appendice V].
(3) NDAC : Certains magiciens préfèrent sept lampes, pour les sept Esprits de Dieu devant le Trône. Chacune réside dans un heptagramme, et à chaque angle de l'heptagramme se trouve une lettre, de sorte que les sept noms (voir Equinox I(7)) sont épelés. Mais il s'agit là d'un symbolisme assez différent. Evidemment, dans le travail courant et spécifique, le nombre de lampes dépend de la nature de ce dernier, e.g., trois pour une opération liée à Saturne, huit pour une opération liée à Mercure, etc.
(4) NDAC : Ou quelquefois "d'enfants étranglés à la naissance", i.e. des pensées anéanties avant qu'elles ne surgissent dans la conscience.

Figure 6 : La Croix Grecque du Zodiaque.

"The Cercle," chapitre II de "Book Four, Part Two" : première publication par Wieland & Co. (Londres, 1912).
© Philippe Pissier pour la traduction française (5 rue Clémenceau,
F-46170 CASTELNAU-MONTRATIER) & © Ordo Templi Orientis (JAF BOX 7666 / New York, NY 10116-4632 / USA)
pour le texte anglais.