NOTES POUR UN ATLAS ASTRAL
NOTES sur la nature du "Plan Astral" (1).
1. Que sont les Entités "Astrales" et "Spirituelles" ?
L'Homme est un : c'est le cas de toute conscience revêtant une forme sensible.
Microcosmes et élémentaux. Peut-être un élémental (e.g. un chien) possède-t-il une conception cosmique dans laquelle il est un microcosme et où l'homme est incomplet. Aucun moyen de trancher, comme dans le cas des divers types d'espace (2).
Pareillement, notre matière grossière peut sembler irréelle aux Entités vêtues de matière subtile. De même, la science tient pour "erreurs" les perceptions vulgaires. Nous ne pouvons rien percevoir au-delà de notre gamme, ainsi des parfums concentrés qui nous semblent malodorants, ou des faits nous demeurant cachés pour des raisons temporelles, telles les pales d'une hélice en rotation que les mouches, elles, peuvent distinguer.
En conséquence : il n'existe aucune raison a priori de nier l'existence d'intelligences conscientes dotées de corps non sensibles. Nous avons en effet connaissance d'autres ordres d'esprits (mouches, etc., peut-être les végétaux) pensant au moyen de structures cérébrales non humaines.
Or, le principal problème de la Religion est celui-ci : Existe-t-il des intelligences suprahumaines, du même ordre que le nôtre, lesquelles ne dépendraient point de structures cérébrales se composant de matière au sens commun du mot ?
2. La "matière" inclut tout ce qui est mobile. Ainsi, les ondes électriques sont de la "matière". Il n'y a aucune raison de nier l'existence d'Entités percevant par d'autres moyens ces forces subtiles que nous ne percevons que par nos instruments.
3. Nous pouvons influencer d'autres Etres, conscients ou non, ainsi
que font les dompteurs de lions, les jardiniers, etc., et être influencés par eux, ainsi les orages, les bacilles, etc.
4. Il existe une lacune évidente entre nos sens et leurs correspondances dans la conscience. La théorie nécessite un intermédiaire pour réunir matière et esprit, de même que la physique eut autrefois besoin d'un "éther" pour transmettre et convertir les vibrations.
5. Nous pouvons considérer tous les êtres comme parties intégrantes de nous-mêmes, mais il est plus pratique de les considérer comme indépendants. Commodité Maximale est le canon de notre "Vérité" (3). Nous pouvons ainsi rattacher les phénomènes psychiques aux intentions d'Entités "Astrales", sans prêter allégeance à une théorie quelconque. La cohérence est la seule qualité qui soit exigée de nous.
6. La Magick nous rend à même de recevoir les impressions sensibles de mondes autres que l'univers "physique" (tel que généralement appréhendé par la science profane). Ces mondes possèdent leurs propres lois, leurs habitants sont souvent d'une intelligence quasi humaine, il est un ensemble défini de relations entre certaines "idées" nôtres, leurs expressions, et certains types de phénomènes. (Ainsi les symboles, la Qabalah, etc., nous permettent de communiquer avec qui nous choisissons).
7. Les Entités "Astrales" possèdent une connaissance et des pouvoirs différents des nôtres ; leur "univers" est vraisemblablement d'un type différent du nôtre, à certains égards. (Notre idée d'"os" n'est pas identique à celle d'un chien, un myope voit les choses différemment de quelqu'un ayant une vue normale). Il est plus commode de supposer l'existence objective d'un "Ange" nous délivrant une connaissance inédite que d'alléguer que notre invocation a réveillé un pouvoir surnaturel en nous-mêmes. Des incidents tels que "Caldarazzo" (4) et "Jacobs" (5) rendent ceci plus convaincant.
8. La Qabalah dresse une topographie de nous-mêmes par le biais de conventions. Chaque aspect de chaque objet peut ainsi être attribué à l'Arbre de Vie, et évoqué par l'emploi des clés adéquates.
9. Temps et Espace sont des formes par lesquelles nous obtenons des images (déformées) des Idées. Nos mesures de Temps et d'Espace (6) sont de grossières conventions, et diffèrent largement pour des Etres différents (le Hachisch révèle à quel point peut varier le même esprit).
l0. Nous pouvons admettre que tout aspect de tout objet ou idée peut nous être présenté sous une forme symbolique, dont la relation à son Etre est irrationnelle. (Ainsi, il n'existe pas de lien rationnel entre voir une cloche sonner et entendre son carillon. Notre notion de "cloche" n'est rien de plus qu'une personnification de ses impressions sur nos sens. Et nos entendement et capacité à fabriquer une cloche "sur commande" implique une série de correspondances entre divers ordres de la nature précisément analogue à la Magick, lorsque nous obtenons une Vision de Beauté par l'emploi de certains sons, formes, couleurs, etc.).
11. Les Entités "Astrales" peuvent donc être définies de la même manière que les "objets matériels" ; ce sont les Causes Inconnues de divers effets observés. Elles peuvent être de n'importe quel ordre d'existence. Nous donnons une forme physique et un nom à une cloche mais pas à son timbre, quoique dans chacun des cas nous ne connaissions rien hormis nos propres impressions. Mais nous recensons les sons musicaux par une convention spéciale. Nous pouvons donc appeler "Ratziel" un certain ensemble de qualités ou décrire une impression comme "Saturnienne" sans prétendre savoir ce qu'est chaque chose en elle-même. Tout ce dont nous avons besoin est de savoir comment fondre une cloche qui flattera notre oreille, ou comment évoquer un "esprit" qui nous apprendra des choses cachées à nos facultés intellectuelles.
12. (a) Tout objet quel qu'il soit peut être considéré comme possédant une "forme astrale", perceptible par nos sens subtils. Cette "forme astrale" est à sa base matérielle ce que notre caractère humain est à notre apparence physique. Nous pouvons imaginer cette forme astrale : e.g. nous pouvons "voir" un pot d'opium comme une femme douce et séduisante arborant un sourire cruel, de même que nous voyons dans le visage d'un homme sournois et malhonnête les traits d'un animal donné, mettons un renard.
(b) Nous pouvons choisir n'importe quelle propriété particulière de n'importe quel objet et lui donner une forme astrale. Ainsi, nous pouvons prendre les astucieux périls d'une montagne et les personnifier par des "trolls", ou les énergies destructrices du simoun par des "djinns".
(c) Nous pouvons analyser n'importe lequel de ces symboles, obtenant une nature plus subtile ; ainsi 1'"esprit" contient un "ange", l'ange un "archange", etc.
(d) Nous pouvons synthétiser tout ensemble de symboles, obtenant une nature plus générale. Nous pouvons ainsi regrouper divers types d'esprits terrestres sous l'appellation de gnomes.
(e) Tous peuvent être attribués à l'Arbre de Vie, et traités en conséquence.
(f) Le Magicien peut mettre un corps sensible à la disposition de n'importe lequel de ces symboles, et les évoquer par les rites adéquats.
13. La "réalité" ou "objectivité" de ces symboles est sans rapport avec la question. Les idées de x4 ou ÷-1 se sont avérées utiles au progrès de la marche mathématique vers la Vérité ; il est sans importance qu'une Quatrième Dimension "existe", ou que ÷-1 ait une signification au sens où ÷4 en possède une, le nombre d'unités dans le côté d'un carré de 4 unités.
Le Plan Astral - réel ou imaginaire - est dangereux pour quiconque l'aborde sans le grain de sel contenu dans la Sagesse du point de vue ci-dessus ; violant ses lois, que ce soit à dessein, par insouciance, ignorance, ou en présumant que leur caractère psychologique les différencient des lois physiques au sens le plus strict ; ou en abdiquant son autonomie sous prétexte que la nature plus subtile des phénomènes astraux garantit leur autorité et leur intégrité.
14. La diversité du caractère général des "plans" d'existence est indéfiniment grande. Mais il existe plusieurs types principaux de symbolisme correspondant aux formes de représentation plastique établies par les esprits de l'Humanité. Chacun de ces "plans" a ses apparences, habitants et lois spécifiques - des cas particuliers de la proposition générale. Notables parmi ceux-ci sont le plan "Egyptien", se conformant aux idées et méthodes de magick autrefois en vogue dans la vallée du Nil ; le plan "Celtique", très proche du "Royaume des Fées", avec un panthéisme Païen pour note dominante, quelquefois dissimulé sous une nomenclature chrétienne ; le plan "Alchimique", où le Grand Oeuvre est souvent représenté sous la forme de paysages agencés symboliquement, occupés par des animaux quasi héraldiques et des types humains hiéroglyphiquement différenciés, persévérant dans les mystérieuses opérations de l'Art Hermétique.
Il y a aussi les "plans" de la Parabole, de la Fable et du Folklore ; bref, toute contrée, croyance, littérature, a donné son mode caractéristique de représentation à un "plan" ou à un autre.
Mais il est des "plans" propres à tout voyant explorant la Lumière Astrale sans parti pris ; en pareil cas, les choses adopteront la forme de son propre esprit, et sa perception sera claire proportionnellement à sa pureté personnelle.
Sur les plans supérieurs, la diversité des formes, due à la grossièreté, tend à disparaître. Ainsi, la Vision Astrale d'"Isis" est complètement différente de celle de "Kali". L'une est Sagesse et Maternité, ineffablement candide, claire et affectueuse ; 1'autre Meurtre et Folie, ivre de sang , adepte des noirs désirs et cruelle. Le seul point commun est le symbole Féminin. Mais qui fait samadhi sur Kali obtiendra la même Illumination que s'il avait choisi Isis, car dans les deux cas il atteint l'identité avec la Quintessence de l'Idée Féminine, affranchie des traits sous lesquels les habitants du Nil et du Gange la masquèrent respectivement.
Et ainsi, dans les bas grades de l'initiation, les querelles dogmatiques sont attisées par l'expérience de l'astral ; comme lorsque Saint Jean opère une distinction entre la Prostituée BABALON et la Femme vêtue du Soleil, entre l'Agneau qui est assassiné et la Bête 666 dont la mortelle blessure se trouve guérie ; ne comprenant pas que Satan, l'Antique Serpent, dans l'Abîme, l'Etang de feu et de Soufre, est le Soleil-Père, la vibration de Vie, Seigneur de l'Espace Infini flamboyant de Son Energie Dévorante, et est aussi cette Lumière intronisée dont l'Esprit est répandu au travers de la Cité des Joyaux.
Chaque "plan" est un voile de celui se trouvant au-dessus ; les Idées individuelles d'origine deviennent diversifiées comme elles manifestent leurs éléments. Deux hommes ayant des idées presque identiques sur un sujet donné écriront dessus deux traités totalement différents.
15. La maîtrise générale du Plan Astral, la capacité à s'y frayer son chemin, à pénétrer dans les sanctuaires gardés du profane, à rentrer en relation avec ses habitants de manière à acquérir connaissance et pouvoir, ou à ordonner un service ; tout cela est fonction de l'accomplissement Magique global de l'étudiant.
Il doit être totalement à l'aise dans son Corps de Lumière et l'avoir rendu invulnérable. Il doit être expert dans l'assomption des formes Divines, dans l'emploi de tout ce qui est arme, sceau, gestuelle, mot ou signe. Il doit être familier des noms et nombres relevant du travail en cours. Il doit être vif, sensitif, et prêt à exercer son autorité ; bien que courtois, affable, patient et compatissant.
16. Il existe deux méthodes contraires d'explorer le Plan Astral.
(a) L'on peut prendre un objet concret dans la Nature et l'analyser en évoquant sa forme astrale, 1'intégrant à notre savoir et le plaçant sous notre contrôle par l'application des clés de la Qabalah et de la Magick.
(b) L'on peut procéder en invoquant l'idée requise et lui donner corps en l'attirant par les éléments lui correspondant dans la Nature.
17. Chaque Magicien possède un Univers Astral qui lui est propre, de même qu'aucune expérience qu'un homme a du monde n'est contiguë à celle d'un autre. Il y aura un accord d'ensemble sur les grandes lignes, bien entendu ; et donc le Maître Therion est capable de décrire les principales propriétés de ces "plans", et leurs lois, de même qu'il pourrait rédiger une géographie rendant compte des Cinq Continents, des Océans et des Mers, des montagnes et rivières les plus notables ; mais il ne saurait prétendre mettre en avant la connaissance que tel ou tel paysan posséderait de sa propre région. Mais, pour le paysan, ces petits détails sont précisément les plus importantes questions de sa vie quotidienne. De plus, le Magicien sera reconnaissant envers le Maître Therion de la Boussole qui le guide la nuit, de la Carte qui augmente sa compréhension de sa contrée, et lui montre comment gagner le plus lointain, des conseils quant aux Sandales et Bâton qui rendront plus sûre sa marche, et du Livre qui lui dira comment, fendant ses rochers avec le Marteau, il pourra se rendre maître de leur Or Vierge. Mais il comprendra que son lopin de terre est son royaume propre, et que même le Maître Therion n'est rien d'autre qu'un compagnon résidant en une autre vallée, et qu'il doit explorer et exploiter son propre héritage de ses propres yeux et mains.
Le Magicien ne doit pas accepter le descriptif que donne le Maître Therion du Plan Astral, Ses découvertes Qabalistiques, Ses instructions en Magick. Elles peuvent être en gros correctes pour la plupart des hommes ; bien qu'elles ne puissent être tout à fait vraies exceptées pour Lui seul, de même qu'il n'existe pas deux artistes pouvant exécuter des peintures identiques d'un même sujet.
De plus, même en ce qui concerne les fondements, bien que ces choses soient Vérité pour toute l'Humanité, comme nous l'affirmons nonchalamment, n'importe quel Magicien donné pourrait bien être l'unique homme pour qui elles sont fausses. Le drapeau qui apparaît rouge à dix mille hommes ne peut-il pas sembler vert à un seul autre individu ? Alors, chaque homme et chaque femme étant une Etoile, ce qui est vert pour lui est réellement vert ; s'il se rallie à la foule et le dit rouge, ne vient-il pas de briser le Bâton de Vérité sur lequel il s'appuyait ?
Par conséquent, tout homme qui deviendra Magicien doit explorer l'Univers pour lui-même. C'est souverainement le cas en ce qui concerne le Plan Astral car les symboles sont très sensibles. Rien n'est plus aisé que de faire naître des visions ou de façonner des fantasmes convenant à nos idées. Il est évidemment impossible de communiquer avec une intelligence indépendante - le seul véritable objet de l'exploration astrale - si l'on permet à son imagination de nous assiéger de courtisans par nous créés. Si l'on s'attend à ce que ses visions ressemblent à celles du Maître Therion, il n'est que trop probable que cela survienne ; et si le respect qu'on Lui témoigne induit à les accepter comme authentiques, l'on est alors infidèle à son âme ; les visions elles-mêmes la vengeront. Le véritable Guide étant parti, le voyant erre dans un désert d'épouvante où il est mystifié et torturé ; il invoquera son idole le Maître Therion, et façonnera à Son image un fantasme effroyable qui le raillera dans sa détresse, jusqu'à ce que son esprit titube et s'effondre, et que la Folie s'abattant sur sa charogne foudroie ses yeux par l'horreur de voir son Maître se dissoudre en cette terrifiante hallucination, la "Vision du DEMON CROWLEY!".
Souvenez-vous donc toujours, mais surtout lorsque vous traitez avec le Plan Astral, que le souffle de l'homme déplace la Plume de la Vérité. Ce que quelqu'un voit et entend est "réel" à sa façon, qu'il s'agisse de la chose elle-même, qu'elle soit déformée par nos désirs, ou soit une création de notre personnalité. Il n'y a pas de pierre de touche de la vérité : le véritable Nakhiel est indiscernable de l'image afférente à l'idée privée qu'a le Magicien de Nakhiel, pour autant qu'il soit concerné. Plus l'on est puissant à créer, plus la Lumière Astrale répondra promptement et coagulera des créatures de cette sorte. Non que pareille création soit nécessairement une erreur; mais. il s'agit d'une autre branche de notre Oeuvre. L'on ne peut obtenir d'aide extérieure de sources intérieures. Il faut prendre des précautions similaires à celles recommandées au chapitre sur la Divination (7).
Le Magicien peut continuer durant longtemps à être dupé et flatté par les Astraux qu'il a lui-même modifiés ou fabriqués. Leur naturelle soumission lui fera plaisir, pauvre singe!
Ils feindront de lui montrer de merveilleux mystères, pompeux spectacles de beauté et de prodige indiciblement magnifiques ; il sera enclin à les tenir pour vrais, pour l'excellente raison qu'il s'agira d'images de lui-même idéalisées par l'imagination.
Mais son progrès réel s'arrêtera net. Ces fantasmes l'empêcheront de rentrer en contact avec des intelligences indépendantes, desquelles seules il peut apprendre quelque chose de nouveau.
Il deviendra de plus en plus intéressé par lui-même, s'imaginera atteindre une initiation après l'autre. Son Ego se dilatera sans frein, jusqu'à ce qu'il lui semble avoir les cieux à ses pieds. Néanmoins, tout cela ne sera autre chose que son ridicule visage de Narcisse lui souriant depuis la mare qui l'engloutira.
Une erreur de ce genre sur le Plan Astral - lors de visions tout à fait ordinaires sans apparente signification morale - peut conduire aux troubles les plus sérieux. Premièrement, les méprises induisent en erreur ; polluer sa vision de Jupiter en permettant à l'influence de Vénus de la déformer peut se conclure par le fait de se retrouver brouillé avec Jupiter,
plus tard, à quelque moment décisif de son œuvre.
Deuxièmement, l'habitude de commettre des erreurs et de les laisser non corrigées s'accroît d'elle-même. Celui qui commence par "orthographier Jeheshua avec un resh" pourrait finir par écrire le nom du Gardien du Seuil pour celui de son Ange.
Enfin, la Magick est une Pyramide, construite assise après assise. Le travail du Corps de Lumière - avec la technique du Yoga - est la fondation de l'ensemble. L'entendement qu'on a du Plan Astral doit être juste, car les Anges, Archanges et Dieux en sont dérivés par l'analyse. L'on doit avoir de purs ingrédients si l'on souhaite brasser de la bière pure.
Si l'on a une vision incorrecte et incomplète de l'univers, comment découvrir ses lois ?
Ainsi, l'omission ou l'erreur d'origine tend à s'étendre aux plans supérieurs. Supposons qu'un Magicien, invoquant le Soleil, soit persuadé par un esprit captieux de Saturne qu'il est l'Intelligence Solaire requise, et que ce dernier lui ordonne d'éviter l'amour humain s'il tient à obtenir la Connaissance et Conversation de son Saint Ange Gardien ; et supposons que sa volonté et que la nature de l'Ange soient telles que le Point Crucial de leur Formule soit l'Exaltation Sexuelle!
Mis à part les tests ordinaires - effectués sur le moment - de l'intégrité d'un esprit, le Magicien doit rédiger un soigneux compte rendu de chaque vision, n'omettant aucun détail ; il doit ensuite s'assurer qu'elle s'accorde en tous points avec les correspondances du Liber 777 et du "Liber D". S'apercevrait-il (par exemple) qu'ayant invoqué Mercure, sa vision contient des noms et des nombres de nature Martienne, ou des éléments propres aux Poissons, qu'il s'applique très sérieusement à découvrir la source de l'erreur, à la corriger et à prévenir sa récidive.
Mais ces tests, comme sous-entendu plus haut, ne sauraient servir à dépister les mascarades de fantasmes autosuggérés. À moins que son aura ne soit un fouillis de symboles embrouillés au point de n'être plus reconnaissables, plus auto-hypnotique est la vision, plus elle satisfait sans coup férir aux normes du voyant. Il n'est rien pour l'embarrasser ou lui résister ; de sorte qu'il fait traîner son mensonge en longueur avec un mépris nonchalant de la critique. Il peut toujours se prouver qu'il a raison, la Qabalah peut toujours être forcée, et le Rouge étant si près de l'Orange, qui est à vrai dire une nuance de Jaune, et le Jaune une composante du Vert qui se fond dans le Bleu, quel mal si un Démon Vermillon apparaît à la place d'un Ange Azuré ?
Le test final, réel, de la Vérité des visions est leur Valeur. La plus glorieuse des expériences sur le plan Astral, aussi éblouissante et sensationnelle puisse-t-elle être, n'est pas nécessairement en accord avec la Vraie Volonté du voyant; auquel cas, bien que rien n'ait jamais été plus objectivement vrai, ce n'est pas vrai pour lui, car cela ne lui est pas utile. (Ne disions-nous pas, il y a quelque temps, que la Vérité n'était rien d'autre que la Plus Commode Espèce d'Enoncé ?).
Elle peut enivrer et exalter le Voyant, l'inspirer et le fortifier sous tous les rapports, elle peut éclaircir bien des saints mystères, quoique n'être rien de plus qu'une interprétation de l'individu pour lui-même, la formule d'Onan et non d'Abraham.
Ces esthétiques "Portraits de l'Artiste en Jeune Homme" conviennent relativement à qui a entendu "Connais-Toi Toi-Même". Ils sont même nécessaires pour seconder cette analyse de sa propre nature que le Novice de l'A...A... s'est juré d'accomplir. Mais "L'amour est la loi, l'amour sous la volonté." [I : 57] Et Notre Dame Nuit est "divisée par égard pour l'amour, pour l'opportunité de l'union." [I : 29] Ces miroirs-mirages ne sont donc pas des Oeuvres de Magick selon la Loi de Thelema : la véritable Magick d'Horus réclame l'ardente union des opposés.
Or, la preuve que l'on est en contact avec une entité indépendante repose sur une sensation qui devrait être facilement reconnaissable si l'on est en bonne santé. On ne doit pas être enclin à confondre ses propres impressions conscientes avec celles de quelqu'un d'autre! C'est l'incurable vanité de l'Homme qui seule fait de l'Astral un "Buveur. Egaré" ou pousse le mystique à confondre son propre babil ivre avec la voix du Très-Haut.
L'essence de la sensation juste réside dans la reconnaissance de la réalité d'une autre Entité. Il y aura en règle générale un élément d'hostilité, même lorsque la réaction est sympathique. Notre "âme sœur" (même elle) n'est pas ressentie comme étant nous-même lors du premier contact.
Il nous faut donc insister sur le fait que toute véritable apparition sur le Plan Astral offre la sensation de rencontrer un étranger. On doit l'accepter comme autonome, qu'il s'agisse d'un Archange ou d'un Elfe, et mesurer nos réactions vis-à-vis de lui. On doit apprendre de lui, bien qu'on le méprise ; et l'aimer, quel que soit le degré d'aversion qu'il nous inspire.
L'on doit s'apercevoir, en rédigeant le compte rendu, que la rencontre a provoqué en nous-même un changement bien précis. L'on doit avoir connu et ressenti quelque chose d'étranger et non seulement vêtu de neuf.
Il devra toujours y avoir un léger tiraillement douloureux lors d'une véritable Vision Astrale ; cela offense le Moi que d'avoir à admettre l'existence d'un non-Moi ; et cela éprouve le cerveau que d'enregistrer une nouvelle pensée. C'est vrai au premier contact, même lorsque exaltation et stimulation résultent de la joie de faire une rencontre agréable.
Il est une conséquence plus profonde d'une juste réaction à un Moi étranger : l'impact tend invariablement à détruire un complexe chez le Voyant. La catégorie d'idées concernée a toujours été ficelée, étiquetée, et mise de côté. Il est maintenant nécessaire de la déballer et de remanier son contenu. Au minimum, le désagrément est identique à celui d'un homme ayant bouclé son sac pour un voyage et s'apercevant par la suite qu'il a oublié son pyjama. Au maximum, cela peut révolutionner l'idée qu'il se fait de l'entreprise, tel un vieux bachelier aux projets bien arrêtés rencontrant une fille une fois de trop.
Toute Vision Astrale réellement de premier ordre, même sur les plans inférieurs, doit donc à la fois instruire le Voyant et le préparer à l'Initiation. Celles ne répondant pas à ces conditions doivent être classées comme relevant de "l'entraînement".
Une dernière observation semble appropriée. Nous ne devons pas soutenir la "réalité" ou l'"objectivité" d'une Entité Astrale en l'absence d'une preuve meilleure que la sensation subjective de son existence indépendante. Nous devons nous appuyer sur une preuve qu'accepteront tous les observateurs qualifiés s'il nous faut établir la prémisse majeure de la Religion : qu'il existe une Intelligence Consciente indépendante du cerveau et des nerfs tels que nous les connaissons. Si elle est également investie d'un certain Pouvoir, tant mieux. Mais nous connaissons déjà des forces inorganiques ; nous ne possédons aucune preuve relative à l'existence d'un Esprit conscient inorganique.
Comment le Plan Astral peut-il ici nous aider ? Il ne suffit pas de démontrer, comme nous le faisons aisément, les rapports entre Invocation et Apparition (8). Nous devons exclure la coïncidence (9), la télépathie (10), et la connaissance subconsciente (11). Notre Intelligence suprahumaine doit transmettre une Vérité inconnue à tout esprit humain, passé ou présent. Cependant, cette Vérité doit être vérifiable.
Il est un seul document. au monde fournissant une preuve satisfaisant pleinement à ces conditions. C'est le
LIBER AL vel LEGIS
Le Livre de la Loi
de ce Nouvel Eon d'Horus, l'Enfant Couronné et Conquérant, l'Eon dont le logos est LA BÊTE 666, et dont le nom dans l'Ordre Extérieur était FRATER PERDURABO.
La nature de la preuve de l'existence séparée d'une Intelligence suprahumaine, indépendante d'un véhicule corporel, est extrêmement complexe. Ses principales sections peuvent être brièvement énumérées.
AIWAZ, c'est le nom de l'Intelligence en question, prouve :
(a) Sa capacité à arranger d'avance des événements sans rapports avec Son scribe de sorte qu'ils puissent cadrer avec les calculs privés de ce dernier.
E.g. La Stèle divulguant la Théogonie du Livre était officiellement numérotée 666 au Musée Boulak. Le scribe avait adopté 666 comme Son nombre magique bien des années auparavant. Egalement, la Demeure magique du scribe, achetée des années plus tôt, portait un nom de valeur 418. Le scribe avait calculé 418 comme étant le nombre du Grand Oeuvre, en 1901 E.V. Il ne découvrit que 418 était le nombre de sa demeure qu'en raison d'AIWAZ mentionnant le fait.
(b) Sa capacité à dissimuler un système cohérent de chiffres et de lettres dans le texte d'un document rédigé à vive allure, contenant des énigmes et des codages débouchant sur une Maîtresse-Clé inconnue du scribe, quoique reliée à son propre système ; cette Clé et ses subordonnées formant qui plus est un commentaire du texte.
E.g. "Le mot de la. Loi est QELHMA " (Volonté) [I : 39] ; ce mot est de valeur 93.
"L'amour est la loi, l'amour sous la volonté." [I : 57] Amour, Agaph, comme Qelhma, totalise 93.
AIWAZ lui-même vaut 93 (12).
Le scribe trouvait cela fort étrange ; il découvrit toutefois des années plus tard que la "Parole Perdue" de l'un des Ordres siens était également de valeur 93.
La Parole de Son Ordre le plus saint s'avéra aussi valoir 93 (13). Or 93 est trois fois 31, 31 est LA, "Ne...pas" et AL, "Le" ou "Dieu" ; ces mots interviennent fréquemment dans le Livre, donnant un double sens à bien des passages. Un troisième 31 est la lettre composée ShT, les deux hiéroglyphes de Sh et T (vieux de plusieurs siècles) étant des images de la "Dramatis Personæ" du Livre ; et ShT, étant appliquée à certaines énigmes du texte, elle les résolut, faisant qu'une ligne griffonnée au hasard dans le manuscrit touche des lettres dont le total donnait ainsi 418, évaluant "ce cercle quadraturé en son défaut" [III : 47] à p exact à six décimales près, etc.
En outre : "Tu ne le sais pas" [II : 76], signifiant "tu sauras LA" ; et "il découvrira la Clé de tout ceci" [III : 47], id est, la Clé AL (14).
(c) Sa capacité à combiner des événements ultérieurs, indépendants de la volonté du scribe ou de celle de ses compagnons, de sorte à ce qu'ils confirment des affirmations du Livre. Ou, per contra, à prédire de tels événements.
E.g. La Première Prostituée (15) s'avéra indigne de sa condition et subit exactement les sanctions prédites.
Et encore, "Il en vient un autre pour te suivre : il l'interprétera". [II : 76] Cet un devait être 1'"enfant" du scribe, "& cela étrangement". [III : 47]
Neuf mois après que LA BÊTE 666 ait œuvré à un "enfant" Magique en compagnie de Sa concubine Jane Foster, un "Enfant de l'Abîme" était né, Frater Achad revendiquant ses droits à ce grade, et donc "venant après" LA BÊTE 666, qui avait été le dernier Adepte en date à agir ainsi. Et. cet "enfant" était précisément "un", puisque "un" est la signification de sa devise Achad. Et enfin, il découvrit effectivement "la Clé de tout ceci" après que LA BÊTE 666 Elle-Même y ait échoué durant 14 années d'études.
(d) Sa capacité à concevoir et exprimer en termes concis de véritables solutions aux principaux problèmes de l'Univers.
E.g. Les formules de Nuith et Hadith expliquent l'Existence dans les termes d'une Philosophie Mathématico-Logique, d'une manière résolvant les difficultés à réconcilier Dualisme, Monisme et Nihilisme, toutes les antinomies dans tous les domaines, et la Perfection Originelle avec la Manifeste Imperfection des Choses.
En outre, "Fais ce que tu voudras", le plus sublimement austère précepte moral jamais proféré, malgré son apparente licence, s'avère à l'analyse être "toute la Loi" [I : 40], la seule et suffisante garantie de l'action humaine, le Code de Rectitude évident en soi, l'identification du Destin au Libre Arbitre, et la fin de la Guerre Civile au sein de l'être Humain en donnant pouvoir au Canon de la Vérité, la conformité des choses à elles-mêmes, de décider de chacun de ses actes. "Fais ce que tu voudras", c'est ordonner aux Etoiles de briller, aux Vignes de porter du raisin, à l'Eau de chercher son niveau ; l'homme est le seul être de la Nature qui se soit efforcé d'être en désaccord avec lui-même.
(e) Sa capacité à traduire l'Esprit du Nouvel Eon, la rechute des races les plus civilisées dans une impitoyable sauvagerie à une époque où la guerre était discréditée par la plupart des hommes responsables.
(f) Sa capacité à comprendre et maîtriser ces divers ordres d'idées et d'événements, manifestant de ce fait un esprit et des moyens d'action intelligibles, bien qu'immensément supérieurs, à toute capacité humaine ; et à cimenter l'ensemble dans un compact cryptogramme affichant maîtrise de l'anglais, conceptions mathématiques et philosophiques, splendeur poétique et intense passion, tout en dissimulant derrière les lettres et les mots un codage complexe impliquant la connaissance de faits n'ayant jamais existé jusqu'alors dans aucun esprit humain, et dépendant du contrôle du bras du scribe, bien qu'Il pensât qu'Il écrivait consciemment sous la dictée ; et d'entrelacer dans un ouvrage unique tant de fils probatoires de divers ordres que tout type d'esprit, s'il est ouvert et impartial, peut être certain de l'existence d'AIWAZ en tant qu'entité indépendante d'un corps, consciente et individuelle, dotée d'un esprit plus puissant que celui de l'être humain, et d'un pouvoir supérieur au sien mis en mouvement par la volonté.
En un mot, Le Livre de la Loi prouve le premier postulat de la Religion.
Le Magicien peut donc être assuré de l'existence d'Entités Spirituelles, et rechercher la Connaissance et Conversation de Son propre Saint Ange Gardien avec la même ardeur que celle de FRATER PERDURABO lorsqu'Il abandonna tout : amour, richesse, rang social, renommée, pour Le chercher. Qui plus est, il doit le faire ou se condamner à être déchiré en deux par les Ménades de ses impulsions insensées ; il n'a aucune possibilité de salut à moins d'être lui-même Bacchus! Bacchus humain et divin! Bacchus, engendré en Sémélé par Zeus, l'adultère Seigneur du Tonnerre violant brutalement sa virginale victime! Bacchus, enfant mis à l'abri de la haine dans le plus saint des saints, le secret de ton père, dans le Canal de l'Avalanche d'Etoiles, Dont un Serpent est ton Âme! Bacchus, doublement façonné, homme-femme, Bacchus, dont l'innocence apprivoise le Tigre, bien que tes cornes laissent tomber goutte à goutte du sang sur ta bouche et affûtent la gaieté du vin jusqu'à la fureur meurtrière! Bacchus, Ton thyrse suinte la sève, ton lierre s'y accroche, la joie vert sombre y grimpe en spirales, ta peau de Lion glisse de tes douces épaules, glisse de tes reins souples ; ivre des délices du pieux raisin, tu ne connais plus le fardeau du corps ni la vexation de l'esprit.
Viens, Bacchus, viens donc ici, surgis depuis l'Est ; surgis depuis l'Est, chevauchant l'Ane de Priape! Viens avec ton orgie de danseurs et de chanteurs! Qui te suit, s'abstenant de rire et de bondir ? Viens, que sous ton nom de Dionysos, les vierges soient unies à la Divinité! Viens, sous ton nom d'lacchus, avec ton éventail mystique pour vanner l'air, chaque rafale de ton Esprit inspirant nos Âmes, afin que nous puissions t'offrir les naissances d'Enfants à Ton Image!
En vérité et Amen! Que le Magicien n'oublie pas une seule seconde ce qu'est son unique besogne. Son "moi" non initié (tel qu'absurdément il le considère) est une clique de femmes en délire, hystériques du fait de l'instinct animal incompris et inassouvi ; elles déchiquetteront Penthée, le roi purement humain s'imaginant les réprimer, le réduiront en tas de barbaque ; sa propre mère, la Nature, première à griffer sa trachée! Aucun sinon Bacchus, le Saint Ange Gardien, n'a la grâce d'être Dieu parmi cette meute de maniaques ; lui seul peut transformer la foule désordonnée en un cortège de mouvements harmonieux, amener leurs cris de hyènes à la mélodie d'un péan et leur fureur insensée à une extase sous contrôle. C'est cet Ange dont la nature est doublement double, de sorte qu'Il peut s'approcher de tout sacrement. Il est à la fois un Dieu ivre du vin de la terre, et le mammifère qui boit le Sang de Dieu afin de se purger de la mortalité. Il est une femme lorsqu'il accepte toutes les impulsions, ne sont-elles pas les Siennes ? Il est un homme estampant Lui-Même sur quoi que ce soit voulant se consacrer à Lui. Il manie la Baguette, avec son cône de pin et ses vrilles de lierre ; l'Ange crée continuellement, entortillant une tenace beauté autour de Son Vouloir, impérissablement verte.
Le Tigre, symbole des passions brutales de l'homme, gambade autour des talons de son maître, et Il monte l'Ane de Priape, il fait son énergie sexuelle le porter là où Il veut aller.
Que le Magicien s'aventure donc sur le Plan Astral dans l'intention avouée de pénétrer un sanctuaire d'Entités désincarnées susceptibles de l'instruire et de le fortifier, et à même de prouver leur identité par d'irréfutables preuves. Toutes explications autres n'ont de valeur que si elles augmentent et équilibrent la Connaissance, ou éventuellement fournissent de l'Energie à des Magiciens pouvant s'être frayé leur chemin jusqu'aux Sources de la Force. Dans tous les cas, rien n'est digne d'une obole s'il ne peut aider à cet Unique Grand Oeuvre.
Qui souhaite contacter des Intelligences du genre ici discuté peut s'attendre à d'extrêmes difficultés. Les sentiers sont gardés ; il y a un lion sur la voie. La spécialisation technique ne sera ici d'aucune utilité ; il est nécessaire de contenter les Gardiens de son droit pour être admis en la présence de leurs maîtres. Des garanties spéciales peuvent être exigées, des épreuves imposées, et des initiations conférées. Ce sont des questions très sérieuses ; le Corps de Lumière doit être pleinement adulte, irrévocablement constant, ou il sera désintégré dès le départ. Mais, étant à même de vivre pareilles expériences, il est entièrement. lié à ses paroles et actes. Il ne peut même pas sembler briser un serment, comme le peut son camarade charnel.
Telle est donc une description générale du Plan Astral, et de la bonne conduite à tenir par le Magicien dans ses relations avec ce dernier.
NOTES
(1) NDAC : Après délibération, ces notes ont été laissées telles qu'elles avaient été originellement rédigées. En l'An XVII, Soleil en Vierge [août-septembre 1921 E.V.], Soror Rhodon, une novice de l'A...A..., jouissant à l'époque du privilège de séjourner en une certaine Abbaye secrète de Thelema, Lui demanda d'ajouter à ce livre un aperçu de l'uranographie des Plans Astraux, dans un langage moins technique que celui du Liber 777. Ces notes furent en conséquence par Lui consignées. Les détailler les aurait rendues disproportionnées au reste de ce traité.
(2) NDAC : Voir Poincaré, passages cités infra.
(3) NDAC : Les passages auxquels nous faisons référence sont les suivants :
"Les axiomes géométriques ne sont donc ni des jugements synthétiques à priori ni des faits expérimentaux. Ce sont des conventions...
Dès lors, que doit-on penser de cette question : La géométrie Euclidienne est-elle vraie ?
Elle n'a aucun sens. Autant demander si le système métrique est vrai et les anciennes mesures fausses ; si les coordonnées cartésiennes sont vraies et les coordonnées polaires fausses. Une géométrie ne peut pas être plus vraie qu'une autre ; elle peut seulement être plus commode.
On veut dire que par sélection naturelle notre esprit s'est adapté aux conditions du monde extérieur, qu'il a adopté la géométrie la plus avantageuse à l'espèce ; ou en d'autres termes la plus commode. Cela est conforme tout à fait à nos conclusions ; la géométrie n'est pas vraie : elle est avantageuse. " Poincaré, La Science et l'Hypothèse.
"Nous choisirons donc ces règles non parce qu'elles sont vraies, mais parce qu'elles sont les plus commodes, et nous pourrions les résumer ainsi en disant :
"La simultanéité de deux événements, ou l'ordre de leur succession, l'égalité de deux durées, doivent être définies de telle sorte que l'énoncé des lois naturelles soit aussi simple que possible. En d'autres termes, toutes ces règles, toutes ces définitions ne sont pas que le fruit d'un opportunisme inconscient."
Poincaré, La Valeur de la Science.
L'Etudiant pourra consulter The Nature of Truth de H.H. Joachim pour une réfutation. Mais la plupart de ces subtilités passent à côté du problème. La Vérité doit être définie. C'est un nom, étant un substantif (nomen) ; et tout nom est le symbole humain d'une chose donnée. Or, la Vérité est le pouvoir de provoquer une certaine réaction ("assentiment") chez un homme, sous certaines conditions ; (la "verdeur", le poids, et toutes les autres qualités, sont aussi des forces). Elle existe dans l'objet, soit latente soit manifeste ; et ainsi expérimenter les deux altère les faits et ne les altère pas C'est un Solipsisme, car nous ne pouvons être conscients que de notre propre conscience, et ce n'en est toutefois pas un car notre conscience nous informe que ses modifications sont dues à l'impact d'une force extérieure. La Première Loi de Newton fait de ceci une question de définition.
"Qu'est-ce que la vérité ?" va plus loin et s'enquiert de la nature de ce pouvoir. Il est inhérent à toutes choses puisque toutes les propositions possibles, ou leurs opposées, peuvent être homologuées comme réelles. Sa condition est l'identité de forme (ou de structure) des Monades impliquées.
Cela requiert un esprit supérieur à la "normale" pour évaluer directement 0° = x, etc., de même que le raisonnement de H.H. Joachim exige un point de vue supérieur à celui du Boschiman.
(4) NDAC : Voir l'histoire, infra, au sujet de l'origine du Livre 4.
(5) NDAC : Voir l'histoire, infra, au sujet d'Amalantrah.
(6) NDAC : Voir l'essai de Poincaré sur la Nature de l'Espace, considéré comme une idée par nous inventée afin de pouvoir expliquer nos mouvements musculaires et mesurer leurs conséquences.
(7) [Voir Partie III, Chap. XVIII.]
(8) NDAC : Le test couramment employé par le MAÎTRE THERION consiste à écrire le nom d'une Force sur un carton, le dissimuler, invoquer secrètement cette Force, expédier Son élève sur le Plan Astral et lui faire attribuer sa vision à une Force donnée. L'élève regarde alors le carton ; la Force qu'il a citée est celle dont le nom est inscrite.
(9) NDAC : Le plus célèbre roman de Fielding s'intitule Tom Jones. Il survint que FRATER PERDURABO s'était installé dans un hôtel de Londres. Il téléphona à un ami nommé Feilding et il lui fut répondu par le secrétaire de ce dernier que son patron venait de quitter la maison il y a quelques minutes, et ne pouvait être joint qu'en téléphonant à un certain bureau de la ville entre 11h et 11h15. FRATER PERDURABO avait rendez-vous à 11h avec une star de music-hall, le lieu fixé étant l'entrée d'un théâtre. Afin d'y penser, il convint mentalement qu'aussitôt qu'il verrait la dame il lèverait la main et lui dirait, avant même de la saluer : "Rappelez-moi que je dois immédiatement téléphoner à Feilding". Ce qu'il fit lorsqu'il la rencontra, et elle s'avança vers Lui en faisant le même geste et lui dit dans le même souffle : "Rappelez-moi que je dois téléphoner à Tom Jones" - le nom d'un agent de music-hall par elle employé.
L'on remarquera qu'il n'est pas question ici d'aucune relation entre les éléments de la coïncidence. Si un fait similaire s'était produit au cours d'une communication avec un prétendu esprit, il aurait été considéré comme fournissant une preuve guère négligeable de l'existence d'une intelligence autonome.
Pour bien me faire comprendre, laissez-moi substituer les termes de l'équation. Supposons deux médiums indépendants, A et B, recevant respectivement deux messages au même moment, le premier : "Demande à B qui rédigea Hamlet", le second : "Demande à A le titre de la plus célèbre tragédie de Shakespeare". La coïncidence est ici plus simple et moins frappante que celle relatée ci-dessus, car il n'est pas question d'arriver à l'identité par la voie de synonymes accidentels dissimulant leur connexion rationnelle. Toutefois, bien des étudiants des phénomènes Occultes admettront qu'il y aurait là matière à fortement présumer qu'une seule intelligence ait délibérément imaginé les deux messages afin de prouver son existence.
(10) NDAC : Dans The International de novembre 1918 fut publié la conclusion d'un article intitulé "La Renaissance de la Magick", dû au Maître Therion. La dernière phrase dit : "En cela est Sagesse ; que celui qui a de la compréhension compte le nombre de la Bête ; car c'est le nombre d'un homme ; et son nombre est six-cent-soixante-six". Le nom TO MEGA QHPION, la Grande Bête Sauvage, possède la valeur, dans le système Grec, de 666. C'est, bien entendu, le titre du Maître Therion.
Le Maître Therion était à cette époque en relation avec une intelligence qui se présenta sous le nom d'Amalantrah. Le dimanche 24 février 1918, à 21h30, le Maître Therion demanda à Amalantrah s'il pouvait employer le mot QHPION comme si c'était de l'hébreu, en vue d'obtenir des renseignements complémentaires quant à la signification occulte du Mot. La réponse fut "oui". Il demanda alors : "Dois-je traiter le Mot QHPION seul, ou les trois mots TO MEGA QHPION ?", il lui fut répondu de traiter le mot à QHPION seul. Le Maître Therion demanda alors quelles lettres hébraïques employer pour translittérer le Grec. La réponse fut : "tau, yod, resh, yod, ayin, nun", ce qui totalise 740 ou 1390, selon qu'on prenne nun dans sa valeur ordinaire de 50, ou dans sa valeur en tant que lettre finale d'un mot, 700. Aucun de ces nombres ne possédait de signification particulière pour Le Maître Therion. Il devint très ennuyé par l'échec d'Amalantrah à se rendre utile, si bien que les communications devinrent confuses et que le travail dut être abandonné pour cette soirée-là. Il tenta diverses autres orthographes hébraïques pour le mot QHPION, mais ne put obtenir quoi que ce soit d'intérêt. C'est plutôt frappant, car il est presque toujours possible d'arriver à des résultats plus ou moins valables en essayant diverses possibilités. Par exemple, le Th peut être représenté par teth ou tau, le O peut aussi bien être ayin, vau ou aleph.
Le lundi matin, Le Maître Therion vint au bureau de The International dont il était rédacteur en chef. À cette période, il y avait une pénurie de charbon à New York et il était interdit de chauffer les immeubles de bureaux les lundis. Il ne fit que prendre son courrier et s'en retourna chez lui. Le mardi matin, Il trouva sur son bureau une lettre qui était arrivée lundi pour l'éditeur, et ce dernier Lui avait transmise pour qu'Il y réponde du fait qu'elle concernait plus Le Maître Therion que lui-même. Cette lettre avait été écrite et postée le dimanche soir, à peu près au même moment que la communication d'Amalantrah. La lettre finissait comme suit : "Veuillez informer vos lecteurs que moi, Samuel bar Aiwaz bie Yackou de Sherabad, ait compté le nombre de la Bête, et que c'est le nombre d'un homme.
(Lire de droite à gauche)
N v y r t
N O I R Th
50 6 10 200 400
_______________________
666
Nous avons donc ici la plus frappante des solutions possibles au problème soumis à Amalantrah. Notez qu'Amalantrah s'est refusé à immédiatement fournir la solution correcte, comme pour accentuer le caractère remarquable de l'intervention de ce correspondant assyrien. Remarquez également que ce dernier était totalement ignorant de la Qabalah ordinaire, car il est généralement bien connu que TO MEGA QHPION vaut 666 en Grec. Notez, de plus, que près de quatre mois s'étaient écoulés depuis l'exposé du problème dans The International. L'assyrien vivait à une certaine distance de New York et était complètement étranger à tout personnel de The International. Cela semble prouver d'écrasante manière l'existence d'Amalantrah, qu'il était plus expert en Qabalah que Le Maître Therion Lui-Même, et qu'il était (de plus) investi du pouvoir de rappeler ce problème vieux de quatre mois à l'esprit d'un étranger totalement isolé, l'incitant à communiquer la réponse exacte au moment même où la question était posée de nombreux milles plus loin.
La coïncidence, si parfaitement adéquate pour expliquer l'incident Fielding-Tom Jones, est totalement insuffisante comme théorie alternative. Le caractère nettement prémédité des circonstances est indéniable ; mais si nous sommes résolument déterminés à refuser la possibilité de l'existence d'Amalantrah, qui explique si simplement toute l'affaire, il nous reste encore une ressource. Elle entraîne des difficultés que Le Maître Therion ne peut concevoir comme inférieures à celles qui gênaient l'autre hypothèse, mais elle ne relève pas entièrement de l'impossible. Cette théorie est la télépathie. On peut postuler que la solution de son problème existait dans l'esprit subconscient du Maître Therion ou dans celui de Son voyant, et que cette solution fut gravée télépathiquement dans la conscience de l'assyrien de manière suffisamment vigoureuse pour le pousser à la communiquer au collègue du Maître Therion à The International. Outre l'invraisemblance générale de cette hypothèse, il est étrange que si "Amalantrah" fut réellement l'esprit subconscient du voyant, il ait donné une orthographe incorrecte. Qu'il ait agi ainsi (tout en connaissant l'orthographe exacte) n'est explicable que par sa volonté de ne pas gâcher son plan consistant à faire de la lettre de l'assyrien une éclatante révélation de son existence, comme c'eût été le cas si le secret avait été prématurément dévoilé.
L'affaire est ici relatée afin d'illustrer le soin extrême qui doit être pris à exclure toutes les hypothèses alternatives avant d'admettre l'existence d'intelligences désincarnées. Il peut être toutefois signalé que dans ce cas particulier il est de nombreux autres incidents qui rendent insoutenable la théorie télépathique.
(11) NDAC : Il y a cette histoire bien connue citée dans plusieurs traités de psychologie dont l'héroïne est une domestique anglaise inculte, d'une intelligence très inférieure, et ne connaissant aucune langue, pas même la sienne. Au cours d'une fièvre, elle entra en délire et se mit à débiter de longs passages dans un hébreu érudit. Des recherches révélèrent que dans sa première jeunesse elle avait été pour un temps au service d'un Rabbin Juif qui s'était accoutumé à déclamer ses sermons en présence de la fille. Bien que n'attachant aucune signification aux mots, elle les avait machinalement accumulés dans sa mémoire subconsciente pour les ressortir lorsque l'action de la fièvre excita le groupe de cellules où ils étaient consignés.
(12) NDAC : Cette numération fut découverte des années plus tard Surgit alors la question de S. Jacobs eu égard à cette découverte : "Pourquoi Aiwaz est-il orthographié Aiwass et non Aiwaz dans Le Livre de la Loi ?". En grec, AiFasV = 418. L'auteur du Livre n'a pas caché dans Son propre nom un seul nombre mais deux, ceux de suprême importance dans le Livre.
(13) NDAC : Cette liste n'épuise en aucun cas la série. En particulier, Frater Perdurabo découvrit en 1923 que le mot hébreu pour "vouloir" est aussi de valeur 93 ; et ses significations techniques spéciales éclairent plus encore le sens de Qelhma tel qu'employé par Aiwaz.
(l4) NDT : Un jeu de mots phonétique intraduisible : "...and "he shall discover the Key of it all", id est, the Key AL."
(15) NDT : Littéralement "Femme Ecarlate" ("Scarlet Woman"). Consulter le Livre de la Loi [édité par les Gouttelettes de Rosée, 44 rue La Dysse, F-34150 MONTPEYROUX].
"Notes for an Astral Atlas,"
Appendice III de "Magick, Liber ABA, Book Four, Parts I-IV, revised and enlarged" :
première édition par Samuel Weiser, Inc. (York Beach, Maine, USA, 1994).
© Philippe Pissier pour la traduction française (5 rue Clémenceau,
F-46170 CASTELNAU-MONTRATIER) & © Ordo Templi Orientis (JAF BOX 7666 / New York, NY 10116-4632 / USA)
pour le texte anglais.