Histoire d’en rire : Le Scandale Rosicrucien

 

 

 

En relisant « The Aleister Crowley Scrapbook », un petit ouvrage fort sympathique sur la vie de Crowley, je suis tombé sur cette affaire impliquant Samuel L. MacGregor Mathers. Il s’agit de la transcription de l’interrogatoire en cour de Justice de Mathers sur le « Scandale Rosicrucien ». Je traduis et propose quelques extraits de la transcription pour refléter un peu le personnage, et montrer à quel point les Grands Occultistes peuvent se prendre terriblement au sérieux, eux qui le sont si peu. Hilarant !

Interrogatoire de Samuel Sidney Sylvester Scherzerade Socrates Scipio Schiller Simmons Scrutton Shacaback Swank (littéralement ‘esbrouffe’, NDT) Swizzle (litt. ‘escroquerie’) Liddell Diddell Macgregor Mac Kerrow Mathers, James IV d’Écosse, Comte de St Germain, Comte de Glenstrae, Comte Macgregor, Chevalier Mac-gregor, Macgregor-Mathers, S’Rhiogail mo Dhream, Deo Duce Comite Ferro, Chevalier de l’Ordre de St Germain, etc. etc. par M. Q. Scorpio, avocat de la Couronne.

SCORPIO : Quel est votre nom ?

MATHERS : Le nom complet ?

S : Le nom sur votre certificat de naissance

M : Mathers

S : Vous avez fréquenté le lycée de Bedford ?

M : Oui

S : Et êtes devenu Lieutenant dans un régiment de volontaires du Hampshire ?

M : Oui

S : Toutefois, à Paris, vous étiez engagé dans des conspirations Jacobites visant à renverser le trône d’Angleterre ?

M : J’ai prétendu l’être.

S : Etiez-vous effectivement engagé ?

M : Je refuse de répondre à cette question.

S : Vous êtes devenu Rosicrucien ?

M : Oui

S : Vous avez un titre élevé au sein de cet ordre ?

M : Je suis le Chef de l’Ordre des Rosicruciens.

S : Vous avez lu les constitutions de cet Ordre ?

M : Oui

S : Est-ce un Ordre secret ?

M : Oui

S : De par la constitution, aucun membre ne doit se dévoiler en tant que membre ?

M : C’est ce que dit Waite.

S : Qui est Waite ?

M : La plus haute autorité vivante des Rosicruciens.

S : Laissez moi lire ce qu’il dit : « Laissez moi avertir mes lecteurs que toutes personnes professant être Rosicruciennes sont simplement membres de pseudo-fraternités et qu’il y a une différence fondamentale entre les faits et leurs affirmations qui ne sauraient être autre chose qu’un mensonge. » Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?

M : Je suis le Chef de l’Ordre des Rosicruciens.

S : Vous répondez cependant devant des chefs secrets ?

M : Oui.

S : Qui sont-ils ?

M : Je suis tenu par serment de ne point le révéler.

[…]

S : Dans votre lettre du 16 février adressée à Mme Emery, vous dites : « Vous pourriez être intéressée d’apprendre que Soror Sapiens Dominabitur Astris est en ce moment-même à Paris et que nous travaillons ensemble » ?

M : Oui.

S : Qui était-ce ?

M : Madame Horos, plus connue peut être en tant que « La Swami ».

S : La même Madame Horos qui, en 1901, fut condamnée à sept années de travaux forcés pour d’abominables offenses commises sur des enfants ?

M : Comment pouvais-je savoir qu’elle serait démasquée ?

S : Vous la reconnaissez comme étant votre supérieure spirituelle ?

M : Oui.

S : En tant que chef secret 8°=3° ?

M : Oui.

[…]

S : A propos du Dr. Wynn Westcott, était-il votre collègue ?

M : Oui.

S : Son nom était-il inscrit sur les manuscrits de l’Ordre de la Golden Dawn en tant que personne à qui retourner les documents en cas de décès ou d’invalidité de leur possesseur ?

M : Oui.

S : Et ces manuscrits contiennent des instructions pratiques pour appeler des démons, se rendre invisible, métamorphoser des hommes en animaux, faire de l’or, faire pleuvoir, et tous les autres arts fabuleux des sorciers ?

M : Oui.

S : En bref, vous et le Dr. Westcott enseigniez les pratiques les plus viles de la magie noire ?

M : Oui.

S : Vous vous êtes querellé avec le Dr. Westcott ?

M : Oui.

S : Vous étiez jaloux de son autorité ?

M : L’autorité divisée est-elle l’autorité ?

S : Vous n’êtes pas un homme dépourvu de prudence ?

M : En matière de magie, on n’est jamais trop prudent.

S : Avez-vous jamais abandonné un manuscrit magique dans un taxi ?

M : Même les meilleurs font des erreurs.

S : Ces manuscrits ont été rapportés à Scotland Yard ?

M : Je ne peux pas dire, je ne sais pas.

S : Ce serait la procédure logique ?

M : Je suppose.

S : Le nom et l’adresse du Dr. Westcott figurant sur les documents, les autorités les lui auraient rapportés ?

M : Je suppose.

S : Les autorités ont-elles par la suite fait savoir au Dr. Westcott qu’il était payé pour garder des cadavres, et non pour les relever, et qu’il devait choisir entre sa charge de Coroner ou sa charge d’Adepte ?

M : Je pense.

S : Et ainsi il démissionna de l’Ordre appelé « Rosicrucien » ?

M : Il démissionna, en effet.

S : Quelle chance pour vous, cette absence de prudence !

M : La chance sourit aux audacieux.

S : Je vous le dis comme je le pense, c’était un acte de traîtrise de votre part.

M : Je refuse de répondre à cette question.

[…]

S : Maintenant, concernant cet Ordre Rosicrucien. Laissez-moi vous lire un passage de l’Obligation du Néophyte : « Tout ceci, je jure de garder secret sous peine de me soumettre à un Courant de Volonté mortel et hostile mis en œuvre par les Très Honorables Chefs du Second Ordre, Courant par lequel je tomberais mort ou paralysé comme frappé par la Foudre ». Ceci est-il correct ?

M : Oui.

S : Faut-il prendre cela au sérieux ?

M : Oui.

S : Les membres de l’Ordre étaient donc, en fait, effrayés par cette sentence ?

M : Oui.

S : Le 2 avril 1900, vous écrivez aux membres en révolte : « Je me vois contraint, pour la première fois, de formuler une requête auprès des Honorables Chefs afin que ceux-ci préparent le Courant Punitif ».

M : Oui.

S : S’ils refusaient de vous obéir, vous les auriez fait tomber « mort ou paralysé comme frappé par la Foudre » ?

M : Ils le méritaient, et bien pire encore.

S : Ceci est-il une menace de mort ?

M : De mort occulte, oui.

S : Et vous aviez concassé des graines dans un tamis de façon cérémonielle ?

M : C’est une pratique très connue de Magie Sympathique.

S : Telle qu’enfoncer des épingles dans une statuette de cire ?

M : Exact. On identifie les rebelles aux graines et on les concasse.

S : Ceci explique-t-il la débâcle qui s’en est suivi ?

M : Oui.

[…]

S : Maintenant, revenons à James IV. Vous dites que vous êtes James IV ?

M : Je refuse de répondre à la question.

S : James IV fut tué sur le Champ Inondé ?

M : La tradition dit qu’il s’est échappé.

S : Une dame dont la réputation n’est plus à faire, Mme Markham, était présente et affirme qu’il fut tué.

M : Il ne faut jamais contredire une dame.

S : Bien, que lui est-il arrivé ?

M : Je – je veux dire ‘Il’ – s’est enfui vers le continent et devint un Adepte ; il découvrit l’Élixir de Vie, et ainsi, je – je veux dire ‘il’ – put vivre éternellement.

S : Quand entend-on parler de lui à nouveau ?

M : En tant que Comte de St. Germain.

S : Puis ?

M : Je refuse de répondre à cette question.

[…]

(concernant un chantage subi par Aleister Crowley)

S : Que s’est-il passé alors ?

M : Il (Crowley) fit une réponse tellement remarquable que je me souviens encore de chaque mot employé.

S : Quelle était-elle ?

M : Il a dit : « Je suppose que vous ne voudriez pas que l’on me fasse chanter autour d’une de vos tasses de café ».

S : Qu’est-ce que cela montre ?

M : Le tempérament atrocement suspicieux de M. Crowley.

S : Vous connaissez tout ceci de votre propre savoir ?

M : Oui.

S : Comment cela ?

M : Astralement.

S : Astralement ?

M : Je suis le Chef de l’Ordre des Rosicruciens.

 

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