Paul Gregor

Lettre d'un sorcier au Pape

(chapitres 11 à 20)

© Paul Gregor 1964

 

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    J'ai assisté, en 1942, dans le maquis balkanique, à l'exécution d'une jeune Dominicaine. C'était prés du lac de Scutari, dans les montagnes lunaires de la frontière albano-yougoslave.

    Les bourreaux étaient des bandits albanais, musulmans. Ils se prétendaient communistes. En réalité, le pillage seul les intéressait. Un an plus tard ils furent exterminés comme des insectes par les troupes de Tito. A l'époque, ils faisaient partie du chaos de la résistance balkanique, négligée par les historiens. Il y avait sur un territoire pas plus grand que l'Île-de-France, des troupes régulières italiennes, des fascistes croates, des partisans de Tito, des détachements de l'ancienne garde royale serbe, des bandits albanais et j'en passe. Tout le monde se battait contre tout le monde. Ou alors deux ennemis concluaient pour la durée de quelques jours et dictés par le voisinage momentané, les alliances les plus invraisemblables, pour se débarrasser d'un troisième intrus.

    A ce moment-là, je faisais équipe avec une poignée d'anciens officiers serbes tous orthodoxes et plutôt anti-catholiques étant donné que sur nos ennemis jurés, sur les fascistes croates, lorsqu'on réussissait à leur couper la gorge, on découvrait chaque fois des médailles bénies par le Pape. On mélangeait politique, religion et quantité d'autres choses.

    J'occupais donc, en compagnie de deux douzaines d'officiers serbes, le coin d'un patelin dont tout le reste était envahi par les fameux bandits albanais, avec lesquels nous venions de conclure une trêve de trois jours.

    Les brigands musulmans, sans doute pour épater les communistes, leurs alliés momentanés, jouaient à la justice populaire. Il n'y avait aucun moyen d'arracher à ces singes troglodytes et saouls, la petite religieuse qu'ils torturaient depuis trois jours.

    Je me souviens de l'aveuglant rayonnement bleu d'un ciel de haute montagne, d'un portail d'école à moitié écroulé devant lequel on l'avait placée, de son plumage noit et blanc d'hirondelle dominicaine.

    C'était bizarre, sa robe était presque intacte. Elle n'avait certainement pas vingt ans et je n'ai jamais pu savoir si on avait massacré le reste de la communauté, ou si elle a pu prendre la fuite, perdant la petite dans la confusion.

    Avec ses grands yeux clairs et écarquillés pleins d'une expectative presque joyeuse, elle me semblait très belle malgré son visage tuméfié et ses sourcils rasés et lorsqu'elle se mit à genoux, c'était le mouvement passionnément dévoué d'une mariée très amoureuse devant l'autel. Et son visage était inondé de douceur virginal encore au moment où les balles la déchiquetèrent.

    Oui, douceur virginale, je ne parviens pas à traduire mon impression en termes différents. Cela m'intriguait. On a beau parler de la pureté spirituelle. Il reste des signes souillure, ne fut-ce que l'attitude de l'horreur d'un corps, livré à une bande de voyous, albanais ou autres.

    J'interrogeai à tout hasard un des macaques au nez rouge :

    " Vous vous êtes bien amusés avec elle ? "

    " Penses-tu. Qui en aurait eu envie ! Tu as vu sa gueule couverte de ces plaies suppurantes, puantes ? Son corps était pareil ".

    Lorsqu'on l'avait conduite au supplice elle était passée à deux pas de moi. Son nez semblait cassé, il y avait des bleus sur ses joues. La peau était lise. Il n'y avait pas la moindre trace d'une plaie ouverte.

    Miracle ? Probablement, dans un certain sens. Dans quel sens ? On commencera à le savoir lorsque la mécanique de nos forces occultes sera devenue une science concrète.

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    Toutefois, quant aux phénomènes visibles il n'y a pas que Lourdes. Des douzaines de stigmatisées vivent cachées dans des couvents perdus.

    Il y a en ce moment des douzaines de Thérèse Neuman qui n'ont, depuis des années, absorbé d'autre nourriture que l'hostie quotidienne. Cela doit représenter la moitié d'une calorie au lieu des 2500 nécessaires à notre organisme. Supercherie ? Montée par qui ? Certainement pas par les curés actuels, dont la suprême ambition es de passer pour des gens modernes, raisonnables, libres de toute "superstition".

 

 

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    Ils oublient qu'une superstition matérialiste domine le reste du monde civilisé. C'est la croyance que le monde est rationnellement organisé et qu'un jour on trouvera l'explication purement logique de tous ses secrets.

    Cependant, au lieu de la victoire définitive de la clarté, la science moderne est arrivée aux équations d'incertitude de Heisenberg.

    Le calcul de la probabilité a remplacé en physique tout prévision exacte.

    La mécanique ondulatoire de Broglie a doté d'un caractère quasiment mystique les particules de la matière qui sont au même instant réelles et irréelles, tantôt masses sans mouvement, tantôt pur mouvement, dépourvu de corps.

    Depuis au moins une trentaine d'années il n'y a plus de rapport mathématique entre cause et effet. Deux fois deux ne font plus quatre pour la science, depuis Planck. Les quanta se moquent éperdument de toute logique et c'est en opposition avec toute déduction "cartésienne" que les bombes atomiques ont explosé.

    Mais la majorité n'en sait rien.

    Elle invoque contre toute "superstition" les lumières d'une science de la belle époque, de la fin du XIXème siècle.

 

 

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    Je me résume. En quoi la disparition du catholicisme génère-t-elle un scepticisme ?

    On peut ne pas croire à une substance divine en nous. Mais l'humanité est manifestement habitée par un élan créateur et génial. Trop génial, pour supporter longtemps la platitude de notre existence, sans dériver, après avoir épuisé une puérile rage de vivre, causée par l'idée d'une mort aussi définitive qu'absurde, vers le suicide par ennui.

    J'ignore si l'Église détient les clefs du ciel, mais je crois (même si le pari de Pascal était perdu d'avance), que le catholicisme est un tissu unique d'archétypes, capable de remuer le fin fond de notre nature sous-marine, libérant des courants d'une ferveur, d'une force d'âme jamais inspirés par d'autres religions. Car la pierre de touche d'une foi est son pouvoir d'engendrer de grands mystiques. Jamais aucun tapis volant oriental ou autre n'a pu s'élever jusqu'à la sphère des saints. Dés qu'on se débarrasse des préjugés anti-chrétiens, une évidence s'impose. L'extase surhumaine, nourrie par la chaleur si humaine d'un Saint Jean de la Croix, est autrement susceptible de franchir la rampe de notre indifférence que le pédantisme froid, préfabriqué, de toutes les philosophies, de tous les bouddhismes réunis.

    Les mots ne peuvent pas cerner l'expérience mystique. Mais le langage des symboles catholiques le traduit. L'art transcendant de la liturgie, dit Bergson, conserve, transmet à la sensibilité de l'homme moyen le parfum de quelques gouttes diluées de cette rare essence : de la vision béatifique.

   Voici pourquoi les dogmes sont immuables.

    Le catholicisme est comme une partition géniale. L'œuvre peut tomber entre les mains de dilettantes pleins de bonne volonté qui la massacrent. Aucune importance. Pourvu que les notes se conservent. De temps à autres, un grand virtuose les redécouvrira. Son interprétation de l'immortelle musique ravira de nouvelles générations.

 

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    J'ai eu la chance d'assister au concert d'un de ces maîtres. Dans un pays lointain, j'ai connu un évêque qu'on regardait comme un Saint. Son rayonnement est grand. Appelons-le Don Carlos.

    L'Église, disait-il, ce corps mystique, englobant tous les saints vivants et morts, fondée sur un petit nombre de dogmes, rigides comme des lois arithmétiques, supporterait, et a en effet supporté, une étonnante variété d'interprétations.

    Du platonisme d'un Saint Augustin jusqu'à Saint Thomas, disciple d'Aristote, du nominalisme d'Abélard jusqu'à l'évolutionnisme de Teilhard de Chardin, d'innombrables théologies ont tenu dans ce Graal sans le faire déborder.

    Il m'a aussi dit que les prêtres ne sont vénérables qu'en leur qualité de porteurs des sacrements. Il n'y a pas plus de rapport entre les opinions et les actions d'un prêtre et la substance de l'Église qu'entre les attitudes personnelles de médecins, même nombreux, et la science médicale.

    Il disait que tout se passait comme si la grande majorité des représentants de l'Église manquait de charité envers leurs contemporains athées. Ils sont incapables de s'identifier avec ceux-ci. En Afrique, pour convertir les Zoulous, les missionnaires ne leur prêchent pas en latin. Ils apprennent la langue du pays. Mais s'obstinent à resservir à des intellects raffinés les onctueuses naïvetés des temps révolus. Les auditeurs ont l'impression qu'on les aborde en Zoulou.

    " La foi est l'effet de la Grâce ". Que veut-on que cette phrase simpliste apprenne à un sceptique cultivé de nos jours, même si elle était vraie ?

    Autrefois, les chefs de l'Église étaient les lumières scientifiques de leur époque. Leur enseignement semblait plausible, probable. De nos jours, la théologie catholique représente pour une majorité écrasante quelque chose comme l'astrologie ou la cartomancie.

    D'autre part, on combat les protestants depuis trois cents ans, mais à partir du XVIIIème siècle, on commence à devenir plus puritains qu'eux. L'Église ne l'a jamais été. Pendant un millénaire et demi, on pêchait, on se confessait, et l'on recommençait à pêcher imperturbablement de manière régulière. Hypocrisie ? Non. Haute sagesse.

    La vertu n'est que le sous-produit d'un amour passionné offert à la divinité. Quant à l'homme moyen, il n'est pas un ange. Hypocrites sont ceux qui prêchent l'impossible. L'Église n'en a rien fait pendant quinze cents ans. Tout ce qu'elle demandait, c'était le regret, ne fut-ce que passager, de ne pas pouvoir se dépasser, et des élans momentanés en apparence, vers une pureté, vers une beauté infiniment aimables, qu'il n'était pas entièrement impossible d'atteindre par la Grâce, un jour, au bout d'un long voyage.

 

 

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    C'est cet esprit qui m'était apparu, un soir, dans une gare de banlieue déserte, entre l'évêque sous-alimenté, élimé, qu'était Don Carlos et une fille alcoolisée qui déversait sur lui un flot d'injures ridicules.

    Un trouble qui donnait le vertige se répandit dans la salle d'attente déserte, à l'éclairage brutal, lorsque, vers minuit, l'intruse trébucha sur le seuil de la gare de banlieue, animée manifestement par le désir d'attaquer Don Carlos.

    La nature qui produit les choses les plus inattendues avait fourni à cette Espagnole blonde, grande et robuste, tous les moyens pour réaliser son projet. L'heure, son ivresse, son accoutrement, excluaient l'ombre d'un doute quant à sa profession. Avant que j'eusse pu réagir, elle était arrivé devant notre banc et surplombant mon compagnon comme une tour de Pise vacillante, saisit la soutane élimée de ses deux poings.

    Je crois qu'elle l'aurait frappé sans le regard enjoué, très aimable qu'il leva vers elle. Un regard de bienvenue qui serait sans doute resté aussi tranquille si un éléphant fut venu du quai l'interpeller.

    Ainsi, l'Espagnole se contenta e déverser un flot d'injures, coupé de sanglots. Au bout d'un moment on commençait à saisir le fil tordu de ses idées. Les curés la rejetaient, à cause de son métier. Ils lui refusaient le Christ qu'elle désirait toujours, avec la soif de son enfance, avec la faim de son aride province galicienne.

    Et alors elle frappa le prélat. Car les quelques phrases décousues qui suivaient étaient pires qu'autant de coups de poing. Elle avait une fille quelque part dans une coûteuse clinique où on réadaptait de petites invalides.

    "... C'est à cause d'elle. Ils veulent que je promette, que je change de vie... Mais dis-le donc, curé... Dis-le, pour avoir le Christ... est-ce qu'il veut que je laisse mourir la petite ? "

    Elle eut un fou rire idiot.

    " Ah, oh, oh... Tu n'a qu'à le dire... s'il faut me régénérer... Si tu me dis que le Christ le veut... ah... ah... je l'abandonnerai à son sort... Dis-le donc... Le veut-il ? "...

    Le prélat encaissa sans broncher, sans que le sourire de son regard s'effaçât. Un imperceptible mouvement de négation, plutôt de ses yeux que de sa tête, était toute sa réaction.

    "... Mais..., mais... je recommencerai... demain... Quoique je promette pour être absoute... Tous les jours je recommencerai... ".

    Ce soir, il ne s'adressait pas aux cerveaux. C'était le cœur mystique qui vibrait de cette voix veloutée, riante.

    " Et puis après ? Qu'est-ce que cela peut faire ? "

    Et pendant qu'elle regardait incrédule, la main qui l'invitait, tapotant la place vide sur le banc, et au moment où, stupéfaite, elle s'assit à côté de Don Carlos, le bon larron se glissa subrepticement dans la salle d'attente. Dans les phrases du prélat même les crimes ne comptaient plus. La religion ne serait qu'hypocrisie s'ils comptaient vraiment. Le bon larron qui dit à un autre condamné :" Je suis un pauvre type et tant pis pour moi, mais toi tu es Dieu et je t'aime, et je regrette que tu sois mêlé à nos sales histoires ", ce supplicié révèle une générosité, une noblesse dont les germes étaient déjà dans son âme lorsqu'il commettait ses crimes, dérisoires en face de ce grain miraculeux.

    Ce n'est que l'instant où on adore la pureté qui compte. Peu importe qu'il passe. Il se rallumera. C'est le souffle qui efface tous les péchés, ne fût-ce que pendant une heure. Ces instants, ces heures, finiront par s'étendre sur les jours, sur les années, sur l'éternité qui nous guette.

    Je suppose qu'il l'a confessée et absoute, là dans la salle d'attente, sans qu'ils aient bougé du banc. A un certain moment il avait louché vers moi, et je suis allé me promener sur les quais.

    En passant devant la porte, je les voyais assis, à se chuchoter à l'oreille, sous le néon glabre. Une petite momie souriante et une walkyrie ébouriffée. Le tableau avait quelque chose de l'absurde surréalisme de Breughel, et aussi de la blême gloire des jointures disloquées du Christ de Grünewald.

 

 

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    Trois mesures s'imposent à l'Église si elle veut trouver l'issue du ghetto intellectuel où elle s'est cantonnée.

    Elles découlent d'un effort héroïque, d'un courage qui fait penser aux arènes, aux martyres et aux lions gourmands.

    Un prophète dirait que sans cet effort, les responsables du catholicisme risquent la damnation. Faut-il le rappeler : déjà Dante avait aperçu une collection impressionnante de papes dans les diverses rôtisseries sulfureuses de l'Enfer.

    Eh bien, la situation est claire. On peut choisir entre la transformation du Vatican en une espèce de fédération mondiale des érudits de la langue volapük, ou ce très glorieux martyre que je suggère.

    Il s'agit d'une mortification du cerveau. Du courage de concevoir quelques pensées originales.

    Elles ne sont pas en contradiction avec les dogmes immuables. Elles n'introduisent pas une fausse note dans la partition divine.

    Elles ne bousculent qu'une tradition humaine, trop humaine, la secrète vanité intellectuelle des théologiens. La vanité du vieillard figé d'admiration devant sa panoplie d'armes moyenâgeuses.

    Les arbalètes d'une dialectique, non d'un état d'esprit, d'un tempérament thomiste, aristotélicien contre les mitrailleuses. Sans parler du reste.

    Et cependant rien n'est aussi inutile que de s'initier péniblement à l'usage du fusil d'infanterie de 1870.

    Alors ? Comment passer des arbalètes à la tactique atomique ? Au prix d'une acrobatie de l'esprit. Il y a des prélats qui en seraient tout à fait capables. C'es la prudence qui les paralyse comme si dans l'état actuel des choses, il y avait beaucoup à perdre sur le plan historique ! 

    La prudence ecclésiastique correspond à la vanité d'une pensée ankylosée prête à confondre vérité et commodité.

    Attention ! Nous sommes à deux doigts de ce qui s'appelle le péché contre l'esprit. Le principal et le seul, l'absolument unique péché irrémédiable et mortel connu par la théologie.

    Prudence ! Prudence ! Et voici maintenant trois imprudences très salutaires.

 

 

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    D'abord : trêve de puritanisme. L'Église n'est pas une gendarmerie pour surveiller les maillots de bain et les films.

    La vertu n'est qu'un sous-produit du ravissement mystique. Voici le véritable sens du catholicisme. L'amour de la Divinité, à partir d'un certain niveau de l'évolution spirituelle, supplante les passions plus grossières.

    Encore faut-il que les consciences acceptent l'idée de la Divinité. Or, on ne néglige rien pour la rendre à la majorité aussi antipathique, aussi inacceptable que possible.

    Il y aurait une ruée vers les sacrements si l'Église osait divulguer l'opinion de certains confesseurs intelligents. C'est-à-dire : proclamer que le péché de la chair est dérisoire, véniel et incapable d'offenser la Divinité puisqu'il provient d'impulsions organiques, difficilement maîtrisables et qui excluent toute préméditation sacrilège. Il s'agit donc d'une question négligeable, secondaire par rapport au seul problème qui est :

    Arriver à croire à une vie supérieure, au-dessus de nous, et surtout : en nous.

    Quant à l'intransigeance, qu'on la garde pour d'autres circonstances. Je ne veux pas reprendre ici le thème du "Vicaire". Surtout parce que la pièce en question néglige le drame intime de Pie XII, son déchirement entre un certain opportunisme politique et sa foi.

    Car ce pape, visionnaire par excellence et qui vivait pour ainsi dire dans l'intimité d'apparitions de souche juive, (telle que la Sainte Vierge), croyait fermement au génie monothéiste du judaïsme et à toutes les prophéties de Saint Paul au sujet de la conversion finale des Israélites et à l'origine sémitique du tout dernier des futurs papes, avant la Fin des Temps.

    Toujours est-il qu'il y avait là, en effet, une splendide occasion de manifester l'inflexibilité de l'Église.

     Qu'on ne la réserve donc pas pour des organismes de censure morale, pour les divers centres catholiques du cinéma.

 

 

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    Deuxièmement, il faut un changement total de répertoire, de ton, d'arguments.

    L'actuelle dialectique du catholicisme est basée sur une logique solide, dérivée du concept des corps solides.

    Or, il n'y a plus de corps solides. Il n'y a que des tourbillons atomiques séparés par des vides vertigineux.

    Les couleurs ne sont qu'une illusion de nos sens grossiers. Il n'y a que des centaines de milliers de vibrations lumineuses par seconde, et des variations de leur fréquence.

    Il n'est pas impossible de croire au mystère de la Trinité lorsque l'on considère la double et insaisissable nature des particules révélées par la mécanique ondulatoire de Broglie.

    Les électrons qui ne réagissent qu'à certains "quanta", à certains chiffres magiques, relèvent du monde des miracles.

    En face de la parthénogenèse, il ne serait même pas impossible de croire à l'Immaculée Conception.

    On peut tout accepter de nos jours. Tout sauf un laïus d'onctueux cuistres.

    Le corps mystique de l'Église a toutes sortes d'organes, y compris des cerveaux supérieurement intelligents. Qu'on leur permette donc de s'exprimer, pour l'amour de ce ciel où l'astronaute soviétique n' pu entrevoir la moindre trace de la barbe du Bon Dieu.

    Et surtout, surtout : qu'on comprenne que le monde est assoiffé de miracles, comme il ne l'a jamais été.

    Un représentant important de la pensée catholique moderne m'avait dit textuellement :

    " Nous éliminons tout ce qui ressemble aux miracles. Lourdes ! C'est comme un abcès de fixation (sic!). De nos jours, si une jeune fille a es visions, nous suivons deux procédés différents. Si elle est mineure, nous enjoignons ses parents de lui donner une bonne fessée. Si elle est majeure, nous l'envoyons chez un psychiatre. "

    Évidemment c'est lumineux. C'est très raisonnable.

    Mais que resterait-il aujourd'hui de l'Église si on avait appliqué ce traitement à Catherine de Sienne et à Thérèse d'Avila ?

 

 

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    Il faut retrouver, à tout prix, l'élément miraculeux, magique, magnétique du catholicisme. Au lieu de les escamoter, il faut rechercher, examiner, étudier les phénomènes télépathiques, parapsychologiques qui entourent le monde du mysticisme.

    Que risquerait-on ? L'évolution de notre monde vers le socialisme est irréversible, mais l'idéologie matérialiste n'a pas empêché l'armée soviétique de commencer des expériences visant à établir des communications télépathiques.

    La coexistence pacifique du socialisme et du spiritualisme est certainement possible. D'innombrables soldats russes, porteurs d'icônes son morts pour le socialisme.

    Encore faut-il pour pouvoir parler d'une coexistence, que le spiritualisme continue ou plutôt, qu'il recommence à exister.

    On ne peut pas prouver la survie. on peut la rendre probable.

    Rien ne la rend plus plausible que l'existence des forces occultes qui sommeillent en nous.

    Cette présence mystérieuse peut choquer des préjugés matérialistes, elle n'en est pas moins indiscutable.

    Comment expliquer autrement les réactions aussi banales que celles de ces milliers de têtes par jour, que dans les métros ou ailleurs, la force d'un regard fait tressaillir et se retourner ?

    Nous sommes habités par un magnétisme anonyme. Ne serait-il pas aussi indépendant du corps périssable que la lumière des astres anéantis depuis des siècles ?

 

 

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    Le catholicisme a ici, maintenant, ses guérisseurs, ses visionnaires, ses magiciens.

    Qu'on ne les cache plus, en se bornant de reconnaître des miracles manifestement divins. Qu'on se penche plutôt sur les phénomènes de la parapsychologie humaine. On peut le faire sans affirmations catégoriques, sans se compromettre.

    Qu'on crée entre le monde du miracle pur et le naturalisme, un troisième domaine, celui de la parapsychologie religieuse. Qu'on examine les rapports entre l'ascèse, l'extase mystique et le rayonnement télépathique.

    Jamais, au grand jamais, quoi qu'elle fasse, l'Église ne sera prise au sérieux par Monsieur Homais.

    Qu'elle se place donc au centre du plus profond sentiment humain : de la curiosité métaphysique.

    Qu'elle ne laisse pas l'initiative aux médecins anglais de la " Society for Psychical Research " et à d'autres groupes de savants, (aussi secrets que ceux qui autrefois disséquaient des cadavres) occupés à organiser d'étranges partis de cartes, à distance, afin de découvrir les lois de la transmission de pensée.

    Que les séminaires deviennent des écoles de concentration, de méditation du développement des facultés occultes. Ne le seraient-ils pas déjà en puissance ? Les exercices spirituels de Saint Ignace ne ressemblent-ils pas de prés aux méthodes de "visualisation" recommandées par tous les grands initiés de l'histoire ?

    Et à ce propos : pourquoi se limite-t-on à chercher un accord impossible avec les autres religions chrétiennes ? L'Église ne saurait-elle jamais renoncer aux dogmes ?

    En revanche, rien ne serait plus fructueux pour elle que d'ouvrir un dialogue, que d'échanger des idées et des expériences avec tous les groupes spiritualistes de la Terre.

    Je songe surtout à une unité comme l'Ordre Rosicrucien dont la tradition millénaire représente la quintessence des disciplines magiques de tous les temps permettant une éclosion bouleversante des facultés supérieures, magnétiques de la personnalité humaine.

    Et pourquoi ne se débarrasserait-on pas de certain préjugés ? L'hostilité du Vatican à l'égard des Loges ne s'explique plus. La franc-maçonnerie représente, sur le plan humanitaire, les grands idéaux de la Révolution française. Or, l'Église a cessé de les combattre. Alors ?

    Union des chrétiens ? Il y a un but plus important : l'amitié de tous ceux qui sentent le mystère de l'Être.

 

 

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    1° Rupture avec le puritanisme étroit.

    2° Transposition de la pensée religieuse dans le langage de la physique moderne et de son indéterminisme mystérieux, mystique.

    3° Recherche empirique et franche des rapports entre le mysticisme et les phénomènes parapsychologiques, télépathiques.

    Si on réalise ce programme, le nombre des conversions sera étonnant.

    Surtout parmi les catholiques.

 

 

FIN

© Paul Gregor 1964

 

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