Les 5 orgasmes féminins

extrait de "Lettre à Marianne"

par Charles Reymondon

© Stanley éditions, 1980


le 22 Août 80

Chère Marianne,

Je trouve ta lettre en rentrant de quelques jours en Saône-et-Loire chez la mère ( où j'ai reçu la visite de gars de Mâcon qui veulent lancer un groupe SEXPOL dans le département ).

C'est embêtant que tu sois malade. Enfin j'espère qu'il s'agit de convalescence.

Je ne suis pas sûr qu'il faille trop psychanalyser cet incident de parcours. Bien sûr il y a toujours quelque raison psychique à un problème somatique, notamment quant à la localisation ( et je suis sûr que Reich à raison, sur dix points et plus, dans sa théorie de cancer, par exemple, mais particulièrement sur les motifs psychiques de la localisation ). Mais on n'a certainement pas les moyens de trouver cette raison ; en trouverait-on une exacte qu'il y en a dix autres derrière. Le "narcissisme" psychanalytique, " de psychanalyse individualiste bourgeoise " dit ironiquement Reich va donc tout juste réussir à nous faire culpabiliser ceci... pour mieux se cacher qu'il faudrait culpabiliser cela... On ne sort donc pas de l'auberge, à chercher les causes ; la seule question est qu'elles régressent vitalement, toutes à la fois, par la santé globale de l'inconscient ; la vie procède par formes, esprit, rapports de tous les éléments de la matière vivante, et non par trifouillage technocratique en nous-mêmes, prétention à nous construire par notre propre maîtrise, en agissant sur tel élément aprés l'autre. Mettre notre corps-psyché au soleil, ou à l'ombre de la futaie prés des sources d'eau vive ; s'y baigner, puis aller faire ce qu'on a à faire ; tel jour à tel moment. Bien sûr contrôler ses pulsions, à faire ceci ou cela. (...)

Je tiens à la formule : " Substituer au principe de plaisir ( libido de premier niveau ) le plaisir du principe de Réalité ( intégration de soi à l' Harmonie naturelle des êtres )". La Réalité est toujours plus riche, immensément, et mieux organisée par Nature, que ce que nous en percevons avant le contact avec Elle. La responsabilité humaine du choix porte seulement sur les bons objets de relation, avec tout soi, conscient et surtout inconscient. On sait bien que telle réalité extérieure à nous est meilleure pour nous que telle autre, même quand le premier mouvement, ce qu'on "sent" ne nous y porte pas ; affaire du plongeon dans la piscine ; on est bien dés qu'on est dans l'eau, si le choix nous a dit ce jour-là qu'il était bon de se baigner. Aprés, c'est l'eau qui fait le boulot en nous, notre relation, complexe en milliards d'éléments, et simple, dans la globalité naturelle vivante de l'eau et de nous ; tu choisis la relation avec "l'eau vive" de telle personne, tel animal, telle plante, telle chose, tel travail à faire de tout ton corps, ton coeur, ton intelligence, tel pantalon à coudre ou tel pot de pâté de lapin à faire, tel livre à lire, tel examen à passer ; alors tu te donnes toute entière à la chose, tu es "ad rem", " tu fais ce que tu fais ", selon la bonne devise latine" age quod agis "; quand tu as fini, et seulement quand c'est bien et complètement fait ( ou bien que l'heure t'appelle à quelque chose de plus important, pour reprendre la première ensuite ), alors tu vas faire autre chose. Les "choses" sont bien organisée par la Nature ; c'est nous qui les désorganisons, par les idées subjectives que nous nous faisons sur elles, individuellement et par la mauvaise résonance en nous des idées folles de la Conscience collective. Faisons résonner notre forme globale vivante, notre personnalité, notre "âme", esprit de notre matière vivante, avec la forme amoureuse vivante de la Réalité ( je démontre dans mon livre " Musique du corps-social" - naturel, pas celui qu'On nous donne - que cette forme, Ame du monde, est toujours bisexuée, yang-yin, féminine-masculine, de l'atome à l'étoile, de la cellule au Cosmos habité ). Le problème de la mise en harmonie de tout soi est le problème de la résonance de soi à la Réalité extérieure, où la relation avec chaque détail, s'il est réel, est analogue et de même Harmonie que la Nature réelle vivante amoureuse, érotique, orgasmique et féconde, de tout l'univers. (...)

Il est évident qu'il n'y a d'amour particulier satisfaisant que s'il est significatif de tout l'Eros du monde. Ça ne veut pas dire qu'il faut "faire" l'amour avec le monde entier. Dans la forme amoureuse de l'Univers, chaque amour particulier a sa place ; mais il n'est satisfaisant que s'il est en accord, en concert, avec l'Amour total. C'est ainsi que j'entends " Musique du corps ". Je ne connais pas d'amour véritable, entre qui que ce soit, s'il s'échappe égoïstement de la société humaine et de l'Univers tout entier. Chaque amour n'est satisfaisant que s'il porte l'intention de tisser le monde entier. " Début d'un grand tissu relationnel..."

Ceci éclaire la philosophie de l'orgasme. Ce que tu décris de ton expérience me paraît bon ; laisser venir, ne pas chercher son plaisir, aimer tranquillement que l'autre prenne le sien. C'est certainement cette tranquillité, disponibilité, décontraction, qui amène au niveau ultime de l'orgasme, et ce niveau ultime est "mystique" ou il n'est pas ; c'est à dire qu'il est pénétration de soi par le Sexe de l'Univers dans celui d'un seul partenaire. On ne se procure pas cela à soi-même, par volonté propre, et une technique. On n'est pas obligé de l'avoir à tous les coups, la seule responsabilité qu'on a est d'y être disponible. Si l'Univers veut, merci mon Dieu, s'il ne veut pas; j'attend qu'il veuille.

Cependant tu as droit à l'orgasme clitoridien. Tu me poses des questions sur les niveaux de l'orgasme. Bien sûr que le clito est engagé à tous les niveaux, et qu'il faut autant que possible au moins sa détente complète à lui. Si, par fatique nerveuse ou pour autre raison, ça ne vient pas, on peut s'endormir, ou aller faire autre chose. Mais la normalité est que la montée de ce dési à ce niveau aille jusqu'au bout. C'est pareil pour le pénis de l'homme. Je ne suis pas d'accord sur toutes les théories de 'l'étreinte réservée", surtout motivée par la contraception sans drogues. L'étreinte réservée, se retenir le plus longtemps possible, pour l'homme mais aussi pour la femme, est bonne si le but est d'amener à l'extrême du désir, prolonger la relation amoureuse, développer toutes les harmoniques de la sensualité, non de la violence rageuse et rapide de la "possession" ( la femme aussi, égale de l'homme, peut avoir ce désir de "violer", violenter, dominer un homme ). Mais si, ainsi, il est bon de ralentir la venue de l'orgasme du premier niveau, pour ainsi permettre aux autres de se déclencher, ce n'est certainement pas pour supprimer ce premier niveau. Quand on est au bout de la rencontre, que c'est le moment de s'endormir, ou d'aller faire autre chose, ou bien on a atteint les autres niveaux, et dans ce cas le niveau clitoridien aussi ; ou bien il n'est possible, parce qu'on n'a pas le temps, parce qu'on est fatigué, etc., que d'atteindre la clitoridien ; alors il faut tâcher de l'atteindre ; le demander à la main, à la bouche du partenaire, si lui a déjà eu le sien et ne peut pas recommencer ; ou bien tu te le donnes à toi-même ; c'est un acte fort, vigoureux, actif et pas subi, ce que j'appelle pour mon compte la fonction mâle de la femme ; il ne faut pas être paresseux à ce niveau, "paresse sexuelle" ; la vie doit fonctionner ; c'est du moins ce que disent tous les bons moralistes et tous les psycho-sexologues compétents. L'erreur de toute une grande partie de la psychanalyse freudienne à été de dire que la femme accomplie sexuellement supprimait l'orgasme clitoridien, au profit du seul et passif "vaginal" ; ce n'est pas vrai ; c'est la femme esclave, cela ; la femme accomplie eest celle qui à la fois retient son orgasme clitoridien d'adolescente masturbatrice, pour prolonger la relation, se donner à elle-même et à son partenaire toutes les harmoniques sensuelles de celle-ci, dans ce vrai rite et cette vraie prière qui tâche, par le sexe, de communiquer avec l'Univers vivant amoureux tout entier ; et puis aussi avoir, comme femme accomplie, une activité vigoureuse et nettement orientée à la "conclusion", acte mâle de la femme, en somme. C'est cette double capacité, lenteur et aptitude à la "conclusion" qui est l'expérience tantrique traditionnelle, certainement la forme la plus avancée, bien que trés ancienne dans les traditions, de la sexualité humaine, et la grande supériorité spirituelle de celle-ci sur la vie sexuelle simplement animale. Ces traditions et leurs rites sexuels tendent toutes à développer la puissance mâle de la femme, notamment par les changements de position ; l'homme ne s'humilie pas à la laisser mener la rencontre, adopter elle-même toutes les postures mâles, prendre toutes les initiatives. C'est quand il manque lui-même de vraie puissance, a peur de perdre devant elle sa capacité sexuelle, qu'il veut qu'elle soit passive, lui seul actif. S'il perd sa puissance, qu'est-ce que ça peut faire . Quand il sait en lui-même que sa partenaire n'est pas une ennemie ? et que 5 minutes aprés, ou le lendemain, elle n'aura pas du tout peur elle-même qu'il la retrouve, s'ingéniera même activement à la lui faire retrouver, pour son propre avantage à elle et à tous les deux ? Egalité des deux sexes, avec différence complémentaire des capacités, et certaines capacités tout à fait semblables, en particulier au niveau de la fonction clitoridienne.

Maintenant tu me demandes si l'orgasme "vaginal" existe. Mais oui, bien sûr. Il est intérieur, donc plus reçu qu'agi activement. C'est la plus grande richesse de la femme que de l'homme, lui n'ayant pas de vagin. L'orgasme "vaginal" a deux niveau :

  1. le premier tiers du vagin, seul innervé par le rythme ;

  2. le col de l'utérus, entraînant la révolution émotionnelle de tout l'utérus lui-même.

Mais 2/3 supérieurs du vagin sont à peu prés insensibles ; ils vibrent sans doute à l'orgasme, mais comme tout le reste du corps, quand l'orgasme réussit à le saisir tout entier. Certaines femmes rares, ont aussi un véritable orgasme des seins ; de toutes façons il est normal que les seins augmentent fortement de volume pendant la rencontre sexuelle, amoureuse ; mais chez certaines femmes, question de constitution, ils deviennent durs et tendus ; et alors se détendent rythmiquement, comme peut le faire l'utérus.

Tout cela n'est généralement possible qu'avec un partenaire avec qui on est trés lié, qu'on connaît trés bien, depuis longtemps ( beaucoup de femmes disent qu'il leur faut au moins six mois pour retrouver tous les niveaux de l'orgasme, quand la vie les fait changer de partenaire, même si elles sont passionnément amoureuses de nouveau ; je crois que ceci est la vérité du corps, qui ne peut se raconter d'histoires ; on peut être passionnément amoureuse par du cinéma qu'on se fait, une illusion plaisante ; les niveaux supérieurs et de véritable communication à l'Harmonie universelle, eux, exigent la construction réelle d'un vrai couple, avec toutes ses difficultés, toute sa bonne volonté, tout son amour vrai, à base de confiance méritée, sécurité réelle donnée à l'autre, renoncement aux caprices adolescents, don de soi véritable ).

Je ne sais pas le rôle que joue l'orgasme anal, par rapport au clitoridien ou aux deux niveaux du vaginal. Il n'est pas indispensable, pour atteindre au niveau ultime ; il est trés favorable, cependant. Il est recommandé par l'expérience de toutes les grandes traditions sexuelles, et tous les moralistes judéo-chrétiens sérieux eux-même, à commencer par le "Docteur Angélique", St Thomas d'Aquin, au XIIIème siècle. Je crois que je t'en ai parlé dans le gros document. A mon avis, son efficacité amoureuse vient de ce que la pénétration anale caresse le bulbe profond et les deux longues et larges branches internes bifides du clito. Ce serait donc essentiellement par "l'esprit" et la forme vivante du clito, que la pénétration anale, ou même simplement la caresse "de la rose et de l'oeillet", mettrait tout le système sexuel féminin en état émotionnel orgasmique. Il est possible cependant ( et seuls des psycho-structuralistes, connaissant la singnification fonctionnelle de chaque détail du corps par rapport à sa forme d'ensemble, son "esprit" harmonieux d'ensemble, pourraient le dire), possible que la caresse ou pénétration anale, en plus de son élévation considérable de la capacité émotionnelle du clito, ait aussi action directe et indépendamment du clito sur l'orgasme cervico-utérin.

On a donc là les dits "5 niveaux" de l'orgasme. La finalité de toute l'organisation sexuelle est évidemment le cinquième niveau, et il est probable qu'une femme sur 10 000 l'atteint dans sa vie. Il exige tout un esprit et une éducation religieuse au lien ( re-ligion ) unversel. (...) Or, sans cette atteinte à une sexualité religieuse, c'est à dire liée à l'Harmonie amoureuse de l'Univers tout entier, toute tentative de "libération de la femme" ne fait qu'augmenter le mal, créant et multipliant la "guerre des sexes", incitant la masculinité à la faire ; et alors il n'y a pas de raison que ça s'arrête, sinon par disparition totale des combattants...

La finalité de la sexualité humaine n'est pas d'abord la reproduction. Ce n'est pas essentiellement la fonction génératrice, génétique, bien qu'elle soit toujours féconde, gestation de quelque chose pour la richesse de la création, mais pas forcément d'un enfant. C'est d'ailleurs pour cela que la possibilité de faire l'amour en tout temps, particularité de l'espèce humaine seulement, ne peut donner un enfant que trés peu de jours par mois chez une femme. On peut même se demander si, à la limite, une femme trés affinée sexuellement n'engendrerait pas seulement à volonté ?, même sa courte période féconde étant stérile du point de vue gestation d'enfant, si son inconscient ne le veut pas. La finalité essentielle de la sexualité humaine est la mise en forme de soi, du couple, en résonance la plus parfait possible avec l'Amour, l'Eros, la vie universelle. Evidemment, cela n'est pas possible en dispersant sa sexualité dans le n'importe quoi. Je ne pense pas qu'une femme ait jamais pu atteindre le 5ème niveau de l'orgasme, résonance en elle de l'Amour de l'Univers, avec de simples "amants", même au cours d'une passion sexuelle trés exitante.(...)

Il y a donc 5 niveaux de l'orgasme ; conduisant tous au 5ème, et à traverser pur l'atteindre ; on peut aussi, à chaque niveau, prendre la piste que fait rester à ce niveau, s'égare indéfiniment dans le déser... Mais à chaque niveau, les niveaux inférieurs sont engagés, donc toujours aussi le premier niveau, clitoridien, celui de l'adolescente masturbatrice.

On voit beaucoup moins clair, en sexologie scientifique et philosophique, sur l'orgasme masculin. Mais le fonctionnement et les finalités naturelles du féminin commencent à être trés évidents.

  1. niveau clitoridien

  2. niveau vulvaire, périnéal et du premier tiers du vagin.

  3. niveau anal

  4. niveau cervico-utérin et utérin (pouvant entraîner extase de tout le corps)

  5. niveau "métaphysique", transcorporel, co-vibration avec la forme amoureuse de l'Univers tout entier. Quelque chose de para-psychologique et quasi de communion à une vibration amoureuse cosmique ; c'est un abandon au cosmos lui-même, et non seulement à l'homme qui est avec vous, un sentiment d'être aimé à l'infini et non seulement par un amant, le bonheur " céleste " du " corps astral ", car tout le corps-psyché y est engagé.

Le dernier est une grâce qui certes aussi se mérite, mais qu'on ne se procure pas à soi-même et par volonté propre. Quand on ne l'a pas, il est sain d'assurer le plus possible les autres niveaux, à condition de savoir qu'il s'agit "d'esprit" dans tout cela, de "forme" du corps, "d'âme" du corps ; et que l'admiration pour les fonctions et organes et mini-organes que la Nature nous a donnés est, dans la plus petite chose, un respect de la Nature toute entière. Voilà du moins comment- je conçois les choses. (...)

Je crois que je t'en ai assez dit aujourd'hui. Affections à ton ami. Encouragement à vous deux. Je t'embrasse. J'attends votre visite en commun ( ou séparement si vous ne pouvez pas venir ensemble)

Charles

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