CONCERT DES ETOILES, CACOPHONIE DES HOMMES

 

 

Quand Charles est au violon, et bien! ça donne toujours un concerto pour... accordéon. Ce qu'il déploie alors, ce n'est plus un article mais un livre! Ça devrait nous pousser à nous faire éditeur... En attendant, nous sommes obligés de "feuilletonner". Voici donc la première partie de ce nouvel épisode de la Chronique de la Symphonie. Suite, comme on dit, au prochain numéro.

 

 

Il y a toutes sortes de manières d'aborder la misère sexuelle : cette question fondamentale, commune à toute humanité. C'est justement sous son angle commun que "la Musique" permet de la saisir ; et permettra peut-être, croyons-le, de la supprimer bientôt.

 

Je ne vous conteste pas que, pour le sexe, certains s'en tirent mieux que d'autres ; et que des civilisations, dans l'histoire, s'en sont mieux tirées que la nôtre. Mais si vous trouvez une femme, un homme adultes, sur cette planète, qui puissent prouver que le sexe ne les a jamais fait souffrir, de façon très grave, le leur ou celui des autres, je m'engage à leur faire élever des statues. Et de même si vous trouvez une civilisation connue, dont on puisse vraiment dire qu'elle avait résolu le problème. Elle méritera, quant à elle, d'être à l'étalage de l'information culturelle, au moins dans un Centre Beaubourg.

 

Je parle d'une civilisation dite "historique" : postérieure à huit ou neuf mille ans avant Jésus-Christ. Les pré et proto-historiques, durant trois ou quatre millions d'années de genre humain (succession non seulement de civilisations, mais d'espèces humaines), je ne sais pas.

 

"Les peuples heureux n'ont pas d'histoire". Il se peut que l'absence de traces, avant le néolithique, ne soit pas due qu'à l'existence d'un horizon du temps, pour nos actuels moyens d'investigation : soit le signe que les prédécesseurs n'ont pas eu à nous laisser le témoignage de leurs échecs.

 

"Homo habilis", ou la femme sinanthrope, ou le ménage Néanderthal, dans sa caverne, ont-ils souffert du sexe plus ou moins que nous, ou pas du tout ? La probabilité est quand même, pour cela comme pour le reste de la condition humaine, personnelle et collective, qu'il a dû leur arriver au minimum quelques bricoles.

 

On dit que la plupart sont morts prématurément de caries dentaires, et que c'est comme cela que leurs espèces ont disparu. C'est peut-être déplacer le problème à la verticale, selon le vice de notre "science" en toutes choses, avec sa fuite par en haut de toute réalité : philosophie "idéaliste individualiste bourgeoise". Nos ancêtres du magdalénien ne vivaient pas sous notre "société de consommation". Les dents ne servent qu'à alimenter la vie, elles n'en sont pas la source ; ni le but. Elles ne sont pas l'organe de la vie, pour en exercer la fonction : pour vivre l'orgasme, dans l'organicité naturelle de l'Orgue universel.

 

 

histoire sonore et musique du corps

 

A Sexpol, il m'arrive d'avoir quelques passes d'escrime avec Roger Dadoun : à cause de l'importance que j'accorde à l'histoire. Il déclare, quant à lui : "L'histoire est une connerie". Sa pensée paraît être : "Vivons notre présent, intensément, et allons de l'avant". Mais il semble qu'il fasse exprès de prêcher le faux, pour nous forcer à dire le vrai.

 

Un amoureux, comme lui, de Charles Péguy, c'est-à-dire d'un homme d'une vitalité extrême, et d'une capacité créatrice exceptionnelle, par enracinement profond dans les traditions, ne peut pas mépriser l'histoire. La question est simplement : quelle histoire ? et faite comment ? La vraie : la chaude, la sonore ? Ou celle qu'on nous fait ; celle de la TRAHISON DES CLERCS, dénoncée par Julien Benda ; celle des "sorbonnards" de Péguy lui-même, et des ILLUSIONS DU PROGRES, démontrées par son ami Georges Sorel ; celle de nos universitaires, idéologues individualistes bourgeois ?

 

On ne peut pas penser que l'histoire n'est pas nécessaire, quand on s'est nourri de l'instituteur et du poète du philosophe, du mathématicien, du journaliste, du militant socialiste d'efficacité considérable - qui a intitulé EVE une symphonie littéraire de plusieurs milliers de strophes, sur le déroulement total de notre Humanité : s'efforçant par le coeur de remonter à l'Origine (vous savez qu'elle commence par ce chant : "O mère, ensevelie dans ce premier jardin... ").

 

On ne peut pas penser que l'histoire n'est pas nécessaire, quand on a mis les pas de son esprit dans ceux du pèlerin de Chartres, pour aller y entendre la primitive Musique des constellations ; ce que les anciens appelaient "l'Harmonie des sphères". La cathédrale chantée par Péguy est bâtie au point le plus musical de la France, apparemment, visée prise sur une étoile, à l'équinoxe de printemps : sur le tertre consacré à Belisama par nos vieux druides (la même que Déméter ou Isis), la Femme originelle, à la peau noire (type premier de toutes les "vierges noires" des pèlerinages islamo-chrétiens).

 

Et cette cathédrale de Chartres est la principale, d'un ensemble de cathédrales belges et françaises dont les lignes sont orientées entre elles, pour résonner avec la Musique naturelle du Territoire ; les Templiers, qui les ont fait construire par leurs maîtres d'oeuvres selon un plan international (résonances terrestres de la constellation de la Vierge), et selon les équations du Temple de Jérusalem, elles-mêmes reprises des Pyramides d'Egypte et des temples de la Grèce pré-homérique, en savaient apparemment un bout de plus que nous sur l'écologie : sur les harmonies du Cosmos.

 

Et cette cathédrale dessine exactement, sur son plan au sol et en élévation - deux fonctionnements musicaux différents -, le solfège des principaux organes du corps humain (et de leurs vibrations sexuelles, évidemment) ; voilà une chose que bien des architectes ignorent, et qui devrait intéresser fort la recherche sexo-politique : peut-on bien faire l'amour dans une maison, une ville, aux vibrations contraires à celles du schéma corporel ?

 

Car le corps humain lui-même (la cathédrale nous le révèle jusqu'à d'ultimes détails, en certains points) est un extraordinaire et merveilleux instrument de musique avec des milliers de cordes vibrantes et de tubes aux flux harmonieux, de caisses de résonance, grandes ou petites, et d'instruments à percussion. Ne le sentez-vous pas, quand vous en approchez ? N'avez-vous jamais senti le vôtre propre, vibrant ainsi à l'Univers ?

 

Pas étonnant, ainsi, que le corps humain, en principe, soit beau, si nous n'en laissons pas se déformer les lignes. Les poètes font bien de le comparer aux astres, ou aux arbres, et ses parties les plus significatives aux bijoux rayonnants, aux fleurs et aux fruits. Mais ils pourraient, avec grand profit aussi, pour le mieux connaître et l'apprécier à son mérite, le comparer à lui-même : nous apprendre à chanter toutes ses formes et leurs mouvements. La découverte, alors, serait sans fin...

 

 

histoire des instincts

 

Toute connaissance sérieuse, d'un problème humain quel qu'il soit, afin de le résoudre vraiment (= pour tous et pour toujours ; = à la racine), ne peut faire l'économie d'une recherche globale : dans l'espace et dans le temps. Aspect statique, aspect dynamique : évolutif; vivant. Comment savoir où aller ensemble, si nous ne savons pas d'où nous venons, ensemble aussi ? Et pourquoi nous nous sommes mis en route ? Et quelles sont les erreurs de chemin que nous avons faites, à ne pas recommencer ?

 

Simplement Dadoun a raison : les "sciences" historiques ne servent à rien, elles ne nous donnent pas de forces, tant qu'elles ne nous font pas atteindre à la "connaissance", au singulier, c'est-à-dire au sentiment sûr, vivant, puissant, de ce que nous sommes aujourd'hui ; de ce que nous avons à faire pour que notre demain arrive. Si l'histoire ne sert qu'à rêver, idéaliser un passé révolu ou nous complaire dans la délectation morose, de souffrances humaines toujours revécues, il faut alors renvoyer les historiens au vestiaire. Car alors nous ferons mieux notre histoire tout seuls : avec nos instincts, notre coeur, en vivant notre présent, tous les désirs qui l'orientent vers notre avenir.

 

Bien mieux que les "faits historiques", ce sont nos instincts qui portent notre véritable histoire. Ils sont le fruit de ce qui nous est arrivé ensemble, réellement, même quand notre "culture" ne nous le dit pas. C'est cette histoire de notre inconscient, de nos instincts, qui nous rend ce que nous sommes : un immense potentiel de vie. Avec toutes les peines du monde à vivre...

 

Dans cette difficulté commune, le plus pressé n'est-il pas de s'efforcer chacun de vivre, plutôt que de se demander pourquoi l'on ne vit pas, et si c'est parce que notre arrière-grand-mère était frigide ?

 

 

psychanalyse à la gomme

 

Mais quand, d'une façon absolument répétitive, dans les conditions les plus différentes qu'on puisse rechercher, on finit toujours par se casser la tête contre les murs, est-ce qu'il ne vient pas fatalement un moment, où notre génie naturel finit par se dire que, sans doute, il y a des causes ? Ignorées de nous. Et que, sans doute, "les mêmes causes produisent les mêmes effets".

 

Alors on va chez un pseudo-psychanalyste, super-diplômé par la médecine mentale officielle. Il vous prend très cher, pendant au moins cinq ans, à au moins trois séances par semaine, parfois à 300 francs la séance, médecine psychologique pour une "élite" (psychanalyse individualiste bourgeoise). Cela pour vous aider à trouver en vous-même, si toutefois ce pseudo-thérapeute y parvient, ce que vous avez qui ne tourne pas rond dans la ciboulette : l'origine de votre névrose. Comme si elle était tellement différente de celle de tous les autres, et de la sienne.

 

Bien sûr que notre histoire personnelle, elle est différente pour chacun ; et plus ou moins grave, lourde à porter, par un chacun. Mais tout seul sur le divan, avec le faux savant, on n'est pas au fond du problème : il n'y a pas besoin d'avoir beaucoup vécu pour s'apercevoir, un jour, que la difficulté à vivre, à se lier, à aimer, avec nos corps puisque nous ne sommes pas des anges, ni non plus du bois, du fer ou de l'électronique, est d'abord une difficulté commune. Un problème collectif, un problème "de société". Un problème POLITIQUE.

 

Mauvais accords dans le Concert. Ne parle-t-on pas du "concert des nations" ? Mais dans chacune d'elle, dans chaque groupe, chaque famille, chaque couple c'est un problème analogue.

 

Qu'on ne lise pas ici ce que je n'écris pas : il faut croire aux découvertes de Sigmund Freud. Mais on n'est pas obligé de croire à tous les psychanalystes, quand ils appuient leur autorité sur la cooptation entre eux.

 

On peut aussi trouver quelques psychanalystes qui vous aident à chercher, sous les névroses propres, la Névrose collective, cause principale du couac de nos instruments. Ceux-là peuvent donc aller jusqu'à la perfection de la méthode : vous analyser en groupes - en faisant, souvent, payer le même prix que si vous étiez tout seul. Les "thérapies de groupe". Vous sortez de là merveilleusement sauvés : une superbe élite, de gens guéris de leurs problèmes ; de gens capables, désormais, de nager superbement, toujours chacun pour son compte (souvent bancaire), sur les vagues de cette misérable Humanité en tempête, la masse du vulgaire, que nous sommes.

 

Là aussi il ne faut pas douter que C.G. Jung ait vu juste, dans sa découverte de l'Inconscient collectif. Mais tant qu'on ne nous le fait pas vivre comme l'Inconscient de toute l'Humanité ensemble, dans son espace et dans son temps, il est logique qu'il n'en résulte pas grand-chose. Ce qui nous fait, à Sexpol, bien aimer Wilhelm Reich, ce troisième grand nom de la psychanalyse moderne - mais il y a beaucoup de troisièmes ; voici peu, on citait encore Adler seul à ce rang -, c'est qu'il est le premier des analystes à avoir fort bien fait le lien entre l'aspect social, politique des névroses et leurs aspects individuels. Il serait donc très content, s'il n'était pas mort (assassiné) à peine plus qu'à la moitié du siècle, de prendre acte de l'actuelle hâte avec laquelle sa fin revient à l'histoire, à la préhistoire : et y découvre tous les jours, pour le présent et pour l'avenir, de tous et de chacun, des éclaircissements souverains. Spécialement sur ce qu'il appelait les autorégulations universelles. Donc "la Musique".

 

Car le sens du collectif, chez Reich, lui permettrait d'être le premier à nous convaincre que l'Humanité est une ; et que par conséquent "historiciser la névrose", b.a.ba. de toute thérapie efficace, c'est remonter le plus haut possible, dans l'obscurité spéléologique de notre Inconscient collectif, vers la source du problème. Il n'est pas possible de la trouver, si l'on ne suit pas chaque méandre, chaque chute, chaque perte apparente de la rivière, sous la Montagne ; tout le Drame humain : en remontant concrètement tout son cours, oeuvre commune des fils d'Adam, splendide et stupide à la fois.

 

 

l'Age d'or et la chute

 

L'unique Corps collectif n'évolue pas au rythme des existences individuelles, ni d'une seule génération ; bien que les pontifes, prêtres et sacristains, les catéchistes et théologiens de la religion du Progrès (des portefeuilles) (1) s'acharnent à nous en persuader (la Vie commence avec eux, et leur "Action" nous est indispensable ; informations complémentaires à l'Elysée, à Matignon et à la Mairie de Paris ; à celles de Rouen ou de Nancy, à défaut).

 

Vous allez forcément, si vous avez assez d'argent pour vous confier à une psychanalyse un peu sérieuse, vous trouver à la fin devant la résurgence de très archaïques sentiments ; certains se grouperont autour de la notion confuse de "Péché originel". C'est un phénomène psycho-historique tellement vertigineux, quand un psychanalysant parvient au bord de son abîme, qu'il rejette en arrière les plus courageux. N'importe comment, mais à tout prix, il faut aller s'en distraire.

 

Nous avons eu l'an dernier, à ce sujet, un bon film américain à la télévision, que peut-être certains d'entre vous auront vu (je ne saurais en dire le nom, ni l'auteur). Le thème était celui d'une jeune institutrice, envoyée dans un village reculé des Etats-Unis, parmi des gens très bizarres, bien qu'en tout semblables à leurs concitoyens actuels. Les enfants devaient y marcher à pas lents, les adultes aussi, en traînant les pieds sur le sol : s'ils les avaient soulevés, ils auraient pu "se souvenir", et la grand-mère qui présidait le village considérait cela comme très dangereux.

 

L'institutrice a essayé de passer outre, d'inciter les enfants à se libérer de ce tabou. Mal lui en a pris ; d'abord les enfants ont été punis, parce qu'on les avait vus, derrière les arbres, en train de "se souvenir" : à la suite de quoi, il s'est produit, effectivement, divers phénomènes, fort inquiétants : lévitation d'une petite fille et d'un petit garçon, qui avaient essayé de courir en détachant les pieds du sol ; catalepsie de la même petite fille à l'instant où un bûcheron du village était blessé par la chute d'un arbre, à plusieurs kilomètres...

 

Finalement, l'institutrice a su de quoi il ne fallait pas "se souvenir" : de "la Maison". Cette tribu, quelques générations auparavant, en était tombée. L'institutrice a fini par gagner, obtenir le droit de libérer les enfants et leur faire vivre une vie normale : mais non sans avoir été elle-même initiée, à ce souvenir collectif de la Chute, au cours d'une cérémonie de type druidique, à l'intérieur d'un ovale de pierres... Alors seulement, ayant senti elle-même le fait, l'ayant appris comme incontestable, en ayant fait elle-même le tour, elle a pu enseigner à toute cette pauvre tribu qu'il n'y avait pas à subir la Chute, mais au contraire à prendre tous les moyens de s'en relever ; en les cherchant, bien sûr, dans ce souvenir lui-même, défendu, de la Maison paradisiaque.

 

Ainsi résumée, l'idée peut paraître démente. C'est pourtant cette démence qui est, dans les profondeurs dernières de sa Psyché, le fond de toute humanité. Lisez les très grands poètes, pas seulement ceux qui nous bercent, gentiment, de leurs tendres chansonnettes - bien nécessaires, par ailleurs, évidemment - ; lisez les poètes abyssaux, Le Dante, Milton, avec son PARADIS PERDU, Baudelaire, Rimbaud, Péguy lui-même. Ou lisez les très grands romanciers, pas ceux pour midinettes - il en faut, pour notre droit à tous d'être, à nos heures, des midinettes - : Dostoievsky, Bernanos, Morgan et quelques autres. Lisez Goethe. Vous saisirez alors la raison, pour laquelle les psychanalystes publicitaires préfèrent rejeter cette idée de "Chute originelle", fondamentale dans leur science, pourtant.

 

De même que la littérature profonde a toujours été obligée de constater, avec Shakespeare et son Hamlet qu'il y a "quelque chose qui ne va pas au royaume de Danemark", de même la psychanalyse véritable, depuis que l'Ecole de Vienne nous l'a ressuscitée - car elle est une très vieille chose, très bien pratiquée dans toutes les civilisations antiques -, de même, donc, la psychanalyse vraiment savante a pour certitude, unanime dans toutes ses écoles, que tout être humain naît avec l'apparent souvenir d'un Age d'or, où tout était harmonieux et vivant, porté par la Danse, douce et puissante, d'une immortelle Musique ; et puis d'une Chute collective, dans un fracas sonore épouvantable, où lui-même se trouve entraîné. Et qu'on peut faire tous les efforts de la "science" pour ramener à ce sujet les gens à la "raison" : inéluctablement, ce double sentiment résiste à toute "réduction" ; on le rencontre chez maintes gens réputés supérieurement intelligents ; et tout l'humain l'avoue, sur les traits de son visage dans son agonie, s'il ne l'avait pas rencontré auparavant...

 

Je souhaiterais qu'un jour nos lecteurs nous signifient que ce constat de la psychanalyse les inquiète, pour nous faire l'obligation d'y réfléchir avec eux comme il faut. Car je ne connais pas de question sur laquelle les religions aient accumulé plus d'erreurs ; mais je n'en connais pas non plus où "les sciences", quand elles ont prétendu remplacer les religions, aient accumulé d'erreurs encore plus grosses. Le Progrès... Erreurs, notamment, sur ce qu'on peut faire d'efficace, contre le "sentiment de Culpabilité".

 

Si nous laissons la psychanalyse, avec les archétypes communs, splendides ou sinistres, qu'elle découvre au fond de notre inconscient à tous, et si nous laissons sa rencontre, scientifique et moderne, avec les traditions et les grandes littératures, nous pouvons d'abord observer qu'à l'échelle du développement de tout le genre humain, la question zodiacale paraît ne pas être sans importance.

 

Quand la Terre a tourné quelque 2.160 ans, il se trouve que son Soleil, à l'équinoxe de printemps, commence à se lever devant une autre constellation de notre Univers (résultat du phénomène dit de la "précession des équinoxes"). Mais il se trouve aussi que les gens qui se sont fait chefs d'orchestre de notre Concert humain, ceux qui tiennent la baguette dans les trois ordres de notre vie commune, le culturel (religieux, philosophique, mathématique, littéraire et artistique, scientifique, juridique, historique...), le politique (législatif, exécutif, militaire et policier, judiciaire), l'économique, se mettent à faire, avec leur baguette, soudain un peu n'importe quoi.

 

En les regardant faire - par le regard de l'histoire -, on a l'impression qu'ils ne savent plus où ils en sont de la partition. "Symphonie inachevée" : d'une main fébrile, ils tournent les pages du livret en arrière, pour voir si la page qui leur paraît manquer à la fin ne se serait pas glissée au début, ou au milieu ; de l'autre main, pendant ce temps, avec leur baguette, distraitement, ils s'efforcent d'improviser, pour que personne ne s'aperçoive qu'ils ne savent plus où ils en sont.

 

Et ça rate. L'orchestre perd le rythme, la mélodie. Les cordes ne donnent plus ensemble que des bruits stridents, à vous faire éclater la tête. Les cuivres et la batterie vous frappent le coeur à coups redoublés, vous écrasent les poumons, vous retournent les entrailles. Bientôt c'est l'affolement dans la salle, tandis que les musiciens, pour tenter de ramener le calme, imposent de plus en plus fort leur cacaphonie.

 

La foule se précipite aux sorties de secours, mais elles sont closes. Alors les gens commencent à se battre ; on piétine les enfants, les femmes, les vieillards ; puis les hommes se frappent à la tête, au ventre ; les plus brutaux atteignent les portes, puis se retournent, bloqués le dos contre elles, et faisant face à la pression de la chair humaine, devant eux.

 

Qui pourrait encore penser à faire l'amour, dans cette panique et violence collective, où il n'est plus question, pour chacun, que d'essayer de sauver sa peau ? (Les portes sont closes : la Terre est ronde ; si c'est tout le Concert terrestre qui s'est déréglé, où pourrait-on aller pour ne plus l'entendre ?).

 

 

le fracas néolithique

 

Cela s'est produit, pour la durée que la préhistoire et l'histoire permettent de saisir, "de mémoire d'Homme" au moins cinq fois, et c'est en train de se produire pour la sixième.

 

Au IXe millénaire avant Jésus-Christ, où le Soleil a pénétré dans le signe du Cancer, l'immense "révolution néolithique" paraît avoir été la victoire, équivoque et d'une violence terrible, contre une période de désordre au cours de laquelle serait apparue une race de maîtres, géniaux et brutaux, extraordinaires novateurs par la force. La vieille foule Cro-Magnon, cavernale et des huttes, dans laquelle à trente-cinq ans on était un vieillard, fut alors réduite à l'esclavage massif, par "quelques-uns" dont la longévité naturelle était soudain très supérieure (et très supérieure à la nôtre actuelle). Il en est résulté d'un seul coup l'agriculture extensive, immenses champs pour quatorze espèces de céréales, subitement inventées (une seule de moins que nous ; la quinzième, le maïs, fut inventée au Mexique un peu plus tard) ; finie la libre économie, c'est-à-dire régulation de la Maison humaine (Oikos en grec : la Maison), de chasse et pêche pour les hommes, de cueillette pour les femmes. Et il en est résulté la brique et la ville (archétype psychanalytique et dans les traditions : la Tour de Babel et "Babylone") ; la ville n'est pas née progressivement du grossissement du village ; elle est apparue d'un coup, alors, et comme pour toute véritable évolution, dans tous les ordres, par un "saut qualitatif brusque" : mutation de la vie collective, non modification lente et par additions de détails ; les premières villes ont eu immédiatement 10.000 habitants, avec toujours la forteresse, à l'extérieur, de leurs architectes et maîtres (2). Et il en est résulté - et ceci est sans doute absolument essentiel pour comprendre le rapport bizarre, subsistant dans l'ensemble aujourd'hui, entre hommes et femmes, et pour comprendre les drames de la jalousie sexuelle, la polygamie "naturelle" de l'homme et la monogamie "naturelle" de la femme (3), et encore pour comprendre la "lutte des sexes" et la "lutte des mâles" entre eux (la "lutte des femelles" aussi qui, plus subtile et intelligente dans la ruse, n'a rien à envier, en ravages, à la stupidité de celle des mâles), et jusqu'à la "lutte des classes" et ses soubassements psycho-sexuels, dans la rage castratrice des impuissants "forts" et le complexe de castration dans les foules infantilisées -, il en est résulté, donc, la fin de l'égalité naturelle des sexes, qui semble avoir caractérisé le noble Concert de l'ère du Lion, précédente ; il en est résulté la phallocratie : le champ, "propriété privée", entourée de barrières ; et "défense d'entrer", on enverra les chiens, pour les autres mâles ; "défense de sortir", aussi, pour les femmes qui sont dedans. Et, l'Eros étant la source profonde de toutes les conduites humaines, il en est résulté toutes les conduites collectives de meurtres et de guerres, mues par l'Eros phallocratique déréglé et l'obéissance hystérique des femmes et des esclaves mâles psychiquement castrés, correspondante...

 

 

l'harmonie terrestre

 

Mais qu'est-ce qui paraît clair, à ce premier changement d'ère que la préhistoire puisse atteindre ? Que la violente remise en ordre, alors "réussie" par les hommes "d'Ordre", est alors née d'une énorme ignorance ; désarroi complet de la connaissance du Biotope, chez les nouveaux maîtres, et son remplacement par le macro-bricolage dans la Nature, très technocratique déjà : fruit de la seule intelligence analytique et pragmatique, s'exerçant au jour le jour, incapable de synthèse dans l'observation, de planification à long terme dans l'action collective ; et empêchement total, créé par cette violence rationaliste, pour les femmes et pour la masse des esclaves, de toute adaptation de leurs instincts et de toute intuition sensitivo-intellectuelle, à un environnement général qui alors paraît nouveau. Effectivement, les maîtres n'ont pas la partition ; et les esclaves n'ont plus la possibilité d'improviser...

 

Il semble que ce soit toute la Terre qui s'est mise, alors, à vibrer autrement ; et donc tous ceux qui l'habitaient, plantes, bêtes et hommes. D'où venaient les nouvelles vibrations ? Mais des étoiles, nom d'une pipe, selon toute vraisemblance! On n'a pas besoin d'être astrologue de profession, scientifique ou charlatan, pour savoir qu'elles existent : il n'y a, la nuit, qu'à lever le nez... On peut facilement constater que leurs ensembles n'ont pas les mêmes formes, la même distance relative de leurs éléments ; qu'elles ne rendent donc pas entre elles, dans chacune de leurs constellations, le même Concert ; et que l'écho de ces différents concerts, selon qu'il se répercute sur notre galaxie à nous, et notre système solaire, et notre Terre elle-même, sous tel ou tel angle, et avec effet principal en tel point ou en tel autre, ne peut pas faire vibrer notre globe de la même façon. Ni nos propres corps, et leurs organes, et nos zizis eux-mêmes, et jusqu'à l'intérieur de nos cellules, d'ailleurs (4).

 

Disons tout de suite : la Terre serait donc vibrante ? C'est le contraire qui serait étonnant. Elle n'est pas une masse inerte. Et certes elle n'est même pas ronde : erreur profonde, bloquant toute intelligence possible de notre vie, chez ceux qui le croiraient. Le nombre p a moins à voir dans sa structure que le nombre d'or (1,6180339... ou 0,6180339...), résultant du rectangle de Pythagore, avec Racine de 5 à l'hypothénuse, 1 et 2 respectivement sur les côtés : le nombre de l'harmonie, comme tous les artistes le savent (mais la Terre dépend, pour sa forme musicale, de beaucoup d'autres constantes aussi, connues et encore inconnues).

 

 

nombres et beauté

 

Structurez une forme, pour ses espaces et pour la mesure de ses mouvements, son temps, ses rythmes, selon le nombre d'or (expliquer comment, pour chaque cas, serait un peu long ; d'ailleurs c'est inutile, dans la pratique : le nombre d'or est dans nos instincts, habitude ancestrale de l'Auto-régulation du Cosmos, de son Harmonie musicale entière, assurée par ce nombre d'abord, ou par les autres nombres naturels dont il résulte ; notre système nerveux sent parfaitement sa présence ou son absence, s'il se trouve bien ou mal devant ou dans une forme) : vous obtenez aussitôt, et sans la chercher, "la beauté".

 

Et d'ailleurs, du même coup, et sans davantage les chercher, vous obtenez "gloire" et solidité, "puissance" et fécondité (j'emploie ici des mots qui ne sont pas quelconques : ce sont ceux, numériques et musicaux, fruits des accords dans l'Univers, qui ont été à la base aussi bien des monuments immortels que des grandes réussites politiques et de civilisation, correspondantes, dans l'antiquité grecque, égyptienne et hébraïque ; ne sait-on pas, par exemple, que les colonnes du Parthénon sont disposées selon la Gamme, et ses rapports variés de nombres entiers, très simples ? comme l'Univers, dans son incommensurable richesse et variété, est simple...).

 

Beauté "classique", et donc désuète, pour ne pas dire fixiste et ennuyeuse ? Je ne sais pas si le jazz du Hot Five de Louis Armstrong est ennuyeux, pour les gens qu'on a rendus trop mal dans leur peau, qui ne peuvent donc plus rien apprécier de vraiment beau, qu'on leur donne. Mais je sais qu'au chronomètre, le nombre d'or éclate dans son interprétation, par exemple, de The Last Time : à la fin du mouvement "clarinette + piano" et au début du Chant I ; il détermine sans doute, du commencement à la fin, tout le rythme de l'ensemble (le nombre d'or règle donc non seulement les espaces relatifs d'une structure naturelle, vraiment belle : imaginative et créatrice, vitalisante, libératrice ; non pas le fruit d'un caprice, le dirait-on "artistique", simple défoulement d'une névrose ou conduite infantile d'une psychose : mais cette "section dorée" règle aussi, avec le même effet de "beauté, gloire et puissance", les mouvements de cette forme, son évolution progressive et ses mutations brusques, dans le temps).

 

 

Charles REYMONDON

(Analyse Agence IPM)

(A suivre)

 

 

(1) Tout le rapport que je suggère dans cet article entre le Sexe et l'Argent, la misère sexuelle et les idéologies économiques, est à fond explicité dans le travail de synthèse, d'années de journalisme professionnel, que je publie en ce moment par l'agence IPM : LE POUVOIR DE L'ARGENT, en train de sortir en une dizaine de fascicules successifs ; le premier fascicule, déjà paru, en est le résumé et peut être livré à part. Agence INTER-PRESSE-MUTATION, 7, Villa Dancourt, 75018 Paris (nouvelle adresse), tél. : 254.63.19.

 

(2) Sur la manière dont est apparue la ville au néolithique, on lira avec profit L'HOMME ET LA VILLE, d'Henri Laborit (Flammarion).

 

(3) SEXPOL a le projet d'aborder la question de la jalousie, sur laquelle un groupe de lecteurs a commencé une enquête systématique. Je ne pense pas qu'on puisse atteindre son fond, si l'on n'y tient pas compte des structures psycho-sexuelles différentes dans les deux sexes, et du fait qu'il est extrêmement rare qu'une femme atteigne l'orgasme avec deux ou plusieurs hommes dans la même période. Elle ne vit donc pas la liberté sexuelle comme peut la vivre un homme, et toute une part du vocabulaire des relations sexuelles n'a pas le même sens dans les deux sexes. Or, mon hypothèse est qu'il l'a eu pendant près de quatre millions d'années, et que le "malentendu ancestral des deux sexes" n'a, dans la formation des instincts, que l'épaisseur d'une écorce d'orange : héritage de dix mille ans de régime sexuel néolithique, contre la pulpe d'une compréhension parfaite de trois ou quatre millions "d'habitudes de l'espèce" (véritable définition de l'instinct dirimant [sic - note du transcripteur] le faux problème de l'inné et de l'acquis, du naturel et du culturel : "l'habitude d'une espèce", selon Albert Burloud ; l'instinct est donc un acquis, et il évolue, comme une habitude ; il peut disparaître, comme elle ; ou être intégré, comme elle, dans une tendance plus englobante, finissant par synthétiser parfaitement deux pulsions d'abord douloureusement contraires ; mais la différence est que cette acquisition et modification de l'instinct s'opère au rythme des millénaires, tandis que les mêmes phénomènes, pour une habitude, se présentent au rythme d'une existence individuelle ; j'ai traité très à fond ce point, dans mon ouvrage EROS OU THANATOS, Préface pour une métapolitique, sur l'évolution de l'instinct de Mort dans les individus et surtout la collectivité humaine ; IPM 1973).

 

(4) La bisexualité de la cellule me paraît à la base de la théorie exacte du cancer (le point n'a, apparemment, aucune importance thérapeutique). Après quatre ans de cancérologie théorique, comme journaliste médical, je pense cependant que l'origine de la cellule cancéreuse serait une perte de dissymétrie de la forme de la cellule normale. C'est cela qui ferait qu'à la reproduction cellulaire, les deux centrosomes verraient la constitution des deux cellules semblables, dans le cas deux génératrices, au lieu d'une génératrice et d'une fonctionnelle, comme dans la reproduction normale. Le LOG doit publier prochainement la synthèse de mon enquête sur le cancer, où l'on pourra trouver ce point développé. Si l'hypothèse est exacte, on aurait donc confirmation de l'extrême importance de la Musique, soit pour assurer de bonnes formes vivantes par résonance, soit quand une mauvaise musique les détruit comme formes, par "bruits" et non plus "sons".

 

[Texte paru in SEXPOL n°24, septembre 1978.

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