LA DEPERSONNALISATION : QUEL ATTRAIT ?
Un essai par Lord Colm & jade,
tiré de 'The D/s Lighthouse Lecture Series'.
Dans cet essai, nous parlerons d'un sujet controversé : la dépersonnalisation. Pour ceux qui ne sont pas familiers de ce terme, il s'agit d'un mot décrivant une grande variété de pratiques qu'on classe en général parmi les 'humiliations'. Cela signifie usuellement que la personne dominatrice demande à la soumise de jouer un rôle très différent de son rôle normal.
Cela peut se manifester de deux manières : devenir un objet inanimé, un tabouret, un cendrier, ou une forme inférieure de vie animale, par exemple un poney ou un chien. Certaines personnes peuvent avoir du mal à comprendre pourquoi certains s'adonnent à pareille activité, et nous espérons au moins vous en faire comprendre la raison.
Dépersonnalisation, point de vue du Dominant.
La dépersonnalisation est un aspect du style de vie SM au sujet duquel il semblerait que les gens aient un avis tranché : nous trouvons des personnes qui aiment et d'autres qui haïssent. Notre but n'est pas de vous persuader de quelque manière que ce soit. Nous voulons vous informer.
Pour le dominant, la dépersonnalisation offre un moyen de mener le rapport maître/soumise jusqu'au dernier extrême d'une relation basée sur l'échange de pouvoir ('power exchange'). Cela vous rend absolu propriétaire de votre soumise, et exige d'elle un degré de soumission généralement étranger à votre vie quotidienne.
Que vous choisissiez pour votre soumise le rôle d'un objet animé ou inanimé, cela peut mener à un degré de plaisir enivrant et très gratifiant, car vous savez que vous détenez, même pour un temps bref, un tel pouvoir et que votre soumise veut vous plaire au point d'abandonner tout contrôle d'elle-même pour vous le donner.
Dépersonnalisation, point de vue de la soumise.
La dépersonnalisation constitue pour moi, fille soumise, un moyen de m'échapper du rôle que j'ai toujours eu en société. Pour mieux comprendre cela, nous devons penser à la manière dont la société nous considère comme personne. Dans mon cas, je suis une jeune femme, avec des goûts et une apparence très féminines.
Le plus souvent, j'avais quelques avantages à me comporter comme une gentille petite fille sans défense, et j'en avais d'autres en employant mes ruses féminines lorsque d'autres personnes avaient le contrôle. La dépersonnalisation m'extrait du rôle de 'jade' et fait de moi une nouvelle créature, avec moins d'avantages. Je n'ai pas de pouvoir… pas de contrôle… du moins pour le moment.
Quels avantages ? Point de vue du Dominant.
Pour certains dominants, avoir l'occasion de jouer un rôle très éloigné de ce que leur permettent les contraintes sociales les rend à même de consolider efficacement la nature de la relation possédant/possédée. Vrai maître, qui prend les décisions, possède le contrôle absolu.
Peu d'entre nous peuvent (ou même désirent) baser toute la relation sur la dépersonnalisation, car celle-ci nous oblige à mettre de côté nos sentiments d'affection et de tendresse à l'égard de la personne qui nous est confiée. Mais, le temps bref où nous procédons ainsi, cela nous ramène, profondément, aux assises de notre style de vie : l'échange de pouvoir.
J'imagine que la plupart des dominants expérimentent une grande diversité d'aspects de la 'domination' : si l'on conçoit un spectre allant du moins dominant au plus dominant, nous passons la plupart de notre temps au milieu (quel que soit le milieu pour vous). Par moments, vous vous trouverez à l'extrémité du spectre 'plus dominant', et il vous faudra un exutoire. Pour certains, la dépersonnalisation peut constituer l'expression bénéfique de cet extrême.
Quels avantages j'en tire ? Point de vue de la soumise.
Je tire beaucoup de plaisir du fait de savoir que je suis placée dans une position où j'ai peu ou aucune possibilité d'employer mes instincts naturels, de femelle soumise, pour influencer la personne qui me tient sous son contrôle… mon Maître. Je puis mettre de côté tous les signes de ma féminité et être perçue comme un objet ou une créature n'existant que pour Son plaisir et Sa jouissance.
Dans un sens, je me sens libre, je suis affranchie de tout le contrôle que je détenais sur moi-même, tout simplement en étant Sa soumise. Je suis dépouillée de tous les signes que la nature a fournis comme instruments de protection, et je me sens extrêmement vulnérable et sans défense en pareille occasion. Devenir un 'jouet' ou un animal dénué d'initiatives et d'exigences est un phénomène libérateur. Il n'y a pas à s'occuper de 'soi' et tout ce qui compte c'est l'obéissance.
Lorsque vous êtes animal de compagnie, mettons un poney ou un chien, vous abandonnez tous vos droits et besoins au Maître qui possède littéralement un contrôle absolu sur vous. Vous répondez parce que vous le devez, vous avez été conditionnée à réagir, dressée à faire. Vous n'avez pas de voix, vous n'avez pas de recours émotionnel humain, et vous vous sentez libérée du besoin d'adhérer aux règles qu'une 'dame' doit observer dans notre société.
Pareille discipline libère une luxure animale cachée derrière la pudeur et les écrans de protection qu'ont développés les humains pour garder le contrôle de leurs réactions sexuelles.
C'est à peu près la même chose lorsque vous devenez un objet inanimé, tel un tabouret. Vous n'espérez rien d'autre que d'être employée pour le plaisir de votre propriétaire. Pas d'autres limites que celles inhérentes à ce que vous êtes : un tabouret.
Le Rôle de l'Équipement, point de vue du Dominant.
La dépersonnalisation peut prendre de nombreuses formes, elle n'est limitée que par votre imagination. Certaines formes n'exigent rien d'autre que des instructions verbales à exécuter. D'autres peuvent impliquer un équipement ou des tenues complexes.
Lorsque nous employons un équipement, son dessein est de renforcer les rôles que nous tenons, et de nous aider à la transition. Revêtir votre tenue d'équitation est plus qu'une autre manière de s'habiller : cela peut vous aider à évacuer le rôle que vous jouez dans la vie quotidienne et à jouer votre rôle de propriétaire de poney.
Non seulement cela complète la scène que vous désirez créer, mais cela signifie clairement à votre soumise que vous allez pour un temps être le maître indiscuté. En outre, habiller votre esclave dans la tenue de votre choix permet à cette dernière d'opérer la transformation de la soumise chérie en quelque chose n'ayant aucune permission d'agir dans ce qui va suivre.
Ce peut être particulièrement difficile pour la soumise d'abandonner son statut de personne aimante et généreuse, pour devenir moins qu'humaine, rien d'autre qu'un objet ou un meuble. L'équipement adéquat à la scène peut immensément aider à ce qu'elle devienne ceci… il institue la bonne tournure d'esprit.
Visuellement parlant, voir votre soumise porter cet équipement peut être aussi très gratifiant. Cela symbolise sa reddition ultime, le fait d'être à votre service, et l'empressement à vous plaire, quelle que soit la forme par vous choisie.
L'Équipement et ses Effets, point de vue de la soumise.
L'équipement le plus employé en dépersonnalisation vient du monde des ponygirls et ponyboys. Le costume est taillé pour faire ressortir, chez la soumise, de très profondes réactions émotionnelles. La première réaction, chez la plupart des soumises, c'est l'humiliation. On commence par le licou et le mors, le but est d'enlever le contrôle à la soumise pour le donner au dominant.
Le mors empêche la soumise de parler et la rabaisse sur le plan de l'apparence extérieure. Vous êtes une femelle, vous n'êtes plus séduisante et attirante comme l'est une femme. Le licou sert à restreindre et à contrôler. Le harnais est très contraignant et il est souvent conçu pour gêner ou presser des zones très sensibles du corps, comme les lèvres du sexe ou les mamelons. Une queue, reliée à un plug anal, est employée pour considérablement augmenter le sentiment de perte de contrôle.
Le corps de la soumise est contraint de réagir au plus léger caprice de la main du Maître. Une traction ou un claquement de doigts peut engendrer une réaction explosive lorsque l'équipement adéquat est en place. Les mouvements des membres sont restreints et souvent forcés à des positions très vulnérables et exposées. Cela permet à la soumise de vivre une expérience de reddition impossible dans une situation autre qu'impliquant la dépersonnalisation. Humiliant, oui ! mais ô combien agréable !
Étant un objet, la tête et les membres peuvent être totalement immobilisés et propulser la soumise dans un état d'esprit très 'spatial'. L'impuissance libère l'esprit de la conscience de tout ce qui n'est pas stimulation sensorielle. Chaque nerf se réveille et envoie au cerveau des messages lancinants, et la soumise ne peut que les subir et suivre le courant. Après tout, vous n'avez aucun contrôle… vous n'êtes pas responsable de ce qui arrive… vous ne pouvez que faire plaisir au Maître et vous en réjouir.
Obstacles, point de vue du Dominant.
Si vous choisissez d'inclure la dépersonnalisation dans votre relation, soyez conscient de ce que vous devrez résoudre les problèmes émotionnels pouvant se présenter.
La culpabilité : j'aime ma chère soumise… Comment puis-je la traiter avec tant d'indifférence ? La société t'a appris ce qu'est censée être une relation, et ceci n'en est certainement pas une.
Remords : à la suite d'une séance, vous pouvez vous retrouver étrangement triste d'avoir exactement fait ce que tous deux vous désiriez.
Il est clair qu'une négociation préalable est essentielle dès lors qu'il s'agit de dépersonnalisation. Vous devez bien connaître votre soumise, savoir jusqu'où vous pouvez aller en toute sécurité, exactement combien est trop et combien n'est pas assez. Les formes d'humiliation peuvent être un territoire extrêmement mouvant du fait que vous sondez la psyché en profondeur.
Il est facile de se laisser emporter une fois que la 'bête' est lâchée, et vous devez prendre grand soin de garder le total contrôle de vous-même et de ne pas laisser la scène vous déborder. La tentation sera là : reconnaissez-le.
Pour pouvoir à la fois tirer bénéfice de l'expérience et résoudre les conflits émotionnels, prenez quelque temps avant et après la scène pour renforcer vos sentiments à l'égard de votre soumise. Assurez-lui à nouveau que peu importe la manière dont vous vous comporterez durant la scène, elle ne reflète pas vos véritables émotions. La traiter avec indifférence durant deux heures par mois afin que vous puissiez tous deux approfondir votre relation ne signifie pas que vous allez soudainement faire de même 99,9 % du temps.
Les Obstacles, point de vue de la soumise.
Le plus grand obstacle que la plupart des soumises devront vaincre sera la perte de leur identité. Vous n'êtes plus la soumise chérie, protégée et parfois dorlotée, de votre Dominant.
Vous êtes un animal ou une chose et cela engendre une lutte au sein de certaines d'entre nous. Il n'est pas aisé d'abandonner son sens de l'identité mais, lorsque vous êtes à même de vaincre cet obstacle, vous gagnez une liberté, par rapport à votre personnalité, jamais expérimentée auparavant.
Un autre blocage psychologique, c'est la peur. Vous êtes vulnérable et l'on vous rend très consciente de ce fait. La perte de contrôle implique le risque, et, à moins d'avoir entièrement confiance dans votre dominant, cela peut constituer une épreuve très effrayante.
Une autre chose au sujet du facteur peur : vous savez que votre dominant sera dans une conscience extrêmement aigu' de Lui-Même. Il ressentira pleinement l'échange de pouvoir et sa propre 'bête intérieure' aura été réveillée.
Cela ajoute au sentiment de vulnérabilité que vous ressentez déjà. Vous savez que vous n'êtes plus perçue comme la tendre petite âme que vous êtes normalement mais comme un animal ou un objet, et cela suffit pour que votre sentiment d'impuissance occupe toute votre conscience. Quel catalyseur de l'abandon total ces sentiments peuvent être…
Pour certaines soumises, l'humiliation est aussi un obstacle. L'acte consistant à devenir un poney ou une marionnette sexuelle est considéré comme dégradant par la société et votre propre conscience sociale risque de remonter à la surface : il vous faudra gérer la chose. Vous n'êtes plus protégée par le souci de votre confort ou de votre pudeur ñ il n'y a pas de place pour la pudeur dans l'existence d'une pony-girl. Vous aurez l'impression que votre âme est mise à nu devant le monde entier.
Se dépouiller de la carapace protectrice de notre gêne et de notre répugnance est un processus ardu, mais les avantages qu'on en tire sont immenses. Vous verrez bientôt quelles sont les choses qui gênent votre soumission et reddition à votre Dominant. Les choses qui vous empêchent de vous donner vous-même totalement deviendront obligatoirement visibles et vous offriront l'opportunité d'en triompher, pour vivre une relation plus profonde, plus riche, avec la personne à qui vous avez donné les rênes.
Conclusion.
La dépersonnalisation est l'une des techniques les plus avancées de notre style de vie. Ce n'est pas pour tout le monde. Nul doute que ce thème aura suscité de fortes émotions aux deux extrémités du spectre.
Gardez à l'esprit que les limites, par leur nature même, sont des choses qui tendent à reculer comme évolue notre relation avec le partenaire. Je me souviens d'une époque, il n'y a pas si longtemps, où l'idée de dépersonnalisation n'intéressait ni jade ni moi.
Comme nous poursuivions une évolution commune, nous en vînmes à considérer que cela pourrait être pour nous deux un moyen d'exprimer nos profonds besoins de s'abandonner et prendre le contrôle. Cela nous a permis de régler des problèmes émotionnels que nous sommes devenus fort aptes à supprimer, problèmes que nous sommes parfois effrayés de révéler à l'autre de peur qu'il ne vous respecte plus.
Peut-être êtes-vous prêts à inclure cette pratique dans votre relation. Peut-être l'avez-vous déjà fait. Certains parmi vous ne sont pas encore prêts, et d'autres encore ne le seront jamais. J'espère que nous aurons au moins mis en lumière la raison pour laquelle certains la considèrent bénéfique et quel est son attrait.
© 1998 par Lord Colm & jade.
Traduction P. Pissier, 2003 e.v.
A ne pas reproduire " tout ou partie " sans le consentement écrit et explicite de l'auteur.