(extraits)
Philippe Pissier
Pour Lilith, dive putain de noire lumière.
COUPE DU DIABLE
La grimace provoquée par l’écarteur devient sourire de semence. Attentif à sustenter sa pute, il s’est appliqué à désosser totalement la lumière de ses couilles, inondation en dents de scie, tête convulsée du crotale cherchant la gorge. Les seins meurtris et comprimés paraphent d’excitation la douleur de la proie, les genoux en enfer ne savent plus qui - quoi prier. La pince au clitoris faxe une cruauté de corbeau à l’enfer de Netzach, ses yeux s’inondent de larmes comme les minutes s’écoulent.
La dure condition est méritée, elle le sait et son cerveau tourne comme une planète folle criblée de météores. Résumée à une béance buccale, elle n’est plus qu’accueil du maître.
L’INSTANT DE PHILOSOPHIE
Suspendue par les poignets, tête encagoulée, elle se plie au va-et-vient du membre ganté de désir. Une île en cage, c’est ainsi qu’elle perçoit sa personne dont abuser est coutumier. Et nécessaire comme les rayons de la lune frappant un corps nu. Le fouet fond sur sa proie, rapace aux lanières de cuir, et la marque de son sceau impérial. Imagine-t-on plus significatif que ces stries où se résume la conjonction du plaisir et de la douleur ? Ne détrônent-elles point les images du Livre Muet ? L’Elixir de Vie n’aurait-il point quelque rapport avec celui qui bientôt éclaboussera les parois de son vase arrière ?
LANGUE DE REVELATION
Langue qui reçoit la foudre, langue sur laquelle implosent les cristaux de neige, langue aux allures d’animal héraldique.
Langue qui nettoie les bottes et lèche les monolithes de chair, ustensile grâce auquel tu peux rendre hommage. Prépare-la et sanctifie-la en prévision du Jugement Dernier de ta Bouche: quatre Anges au méat couronné dont le désir porte en avant comme en arrière vont se succéder dans le palais fleuri de salive. Leur breuvage amer sera tien. N’en perds pas une goutte de crainte que le châtiment sur toi ne s’abatte, canne de bambou ou averse de cire - regard de python soudé au spectacle de ta déchéance.
Offre ta langue à tes frères et soeurs, chasse ce spectre mensonger des siècles!
PREMIERE ET SECONDE: VASES COMMUNICANTS
Première s’exécute, rampe et se roule et se tord et vient baiser la cheville de Seconde qui sur le dos la renverse. Et orne méticuleusement son avaloir d’un cercle en métal s’intégrant à une courroie de cuir: en voilà une qui ne pourra clore sa bouche d’enfer.
Seconde s’offre à l’amant de Première sous les yeux de celle-ci et joyeusement tous deux épuisent leur désir. Les corps repus gisent telles des idoles brisées, momies de perversion dont aucune égyptologie n’entravera la marche. Que Première devienne vase pour fleurs de coït, hall d’accueil pour liqueurs unies, telle est la pensée qui germe dans l’alcôve.
Seconde se lève et s’agenouille au-dessus du visage de Première. Elle écarte ses lèvres au-dessus des lèvres écartées et dépose dans le caveau buccal sa précieuse cargaison d’amour. L’humiliation de Première dévalise la banque du possible et le volcan de son coeur saigne des cercles de soufre.
© Philippe PISSIER
retour à la rubrique sexe et magie