par Kenneth Grant
Moi, la Bête 666, suis appelée à dévoiler ce culte et le faire se répandre de par le monde ; par ma Femme dite la Femme Écarlate, à savoir toute femme recevant et transmettant ma Parole et mon Être Solaires, est achevée cette Oeuvre mienne; car sans femme l'homme ne détient aucun pouvoir.
L'Oeuvre de Djeridensis
Le chapitre onze du Magick de Crowley (dans l'édition originale) s'intitule “De notre Dame Babalon et de la Bête qu'elle chevauche ...” et commence ainsi : " Le contenu de cette section, attendu qu'il concerne NOTRE DAME, est trop important et trop sacré pour être imprimé. Il est uniquement communiqué par le Maître Therion à des élèves choisis - lors d'entretiens privés."
Nous ne prétendrons pas que le contenu du présent chapitre constitue l'instruction privée mentionnée dans Magick, mais l'interprétation de la Formule de la Femme Écarlate qui est faite ici est basée sur l'étude du matériel non publié qui constitua probablement les fondements de la dite instruction.
L'adjectif écarlate fait référence au Courant Draconien sur lequel est basé le Nouvel Éon, puisqu'il s'agit en effet de la couleur d'Ares, Orus ou Horus. Le Bélier [Ares] du zodiaque représente également l'Homme Vert, le Pouvoir Vernal du Soleil. Écarlate est la couleur de la flamme qui initie le courant vernal annuel qui "se venge" de l'aridité et de l'obscurité des mois d'hiver.
Dans un autre sens, l'écarlate équivaut à la substance rouge d'origine féminine, le menstruum premier de l'énergie magique, mais l'écarlate est aussi en rapport avec l'aspect lunaire négatif et destructeur ou la magie "noire" et la sorcellerie (1).
C'est dans ce sens que la Femme Écarlate équivaut à Kali, qui est à l'origine une Déesse des périodes stellaires et lunaires, et par conséquent, du Temps.
L'une des premières méthodes pour compter le temps procédait au moyen des émanations de la femelle du cynocéphale que les anciens prêtres égyptiens utilisaient dans ce but (2). Le Temps est le menstruum dont surgissent toutes les formes matérielles, qui s'y transforment et finalement s'y dissolvent.
“Le meilleur sang est celui de la lune, mensuel", dit le AL. Ceci se réfère particulièrement à l'aspect Kali de la formule. Le meilleur, c'est-à-dire, pour les travaux de dissolution ou de transmutation, le meilleur, en d'autres termes, pour la Magick ou Énergie tendant au Changement.
Le nom de Babalon, qui est utilisé pour désigner l'office de la Femme Écarlate, diffère de sa version dans L'Apocalypse non seulement par l'orthographe (3) mais également pour les raisons suivantes. Le concept biblique de la Femme Écarlate est déjà une corruption de l'ancienne tradition magique dont on ne trouve déjà plus trace - hors des Sanctuaires de l'Initiation - que dans les temples de prostitution.
La tradition est bien mieux préservée dans les doctrines des Tantras Hindous et Tibétains qui décrivent les cérémonies ayant recours à l'utilisation des kalas (médecines) dégagées par les exsudations de prêtresses spécialement entraînées. Les "femmes de douce fragrance" (suvasinis) sont en corrélation plus que littéraire avec le " doux parfum de sueur " dont il est question dans AL I, 27. La formule de la Femme Écarlate est la formule de la Suvasini.
Babalon signifie “la porte du soleil”; elle admet la force solaire à travers sa porte, étroite, qui est fente ou brêche. Comme la fente elle est la Lune, ou le Soleil reflété dans l'Oeil d'Amenti; l'œil gauche de l'Espace comme le Soleil l'est de l'œil droit. Ainsi le Vama Marg, littéralement le Sentier de Gauche, ou le Sentier qui implique l'usage de la femme, la féminité considérée comme l'aspect gauche ou lunaire de la création, se distinguant du Dakshina Marg, que concerne le courant solaire, le masculin ou l'aspect dit de la main droite.
Dans un autre sens, Vama Marg est l'aspect ésotérique du Tantra, tandis que l'aspect exotérique correspond au Dakshina Marg. Ces distinctions n'ont rien de commun avec l'idée de magie "blanche" ou "noire", comme on le suppose souvent de façon erronée.
Le nom de Babalon équivaut numériquement à 156, tandis que sa forme corrompue dans l'Apocalypse, Babylone, est de 165 - un nombre qui n'a pas de signification qabalistique particulière. Un-cinq-six, dans cette numération se cachent de nombreuses idées concernant la fonction de la Femme Écarlate.
C'est par exemple le nombre de TzIVN, Sion, la Montagne Sacrée, c'est aussi le nombre de la Cité des Pyramides sous la Nuit de Pan (4), dans laquelle il est possible d'entrer et que l'on peut explorer par l'utilisation magique de Babalon. C'est aussi, d'après le Liber 418 (5), le nombre du Chaos, qui est un concept particulièrement important dans la qabalah de Thélème puisqu'il s'agit d'un nom secret de la Bête. Babalon est de cette manière identifiée à son Seigneur véritable.
Une autre correspondance importante avec le nombre 156 est sen-hru, un terme utilisé par les anciens égyptiens pour désigner le jour du solstice d'été, lorsque l'Oeil d'Horus (i. e. la lune) est plein, et que l'année est accomplie. Le nombre 156 est par conséquent le parfait symbole de la femme magiquement inspirée (i. e. la Femme Écarlate); c'est aussi sa formule numérique, celle du Changement et de la Manifestation - Scorpion et Capricorne.
L'appréhension du caractère interchangeable de ces symboles requiert l'utilisation d'un type particulier de faculté mentale, celui qui est capable de distinguer et d'identifier simultanément des concepts apparemment contradictoires.
La contradiction n'existe seulement qu'en relation avec la mentalité qui la conçoit. Une fois que l'on a appréhendé ceci, l'initiation devient possible et l'esprit se transcende lui-même au moyen de la réconciliation des opposés.
Le Visvakosatantra dit : “Il n'est aucune adoration valide sans les femmes(sakti), le poisson et la viande.”. De façon similaire, un texte Sahajiya déclare : “Si toi même tu ne te soumets pas à une manjari (femme) mais que tu ne comptes que sur la connaissance théorique des choses, tu ne trouveras pas Krishna au moyen de la culture spirituelle ". Comme l'écrit Manindra Bose (6) “les Sahajiyas n'utilisent ni poisson ni viande dans la voie mystique, mais quant au thème de la nécessité des femmes, ils développent la même idée de l'urgence de leur compagnie que celle prônée par les Tantras".
Un initié Tantrique commente le Vama Marg et décrit la suvasini comme : “femmes de douce fragrance... sélectionnées pour représenter le rôle de Mère. On se tourne vers elles comme l'unique recours... et bien qu'elles soient nombreuses et seize femmes élues, dans l'une des plus étranges formes de magie qui appartient à cette école d'adoration, le point central du maître est la femme, la seule et exclusive, la Suvasini.”
Crowley travailla la même formule et en expliqua les mécanismes dans son Journal Magique (7).
La formule de l'Éon, 418 ...n'est pas d'Horus, comme on pourrait le croire, mais de Cheth, Le Chariot. La formule qui va ! C'est la Maison de la Lune, le corps de Changement. Ceci équilibre le 666 solaire : " il est toujours un soleil et elle, une lune " (AL, I, 16). La Femme Écarlate est par conséquent lunaire. Je suis le Blanc et elle est le Rouge de la perfection alchimique; et mon échec est dû au fait d'avoir manqué d'elle, en laquelle tout pouvoir fut donné. J'ai réussi ma propre initiation de façon consciencieuse et agile, mais je n'ai pas été capable de la manifester en pouvoir, pour avoir manqué d'elle.
Crowley énumère ensuite diverses Femmes Écarlates qui l'ont assisté au cours de ses principaux travaux magiques.
La voyante Ouarda (i.e. son épouse, Rose Kelly), candidate No.1, m'a donné le pouvoir de recevoir le Livre de la Loi. Virakam (Mary d’Este Sturges), No.2 m'a donné le Livre 4, en partie, mais s'est effondrée, plus sûrement à cause de mon propre manque de foi en elle qu'en raison de son manque de confiance en moi, assez justifié. Aucun de nous ne s'est abandonné complètement et sans réserve à l'Oeuvre. La troisième, Soror Hilarion (Jeanne Foster) m'a donné l'Enfant qui fut Promis (i.e. Frater Achad, le “fils magique” de Crowley), et m'a probablement aidé à atteindre le Grade de Magus
Quatrième, Soror Ahitha (Roddie Minor) m'a aidé à construire le Temple de Jupiter.
Je ne peux encore donner d'appréciation sur tout ceci, mais si, en général, l'Oeuvre fut dénaturé, comme cela semble être le cas, je dois encore une fois n'en faire reproche qu'à mon imparfaite connexion. Je suis certain d'avoir toujours été en train de déjouer les plans des Dieux pour avoir voulu imposer mes propres idées rationnelles sur la façon correcte de faire les choses. Cinquième, Almeira (Bertha Bruce), dont la vocation est hors de doute, semble avoir totalement échoué, à moins qu'elle ne m'ait seulement donné la pauvre relation dont j'avais besoin.
Mais je ne peux pas savoir si elle exerce encore le ministère...
Ouarda fut Feu de l'Archer; Hilarion aussi ; Virakam fut Air de la Balance; Ahitha, Feu et Terre du Bélier et du Taureau; Almeira, Air des Gémeaux.
Dans son commentaire complet du AL, Crowley donne plus d'information sur la nature de ces Femmes Écarlates :
1. Rose Edith Crowley ou Kelly, mon épouse. M'a mis en contact avec Aiwaz; voir Équinoxe, I, 7; Le Temple du Roi Salomon.
Échec mentionné dans un autre endroit.
2. Un cas douteux. Mary d’Este Sturges ou Dempsey. M'a mis en contact avec Abuldiz; par conséquent, a contribué au Livre 4. A échoué en raison de ses jalousies personnelles.
3. Jeanne Robert Foster ou Olivier. Apporta 'l'Enfant" auquel AL se réfère. Échoua dans la respectabilité.
4. Roddie Minor. M'amena au contact d'Amalantrah. Échoua à cause de son indifférence envers l'Oeuvre.
5.Un cas douteux. Marie Rohling ou Lavroff. Aida à m'inspirer le Liber CXI (Aleph). Échoua par indécision.
6. Un cas douteux. Bertha Almeira Prykryl ou Bruce. Ajourna le fait d'assumer des obligations et pour cela laissa-t-elle place à la numéro 7.
7. Leah Hirsig (Alostrael-le Singe de Thoth). M'a assisté pour l'initiation actuelle(8); toujours à mes côtés, 1921.P.S.Y 1923.(9)
Il est maintenant nécessaire d'expliquer la formule et la fonction réelle de la Femme Écarlate, ainsi que l'utilisation des vibrations occultes qui en émanent.
Dans la littérature Tantrique, la suvasini est une "prêtresse" en ce sens qu'elle est le véhicule caché de la Déesse Suprême ou Pouvoir Magique (Mahashakti). Son corps comporte des zones d'énergie occulte intimement reliées au réseau de nerfs et plexus associés aux glandes endocrines. En tant que Déesse Suprême, elle est représentée yantriquement (10) par le Shri Chakra et mantriquement (10) par les vibrations secrètes qu'invoque l'Énergie Créative primordiale dans sa forme lunaire ou féminine (i. e. dans une forme spécifiquement adaptée à la manifestation).
Son mantra n'a jamais été donné par écrit et ne peut jamais être transmis qu'oralement. Le Shri Chakra est par conséquent la signature de la Femme Écarlate puisqu'il trace la formule de la Déesse (que ce soit Nuit, Isis, Kali, etc. cela ne fait pas de différence).
Lorsque le Grand Pouvoir Magique (Kundalini) entre en activité, il énergétise les chakras du corps de la Femme Écarlate, générant des vibrations qui influencent la composition chimique de ses sécrétions glandulaires. Par la suite, s'imprégnant d'amrit ("nectar") précipité dans un chakra donné, ces vibrations se communiquent aux fluides qui affluent vers l'orifice génital.
Les fragrances émanant de chaque chakra sont ainsi disponibles pour leur utilisation par le prêtre ou "bête" (11), qui les dévore et les transmute en ojas - énergie magique.
Il existe trois méthodes fondamentales pour obtenir ces vibrations vaginales ou kalas. L'une d'entre elles est d'un intérêt particulier pour les thélémites puisqu'elle constitue l'équivalent de l'ancienne formule égyptienne de Nuit, la déesse du ciel nocturne, représentée de façon anthropomorphique par une femme nue arque boutée au-dessus de la terre. (12).
Dans les Tantras, on appelle cette posture Kailasa Prastara; la déesse s'élevant au-dessus de ses adorateurs comme le Mont Kailash (13) et le froid curatif de ses neiges s'écoule vers le bas. Les plus anciennes images de cette formule, comme celle peinte sur la stèle d'Ankh-af-na-Khonsu, montrent une femme sur les mains et les genoux et suggèrent le viparita maithuna un mode de congresus inversus décrit dans quelques uns des Tantras les plus anciens et dans certains écrits occultes des arabes.
Le Viparita maithuna symbolise également la totale réversion des sens nécessaire au plein éveil du Serpent de Feu.
Ankh-af-na-Khonsu, un prêtre d'Amon Ra de la XXVIème Dynastie, fut l'un des précédents avatars de Therion (la Bête). Khonsu signifie littéralement "le voyageur du ciel nocturne" et représente non seulement la Lune mais aussi les étoiles ou kalas qui accompagnent la Lune dans sa phase nocturne et féminine (14). Ankh-af-na-Khonsu concentra en lui-même la vie ou énergie vitale (Ankh) de la (af-na) Lune (Khonsu), la Lune étant le Shri Chakra : la Lumière comme mode de manifestation.
Le Shri Chakra est la lune dans sa plénitude, le lotus en sa complète floraison, la fleur [flow-er] qui au cours des phases graduelles de son cycle, émane quatorze rayons (un pour chaque jour de la quinzaine) et qui culmine par le cercle complet des quinze (15).
Un cercle possède 360 degrés et le Shri Chakra est un cercle. Il a été comparé par certains commentateurs au cycle annuel de 365 jours, les cinq jours manquant étant négligés, sachant qu'ils sont inexplicables au non initié. Cependant, lorsque la formule physiologique de la Femme Écarlate est comprise, on voit que ces cinq jours représentent les jours négatifs de son occultation au cours de chaque "lune" ou mois, qui est le cycle périodique ou le cercle complet de la femme humaine.
Les quinze degrés ou étapes de cette progression de la lune nouvelle à la pleine lune, de la virginité à la maternité, étaient intimement en rapport avec le cycle mensuel de la femme choisie pour les rituels secrets du Cercle Kula (ou Kala) qui est l'authentique Vama Marg ou le Sentier de la Déesse Suprême. Des Déités particulières furent assignées aux jours et aux nuits des quinzaines obscures et claires qui constituaient le mois entier ou "lune".
La quinzaine obscure comprenait la période de la pleine lune à la nouvelle lune; la quinzaine claire allait de la nouvelle lune à la pleine lune. Ces quinze degrés furent conçus comme des rayons ou chiffres de la lune : ils n'étaient pas seulement en rapport avec la lune céleste et son influence occulte mais également, de façon significative, avec la lune physique des femmes sélectionnées pour le travail magique.
Du seizième rayon ou chiffre de la lune, émane "le nectar de suprême excellence". Comme le dit le Lalitasahasranama, “la lune a quinze phases dans sa croissance et dans sa décroissance. La seizième partie, lorsque le Temps s'arrête, est le moment ou la Divinité s'incarne". Le Temps est Kali, la Déesse Quinze, et la kala qui transcende le Temps est connue comme le seizième chiffre ou rayon ".
Quatorze sécrétions génitales féminines sont expliquées par la science occidentale (16), la quinzième et la seizième restent encore à découvrir, bien qu'elles soient connues et utilisées par les Initiés orientaux depuis des temps immémoriaux; elles ne se manifestent uniquement que dans les émanations vaginales de la Suvasini parfaitement préparée.
Les écrits des Siddhas (Adeptes) Tamil contiennent des séries d'avertissements concernant les dangers d'évoquer ces kalas dans un chakra qui n'a pas été correctement préparé à les recevoir, et dans le AL, II, 26-27, Hadit s'exclame : “ Je suis le Serpent secret lové prêt à bondir : dans mes anneaux il y a de la joie. Si je lève la tête, moi et ma Nuit sommes uns. Si j'abaisse la tête et crache du venin, alors est le ravissement de la terre, et moi et la terre sommes uns. En moi réside un grand danger..."
Les forces dirigées dans le sens descendant son chargées de vibrations vénéneuses. Elles peuvent être utilisées pour des travaux de matérialisation et de dissolution, et - avec un effet mortel - dans des oeuvres de magie noire.
L'absorption des kalas chargées de courants ascendants transforment la conscience humaine et rendent possible le contact et la communication avec des entités transcendantales. Inversement, sucer du venin conduit l'homme à une relation directe avec les mondes démoniaques et les élémentaux les plus bas, seul l'Adepte pouvant utiliser ces courants en toute impunité.
Le venin est représenté par le Scorpion; le nectar par le Verseau. Cette double formule est vaste et elle facilite l'usage des kalas ou les étoiles de feu de Nuit et le courant sexuel originel, représenté par Babalon, mortelle et vampirique. Le Scorpion est la putain, ou femme serpent qui, en conjonction avec la Bête génère la kala bivalente, la semence mixte. Le Verseau est la prêtresse vierge dans laquelle est élaborée la kala double ou fluide créatif représenté par le glyphe de l'eau, multiplié ainsi : . Les anciens signes du Scorpion et du Verseau sont des variations de la lettre M (y) qui dans les qabalah égyptienne, chaldéenne, hébraïque et grecque est un signe du liquide de la vie. En outre, M est le sanscrit Emkara ou Omkara, qui résume le cycle entier de l'existence depuis la manifestation jusqu'à la non manifestation, de l'apparition à la disparition, de la vibration primordiale à la dissolution finale dans l'absolu silence (le Vide, symbolisé par l'état de sommeil sans rêves) (17).
Le Verseau, onzième division du cercle céleste ou zodiaque; transmet l'influence de Set, dont le véhicule planétaire est Saturne. La Femme Écarlate est par conséquent la resserre et le foyer de toutes les kalas requises par l'Adepte dont la volonté est d'établir un contact avec des intelligences transmondaines comme Aiwass, Amalantrah, Abuldiz, etc.
Ces considérations expliquent pourquoi Crowley insista sur l'observance de la tradition cachée qui sanctionne l'initiation de la prêtresse par le prêtre, sans interdire le processus inverse (18). Ceci explique peut-être aussi pourquoi tant d'opérations magiques de Crowley finirent par échouer, par sa faute, et les raisons des nombreux problèmes psychologiques rencontrés par les Femmes Écarlates concernées, plusieurs d'entres elles ayant succombé à la démence.
Crowley supposait qu'une attirance réciproque instantanée entre les parties concernées était le signe de l'aptitude magique. Le couple avait, il le disait ainsi, été choisi par les dieux. Ceci a d'ailleurs été publié dans une instruction secrète donnée par Crowley aux membres du Souverain Sanctuaire de l'O.T.O.:
Le choix d'une assistante parait si important qu'il devrait peut-être être laissé au hasard; i. e. à l'attirance subconsciente.
A propos du choix de celle qui doit servir ce Sacrement, l'homme est si confus mentalement et est si facilement trompé en la matière, qu'il ne Nous semble pas déraisonnable de permettre la complète influence du Caprice du Moment. Ce que l'on appelle caprice est peut-être en vérité la Voix du Subconscient; c'est-à-dire, le choix délibéré du Saint Phallus Lui-Même.
“Le Phallus est la base physiologique de l'Âme supérieure". Pour cette raison de nombreux hommes sont séduits...
Mais permettez que la Volonté consciente se consacre complètement au Grand Oeuvre, et alors la Volonté subconsciente choisira inévitablement le véhicule adéquat pour l'Oeuvre.
Il apparaît toutefois, en plus de ceci -selon le Journal Magique de Crowley- que celui-ci ne prit pas beaucoup de précautions pour s'assurer que ses assistantes possédassent tous les pré requis d'une Femme Écarlate. Il ne fait par ailleurs aucun doute que les qualifications particulières nécessaires à cette fonction ont peu de rapport avec la condition morale de la femme collaborant à ces rites.
Les Prostituées aussi bien que les femmes "respectables" peuvent avoir la compétence nécessaire; le test final de l'élection est la pureté de la passion apportée au rituel aussi bien par le prêtre que par la prêtresse. Cependant, il y a une "chose" indéfinissable au-delà de tout ceci à propos de laquelle les Initiés orientaux furent prolixes.
Leurs écrits, comme ceux des Alchimistes Médiévaux, furent exprimés en codes mystérieux, impénétrable pour tous hormis pour les Initiés.
Une chose est certaine cependant : le lotus ou fleur [flow-er, jeu de mots sur le verbe anglais to flow (couler, sourdre) et le mot fleur ] de la femelle humaine administre les élixirs vitaux murmurés par les Alchimistes et les Adeptes de l'antiquité.
Parmi la profusion d'écrits secrets maintenant publiés il y en a un - et seulement un connu de moi - qui contient un commentaire initiatique relatif à sa "signification interne" et qui se rapproche de l'authentique interprétation Vama Marg de ce chakra. Il s'agit du Karpuradistotra des Tantrikas Kulas, traduit par Sir John Woodroof sous le titre de l'Hymne à Kali (20). Là, le Mahachakra, qui est le foyer du rituel mystique, est le mandala ou yoni de Kali elle-même; une description détallée du trikona (triangle inversé) qui représente la Déesse Suprême. Le stotra est une litanie de louanges contenant le secret de l'adoration Kula.
NOTES
1.- Aucune considération de nature morale n'est impliquée dans le terme "noir" dans ce contexte. Je souhaite simplement indiquer la nature spécifique du courant employé. Il n'y a que la Magick; qu'elle soit "noire" ou "blanche" au sens moral dépend uniquement de l'intention de l'opérateur. Nous ne parlons pas de science "noire" ou "blanche", bien que des considérations similaires puissent y être appliquées.
2.- Cf. Hor-Apollo, Livre 1,15.
3.- La quatrième lettre, “y”, est remplacée par la lettre "a" pour des raisons qui seront exposées au moment voulu.
4.- La Cité des Pyramides est Binah, la troisième Sephira de l'Arbre de Vie. Elle se réfère à Saturne et est par conséquent similaire à l'ancienne conception de la Genetrix. La destruction finale de la connaissance de Daath, la "fausse" sephirah, ouvre les portes de la Cité des Pyramides. Dans un autre sens, la Cité des Pyramides comprend les séries de sections pyramidales - 156 - de chacun des quatre côtés des Tours de Garde de l'Univers. Cf. les diagrammes basés sur les investigations du Docteur Dee dans Equinoxe I, VIII.
5.- Également intitulé La Vision et la Voix; c'est le compte-rendu de Crowley sur ses explorations des Éthers au moyen du système énochien du Docteur John Dee. Voir Equinoxe I, V.
6.- Post-Caitanya Sahajiya Cult of Bengal (Université de Calcutta, 1930).
7.- Cf. Le Journal Magique de la Bête 666, Année 1920.
8.- Leah Hirsig participa à l'office de la plus critique des initiations de Crowley, au cours de laquelle il devint un Ipsissimus 10º=1.
9.- La numéro 7 renonce à sa fonction de Femme Écarlate dans une lettre adressée à Crowley en date du 26 décembre 1929, ainsi céda-t-elle la place à la numéro 8 : Soror Astrid (Dorothy Olsen). Cf. également Le Réveil Magique, Chapitre 8.
10.- Un yantra exprime sous forme graphique les vecteurs de force qui constituent l'anatomie secrète d'un "dieu" ou d'une "déesse". Un mantra exprime ces vecteurs en termes de sons ou de vibrations. Chaque déité a son yantra et son mantra et la combinaison des deux forme le tantra, ou mode actif de l'invocation de la déité.
11.- Cf. AL, I, 15, où l'on décrit Crowley comme “le prince-prêtre, la Bête"
12.- L'arc ou arkh (Argha en sanscrit), est symbolique de la matrice; l'image de Nuit est par conséquent un glyphe de la Coupe Magique dans laquelle réside le Grand Pouvoir Magique, mahashakti.
13.- La montagne sacrée aux limites du Tibet, adorée par les Hindous comme étant le séjour de Shiva..
14.- i.e. dans sa phase décroissante.
15.- Dans certains textes anciens, l'Énergie Créative à ce dernier stade était connue comme la Déesse Quinze, nombre également attribué à Ishtar de Akkad.
16.- Cf. Havelock Ellis, Études sur la Psychologie du Sexe.
17.- OM, dans son rapport avec les trois phases de la conscience - veille, sommeil, rêve - est décrit dans le Mandukyopanishad. Cf. en particulier le commentaire de Gaudapada.
18.- Dans une lettre à J.W. Parsons, qui opéra dans une Loge de l'O.T.O. en Californie en 1945, Crowley écrivit : " Il est correct d'initier une dame, mais le processus inverse est rigoureusement interdit."
19.- Cf. en particulier la période Américaine.
20.- Cet ouvrage publié par Ganesh & Co. (Madras, 1953), contient l'inestimable commentaire de Vimalanandaswami.
© Traduction française de J-L Colnot, 2001