LA ZONE DU SERPENT DE FEU

par Kenneth Grant

 

 

Il existe différentes méthodes, mystiques et magiques, pour éveiller la Puissance du Serpent ou Kundalini Shakti ; on peut les étudier dans les Tantras et divers livres sur le yoga. Nous traiterons ici d'une technique utilisant la Volonté et l'Imagination, dynamisées par l'énergie psycho-sexuelle.

Le processus est plus facile à réaliser chez la femme que chez l'homme, la simple raison étant que pour une femme, imaginer la Puissance du Serpent ou Serpent de Feu sous sa forme phallique est beaucoup plus facile. La prêtresse visualise cette image dans la zone sexuelle (Muladhara Chakra) et s'enflamme elle-même jusqu'à l'orgasme par le pouvoir de l'imagination contrôlée ou "amour sous la volonté". Avant que l'orgasme soit consommé, elle doit animer l'image par le pouvoir de son esprit et la transférer au centre de la Volonté, l'Ajna Chakra, représenté par le troisième oeil dans la région cérébrale. Si elle est très expérimentée, elle aura transféré ce pouvoir de base vers ce centre dés la phase initiale du rituel ; dans le cas contraire, elle doit effectuer ce transfert juste avant que l'orgasme ne se déchaîne et maintenir à l'esprit l'enfant magique ou "germe de volonté" jusqu'à l'orgasme (1).

Pour le pratiquant masculin, le processus est plus complexe et il est conseillé de s'appuyer sur les lignes dictées dans le Liber HHH, section SSS (2). Dans ce système, on identifie Kundalini à Hadit, et le cerveau ou centre cervical à Nuit. Une fois que Hadit est éveillé, il s'élève par l'épine dorsale et selon cette méthode, sa progression est marquée par des visions et par l'acquisition de pouvoirs restés latents jusqu'ici, étant entendu que les chakras qui interviennent ont été scellés de façon appropriée.

Si l'éveil du Serpent de Feu est prématuré, c'est-à-dire que le pouvoir de base s'élève avant que tout soit équilibré, une décharge survient au cours de l'ascension, au niveau qui n'a pas été correctement scellé ; le pouvoir est dévié et prend une direction erronée, produisant une obsession. Toutefois, ceci ne peut arriver que lorsque Kundalini est réellement, i. e. physiquement éveillée. Par conséquent, il est plus sûr pour l'opérateur de développer ces pratiques mentalement ou astralement, afin que le Pouvoir, bien qu'éveillé, reste dans le Muladhara Chakra. Il y a ainsi moins de risque de rencontrer des problèmes au travers du sentier de sushumna (épine dorsal).

L'esprit (le Ajna Chakra) est le onzième sens; c'est " le nom donné aux pensées générées. Pensées qui s'épanchent depuis cette région particulière du cerveau appelée Ajna ou Volonté.” (3)

Lorsque Kundalini s'élève jusqu'à ce chakra l'opérateur "devient un Roi" (4).Ajna est le siège de la Volonté et l'Homme Royal du Culte Thérionique, c'est celui qui fonctionne réellement à ce niveau et qui, par un courant de pensée magiquement imprégné, crée réellement de nouveaux mondes, de nouvelles conditions. " Là est le but de Kundalini, laquelle se manifeste dans la région de la glande pinéale (i.e. Ajna) quand l'attention a touché ce point, le monde entier paraît illuminé, en flamme... Chaque fois qu'il y a joie en l'homme, Kundalini est dans la région pinéale " (5). Comme dit le AL : " Ils se réjouissent, nos élus ; qui s'afflige n'est pas des nôtres "  Il existe encore de nombreuses références dans le AL concernant cet état de royauté, cette condition reine de la Volonté. Pour cela est-il également écrit : " Vous êtes contre le peuple, oh mes élus ", dans un sens mystique, "le peuple" représente la masse des pensées, les fragments déconnectés de conscience qui empêchent l'obtention de l'Unité.

Les Adeptes du Sentier Kula, i. e. ceux qui utilisent les kalas, les vibrations vaginales ou essences, invoquent la Déesse dans la région du Muladhara Chakra, la zone dont l'entrée extérieure est l'orifice génital de la femme.

Le grand Hymne à Kali, Karpuradistotra, donne le Yantra de la Déesse, le glyphe de ce talisman suprême que la Déesse consacre de sa présence. Le triangle inversé (yoni) représenté au centre est entouré de quatre autres triangles inversés; cinq au total. Ces cinq trikonas -formant une sorte de pentagramme- représentent la Déesse Quinze (6). Les 3 x 5 étapes ou degrés symbolisent les quinze stations de la lune, depuis la nouvelle lune jusqu'à la pleine lune. La semence invisible (bindu) au coeur du yoni central représente la Kala seize. C'est l'Élixir de la Vie Éternelle qui se manifeste dans la grande prêtresse au cours du rite sacré. C'est là que la Déesse manifeste sa lumière, quand le Serpent de Feu a obtenu l'union à Pan dans le ciel nocturne illuminé par les étoiles  (kalas) de Nuit. De cette manière la Déesse a atteint Hadit (7).

La Déesse Quinze, représentée par les cinq triangles est cerclée d'un triple anneau qui représente les trois états de conscience - veille, rêve, sommeil. Du triple anneau irradient vers l'extérieur huit pétales de fleur de lotus, la fleur symbolique du pouvoir de la Déesse qui se manifeste : l'essence générative du yoni. Les huit pétales indiquent les huit directions de l'Espace, Est, Sud, Ouest, Nord, Sud-est, Sud-ouest, Nord-est et Nord-ouest.

Les “concepts intercalaires” (8) indiqués par les quatre dernières directions jouent un rôle important dans les mystères africains où ils sont interprétés en termes mantriques par les rythmes à contre-temps des tambours rituels; expression mantrique de ce grand yantra.

Les triangles inversés, les cercles et pétales symboliques des diverses phases du cycle lunaire féminin sont enfermés dans un grand triangle inversé qui représente l'organe sexuel de la prêtresse.

Celui-ci est cerclé d'une forteresse composée de quatre pylônes, les quatre accès à l'espace extérieur (9). Ce yantra de la Déesse Kalika résume la complète doctrine du Vama Marg ou Sentier de la Main Gauche.

Deux des seize vibrations vaginales émises par l'incarnation terrestre de la déesse sont, jusqu'à ce jour, inconnues de la science profane.

Les Initiés Orientaux les ont utilisées depuis des temps immémoriaux.

Elles ne peuvent être localisées et analysées par les méthodes objectives scientifiques, de la même manière que l'on ne peut découvrir l'esprit par la seule chirurgie du cerveau.

Ces mystérieuses émanations, d'une importance vitale pour l'Adepte, n'existent que de façon potentielle dans l'organisme humain ordinaire et non régénéré et dans les  satchakras. La déesse doit être invoquée de manière définie et soigneuse. La mystique de son invocation est communiquée dans les Tantras du Vama Marg et pour autant que je sache, dans un seul grimoire occidental ou manuel de procédés magiques -  le Liber AL vel legis.

Crowley a incorporé des aspects essentiels du Vama Marg dans la tradition magique Occidentale; ce qui est sans doute l'une de ses plus grandes contributions à la science occulte. Ce sentier est équivalent, et peut-être l'unique exemple de survivance, du très ancien Culte Draconien, considéré déjà comme ancestral dans des temps aussi lointains que celui de la XXVIème dynastie, quand Crowley - en tant qu'avatar d'Ankh-af-na-Khonsu - essaya sans succès de le raviver. Il essaya de nouveau en tant que Maître Thérion mais seul le temps dira si ses efforts auront été couronnés de succès.

Approximativement à la même époque que les investigations de Crowley, deux autres Adeptes suivaient apparemment des voies différentes mais finalement convergentes : Austin Osman Spare et Dion Fortune; les deux apportèrent de précieuses contributions au réveil magique des temps présents.

Fortune, particulièrement, attira l'attention sur l'interaction existant entre le système endocrinien et la complexe ramification de nerfs et nadis dans l'anatomie occulte; Spare, en vertu de son Initiation dans les Mystères Sabbatiques, était capable d'expliquer l'interrelation des forces sexuelles polarisées opérant dans les niveaux de l'émotionnel supérieur.

Le point sur lequel il faut insister, c'est que la prêtresse ou reine des sorcières est "toujours vierge de Pan". Cette phrase, hautement technique, est chargée de signification pour les Initiés, d'une manière qu'il est presque impossible d'expliquer à ceux qui n'ont cessé d'interpréter le sexe de façon simplement personnelle et aux niveaux mondains. Des siècles de conditionnements trompeurs ont engendré des notions erronées. Crowley, à ce qu'il semble, échoua dans l'obtention de l'ultime élixir parce qu'il était, pour sa peine, profondément entaché par les interprétations fondamentalement erronées engendrées par la chrétienté. En conséquence, il identifia le bindu à la semence masculine et le confondit avec le catalyseur qui rend la "vierge" resplendissante et en fait l'émanation de la Kala Suprême, l'amrit ou nectar qui contient en sa fragrance l'essence ultime, l'élixir de la vie. 

Le terme de "vierge", tel que l'utilisent les Initiés de l'Est et de l'Ouest, représente la femme sans enfants ; sans enfants, qui a un sens physique, est, pour la vierge magique, n'importe quelle chose hormis sans enfants dans les plans subtils.

Thomas Lake Harris (10) et ses successeurs eurent une vision éclairante de la véritable formule; leur technique Karezza fut une tentative d'approche directe des plus profondes recherches des Initiés Tantriques qui engendraient des "enfants" au moyens de vierges sans intervention physique.

Il est virtuellement impossible de communiquer ce sujet à ceux qui continuent d'interpréter le sexe en termes d'interpénétration physique et dont la descendance est également physique. Cependant, la polarité sexuelle, dans son sens magique le plus profond, ne concerne pas la conception, la gestation et la naissance physique [...].

 

NOTES :

1.- Voir le Liber Aleph, Chapitre 86.

2.- Voir Magick, par Aleister Crowley. [N.d.T.: C'est aussi la source du rite chaoticien de "la baise du crâne"]

3.- Extrait d'un commentaire non publié sur un texte tantrique, par un Adepte Kula.

4.- Ibid.

5.- Ibid.

6.- Elle représente la période médiane, i. e. la pleine lune du cycle lunaire et elle fut adorée sous ce nom dans l'antique Akkad.

7.- Cf. AL, III, 45.

8.- L'expression est de Austin Spare.

9.- Cf. AL, I, 51.

10.- 1823-1906. Fondateur d'un groupe occulte qui utilisait le sexe dans un sens magique. Il est intéressant de noter que l'un de ses disciples fut le Dr. Edward Berridge, dont parle Crowley dans Moonchild, lui donnant le nom de Balloch.

 

© Traduction française de J-L Colnot, 2001