DIANA ORLOW [LILITH VON SIRIUS] : DIARY 1995.

Photo : © Jean-Louis del Valle
À mon dentiste.
Cher Thomas.
J’aimerais maintenant t’écrire ce que je ne saurais te dire avec assez de tact.
Il est clair que je me suis décidée pour une forme active de prostitution : la courtisane. Pas une seule fois je ne t’ai vu sans fondre de désir. Pour 200 marks, si tu le veux, tu peux passer une agréable soirée en ma compagnie. Je compte sur toi.
L’une de mes règles de base est d’offrir la toute première nuit. Suite à cela, tu as le choix de me rencontrer, de recevoir ton hommage, et de décider de quelle façon tu veux être honoré.
J’ai pris cette décision par amour et passion pour une certaine sorte d’hommes. Tu serais alors le second à m’acheter, ce qui pour moi est une situation très excitante.
Puisque maintenant tu le sais, tu peux me joindre au numéro suivant : ***, à partir de mercredi. Je pensais aussi t’envoyer mon essai sur la prostitution, mon manifeste de la putain royale, mais je ne suis pas encore satisfaite de ce texte.
À bientôt,
Lilith.
***
Je veux de nouveau écrire sur moi-même.
Je suis foncièrement mauvaise. Je trompe mon chef aussi souvent que possible. Pour cela je me donne un air honnête et mets de mon côté toutes les chances de travailler ici le plus longtemps possible. Je me suis prostituée. C’est la meilleure période de ma vie. Je mens à chacun de mes clients.
Plus d’argent et plus de plaisir.
Putain. J’aimerais monter un gros coup. Pour cette raison, je déteste ce travail qui mange tout mon temps. D’un autre côté, grâce à des relations de travail, je peux m’acheter du matériel Apple.
Je provoque chaque client.
Je me plais dans mon rôle de Prêtresse de Babalon. Mina m’appelle. J’ai pris des risques avec Samir uniquement parce qu’il m’attire. Quelque chose en moi me dit : ne le fais pas, fais attention. La voix de ma grand-mère. Don’t. Jacques. Don’t. Fuck them.
J’aime le risque.
S’ils te virent, je t’engage.
Tu me masses et tu me fais fantasmer.
Encore.
Bertrand est là aussi. Je sais maintenant qu’il vient aussi très souvent pour moi. J’ai toujours aimé ses appels. De sentir ses toutes premières approches me fait énormément de bien.
Je vais prendre de nouveaux risques. J’inviterai Bruno Rossignol à dîner et je le provoquerai. Aujourd’hui encore je veux être choyée contre paiement. Pour beaucoup d’argent.
Je dois contacter de gros clients, agréables et généreux. J’en parlerai avec Josépha.
Beati Corpus. Idiote. J’aime gagner énormément d’argent. Je ne veux que ce genre de clients. J’en ai déjà servi plus d’un secrètement. Fabio. Maurice. René. Ce que j’éprouve avec Samir et Peter est ce qui me plaît le mieux.
Je ne sais même pas combien d’argent je gagne. Samir m’a sûrement appelée. Je dois écouter mon répondeur.
Ce genre de lettres à mon sujet.
Un assortiment complet d’hommes.
Je veux écrire sur certains aspects de ma personnalité.
Les plus mauvais, les plus sombres, ceux que je n’ai pas encore explorés mais que je veux connaître, et que je connaîtrai. Ils ne sont pas foncièrement négatifs mais simplement amoraux. Ils suivent une logique thélémite. Des aspects de moi que j’ai refoulés, qui ne se sont pas encore révélés mais qui cherchent à se découvrir et qui me manquent.
Je ne suis pas complète sans eux.
Il s’agit du Onzième Atout. Amour et passion. Je suis très éloignée de Beati Corpus. J’ai dansé jeudi. Rien de spécial mais 400 marks de plus et j’ai reçu un chèque supérieur à 10 000 francs pour une nuit d’amour. Mon Dieu! C’est ce que je veux. Peter a payé 1500 FF pour une heure. Jacques est assis à quelques mètres de moi. Il ne soupçonne rien. Je le méprise plus que je ne le crains.
Ouais, je suis assise ici sur un paquet de fric. Plus que je n’ai jamais eu. Et cela doit augmenter encore. Toujours plus. M’établir comme Pute, comme Courtisane.
Je dois vraiment aller en Pologne. Je peux m’offrir de courtes vacances. Trouver un regard neuf. Le moral seul n’entretient pas l’énergie.
Qu’est-ce que j’attends de Beati ? C’est une bonne possibilité. Je dois juste savoir si ce job va pour ou contre ma carrière artistique. Bien sûr, je gagne de l’argent, mais je ne peux pas voyager. En fait j’aimerais rester encore un peu. Epargner et avoir la certitude de pouvoir retomber sur mes pieds à chaque instant. Sans casse.
Lorsqu’aujourd’hui j’ai apporté la disquette chez Joss, quand je suis montée dans le bus, j’ai soudainement compris combien je l’ai arnaqué. J’encaisse des heures que je ne fais pas. Je me vends, sers ou traite d’autres clients - ce qui est interdit et je me réjouis profondément de ma Wickedness.
Je suis étonnée quand chez Tony j’ai remarqué qu’il m’adressait encore la parole bien qu’il fut au courant de mes aventures payantes. Je lui ai écrit, il y a quelques jours, d’une façon qui ne laissait place à aucune justification. C’est ainsi. Mon naturel jugé par le patriarcat comme mauvais est sacré, vivant et plein de merveilles.
Quel est le prix à payer pour la conscience ?
Il est formidable que les choses soient allées si loin. Je suis salie, contaminée, déflorée. Il y a peu de temps, j’ai vendu une nuit d’amour pour plus de 3000 marks. J’ai remis aujourd’hui le chèque à l’agence immobilière. Je ne l’ai plus. J’ai assuré le loyer. L’appartement est à moi. J’y fais ce que je veux.
L’expérience de la prostitution est magique.
Comment continuer ? Il s’agit d’améliorer ma qualité de vie et en même temps d’élargir ma conscience.
Un temple d’Amour.
Une image.
Un téléphone portable.
Des cartes de visite.
Il ne s’agit pas d’argent mais de prise de conscience.
***
Chroniques d’une jeune névrosée moderne
...que je n’écrirai pas... Tout en moi crie : pars, quitte ces loosers psychopathiques! La boîte ne marche plus, on se défoule sur les masseuses "qui font vivre la boîte, avec leur 50% du chiffre d’affaires"... Exploitée, humiliée, réduite à l’état d’esclave d’intérêts qui ne sont pas les miens. Tout ça pourquoi ?
Ce qui me pousse à partir :
- les chiffres minables de ces dernières semaines
- le pourcentage minable que je touche
- le temps gaspillé à glander au salon
- le rapport temps perdu / argent
- le milieu minable dans lequel j’étouffe
- le manque de liberté en ce qui concerne mon emploi du temps
- le caractère de Jacques
- les réglementations vestimentaires
- la portée du risque avec mes fantasmes de prostitution
- le blocage de mes projets et ambitions
Ce qui me pousse à rester :
- l’inertie
- manque de confiance en mes propres projets
- la sécurité d’un revenu régulier
- le recul devant le monde inconnu des formalités
- les engagements financiers, dont l’appart
- le souvenir d’une époque plus prospère
Synthèse :
Reculer pour mieux sauter. La question à poser est "comment ? ".
Essayons de visualiser et décrire ce que je ferai - sans "s"! - de mon temps quand je quitterai :
- je finirai mes accessoires et les proposerai à de nombreux acheteurs sur Paris
- j’irai à Gennevilliers pour tester la vraie valeur du plan latex
- je chercherai activement des contacts pour me faire un book, des vidéos, des activités artistiques
- je demanderai à Pierre de me donner des traductions
- je chercherai à travailler comme mannequin
- je ferai des massages de tous styles, relancerai certains clients
- je travaillerai comme voyante
- je pourrai, si je veux, avoir un donjon
- je voyagerai et chercherai à ouvrir mes horizons
Un autre point, indépendamment de Beati : si je veux garder l’appart, rénover ma maison, je dois gagner conséquemment. Mais j’ai vu dans les cartes que la ruine attend Beati. Et je suis sous-payée et exploitée.
C’est ce que je voulais écrire. C’est clair! J’aurais aimé voir, de mes yeux, la tête de Jacques, par vengeance. Mais non. Je serai tout sucre tout miel ; comme ça, si je décide de revenir je pourrai peut-être. On ne sait jamais, c’est une sécurité de plus.
Et maintenant je fais la choquée quand le Bristol nous prend pour des putes. Avec tous les extras que j’ai fait.
Je viens d’appeler un garçon pour qui j’ai eu un gros coup de cœur... Bertrand... si sympa mais peu disponible... laisse le temps faire! Et puis La La La sont en ville. Je vois des choses en moi... je fonce terrible et il se pourrait bien que ça l’effraie... je me déguise en Beati pingouin et n’ai même pas le temps de finir ma lingerie en soie... je ne travaille pas de manière aussi appliquée que lui. Et surtout : je me retiens de certaines actions parce que son avis compte. Je n’ai pas appelé Bruno, au sujet duquel j’ai eu une idée, ni trop pensé à ma carrière de pute, en pensant à lui. J’ai jamais toléré ça dans ma vie.
Quitte Beati au plus vite! Quand Jacques est là, je ne dis rien, je m’écrase, et là il m’aime bien. Crétin. Je crois profondément que tenir les gens en respect par la terreur n’a aucun avenir. Mon instinct dit : fuis et préserve-Toi!
Les cartes confirmeront cela ou me dévoileront des aspects plus subtils. Je dois surtout penser à ma naturalisation et à mon fric. Je peux en gagner plein plein, et je dois peut-être justifier... Mais l’essentiel n’est pas là. Je veux pouvoir voyager. Je veux abaisser la charge du loyer. En louant, en prenant l’allocation logement. En tout cas, je garderai l’appart à mon nom jusqu’à la naturalisation.
Il faut aussi une idée derrière tout ça. Je me dis que je préfère tourner des films X que bosser ici et j’ai raison. Mais il y a des choses que je préfère encore à ça. Et, putain, si je ne suis pas en Pologne, rien n’avancera là-bas. Je veux rentrer. Mais préparer mon retour. Et puis je dois m’occuper de mes contacts à Paris, préparer mon départ. Maintenant, oui, je dois préparer mon départ, ma mort en ce monde, et classer mes bagages.
C’est la nouvelle lune aujourd’hui. J’aimerais être à Meaux.
J’aimerais gagner 5000 FF la semaine où je quitterai Beati.
Quels sont mes besoins ?
7000 FF de dépenses courantes : c’est le minimum.
Tu toucheras environ 4000 FF par l’allocation. Reste peu.
Ça représente 6 massages. Et j’ai une brique de côté. Alors, je me lance ?
***
Aujourd’hui, dormir.
Mon premier jour libre. Hier, je me suis tiré les cartes. Je devrais démissionner rapidement. Demain, je verrai Jacques. Je le déteste. Mon Dieu, qu’il est con. Encore que l’expérience valait le coup. J’ai au moins appris quelque chose. Maintenant, c’est de la perte de temps.
Je vis ma journée comme un oracle. Les clients sont faciles à draguer. La vie de pute a quelque chose de merveilleux. Les hommes sont attirants. Ils me veulent. Je les veux.
Réfléchir, épargner, dépenser.
La maison ? Nina est conne. Que se passera-t-il si grand-mère meurt ? Que fera cette vieille sorcière névrosée ? Je dois en parler avec ma tante.
Je veux mon second bébé. Paul Baphomet. Hier, un enfant criait. Hier soir. Pendant longtemps. Je l’écoutais et pleurais hébétée. La hantise de ne pas offrir assez d’attention.
***
L’avant-dernier dimanche chez Beati.
Il y a trop de choses que je ne sais pas.
Ai-je été contrôlée et surveillée par l’administration française ? Je sens nettement que je dois retourner en Pologne.
Cela n’a rien à voir avec Adas. Je dois simplement y aller.
Quitter Paris, quitter l’appartement. Mais prendre la nationalité française.
Je sens à quel point Paris m’épuise.
Chercher de nouvelles aventures en Allemagne serait le mieux. Je risque trop ici et ça ne m’amuse plus.
Je me demande si je dois continuer à me prostituer. Ce qui me retient est l’obtention de mon passeport européen. Sinon, j’aimerais bien. L’expérience me manque. Beaucoup même. C’était de toute façon une bonne expérience.
Le job me prend franchement la tête. Glander ici des heures durant pour pas un centime. Exploitation. J’ai rendez-vous avec Gil ce soir. Je devrais tenir un compte-rendu de ma carrière de pute. Quand et comment j’ai commencé, ce qui m’a motivée. J’aime ça. Chaque fois me l’a confirmé. Hier, j’étais au King’s Club. Une boîte sympa. Le patron s’appelle Albert. J’ai envie de sortir, d’être admirée et fêtée.
Hier, en faisant du stop assise près d’une jeune hindoue. Si jeune, si fraîche. Le pouvoir d’une attirance irrésistible qui s’exprime en toutes circonstances. Je remarque que personne ne me rappelle plus. Bats-les quand ils sont chauds. Cela est arrivé, mais maintenant la magie n’agit plus. C’est bon de ne jamais plus se revoir. Je repense à ce type qui, il y a plus d’une année, m’a conduite à Cologne. Comme il était gentil, combien je l’ai désiré et n’ai rien dit. Je l’admire encore aujourd’hui. Lionel mien! Ça accroche depuis longtemps entre nous. Je devrais l’inviter chez moi. Au pire, il déclinera. Au mieux, il paiera.
J’aime les hommes et les adore, mais aussi les méprise s’ils ne savent pas se tenir. Je dois imposer les limites. Envoyer ce livre à Klaus. Autre chose encore. Il se pourrait qu’entre ses mains le groupe fonctionne. Ça me manque. On parlera bientôt de moi quand je serai à Stockholm ou juste après. Si possible je le rencontrerai sur le chemin retour. Je traduis le contrat d’esclave en français. Mon Dieu! Travailler sur mes textes me manque aussi. Continuer à travailler, à traduire. Préparer un livre. Stéphane vient d’entrer. J’ai l’air crevée, pas maquillée, les cheveux sales, un bouton écorché. C’était bien avec lui, mais c’était... au suivant!
***
Quelque part je craque, et suis forte à la fois.
Je sais que j’ai eu raison de partir. Ce job est horrible, adieu.
Toutefois, je n’arrive pas à saisir mes projets. Fais la liste :
Case l’appart.
Prends l’alloc’ logement.
Récupère les photos d’Olivier.
Récupère du latex.
Case tes textes.
Vois Choron.
Vois Fratellini.
Vois Dorra.
Vois les Editions Concorde, La Scène, Marquis...
Inscris-toi à la Sacem.
Je dois entendre mes doutes, analyser mes faiblesses, me pencher sur elles. Je veux garder ma maison, c’est la plus grande priorité. Et en même temps faire comme si tout allait aller pour le mieux, en étant consciente de la fragilité des choses.
Crée une collection fetish, propose-la à Daniel, à d’autres. Prends la commande et fabrique en Pologne, et fais des vins. Me reconnais-tu, mon âme et ma sœur, car je suis en toi, tu m’as invoquée et accueillie en toi. Gloire! je suis Lilith.
Huh ? Vivement ça. Surtout, ma famille doit voir que j’y tiens. Influence-les! En les caressant dans le sens du poil, ils me donneront la maison en cadeau. Crée cette vision! Hérite de la maison! Elles mourront bientôt, toutes, et plus tôt que tu ne le crois! Toi, par contre, vivras longtemps dans le bonheur et la prospérité, ainsi tu connaîtras ma gloire interstellaire et seras ma prêtresse choisie. Ne te dévoile point! Que cette promesse scelle notre dialogue.
***
Aujourd’hui, c’est formidable!
Je suis une enfant des dieux.
Encore ça, toujours!
Les deux trucs super : Pierre Hassid m’a achetée une imprimante, Fabienne m’a interviewée pour Le Privé International.
Ces deux événements dans la même journée m’ont remonté à fond le moral. Recevoir cette imprimante, que je voulais depuis des mois, de la part d’un fan, d’un mec qui passe ses après-midi à me conduire, à me rendre service, à me faire de vrais cadeaux - c’est un sentiment de succès incroyable. Je suis une courtisane confirmée, l’idéal que j’avais exposé à Ulli en cette nuit d’août 93 est devenu réalité. Je n’ai même pas couché avec Pierre, ni même laissé supposer que je pourrais le faire. C’est une force d’une autre nature dont le sexe est l’une des manifestations.
Les minutes passées chez IC étaient chaudes également. Jérôme. Les nanas. Et cette sublime fille en haut. Lionel pas là. Demain, il apprendra que sa minette est passée avec un vieux qui lui a payé une imprimante. Petite salope! Ta minette, tu l’achètes pour une poignée de bonbons! Je me suis frottée à l’aura de Jérôme. GenuBsüchtig. Le blond m’a matée et j’ai répondu à son regard. Un autre commercial m’a regardée dans les yeux en passant. Je les aurai tous, ou aucun. Nulle différence.
Demain, les sentiments, ou les pulsions, de Lionel à mon égard seront attisées par la jalousie, par l’idée de ma facilité, et il me détestera et ne m’en désirera que plus ; me voilà son fantasme.
Je veux qu’il fasse le premier pas, quand il n’en pourra plus.
Fabienne et son interview. Tu cherches des sponsors ? Tu cherches des clients ? Ça, c’est ma vraie voie. Ma vocation. Elle n’en dira pas trop, et cependant assez ; interprétable et innocent à souhait. Et des photos, et une collection de gadgets cul. Hmmm!
J’ai senti quelques heures plus tard un blocage à la question d’un conducteur - qu’est-ce que vous faites ? Je ne savais quoi répondre, or il y avait eu une poussée de communication directe et ciblée de mes objectifs vers un magazine international. Ces extrêmes me montrent le caractère vain, subjectif, des émotions humaines. Un programme à transcender. La peur d’Aiwass. La haine de ma mère. A chaque fois que je quitte l’appart, je vérifie trois fois mes clefs. Un programme ancré profondément. L’interdiction de Jacques l’affreux de masser autrement que par lui me poursuit toujours. Quelquefois c’est positif. Je me préserve, je suis prudente et veux l’être. Allez, quitte tout.
***
J’ai mes règles et c’est étrange. Je ne me sens pas du tout en forme. Incapable de commencer quoi que ce soit et j’ai tellement à faire. Je dois conclure quelques bonnes affaires. Sur le Sexe, les accessoires SM, mes tableaux, mes écrits. Mes hormones débloquent, pas combatives pour un sou. Faible et négligée.
Je veux avant tout faire une carrière de courtisane et pour cela je pourrais au moins mettre un peu d’ordre. Etre élégante. Je pense à cette salope qui est venue chez Pierre. Si sexy et si vulgaire. Son allure toute entière était une provocation. Maquillage épais, décolleté profond, dessous était visible un soutien-gorge. Je n’en possède même pas un.
Dessine, joue du violon, écris "Deins Forever", fabrique des corsets.
***
Le tout dernier dimanche chez Beati.
Dieu, que ça me prend la tête!
Je suis heureuse d’en avoir fini.
Maintenant, je veux de l’argent.
J’aimerais me prostituer dans des hôtels de luxe.
Mais sans doute dois-je commencer plus simplement.
Ecrire de la prose.
Environ 8 heures encore et mon contrat chez Beati sera terminé. J’en suis heureuse. Je vais maintenant investir toute mon énergie dans ma carrière et dans ma créativité. Imagine. Tu bois un verre au Ritz, dessines quelque chose de bon, rencontres un homme. Oui, je me répète. Je désire les hommes que je ne connais pas. Le désir, alors, n’est plus lié à l’individu. Il est dirigé sur l’ensemble.
J’aimerais tout de même éviter d’être fichée en France comme putain. Je dois d’abord devenir européenne. C’est mieux ainsi. J’aurai alors le temps de me préparer, de faire des recherches, de mettre au point une couverture. Tout va se réaliser, je le sens.
J’irai d’abord en Suède. A mon retour, je protégerai enfin mes textes et les proposerai. Au mieux, je publierai moi-même.
De m’asseoir à côté de la harpiste était amusant, de commander un thé, d’écrire. Attendre, disponible, libre pour un inconnu magique. Oui! le désir!
Je sors occasionnellement, bois un chocolat, fume, reviens. Je m’assois, écris, me rappelle le bon temps, les bonnes queues d’inconnus bien gonflées et enrobées de latex qui me pénétraient. Les secrets. Tout ce que vous ne connaissez pas, que peut-être un jour vous découvrirez quand je serai à des milliers de galaxies d’ici.
Comment ai-je débuté ?
J’étais en Pologne, enceinte, sans aucun projet. Je suis allée à Berlin. Je rencontrai Ulli et lui parlai de mes idées. Je le massais. Il me dit : "Une telle séance de sexe et de massage, ça devrait pouvoir s’acheter. J’aimerais te payer." C’était un sentiment intense, chaud, qui me réconforta... et mes premiers 50 marks.
J’étais en Pologne avec Adonaï bébé. La maison était en réparation, les sous-locataires étaient là. Je parcourais les annonces qu’Ulli avaient triées pour moi. Repartais à Berlin avec mon bébé. Dormais d’abord chez Anita puis chez Joseph. J’allais m’asseoir chez von Roth. Le premier jour fut OK, assise là, très démonstrative. Personne ne m’aborda. J’étais très excitée et voulais vraiment quelqu’un. A cette époque, je pensais vraiment que venaient là des amants passionnés ou tout au moins des amants. Ce fut pour moi une semaine tout en conflits. J’étais sans expérience, impatiente, agressive, stupide aussi. Aucune des femmes là ne m’intéressait vraiment. Stéphanie était la pire de toutes, arrogante, névrosée... je suis partie.
Puis, assez rapidement, Harald téléphona. Harald le légendaire. Nous eûmes une brève conversation. Piotr était encore là et travaillait. J’étais heureuse de pouvoir parler allemand. Je lui montrai l’annonce de Mai Ling et lui donnai le numéro. Le bizarre dans tout ça est que cette expérience qui m’a beaucoup marquée débuta un après-midi pluvieux où je... oui... j’étais dans le parc de Schœneberg et j’ai fait un rituel pour m’approcher de Mark, afin que nos âmes communiquent. Puis je me suis dirigée vers le magasin Macintosh et j’ai aperçu l’affiche d’un concert de Henry Rollins. J’ai su que Mark y serait. Moi aussi, le 5 septembre.
Je suis partie en stop. Trois jeunes amusants se sont arrêtés. Ils plaisantaient et buvaient de la bière tout le long de la route. Leur chef était vraiment sympa. J’ai encore son adresse quelque part. Il décida qu’ils me conduiraient jusqu’au concert, ce qui m’arrangeait bien. Hacke était là, avec une blonde, et attendait de pouvoir rentrer. Je m’arrangeai pour les perdre de vue et jouai des coudes pour entrer dans la salle.
Ensuite, je fis du stop jusqu’à l’hôtel Esplanade où était Harald. J’allai dans sa chambre. Pris une douche. M’habillais très sexy. On me banda les yeux. Mai était là. J’étais séduite. Cette fois, je reçus 1000 marks.
Le matin suivant. Je pris un thé et écrivais au café M. Je flânais seule, nouvelle dans cette ville, indécise. Je buvais plus et écrivais plus encore à Kreuzberg. À un moment, l’idée m’est venue de partir chez Mark. Quand lui avais-je parlé pour la dernière fois ? Je consultai les cartes, décommandai Harald et je suis partie à Hamburg.
Puis vint une pause assez longue. Je réparais la maison en Pologne. Je suis partie à Paris, m’y installai. Je voyageai en Angleterre... J’étais encore toute sous l’influence de Mai. Quand cet idiot de Nico est parti, j’ai fait une demi-dépression nerveuse comme celle que je subis encore maintenant.
Fortement influencée mais pas encore assez forte. Assise là, sans issue. Plus qu’heureuse d’entendre la somme annoncée par Jacques et Mina. Les premiers temps, j’étais assez enthousiaste pour ce travail à fins thérapeutiques. En ce temps, je refusais de me vendre simplement à cause du contrat avec Beati Corpus, à cause des propos stricts de Jacques. Je ne voulais pas de problèmes. Cela me paraissait trop risqué. Je ne sais plus ce qui m’a fait changer, une rencontre imprévue peut-être.
De toute façon, j’avisais mes clients et réclamais toute discrétion possible. Je me déshabillais, leur enfilais un préservatif et les montais. J’ai écrit là-dessus lorsque Manon est entrée dans la cabine. Je lui parlai tranquillement mais, à cause de la langue, elle ne put comprendre mes propos, qui couvraient le point culminant de mon duo. Elle sortit. Bien sûr, oui... Une bonne part d’intimité. Beaucoup se sont sentis bien entre mes mains. Toujours de plus en plus de frustration de la part de Jacques qui constamment m’abaisse et m’exploite. Chacun. Je reçus une proposition et la refusai. J’attendais un langage plus direct. Ma haine de Jacques balaya mes derniers scrupules. J’appréciais ces exceptions qui devinrent systématiquement une règle. Ces dernières semaines, j’espérais chaque fois une aventure. Les chambres du Ritz. Leur magie. New York men.
Randy, un cas, très vite oublié. Il est sympa mais trop cassé. Malgré tout, il me paya 10 000 francs pour une nuit qui ne fut même pas excitante. Une belle bague en supplément... j’aurais pu la vendre mais j’aime les bijoux.
Et ce couple. Carol et son fou de mari. Des gens gentils, une femme adorable, tellement consentante. Et combien cette fois j’ai exigé... La folie du succès. La chatte de Carol, ses fesses, l’air qu’elle prenait pour sucer, et ses mots. C’était une nuit courte mais vraiment chic, un super job. Je la branlais si bien et moi à moitié en même temps. C’est ce qu’il lui fallait avant tout. Mais ce qu’elle ressentait après ce massage était le rêve de son jardin secret, et ça, c’est sacré.
***
Lettre à Bruno.
Je te connais si peu mais j’ai en toi une confiance démesurée. Il ne s’agit pas du peu de temps que nous avons passé ensemble. Je sais peu de toi mais tout m’a plu.
Aujourd’hui, je me suis arrêtée une heure dans un petit temple près de ton bureau. Je voulais aujourd’hui encore sentir ta main sur ma poitrine et te dire ce que je veux de Toi.
Rien ne me paraît naïf ou irréaliste. Ce rêve est déjà si vrai. Je pensais à notre histoire, à nos coups de téléphone, à ce quelque chose dans ta voix, dans ta façon d’être qui ensoleille mes désirs. Répondre à ce qui m’émeut. Lorsque je t’ai invité chez moi la dernière fois, j’avais en tête une idée née en partie de ta lubricité, en partie de mon imagination débridée.
Maintenant, nous sommes amants. La prochaine fois que nous nous verrons, nous le serons plus encore. Plus que tout, j’ai maintenant besoin d’une relation. J’ai besoin d’un contact intense. Je veux être entièrement à Toi. Cette page que je te donnerai à lire montre le degré d’ouverture avec lequel j’ai besoin de me donner. J’ai été trop longtemps seule et je me suis toujours souhaitée une telle relation. Je n’avais jamais eu l’occasion de la vivre.
Certains mots de toi, certains de tes gestes. Tu sais aussi lesquels me font croire à toi. Tout me semble si près lorsque tu me regardes et penses : quelle chance...
Je sais que tu en as le courage. Je sais que cela te plaira. Que dis-tu ? ta façon de m’honorer est tout simplement renversante, flatteuse. Je te veux. Je n’aspire plus qu’à Toi. Je te veux inconditionnellement en moi. Je veux réagir parfaitement sous tes mains. Comme je te sens si fortement dans mon cœur... C’est ma propre beauté que tu rends visible à mes yeux.
***
Aujourd’hui, je passerai à cette agence à la con. Je trouve presque drôle qu’ils ne devinent rien sur moi, qu’ils ne sachent rien. Je me vends systématiquement. J’aime cette montée d’adrénaline, l’excitation, la griserie du succès. Avant-hier, j’étais chez Eric Bardin. Hier, j’ai massé Claude Carrère puis une japonaise adorable. Ensuite, Gina au Hemingway Bar. Puis j’ai retrouvé Massimo et une heure plus tard je suis montée dans un taxi avec 1000 francs de plus.
Mon Dieu, vraiment professionnelle.
Le soir d’avant, je suis passée au bar du Ritz. C’était très évident, beaucoup trop. Après mon passage chez Eric, je voulais encore corriger "Vergiss mich, versuch nochmal" (Oublie-moi, essaie encore), assise devant un thé lorsque j’ai senti son regard sur moi. Il m’observait. Je répondais de temps à autre à son regard, jusqu’à ce qu’il m’invite d’un geste à venir à sa table. J’y allais. Le garçon arriva et m’interdit de m’asseoir. Ce fut un choc.
J’ai reçu un autre choc, aujourd’hui, lorsque je suis arrivée à l’usine de caoutchouc désaffectée. Je l’ai déjà digéré. J’ai besoin de bons collègues. Seule dans ce milieu, je suis comme une enfant. Mon Dieu! réveille-toi! Combien de temps veux-tu encore végéter ? Maintenant!
***
Jeudi 2 juin. Je suis à Stockholm.
Ça va mieux. Je me sens un peu perdue, dois-je avouer! Je me dédie cette incertitude. Par l’écriture... j’écris sur moi.
Stockholm me replace dans un contexte germanique. Stockholm. Je sais que le groupe magique s’y trouvera bientôt. Je le sens fortement. Je sens que je pourrai bientôt faire quelque chose avec eux. Enfin. Ce sont de super musiciens et ça pourrait être sympa d’enregistrer avec eux. Je remarque aujourd’hui encore qu’il s’agit toujours en premier lieu de jouer ma musique, de la sortir de l’abysse. Cela m’est égal, ou même m’inquiète plutôt, de devenir célèbre. J’ai peur que quelque chose ne fausse nos relations. Blixa, par exemple. L’isolation et la paranoïa, et les avantages dont je n’ai pas connaissance.
Protège ton travail.
Puis envoie-le à tous par la poste.
Rencontre Daniel.
Parle-lui de tes souhaits. Edite tes livres en français et dessine une série d’accessoires pour un intérieur érotique. Jouets, garde-robes, bijoux (pour le pénis). Exige pour cela que ton nom Lilith Infinite soit utilisé. Demande à l’usine les crédits pour la fabrication, encore que tu en assures le côté pratique.
Ecris à Peter Czernich.
Imagine-toi en tant que créatrice. Dis-lui que tu es prête à le visiter et à faire sa connaissance à n’importe quel moment.
Ecris à ta tante.
Là se tient le problème le plus compliqué. C’est incroyable tout ce que Nina manipule. Je suis prête à tout pour conserver la maison. Au téléphone avec ma tante, je me suis déjà vue en train de payer la maison pendant quelques années et pour cela draguer des occidentaux à l’hôtel, et ce à longueur de nuit. Arrivée à Stockholm, je me mis irrésistiblement à la recherche de beaux clients. Je me trouve parfois incroyable.
Je ne m’aime pas tellement en ce moment. Je me sens diminuée. Je drague et n’attrape rien. Je suis à Stockholm et perds mon temps dans la chambre d’hôtel. Il est bientôt midi. Mon humeur change. Oui, OTO is here to stay.
Assise sous un arbre, dans un parc à Stockholm. Quelques notes s’échappent d’un piano. C’est magique. J’aurai bientôt 24 ans et je suis au début d’une crise existentielle. Qui je veux être ? Mark a son anniversaire avant le mien. J’aimerais qu’il soit prêt de moi, simplement et sans drame. Nous nous donnons de la force réciproquement. Ne fais rien. Qu’est-ce que c’est ? Le I Ching me donne l’Action. Est-ce encore une de ces attitudes déplacées ou bien de l’inertie, ou bien un blocage ? Je vais maintenant écrire "Deins Forever". Je suis si influencée par ma libido. Je glande ici en dessous de soie transparents, et me sens gênée. C’est un exercice. C’est décent, élégant, et les regards ne devraient pas me déranger. Ce n’est pas vulgaire parce que je ne le suis pas. Encore une trace de mon conditionnement néocatholique. Je vois comme Paris est indescriptiblement stupide. Je veux vivre dans une ville progressiste.
Pologne, Pologne... Je rêvais que grand-mère était totalement manipulée par Nina. Atu XVI. Ecris-lui!
***
J’ai aussi rêvé autre chose. Je vivais à Poznan et appelais ma grand-mère sur un portable. Elle m’ouvrit la porte du bas. Me conseilla à propos des réparations. Ma seule pensée : oui, bien sûr, mais qu’est-ce que tout cela me rapportera ?
Quelles dispositions d’esprit. Ma grand-mère et Krystyna voulaient que la maison soit entièrement rénovée. Quel beau rêve, n’est-ce pas ?
Etre à Stockholm, désœuvrée. Rien d’autre à faire, en fait, que de faire des projets, c’est super et reposant. Je dors comme un enfant. Ecris le plan de "Deins Forever", ce qui toujours me rend heureuse. Je vois que les trésors que je porte grandissent sur une bonne terre. Je suis trop bonne pour la vie dure. Me laisser entretenir est un devoir que je me donne face au monde entier et aux Dieux.
Pars au rendez-vous en Suède avec Adonaï.
Reste en Pologne et travaille sur Lilith Infinite.
Pars en Suisse, en Italie, à Lausanne. Appelle tes sponsors potentiels. Va à Berne. Appelle tes amis. Rencontre les producteurs de chanvre, Giger, parle avec ta famille pour la maison. Dessine une collection de vêtements sur le bateau puis pars à Milan et laisse-toi introduire par Fabio. Va à Rome. Rencontre l’OTO italienne. Puis rentre et travaille, beaucoup, beaucoup, beaucoup.
Ça ressemble à un bon été.
J’ai rencontré des mecs sympas. M’assois dans un café près de l’eau. C’est grisant. Un voyage pour un texte. C’est bon. Demain, j’aurai 24 ans.
Hier, j’ai fait le tour des cafés puis je suis allée chez Christian. Avant de monter chez lui, je voulais fumer encore près des rives. Assise là, j’ai chanté "Omnia sol temperat"... Mark... L’eau. Je me souviens que lorsque je suis rentrée, j’ai pleuré, simplement trop émue, sachant qu’il se demandait s’il devait rester près de l’eau. Cela le rendait trop romantique. De toute façon, je sentais ce lien. Je l’appelais et ne savais plus à quelle divinité me confier. J’ai enfin réussi à l’oublier, du moins dans la tête.
En ce moment, j’écris un roman où je vis avec lui. Peut-être que j’écris seulement comme thérapie ou aussi... Je ne sais plus, l’impression d’avoir pensé la fin...
J’essaie d’imaginer ce qu’il ressent pour moi. Rien. Une chaude amitié ? Une attraction troublante ? Un lien magique ?
De toute façon, la nuit dernière, je le désirais et étais comme toujours surprise.
Je suis sur un bateau. Je commande du vin et du saumon... je sais, cela me rappelle ce que disaient Denis, Blixa, Mark : "Offre-toi ce qui te fait plaisir, sors et mange bien! î
Mes derniers scrupules sur la prostitution s’évanouissent. C’est beau et ça me procure du plaisir. C’est aussi une partie de ma vie privée. Qu’est-ce qui me retient encore ? Je m’imagine comment cela fonctionne dans chaque ville. Habille-toi chic et sexy, trouve un endroit. Cherche quelqu’un comme tu l’as fait au Ritz... De cette façon seulement, pas d’une autre.
Je dois me renseigner sur ce que dit la loi. Si je peux travailler en Suisse. S’ils réclament des impôts.
Je vais me documenter.
Ma famille ne doit jamais l’apprendre. L’état français non plus. Je vieillis, je devrais publier... des livres. J’écris chaque jour.
"Deins Forever". C’est du travail mais ce serait mieux si je n’avais rien d’autre à faire au lit que d’écrire. Beaucoup de masturbation... c’est aussi mon apport créatif, beaucoup de fantaisie.
Je me sens bien, libre, thélémite. Ouais, deux semaines encore et je serai avec Adas au rendez-vous du milieu de l’été. Ce sera super.
Je constate qu’à Paris j’étais incapable de me nourrir. Rien ne me plaisait. J’étais affamée, autant qu’il est physiquement possible de l’être. C’était cruel. Maintenant, j’achète de très bonnes choses à manger, tout ce qui me plaît. C’est bon de ne plus avoir à épargner, de vivre librement, légère, de savoir, d’avoir des projets bien arrêtés qui valent quelque chose.
Quelque chose me dit que la situation avec la maison n’est pas si dramatique. Je me masturbe chaque matin, en fait à chaque fois que l’occasion s’en présente. Peut-être devrais-je me prostituer plus ouvertement. Ce mot me dérange. Sans importance. Il n’est pas de moi. Ma beauté, mon courage, ma lubricité représentent beaucoup d’argent. Je m’imagine des scénarios de viol avec Alex, Mufti, Mark... so mote it be!
***
Magda tourne. Quelle intensité!
Je remarque des choses bizarres. Je me découvre à travers ce que je fais. Tout a son temps. Je crée pour des tas de chaos ; et ça ne donne rien. Fais vivre ton œuvre.
Je viens d’imprimer "Liber 156" français et complet. Il est super. De la vraie littérature porn. Oh, ça me plaît. J’aime bien Daniel Dorra, ce qu’il révèle en moi.
Je décide de m’y prendre autrement que par le tapin... Les bars, tout ça... je veux autre chose. Plus confortable. Toutefois, l’un dans l’autre, je m’en sors bien! Des cadeaux super-utiles, 3000 dollars sans aucun effort, les voyages... Je ne peux pas me plaindre.
Je suis un peu sans idéaux tonight... Je passe quelques nuits à m’envoyer en l’air avec ce garçon rencontré chez les Young Gods, et j’aime ça... Il me prend pas terrible, mais beaucoup, et ça y fait aussi. Et moi, je veux partir... Partir... Voir mon fils, et voir l’OTO.
Ce n’est pas facile. Adas me manque. L’intérieur de la maison doit être rénové... Relaxe-toi et soumets-Toi à Ta propre Volonté. Veux-Tu la nationalité française ? Veux-Tu déménager ? Sais ce que Tu veux! Loue la baraque... alors, cherche rapidement des sous-locataires. Ecris exactement ce que Tu veux faire dans la semaine afin que les choses soient claires. Ton âme et le reste y gagneront puisque Tu as un fort destin à réaliser, ô Toi ma Sœur terrestre et moi-même. Fin.
Ah oui ? Je ne veux plus douter, plus me décourager. Plus de soucis.
Hier, François, que j’avais rencontré en faisant du stop, est venu. J’ai tapé une lettre qui accélérera peut-être ma naturalisation.
Il est temps que j’apprenne à être forte et décidée. Cela portera ses fruits. C’est stressant mais ça soulage. J’ai tendance à être très exigeante avec moi-même. C’est bon.
Mais je n’en ai déjà plus envie... à voir... Jad Wio était vraiment adorable, elle était sincère. Demain sera mieux encore avec Daniel et Fabienne. Les Neubauten me manquent, je dois l’admettre. Ils me manquent énormément. Je m’en aperçois maintenant. C’est ainsi que je me sens ce soir. "Blume" me révélait ma propre identité comme artiste. Quand sortira mon premier disque ? Je veux saisir l’occasion, la nouvelle Lydia Lunch comme disait Phil, encore que j’aime un certain anonymat...
***
Je sens ma propre timidité... Depuis Phil, mon instinct sexuel s’efface-t-il ? Qu’importe! Les invitations sont nombreuses mais l’enthousiasme me manque. Jacques, le bijoutier sympa, un bon client. Oui, c’est ainsi que Tu parles, Fille de Satan, c’est ainsi que Tu le veux!
Je suis maintenant enfermée dans la cabine du bateau qui, moi et mon fils enfin retrouvé, nous conduit en Suède : OTO Party. Je reçois le Second Degré et j’espère que quelque chose comblera le vide de ma tête. Je ressens de nouveau cet enthousiasme sauvage et cette énergie forte qui remplissaient ma jeunesse et qui me manquaient.
Poznan fut un choc. J’ai vu comment sans moi mes visions se sont effritées. Je me sens bien là-bas. Il ne me vient même pas à l’idée que quelque chose pourrait me démotiver. Pourquoi Nina essaie-t-elle toujours de tout contrarier ? Je ne la comprends pas. Je me rends seulement compte qu’elle est folle et destructrice.
Je veux écrire un nouveau livre, intitulé "Prêtresse de Babalon", où j’exposerai mes idées et décrirai mes expériences et mes idéaux, de façon à mieux me comprendre moi-même. Aujourd’hui, tout se clarifia en moi : ma fonction est sainte et c’est la manière de voir de ceux qui jugent qui est sale et impie.
***
Hier j’ai rencontré un homme
qui m’a décidée
à publier ce livre
Demain, je t’appellerai aussi, de nouveau,
pour voir ce qui se passe
Je sais, je te touche,
j’en suis certaine,
j’en garde la Magie
Avoir besoin de ta signature est un bon prétexte,
une ruse qui me mettra en évidence
Auteur, n’est-ce pas!
Je me souviens d’un temps où tu t’orientais d’après des valeurs
proches des miennes
Oui, j’étais sauvage et naïve,
un mélange dangereux pour un ménage paisible,
à voir ce qui demain se passera
Je t’appelle pour la forme
Si tu as besoin de chaleur, donne-la toi
Je ne mendierai pas ton amitié
Cette fois je te teste
Peut-être que je ne m’adresse pas directement à toi
Ne m’appelle pas une troisième fois
peut-être suis-je tout bêtement blessée
j’ai de bonnes raisons pour ça
D’accord je te pardonne là où il n’y a rien à pardonner
Tu as simplement été toi-même
une étoile passable dans ma vie
je pense à notre rencontre, Toi sur scène
la lumière dans les yeux, c’était simple et puissant
notre dîner en hiver, quelque chose de beau
je pense à ce jour, à ma dernière visite
Tu semblais si fâché, exactement comme je te voulais pour mon film
Aujourd’hui j’en ris, c’était gentil
c’est une espèce de vengeance que d’oublier et d’en rire
Je cherche du nouveau pour toi
la corbeille est vide maintenant
j’ai besoin de toi, je n’ai pas besoin de toi
t’apprécier encore ou plus du tout ?
***
J’ai vécu ma première expérience de prostituée à l’âge de douze ans. La Suisse est un pays trop bourgeois pour que les désirs puissent s’y exprimer librement, alors ils trouvent des moyens détournés et proportionnellement dégénérés. Un type m’aborda, me dit combien j’étais belle, qu’il dirigeait une agence de modèles, qu’il voulait absolument me connaître, me photographier et m’aider à gagner beaucoup d’argent. Il insista et finit par me convaincre de le laisser me caresser entièrement pour 50 francs suisses.
Comme enfant, je me suis sentie plutôt salie et je ne savais pas si mon consentement était dû à sa seule force de persuasion, et la situation au hasard.
Un hasard, ce le fut lorsque à l’âge de 19 ans je faisais du stop sur une autoroute suisse. Un homme s’arrêta et me proposa 300 francs pour le regarder se masturber. Je refusai d’abord, puis à la fin acceptai. Il fit un bout de route dans le paysage enneigé. Il ne voulait surtout pas être vu. Il me regardait avec ravissement comme on regarde une image sainte.
Cette fois, mon sentiment fut différent. Ma résistance était une preuve de mes valeurs morales. Mon consentement était du courage. L’argent m’apportait, à cette époque où je vivais sans possibilité de gains, une sécurité financière bienvenue.
Plus tard, je suis allée avec des hommes assez aisés pour me distraire, ce qui ne m’était pas forcément agréable. Revenaient surtout en moi les sentiments inculqués par l’éducation ou plus exactement les quelques principes transmis par ma mère en guise d’éducation. Je me considérais comme un fardeau pour elle et je voulais être financièrement indépendante.
Il y a eu deux hommes qui jouèrent un rôle dans ma vie. Le premier parce qu’il fut le premier. Le second avec quelque chose de plus.
Je l’aimais depuis bien longtemps avant de le séduire. J’aimais son rayonnement, son esprit, son humour. J’ai passé avec lui une courte semaine qui a énormément influencé ma vie. Je lui suis restée fidèle plusieurs années après notre séparation et je sais que je l’aime encore aujourd’hui. J’ai souvent pensé aux dimensions qu’il a ouvertes en moi et qu’alors je ne connaissais pas.
Si je devais analyser les diverses influences qu’il exerçait sur mes décisions, je devrais commencer par le sexe. Je n’ai jamais eu d’amant plus raffiné. Il m’a montré ce que je pouvais attendre de mon corps et à quel point j’aime le sexe, et combien j’en suis dépendante.
Ce que j’aimais de sa personnalité, je le décrirais comme sincérité et indépendance. Sa façon de comprendre ses propres sentiments, instincts et besoins, sa façon de les accepter entièrement et de vivre en accord avec, pour y gagner en force et en harmonie, s’est cristallisée en moi et s’y développe.
Puis je l’ai perdu. Je pensais qu’après la crise habituelle due à la séparation je pourrais l’oublier. Il n’en fut pas ainsi. Son souvenir revenait toujours. Je me surprenais moi-même. Ainsi lui restais-je longtemps fidèle, interrompant occasionnellement ma chasteté pour me défouler.
Je porte cet élément au compte d’une alchimie particulière que je ne saurais décrire plus précisément.
J’étais enceinte de deux mois et partais alors pour un week-end à Berlin. Là, ma fascination pour la prostitution s’était clairement déclarée. J’arrivais tard la nuit, retrouvais un vieil ami dans un bistrot et couchais chez lui. Le lendemain matin, je le massais. Après ce traitement, il s’étira de plaisir et dit : "Un tel massage et un tel sexe, ça devrait pouvoir s’acheter. J’aimerais te payer." Cela me plut et j’acceptai. Ce fut une expérience céleste. Sans marchandage et sans préservatif. Tout le contraire d’une professionnelle.
Je rencontrai ce jeune homme une seconde fois et lui demandai le matin s’il me paierait encore. Puis une troisième fois où je ne demandai rien mais reçus du hasch en cadeau, dont la valeur, une plaisanterie, correspondait au salaire de mon client pour jouer.
Ces rencontres avec une personne qui pour moi est 1000 fois plus un ami qu’un client eurent de l’effet sur moi, et surtout sur mon enthousiasme naturel. Elles me procurèrent chaque fois un bon sentiment, le sentiment de réaliser un rêve.
J’étais de nouveau en Pologne avec mon fils de 6 mois. J’étais frustrée. Au bord d’un lac, en forêt, j’ai juré de me prostituer et je suis partie à Berlin.
J’engageai une baby-sitter. Je cherchais des adresses dans les journaux et passai une semaine dans un studio sado-maso. Je n’y gagnai rien sinon de l’expérience. J’avais en tout cinq clients que je me rappelle à peine. Je ne m’entendais pas avec les autres femmes et je ne pouvais en elles refléter ma vision.
Ce que j’en retirais : de l’assurance. Cela ne me dérangeait pas de coucher avec des inconnus, au contraire, cela me plaisait.
Je reçus un numéro de téléphone. Un client sympathique. Je pris rendez-vous avec lui pour la nuit et lui suggérai d’engager une seconde femme dont l’annonce m’avait plu. Une japonaise. La fantaisie ne lui manquait pas et il émit le souhait de me voir en compagnie de cette japonaise. Je savais que dans la chambre d’hôtel j’aurai les yeux bandés et que je devais me laisser faire.
J’arrivai en sueur directement d’un concert. Je me douchai. J’enfilai des fringues sexy. J’encaissai 1000 marks. Je m’allongeai sur le lit les yeux bandés, de la musique dans le casque qui disparut très vite. Mai Ling était là. Je l’aimais beaucoup et devais la revoir très souvent.
Quelques mois plus tard, je rencontrai à nouveau cet homme alors que je commençais à travailler pour une agence parisienne. Seuls les massages relaxants étaient permis, pas de sexe. Il était interdit aux masseuses de se vendre, bien que nous fûmes souvent sollicitées. Il se développait là une situation très sensuelle avec un inconnu, et je ressentais souvent du désir pour lui. Je vivais seule. Certaines choses me retenaient, du moins au début. À la fin, tout me motivait, mon désir principalement. J’espérais avoir du sexe à chaque massage, et aussi plus d’argent. Je ne fis rien que je ne désirais pas, et tout ce que je fis me plut. Il y avait de bons moments.
Aujourd’hui, alors que je commence ce livre, je suis chez moi en Pologne. Un chez moi qui de par mon absence s’est dégradé. Je me demande ce que je dois faire, de quelle façon orienter ma vie. Oui, je veux continuer à me prostituer, mais en toute liberté et indépendante. Je n’ai pas encore fait le trottoir. Je n’ai encore vu personne, ni séduit ou invité quelqu’un. Encore qu’une fois j’étais assise dans un grand hôtel de la ville, et corrigeais mon dernier recueil de poésie, lorsqu’un homme m’a invitée d’un geste. J’allai le rejoindre mais un serveur m’en empêcha. Je rencontrai cet homme le lendemain soir à son hôtel.
Tout vint de lui. J’accompagnais seulement ses désirs. J’enfilai deux préservatifs l’un sur l’autre. Il vint rapide comme l’éclair.
Chacun de mes clients est mon amant. Je désire plus. Il se peut que dans quelque temps un passeport européen me soit accordé, si tout se déroule comme prévu, comme je le veux, et c’est important. C’est ce qui maintenant compte le plus. Je sors la nuit sur les Champs-Elysées pour en saisir l’ambiance. Une erreur que je pourrais payer cher. Je dois rester moralement correcte. Je rentre seule à la maison.
Il y a quelques hommes de qui je peux recevoir de l’argent. Je les appelle. Je les visite. Je connais leur entourage. Je sais là où ils sortent et où ils trouvent des filles.
Je sais que cela va encore durer quelques mois avant... peut-être devrais-je coucher avec le type qui peut faire accélérer la procédure côté français. Je ne le ferai pas. C’est contre mon désir. Je vais préparer tout ce qu’il faut pour ouvrir, en tant qu’européenne libre de Thélème, mon institut de prêtresse tantrique. Je me considère tout en même temps guérisseuse, putain et professeur d’éducation sexuelle.
La misère d’une putain est tout extérieure. J’étais prisonnière de tout ce qui m’entourait : la procédure, la morale, le job. La libre expression de ma sexualité m’était interdite, et ma liberté était donc très limitée.
Je m’imagine ayant atteint mon but. J’ai un passeport européen. Je peux me déplacer n’importe où, atterrir chez un ami. J’ai une garde-robe élégante, des cartes de visite, un téléphone portable. Je sors dans les quartiers chics. Je suis irrésistible. C’est ainsi que je serai un jour. Je le sais... je me retrouve dans cette image. Je serai libre. J’aurai du plaisir. La liberté donnée par l’argent.
Je dois me décider à décrire la pulsion qui me confirme dans cette voie. Je dois au moins essayer. Fais-toi belle et sors. Vois ce qui se passera. J’ai déjà progressé dans cette direction, mais pour ce que cela a donné... J’ai quelques expériences, un bagage pratique, mais je me sens toujours comme une débutante. C’est OK.
Je pense que la Suisse serait un endroit propice. Si riche. Je devrais bientôt y aller, mais le problème reste le même. Quelles seraient les conséquences d’un contrôle de police ? Je ne voudrais pas que ma famille apprenne ce que je fais. Ils ne comprendraient pas.
***
En taxi, chez un client.
À Berlin, j’espérais pouvoir retenir l’attention de Johannes. Je suis allée à Frankfort. J’ai appelé Aurora et j’ai dormi dans le studio de Uwe. Il était si content de moi...
C’était une période intense. Je m’occupais beaucoup de moi-même, de mes idées, si proches du principe cher à Babalon. J’ai massé Rob. C’était fort, un massage superbe. La même nuit j’appelai Aurora et toutes deux nous sommes allées chez Harald prendre soin de son petit ange.
Je ne suis restée qu’une seule soirée à Lausanne. J’appelai J.P. avec l’intention de le décommander, mais sa voix me persuada du contraire et je partis lui rendre visite. 100 km en taxi. Mes cartes étaient claires. Je devais exercer comme putain.
C’est le genre d’événements dont l’enchaînement me plaît, et je vois comment ils me mettent en face de la part de moi-même que je cherche à découvrir. J’étais étonnée de l’attitude si libre d’Aurora, de son indépendance si naturelle, de son entière disponibilité. Je fus surprise par l’absolue tolérance de Rob et d’Uwe au sujet de ma visite à L’Esplanade. J’étais assise à l’aéroport de Nice et me demandais si je devais directement réclamer ma récompense à J.P. 8 d’Epées pour l’embarras, Cavalier d’Epées pour la sincérité.
Veil not your vices in virtuous words, these vices are my service.
The exposure of innocence is a lie.
Be strong, o man ; then canst thou bear more joy.
Ce constant besoin d’épargne... cette honte de l’argent... ces trois jeunes rencontrés hier représentaient exactement ce que je ne veux pas devenir. Combien lui demander ? 3000 marks pour cette visite ? Cela me conviendrait. Deux jours avec lui valent bien cela. Allez, fais-le. Demande avec naturel et charme. Essaie.
Essaie, essaie, saute par-dessus ton ombre.
L’expérience que m’apporte la pratique de la prostitution est un élargissement de ma conscience. La cristallisation promise par mon Ange Gardien. Un rapport mystique, un service rendu à la Femme Ecarlate en moi.
Kill thyself, oh my self, and I shall unveil.
Je réalise maintenant que l’initiation m’a été utile. Les mots entendus alors sont inscrits en moi et resurgissent dans les moments de doute.
Maîtrise tes pensées afin de ne pas toujours suivre la première venue. Chacun a pleinement le droit d’être qui il est.
Ainsi, je veux en toute joie poursuivre mes affaires de servante d’amour, même si c’est la première fois. Ce sera de nouveau et toujours la première fois. Cela est sacré. Sacrée, cette innocence en moi. Je m’aime putain, dispensatrice de plaisirs, guérisseuse, initiatrice, et ce que ma mère et ma tante pensent de moi (justement à cause de cela) ne doit en aucun cas m’attrister ni me blessser. J’ai bien senti hier combien ma mère me jalouse cette liberté.
Je ne veux plus penser à elle pas plus que je ne veux penser à Jacques Carrie. Fais sauter tout ce qui te verrouille. Fais sauter ton ego actuel si nécessaire. Atu 16. La Maison-Dieu. Ce qui meurt n’est pas de moi mais ce dont on m’a enduite et qui me rend captive. Basta.
***
J’ai passé deux jours sur le bateau de J.P. Deux jours très reposants et plaisants. Au moment de nous séparer, il m’a demandé si je voulais de l’argent et m’a donné 5000 FF. Pas mal. Pour cela, il ne m’a baisée que deux fois, mais je me suis comportée tendrement avec lui. Une bonne ambiance et un sentiment de liberté valent mieux qu’une simple baise.
J’aime cette nouvelle conscience de moi-même. Beaucoup m’apprécient, sinon ils ne m’offriraient pas d’argent. Ce sont à la fois des amis et des clients. C’est agréable et supérieur. J.P. fut le plus gentil de tous. Il me donna le sentiment de m’aimer en tant personne et pas seulement comme prostituée.
Je ne pensais pas qu’à Berlin je gagnerais 600 marks et maintenant 3500 FF. Je sais que F., chez qui je pars de suite en train me donnera aussi quelque chose. Peu importe combien. Les choses se passent ainsi depuis que j’ai quitté le salon de massage où j’ai été formée. Je gagne maintenant ma vie exclusivement en me prostituant. Cela me procure un sentiment de succès. Je vois que ça marche. Ça fonctionne. On me demande, et je vois comme c’est facile.
Comme maintenant, où tout continue, toujours comme je le veux. Photos dans des vêtements sexy, un peu de renommée en tant qu’artiste... Je l’ai déjà fait si souvent. Aurais-je évolué ? Suis-je devenue une courtisane expérimentée ? J’exerce depuis des années. J’étais jeune et je suis tombée enceinte. Ensuite, j’ai essayé d’obtenir la nationalité française. Bon, si maintenant je reçois l’aide et le soutien de J.P. dans cette voie (il est autrement plus conséquent que cet idiot de Sorlut), cela signifierait-il que dans quelques SEMAINES je commencerai officiellement ma vie de courtisane ? Jusque-là, je dois faire taire les ragots et adopter une conduite moralement correcte.
Je veux écrire sur l’héritage émotionnel reçu de ma famille. Il y a deux jours j’ai revu ma tante et ma mère, deux femmes qui me sont devenues étrangères. J’ai essayé en mon cœur de leur donner encore une chance mais je peux vraiment être heureuse de ce que, malgré les liens de parenté, je ne me sois pas laissée obnubiler par elles, et sois restée différente d’elles.
Elles me reprochent trop d’être ce que je suis. Tout. Tout. Tout en bloc. Je concède qu’en partie cela soit de ma faute, beaucoup de merde. Elles ne savent rien de mes aventures, du moins pas par moi. Il est possible que ma mère soupçonne quelque chose. La seule question qu’elles ne se posent pas, c’est comment elles m’ont élevée.
Non, elles ne l’ont pas fait... Elles m’ont constamment délaissée. Elles ont juste programmé en moi quelques réflexes dont j’ai du mal à me débarrasser. Ma mère que j’ai dû adorer pendant mon enfance n’est plus pour moi qu’une femme aigrie par sa haine et ses déceptions, une figure pathétique à laquelle j’ai échappé. Je lisais justement un livre sur une jeune fille violée par les membres de sa famille des années durant. J’y ai trouvé décrits des traits communs à ma famille. Le même manque de communication, les mêmes jeux de pouvoir, le même sadisme de l’âme et un total asservissement de la volonté à leur pouvoir, même lorsque cela était dirigé contre moi. Ces quelques semaines passées chez elles alors que j’étais enceinte furent un cauchemar.
Je sais par ma grand-mère que ma mère éprouva beaucoup de difficultés à me porter sans être mariée, et qu’elle me rejeta comme bébé. Je sens en moi cet abandon total. L’abandon d’une petite fille que sa mère refuse. Je ne suis pas fâchée contre elle. Cette femme malade, souffrante, de qui j’ai reçu ce corps beau et svelte me désole plutôt. Je dois me libérer de son influence que je ne voudrais à aucun prix transmettre à mon fils.
Enfant, j’ai passé beaucoup de temps avec ma tante. Je ne me souviens guère des années passées en Suisse mais je me rappelle m’être sentie mal aimée, inutile, sans importance. Lorsque maintenant je repense à cette période, il n’en ressort rien d’utile non plus. C’est du passé. Il ne m’intéresse que dans la mesure où il influe encore sur moi actuellement. Je veux me débarrasser de cette sécheresse émotionnelle, de cette dureté sous-entendue, de ces complexes. Je suis heureuse, très heureuse de vivre ailleurs. Elles aiment se sentir comme les propriétaires de la maison que j’habite mais elles ne sauront jamais ce que profondément je ressens dans mon cœur et qui est ma grande richesse.
La liberté que je recherche exige que j’abandonne mon éducation et la remplace par un mode de pensée thélémite. Fidélité, pudeur, bonne tenue, politiquement correct, je veux tout brûler et laisser déborder ce flot en moi qui est 1000 fois plus plaisant! Amour, chaleur, beauté, enthousiasme. Faire passer dans un contexte social ce qui dépend de mon inconscient... J’y ai parfois réussi. À chaque fois je devenais plus naturelle et ce que j’espérais se réalisait : je me sentais acceptée. Je suis prête, maintenant. Je me tiens du côté de la liberté, du côté d’une liberté initiatique.
Le voyage à Milan fut long et éprouvant. J’ai reçu 1000 FF de Fabio pour la première journée. L’appartement est immense et Fabio m’aime bien. Je veux qu’il me rende riche. Je pense que ça va marcher mais je ne dois pas aller trop vite en besogne. Je dois d’abord me faire respecter, adorer, aimer. Je peux le masser et je l’ai d’ailleurs fait. Je peux coucher avec lui mais surtout pas lui avouer qu’il me partage avec d’autres. Il ne l’accepterait pas.
Et cette question encore : est-ce que je veux garder mon appartement à Paris ou bien dois-je seulement le conserver jusqu’à ce que j’obtienne ma nationalité française ? L’appartement bouffe tout mon argent. Un argent que je pourrais tout aussi bien utiliser pour acheter une machine à coudre, par exemple.
Un nouvel élément entre dans ma vie. Ma maison doit être mise en vente, et je dois tout arranger pour que cela se fasse. C’est peut-être moins difficile que je ne le pense. Il se pourrait bien que j’obtienne une option pour la racheter. Je dois d’abord savoir ce qui agit pour moi et ce qui va contre moi. Ces deux pauvres bêtes... Je pensais récemment que lorsque ma vieille mourra, un quart ou une moitié du problème sera résolu. La maison sera mienne et ma conscience tranquille. Le mieux pour moi serait vraiment qu’elle meure. Elle me hait tellement que si elle le pouvait, elle me nuirait. Elle a déjà essayé et elle n’y manquera pas de nouveau.
***
Milan, 10 juillet 1995.
Je suis chez Fabio et je me sens bizarre. Je lis dans les cartes que je dois garder l’appartement de Paris. Si cela est ma volonté, que cela soit! Je ne suis plus sûre de vouloir encore vivre sans mon fils adoré. Je vois que Fabio doit me soutenir financièrement et cela me gêne. Comment devrais-je lui présenter cela, moi, indigne mendiante ? Puis-je être vraiment heureuse comme putain ? Est-ce que je le veux vraiment ? J’aimerais un avenir autre, plus stable.
OK, mais comme seconde occupation. Pourquoi est-ce que je m’inquiète ? De toute façon, j’arrive toujours à réunir assez d’argent pour assurer le loyer. Je vois déjà quelle protection j’obtiendrai de l’extérieur. Rien de catastrophique. La vie continue.
Je pense à Mark. Avant-hier, sur le bateau, j’ai lu dans les cartes qu’il pensait aussi à moi. Et ensuite ? Je l’aime différemment maintenant, si bien que je ne le regrette pas. Sensuellement, mon goût pour lui s’est estompé. Ce serait plutôt maintenant la voix de Bruno qui me fait vibrer intérieurement. J’ai rendez-vous avec lui demain soir.
Quelques heures plus tard, Fabio m’a promis de me donner 50.000 FF jusqu’à la fin 1995. Je devrais exiger plus. Ce matin, je me suis énervée au sujet de tout cet argent englouti dont il n’est rien resté pour financer quelque chose de créatif.
Je suis maintenant dans l’avion pour Paris. Deux jours à Milan m’ont rapporté 2000 FF en plus des frais de voyage et la promesse d’une aide financière. Fabio m’a laissée comprendre qu’il m’aiderait aussi pour racheter la maison de mes parents, ainsi que pour la production et l’enregistrement vidéo de mon travail de danse.
J’avais bien vu dans les cartes que je devais faire ce voyage. Je suis une sorcière, une magicienne et au milieu de mes doutes et de mes ennuis je conserve toujours ma conscience magique et mon esprit combatif. Je m’aime de nouveau, c’est sain. J’apprécie maintenant de plus en plus ce lien à moi-même. Avant, j’étais trop confuse.
Argent, liberté, conscience. Nous atterrissons. Je dois nourrir Aiwass.
Mon humeur est changeante. Hier, quand je suis arrivée, j’étais épuisée et diablement troublée. Je me suis sentie soulagée quand Eric Bardin m’a invitée. J’aime franchement ce boulot. Je vais continuer à me prostituer même si ce n’est plus par nécessité. C’est un bon signe. Je me sens prête à rappeler ceux qui ont répondu à mon annonce. Je serai une Domina.
Je vois aujourd’hui que je ne suis plus une telle débutante. Un jour, je devins, par désir de prostitution, une courtisane établie, qui n’avait pas besoin de travailler pour bien vivre. C’est un bon sentiment et je remercie ma beauté aussi bien physique qu’intérieure pour être si présente. Les esclaves doivent servir. Les thélémites évoluent sur un plan supérieur et j’en fais partie. Peu me manque encore pour que cela devienne la chose la plus naturelle au monde.
De nouveau cette question concernant mon rôle social. Puis-je me présenter comme courtisane ? Non, je suis masseuse et artiste et je n’aimerais pas que l’administration découvre que je suis une pute. Souvent, je pense à distribuer mes cartes de visite sous enveloppe dans les trains ou les avions aux hommes des premières classes mais en moi la femme correcte prend encore le pas sur l’impudique.
Il ne s’agit dans ce cas d’aucune limite à ma liberté comme avec l’administration. C’est humain et moral et dépend de comment chacun conçoit personnellement le principe de la prostitution, de ce qu’il imagine de bon ou mauvais droit et de comment il réagit. J’ai été virée du bar du Ritz mais Uwe m’a félicitée. La tolérance pourrait être mesure de liberté.
C’est mon bon droit d’être ce que je suis et de faire des rencontres. Je veux avant tout considérer ce que cette expérience m’apporte et dans ce but je dois me débarrasser de cette fausse pudeur donnée par l’éducation.
J’ai visité Eric dès mon premier jour à Paris. Un simple client... Presque étrange que nous ayons une relation. Je lui ai demandé comment cela se faisait-il que je vienne toujours le visiter. Sa réponse a confirmé mon opinion, c’est bon et agréable. Ma compagnie lui est tout simplement plaisante et il sent que je me déplace dans des univers autres que la prostitution. Il a une famille et n’est pas disponible pour une relation continue. C’est évident.
Je viens de rappeler le gentil Alex et je me tire les cartes. L’Etoile pour son attraction sur moi, le 7 de Deniers pour ma retenue à son égard. Je me suis sentie si seule aujourd’hui, et pourtant je l’aime beaucoup. Berlin est très différent.
Je vais publier mes textes, voir ce qui en résultera ou non, différencier la part qui vient de moi de celle du lecteur.
Ma facilité à me rendre belle pour de l’argent me redonne confiance aussi longtemps que cela reste un don parmi tant d’autres. Je veux me concentrer de plus en plus sur l’écriture, la musique, sur la danse et les costumes. Je ne veux plus seulement écrire sur ma conduite difficile. Je veux abandonner les rêves qui ne sont restés que des rêves.
J’offre plus que du sexe et pour cela je suis aimée et payée. Fabio veut m’entretenir. Peut-être que cette grosse somme d’argent est arrivée ? Je me sens différente, différemment créative. Rien que de savoir qu’à Berlin je pourrai acheter un magnétophone quatre pistes et enregistrer mes chansons...
Une fin de semaine solitaire. Rester à Paris à ne rien faire ne me dit rien du tout. Je me décide à partir pour Munster visiter mon dentiste et quelques connaissances. J’ai maintenant des dents très saines. Quelque chose dans mon cœur bat pour Jakob. Nous sommes un peu pareils. Pareillement isolés par une façon d’être différents.
Aux alentours, j’irai visiter cet avocat que j’ai rencontré il y a quelques mois déjà, à Paris. J’espère qu’il m’aidera à publier mes livres. Nous en avions parlé. Sa copine sera là mais je lui offrirai ma beauté, ma sensibilité et mes rêves. Il en a plus besoin que de sexe. Comment puis-je nommer ma vocation ? Vivre, vivre coûte que coûte. Je cherche. Je cherche très activement et m’aperçois souvent que je ne sais pas où je suis mais que je dois rester fière de pouvoir décider de mes actes. Là est la vraie liberté, la richesse et le luxe.
***
Ce qui me gêne dans la prostitution, ce sont en fait les limites que moi-même je m’impose et qui justement sont celles dont je veux me débarrasser.
Ma rencontre avec un client dépend de ma disponibilité intérieure. C’est le point important, sinon tout se retournerait contre moi et je m’enfermerais dans un rôle où je me sentirais en porte à faux vis-à-vis de cette personne. Je cherche l’aventure dans chaque rencontre, quelque chose de beau que je puisse conserver, un souvenir qui me procure de la joie et me donne de la force. Je cherche à m’épanouir au travers de cette expérience, à vivre et à me réaliser.
Je me vis comme amante. C’est cet aspect que je recherche et dans lequel je m’épanouis continuellement. Je dois me laisser séduire par mes clients.
Ce que j’ai ressenti hier chez Eric était très fort. Rien ne m’obligeait à y aller. Je le désirais, mon corps le réclamait. Sans plus d’explication, je me suis laissée pénétrer en utilisant deux préservatifs alors que jusqu’à présent je me contentais seulement de le toucher.
Ce genre de relation est une romance sans liens qui évolue et s’approfondit même si rien ne nous attache. Je lui parlais plus ouvertement et l’entendais me dire qu’il m’appréciait et me respectait, qu’il me trouvait plus sympathique que la plupart des autres masseuses. Il est très important pour moi de savoir que mes clients m’apprécient et m’aiment pour mon originalité. C’est ce dont j’ai le plus besoin. Le sentiment d’avoir été aimée est un aspect important de mon désir et constitue pour moi, femme sensible et solitaire, ce que l’air à la respiration.
Je veux être une oasis, un refuge, un lieu qui protège de la brutalité du monde. Je le suis pour quelques-uns de ceux-là. Je sais que certains me considèrent de cette façon. D’autres ont une soif éternelle d’images, de sentiments que j’éprouve moi-même.
Je suis malheureuse aujourd’hui, je suis aigrie. Mon amour de jeunesse me manque. Mon cher Mark. Chaque atome de mon corps le réclame. J’écris un recueil de poésie pour lui, moi, pauvre naïve, qui pensais en avoir terminé avec lui. J’ai maintenant des clients réguliers. J’ai appelé Alex Hacke. Je suis allée à la SACEM. Demain, j’irai à l’INPI. Cela me soulagera un peu de la folie et de l’âpreté de ce manque à vivre.
À Paris, seule. Fabio est en voyage. Je ne sais pas exactement quand cela est arrivé mais j’ai atteint le but souhaité. Je suis entretenue par des hommes. J’ai le temps pour l’art. J’écris deux livres et travaille sur d’autres textes. Dans une semaine, je me produirai sur scène avec mon serpent. Les interviews m’amusent infiniment. Je dois maintenant m’occuper d’un catalogue d’accessoires érotiques. Tout se met en place. Le temps est venu.
Je vais m’acheter un quatre pistes et un overlock. Super. J’espère cette année encore recevoir la nationalité française. J’ai changé. L’argent me procure une existence. L’idée d’acheter ma chère maison avec l’argent de mon travail germe. Vendre des vêtements, vendre des tableaux, vendre des livres érotiques. Mon âme est une âme d’artiste.
Mon idiot d’ex-patron va sans doute essayer d’encaisser le chèque de la caution. Il a laissé quelques messages sur le répondeur mais je ne prends pas le téléphone. Le chèque n’est pas valable et il va sûrement criser. Ça m’est égal. Ce genre de mecs mérite bien quelques emmerdements. Il m’a assez cassé les pieds. Je ne devrais même pas y penser. D’ici septembre, il m’aura oubliée.
Fabio m’a donné 25.000 FF. Je dois encore en recevoir autant. Je sens qu’il me veut comme Domina et comme amante. Je m’observe. J’observe comment ce boulot de putain me libère. Il veut que je le sodomise avec mon pouce et me donne des gants en plastique. Je le fais sans conviction, je n’y prends aucun plaisir. Mon vrai plaisir est la liberté que me procure cet argent et le temps passé à travailler mes propres projets plutôt qu’à me battre pour survivre.
Il a le même goût que moi pour le latex, les vêtements érotiques et la domination. Je suis encore jeune et j’aimerais m’épanouir en sa compagnie dans ce rôle de Domina. Je veux aussi avoir ma maison. Aujourd’hui, Ewa m’a dit au téléphone que nous avions récupéré le terrain. C’est déjà ça. Je peux maintenant clôturer le jardin. Un jour, ce sera ma propriété. Ça prend toujours un an ou deux avant que les visions ne se réalisent. Ces contrecoups en Pologne ne m’effraient plus. Je sais que je suis assez forte pour garder la maison.
Didier va bientôt arriver. Je lui avais téléphoné pour la première fois peu de temps après la naissance d’Adas, lorsque j’habitais encore chez Fred. Il n’est pas compliqué comme le sont souvent les clients. J’ai une clientèle de gens simples. Hier, un type m’a abordée et m’a d’entrée proposé 5000 FF. Cela ne valait ni mon temps ni mon attention.
Je veux exercer la prostitution comme un second travail et je me réserve le droit de dire non. Je veux vivre de mes créations de vêtements. c’est important pour ma personnalité. Cela me libère, mais de quel blocage au fait ?
Je suis seule à la maison, après une journée très occupée. Le tournage avec Monique. Fabio et le marché aux puces. Un massage remarquable pour Didier. Toutes ces idées qui m’ont traversée. Une visite chez Yvonne. Je suis rentrée et je me sens en paix comme je ne l’avais plus été depuis bien longtemps.
Humeurs, états d’âme, hormones. Ai-je envie de rester seule aujourd’hui ? Je ne téléphone à personne. J’expédie le "Liber 156" et "Vergiss Mich" qui est un livre écrit à moi-même. Mon Dieu, et Mark qui refait surface. Lui, mon complémentaire. Je vais bientôt écrire tout ce qu’il représente pour moi. Je sais pourtant que lorsque Christopher m’a demandée en mariage, il m’importait alors peu de perdre Mark. Je ne sais ce que je dois faire. De toute façon, je me suis trouvée. J’assume une existence indépendante. J’ai appris à vivre émotionnellement sans lui et malgré tout j’essaie de me rapprocher de lui, de me rapprocher de mon noyau. Aujourd’hui, j’entends les autres me dire combien je suis positive, superbe, courageuse. Je sais que je le suis devenue par lui, par la fidélité de mes sentiments pour lui. Nous sommes séparés depuis trois ans. Je ne m’étais jamais vraiment rendue compte de ce qu’il représentait pour moi et je ne savais pas non plus comment faire durer une relation. Ni ce que l’on doit faire, ni ce qui tout simplement ne fonctionne pas. Il vit en moi et ça va, maintenant, loin de lui.
Il m’attire toujours et je l’aime de façon différente. Si je veux le revoir ? Qu’est-ce que j’aime en lui ? Son influence sur moi, ou sa personne qui me refuse consciemment ?
Je vais aller manger une assiette de pâtes. Tout cet argent de Fabio me calme. L’argent est beau. L’argent est sexy. J’avais treize ans quand j’ai commencé à connaître la faim. Un manque de sentiments chez ma tante. Un manque total de perspectives avec Nina. Un vieil homme qui voulait coucher avec une fille de treize ans. Chez lui, je mangeais à ma faim et il m’a permis d’aller à l’école. Ce n’était pas facile. J’ai survécu mais je me bats encore aujourd’hui contre ce fardeau. Je veux être libre comme une magicienne.
Je pense souvent à Bertrand Burgala. L’enfant prodige. J’aimerais le revoir. Avec lui, j’oublierais Mark. Ce fut le coup de foudre et ça veut bien dire ce que ça veut dire.
Mark était justement là. Il m’accroche astralement, m’avertit de lui écrire, d’être plus forte que les blessures provoquées par son refus. Je suis fâchée, si fâchée par son manque de responsabilité et ses conséquences. Je dois oublier la colère et aller dormir. Mercredi, je serai à Berlin. Une sécurité soudaine. Mark y est un palais de larmes.
Les spasmes en moi, son contact télépathique et puis plus rien, disparu. Je ne veux même pas consulter les cartes. Son contact, oui, seulement.
Ne fais plus rien, couche-toi. Mark est venu deux fois. Je lui explique dans quelle situation inconfortable il m’enchaîne pour ensuite me déchirer. Puis nous nous sommes délivrés l’un de l’autre. Seul son corps astral était là, si dense, très proche. Il m’a demandé télépathiquement ce que je pensais qu’il serait comme personne dans une dizaine d’années. J’ai répondu : un homme merveilleux.
Je ne dois pas oublier que nous sommes deux magiciens et que ces contacts sur des plans subtils sont un fait biologique au même titre que la force que je cristallise au cours de mes séances de massage. C’est un fait dont je veux devenir de plus en plus consciente. C’est ainsi que je le décris et que je le vois. Je l’aime et c’est la meilleure chose que je puisse faire. Je prends rendez-vous avec Christopher et pense avec tendresse à d’autres personnes... Ce qui nous lie tient tout simplement d’un plan parallèle. Je serais vraiment pauvre si je ne connaissais pas ce plan.
Quelques jours plus tard, nous avons astralement couché ensemble. Ce fut tout aussi réel que pour des amants de chair et d’os. Je le veux. C’est mon désir le plus profond que de l’aimer et de le vivre.
Ecrire sur la conscience magique. Sur le fait que des gens m’ont prise en stop et conduite à Paris, sur les signes, sur les visions reçues en 93 et sur leurs effets actuels, sur la confiance en son double, sur la conscience et les moyens de la maîtriser, sur l’étude.
Ou peut-être n’en rien écrire, en être persuadée pour soi, le laisser transparaître. Justement, je vais aux Carrés d’Hélène et me demande ce que c’est. En route!
"156" vient d’être imprimé pour Hélène et sa boutique. J’envoie mes nouveaux textes ici et là. Les femmes m’ont plue par leur simplicité, à moins qu’il ne s’agisse de leurs multiples facettes. Est-ce que je vais faire quelque chose aux Carrés d’Hélène ? Est-ce que j’y ai une place ? Il est de plus en plus évident que la mission 156 est de nature mystique. Je veux être courtisane parce que je veux l’élargissement mystique et l’accomplissement de ma personnalité. Je dois me retenir car sinon cela pourrait poser problème pour l’obtention de ma nationalité française, et je ne veux à aucun prix risquer la liberté que cette nationalité m’apportera. Cette limitation est difficile. Je l’accepte parce que pendant ce temps je mûris et c’est bon.
Mes motivations ne sont pas des moindres et ne dépendent pas de l’argent que je possède, ou de la somme pour laquelle je suis prête à me vendre. Je veux garder cette dimension que Fabio m’a offerte. Beaucoup d’argent. Pas des sommes dérisoires. Mon temps est trop précieux. Au travers de ce que j’écris, je constate comment les choses fonctionnent pour moi, ce que sont la misère et la faim, ce que sont la sensualité et la joie. Christopher m’a téléphoné hier. J’irai le voir. Je vais d’abord déguster mon assiette de pâtes ou bien une pizza. Avoir de l’argent pour manger quand j’ai faim. Presque un interdit. Interdiction d’acheter quelque chose à manger qui coûte plus de 30 FF le kilo... c’est ce qui se décida dans mon enfance. J’avais quinze ans et je ne mangeais pas à ma faim. J’étais enceinte et je ne mangeais pas à ma faim. J’ai accouché affamée.
Je ne veux plus jamais avoir faim.
J’aurais préféré que ce soit autrement avec ma mère comme avec Mark. Je dois me rendre à cette évidence. Je ne veux plus de ce fardeau. Je veux me libérer de ce sentiment de solitude. Je veux parler de prostitution, j’ai besoin de me confier. Je me sens déséquilibrée. Cela fait deux ans que je n’ai pas fait l’amour sans préservatif, que je baise seulement pour de l’argent, que je n’ai pas un ami pour me donner un peu de douceur et de chaleur quand j’en ai besoin. Il y a certes quelques hommes que j’aime bien mais ça ne va pas plus loin.
L’amour, une fois de plus. Gulliver Bus de Paris à Berlin. Un sentiment de tension et en même temps de légèreté. J’ai relu mes textes. Je les trouve bons. D’observer ce qui s’est passé pendant plusieurs mois m’a aidée à me connaître et à différencier ce qui est important pour moi de ce qui ne tient qu’à mes humeurs.
Depuis que je suis revenue d’Allemagne, j’ai massé Didier deux fois. Il aime mes massages et je vois qu’il a besoin des discussions et de la chaleur qu’il trouve en moi. Je lui ai dit que j’avais des aventures... Il est possible qu’il n’en veuille pas et qu’il ne désire qu’une relaxation corporelle... Ce que je fais est bien. Je masse divinement. Poursuivre cette pratique est nécessaire. Auparavant, j’étais gênée et nerveuse comme je le suis souvent à Paris. Je me sentais mieux après les séances de massage. Ce que Didier m’a dit m’a rassurée : relaxe-toi, prends ton temps, oublie ta nervosité.
Différents aspects de ma personnalité font que je veux apprendre à donner, à me rapprocher. Pourquoi ai-je besoin d’argent pour cela ? D’un côté, je vaux cet argent, moi, petit morceau de paradis, mais aussi par fidélité à Mark. Je vis sans un ami. Je ne veux personne qui puisse m’éloigner de lui. Je l’oublie parfois, mais j’ai de nouveau conscience de l’amour que j’éprouve pour lui.
Il est surprenant d’aimer de cette façon pendant des années. Je ne savais pas que de tels sentiments existaient, les connaître est un privilège, savoir qu’une telle dimension existe...
En fait, la prostitution est excellente, surtout comme je la pratique, libre de toute obligation et en y intégrant ma propre sexualité. C’est bon d’y trouver cette liberté, de faire ce que je veux, comme je le désirais il y a quelques années à l’époque de mon baccalauréat. Je me sens pour cette raison très bien. Savoir que je suis moi-même.
Je n’ai guère besoin de plus que mon corps et ma conscience pour transformer mon énergie en l’argent nécessaire pour remplir ma fonction sur cette planète.
Un sentiment de liberté intérieure. Le sentiment de faire sauter mes blocages. Je ne sais pas exactement... mais cela fait déjà trois ans que j’y pense et que j’ai choisi cette voie. Je trouve bien le fait que je la mette lentement en pratique, avec un tel amour de moi-même, tout en faisant attention et en protégeant ma sensibilité.
Je suis maintenant intéressée par l’art. Danser, chanter, écrire, créer des costumes... Oui, je suis loin de Paris. Oui, j’ai des vacances. 40 jours de libres. J’attends septembre avec joie et je raconterai ce qui se passera.
Mon Dieu, comme je suis contente de mon jardin, de mon enfant, de la paix dans la maison.
Comment se sent-il ?
Je dois réfléchir toujours autrement. Questions d’inhibitions, de naturel, de joie, d’excitation. Est-ce que je suis excitée ? Oui, de temps à autre. Toujours en fait, sauf avec Harald et Fabio. Le premier m’est étranger. Je ne le connais pas. Je sais seulement qu’il est un peu bizarre et qu’il dirige une affaire importante, qu’il est accroché à la coke et qu’il est impuissant. Un beau tableau, n’est-ce pas ? Randy aussi était complètement cassé. Je reste très distante vis-à-vis de ce genre de personnes, ou bien il me faut une raison spéciale. Je ne peux pas marchander et je suis régulièrement sous-payée. Je prends 600 FF pour une heure de massage. Ce prix fut établi par Jacques.
Dans tous les cas, mes aventures au Ritz furent les plus physiquement excitantes. Avec Eric, c’était encore différent. Il est facile à contenter et la dernière fois c’est sur mon initiative, après lui avoir demandé pourquoi il me faisait venir, que nous avons baisé.
Il y a deux ans, j’avais écrit - sans trop savoir ce que j’entendais par là - que la prostitution avait un rapport avec une sorte de vampirisme noble. Disons que, dans les massages comme dans l’érotisme, il s’agit d’une manipulation biophysique d’énergie de nature sexuelle ou psychique. J’ai compris hier chez Hélène que je suis libre et sans complexes. Je remarquais comment j’étais avec Phil puis avec Christopher. Ces deux-là, je les rencontre pour mon propre plaisir, pas professionnellement. Je voulais un massage, des caresses, de la douceur, venir sous l’énergie de Phil. Déjà à demi-endormie, ce fut un somnifère fatal. Je voulais me dissoudre. Avec Christopher, je parlais beaucoup. J’étais très communicative, ce qui pour moi est rare. Je lui montrais ce que je voulais ou non, je le caressais avec des mots forts. J’attendais de la compréhension et du respect. Un art particulier. Une sensualité particulière que je développe de temps à autre, lorsqu’une voix intérieure me le commande. Ce ne sont pas des affaires. C’est de l’énergie. C’est de l’amour. Cela arrive de lui-même ou pas.
Fabio ? Avec lui, je ne supporte pas mon propre mensonge. Bien sûr, il me veut. Il m’adore et sait quelle est sa place. Il n’est pas stupide. J’aime ses cadeaux et sa douceur paternelle, comme il la nomme, est une bénédiction pour ma vie et je dois entièrement l’accepter.
Fabio veut que je le sodomise avec le pouce. Fabio veut que je lui donne des fessées, qu’en costume fétichiste je m’agenouille sur lui... Rien de neuf dans la bibliothèque des fantasmes! Je dois lui faire comprendre que jusque-là je ne l’ai fait que pour lui, que je n’y prends aucun plaisir, que j’ai tout pour devenir une Domina parfaite mais qu’il doit d’abord me laisser le temps de me trouver. Tout doit se passer selon ma volonté.
Une Domina est une Déesse. Je le sais. Je dois m’intéresser à des gens qui pensent comme moi.
Berlin. Dans le studio de Uwe. Je reprends confiance. Deux jours de paresse. Je reste une semaine ici. J’ai vu aujourd’hui un magnéto quatre pistes. 2000 marks en moins. C’est du bon matériel... Je devrais être contente. Je dois m’habituer complètement à la richesse, à me sentir riche et ne pas hésiter à me procurer du bon matos.
Je suis totalement séduite par Mufti. Je me masturbe plusieurs fois par jour, avec un film dans la tête du genre : Tu me violes, je résiste le plus longtemps possible puis je me livre. Toi et Alex savez exactement ce que vous voulez. Je veux l’éprouver.
Bon! Je suis reconnue comme artiste. Les gens aiment ça. Je veux m’élever au niveau de mon talent et de mon devoir. Essaie de perdre cette nervosité. Ma chère maison. Je veux retourner y vivre et travailler, y être tranquille, aimer Adonaï. J’y réussirai. Je le sais même si je ne vois pas encore comment.
Magnétophone. Overlock. L’organisme pour les droits d’auteur, présentation pour la pub, compte rendu dans le Berliner Zeitung. Un scénario pour Monique Lajournade. Beaucoup à faire. C’est nouveau pour moi. Je ne suis pas encore si flexible. Tout se passe trop vite. C’est bien, en fait. C’est ce que je souhaitais. C’est ainsi, ce n’est pas toujours facile. Tout ne coule pas toujours de source. Ce n’est pas l’euphorie mais je me sens tout de même mieux, plus constructive même si je me remets toujours en question.
Ce que disent les cartes. Mark me veut, je le veux aussi. C’est le seul à qui je veuille vraiment me donner.
Le matin, chercher le magnétophone, et ensuite les photos pour le Berliner Zeitung. Ce soir, le spectacle. Il fait chaud, si étouffant. J’aimerais mieux jouer en pleine nuit.
Kasper, un nouveau client ? Il est mignon. Je serais d’accord, mais avec plus de douceur que ce que j’ai observé dans ce milieu professionnel. Je me débrouille bien. J’ai aussi parlé avec Peter Semple. Quelque chose, enfin... Pas trop encore, mais suffisamment.
Ce fut une journée bien remplie, mais après je me suis sentie si épuisée par la chaleur. J’irai mardi au Tempodrom où Nina se produit. Peter Semple viendra aussi et beaucoup d’autres encore avec qui je veux prendre contact. Une question encore. Pourquoi je tiens à avoir tous ces contacts ?
Mark. Très loin. Mark qui s’inquiète de ma distance envers lui et moi qui l’aime passionnément et qui si ouvertement reste seule à cause de lui mais qui ne fait pas non plus un seul pas dans sa direction. La frustration de la maîtresse de maison qui me pousse à me masturber plusieurs fois par jour. Mon Dieu, comme je le veux. Les scènes de groupe. Plusieurs hommes très beaux, irrésistiblement puissants. Je ne veux pas le vivre seule, je ne veux pas essayer avec des hommes que je n’aime pas. Ou sinon, uniquement avec les jeunes. Cela, uniquement à cause de l’un d’entre eux.
Comment continuer ? Comme d’habitude, je vois que Mark me motive pour mon art et m’aide à rester conséquente. Ça me plaît et ça me trouble aussi parce que je suis amoureuse de quelqu’un que je ne connais plus vraiment, qui a changé sans que je sache de quelle façon, et à qui je pense beaucoup sans savoir trouver un chemin menant à lui.
Oui, que faire ? Lui écrire ? Traîner à Hambourg ? Téléphoner ? La peur terrible d’être rejetée comme avec ma mère pendant ma jeunesse. Si cela est vrai que j’ai tout provoqué... que faire ? Je ne peux pas rester éternellement seule. Je ne peux pas me taire éternellement. Je peux m’éloigner de lui, ça va maintenant, mais pas sans la certitude qu’il le veuille aussi.
Mon Dieu, ce qui parfois nous arrive est vraiment inhumain, mais Toi, Ton esprit, ce quelque chose de Toi, que je reçois même si je ne dors pas avec Toi, c’est une chose dont je veux!
Je me décide à donner plus de spectacles, à travailler plus. Je décide aussi d’être là pour Toi et d’être heureuse de m’être découverte. Demain l’overlock.
J’écris et je me demande si je veux vraiment devenir une putain ou si, plutôt, je ne serais pas mieux à la maison avec un mari ? J’essaierai de voir, ou plutôt je chercherai à savoir si je ne préférerais pas gagner de l’argent avec mon art et ma collection de vêtements.
Je cherche le sens de ce que je fais. L’art, oui, bien sûr. Mais qu’est-ce que cela me rapporte ? Deux spectacles de danse au serpent par an ne suffisent pas. Je vois ce qui actuellement me frustre. Il ne s’en passe pas assez. J’ai besoin d’action.
Je veux entreprendre plusieurs choses.
Je prévois des vidéos de danse. Je les prépare et confie l’enregistrement à Peter Semple, Fabio, et éventuellement Christophe Dreher.
J’écris "Prêtresse de Babalon" pour la vidéo de Monique.
Je traduis "156" en anglais et en polonais.
J’apprends à Cyprian à coudre les vêtements et je prépare une collection d’articles érotiques.
Quelques-unes de ces idées survivront à mes changements d’humeur. Je veux être active, créative, productive, reconnue, célèbre. Non, seule Lilith doit tenir le devant de la scène. Je n’apparaîtrai jamais. J’aime cette scission. De cette façon, ma quête du succès restera une mission divine et ne flattera point mon ego.
Tout est arrangé. Je serai après-demain en Pologne. Le chaos là-bas domine, et je dois occuper la maison le plus vite possible. Comment ? La seule chose que je sais, c’est que je réussirai. Hier, je suis sortie avec Karsten. Je l’avais rencontré en faisant du stop. Un homme gentil, agréable. Nous avons bu un verre puis nous sommes allés à son bureau et nous avons baisé ensemble.
C’était pas mal mais j’ai besoin d’une relation plus profonde. J’ai besoin d’intimité et je veux toujours Mark. Je vois bien que Karsten me veut. Il aimerait être avec moi et le concède. Je crois que je pourrais être avec lui.
L’article dans le Berliner Zeitung, si on peut appeler ça un article, est une plaisanterie. Ce n’est pas important. 12 secondes de télévision. OK! Je veux rentrer. Difficile de savoir ce qui rapporte ou non. Les relations font tout et tout vient en son temps.
J’ai besoin d’un temps de méditation en Pologne, vie de famille, tranquillité, occupations, Adonaï. Je dois me trouver, ces temps de crise sont horribles. Ma passion pour Mark. Je veux un fils de lui, je lui suis restée fidèle. C’est incroyable mais c’est ainsi. Est-ce un amour extraordinaire ou bien une maladie ? C’est pour moi moins destructif de l’admettre que pour lui de l’occulter. Dois-je encore essayer, bien que je ne doive pas m’adresser à lui ?
J’ai commencé ce texte pour démontrer combien la prostitution pouvait être intéressante, et je m’aperçois que ce n’est peut-être pas ma voie. Prêtresse d’amour serait plutôt la définition. Et si oui, uniquement pour lui! Pour lui les soirées sauvages, pour lui seulement les dessous fins et les tenues élégantes, pour lui seulement ces expériences avec des hommes différents.
Maintenant c’est fini. Je pensais qu’être disponible pour plusieurs hommes me ferait planer. Hé bien c’est faux. Au mieux, je voudrais le marier et être sienne, sienne, sienne seulement.
Diana Orlow [Lilith von Sirius].
[ Traduction : Llys Dana, 2000 e.v. ]
***
CURRICULUM VITAE
Née le 06.06.1971 (Poznan, Pologne).
Travail de compositeur, musicienne, chanteuse, danseuse, costumière, écrivain.
Ecriture de poésie, de chansons, de romans, de scénarios pour film et théâtre, de disques.
Création, chorégraphie et interprétation de spectacles de danse ainsi que de costumes de scène.
EXPERIENCES 95
Interprétation dansée de quatre cartes de tarot pour la pièce de théâtre "Conte de fée" de Myriam Brown, les 22 et 23 décembre à Paris.
Exposition de vêtements, d’accessoires, de photos et de poèmes, danse au serpent et danse chauve-souris, lors du vernissage de l’exposition Aux Carrés d’Hélène, le 14 décembre à Paris.
Danse de chauve-souris lors de l’événement techno de pleine lune au lac de Pokhara au Népal, en septembre.
Roman "Tienne à jamais", écrit en allemand courant 95, puis traduit en français, anglais et polonais.
Recueil de poésie "Liber 156", écrit entre 92 et 95, traduit en allemand, français, anglais et polonais.
Figuration sur le tournage du film "Happy weekend", en août à Berlin.
Participation au reportage sur le photographe André Chabot, pour l’émission de télévision allemande "Peep", dans le rôle d’un succube hantant le cimetière du Père-Lachaise, en juillet à Paris.
Danse au serpent lors de la soirée "Freiheit, Gleichheit, Geilheit" organisée par Ludwig von Tetzlaff, en juillet à Berlin.
Spectacle de danse lors de la soirée "Exotica" organisée par le bar "Lili la Tigresse", en mars à Paris.
ET AUSSI...
Trilogie pour la troupe catalane LA FURA DEL BAUS comprenant la projection vidéo d’un poème, une danse au serpent et une danse de chauve-souris, en septembre 94 à Berlin.
Participation à la compilation littéraire du magazine "Czas kultury", comprenant des poèmes de différents jeunes auteurs de la ville de Poznan (Pologne), en octobre 93.
Création et réalisation du costume de chauve-souris, puis interprétation dansée, pour la discothèque "Spacenik" à Münster en Allemagne, en janvier 93.
Co-écriture, traduction de l’allemand vers le français, et interprétation de la chanson "Blume" pour le groupe allemand "Einstürzende Neubauten", publiée sur l’album "Tabula Rasa", en mars 91 [ et sur l’album "Malédiction", 1992 ].
Création et réalisation d’une série de costumes de théâtre pour "Le Décaméron" de Boccace, monté par Bepi Giuseppe, en août 90.
Travail avec le groupe de théâtre du Lycée Fénelon et la Maison du Geste et de l’Image, sous la direction de Jacques Hadjaje, sur un montage de "Légère en août" et "Portrait de famille", deux pièces de Denise Bonal, et interprétation d’un rôle lors de la représentation finale donnée au Centre Georges Pompidou, en juin 90.
Création et réalisation d’un défilé de mode en collaboration avec Hung, en juin 89.
[Traductions en français et polonais du "Livre de la Loi" d’A. Crowley.]
[Décès le 30 mars 1997, Hambourg.]
[Parution posthume de poèmes dans les revues LE MIRACLE TATOUE, ALEXANDRE, LAST NIGHT, etc. Parution début 1998 du recueil de poèmes (traduits par Philippe Pissier) "HUMAN WOMAN WITH HUMAN FEELINGS" à l’enseigne de ON A FAIM (BP 47, F-76802 St Etienne du Rouvray Cedex). Parution en septembre 1999 de "Contrat d’Esclavage", extrait de "Liber 156", à l’enseigne des Cahiers de Nuit (33 rue de la Haie Vigné, F-14000 CAEN). Parution fin 1999 de "Courtisane de luxe et autres textes", et second trimestre 2000 de "Prêtresse de Babalon", à l’enseigne de ON A FAIM.