La vie dans la forêt supposait trois conditions:

retremper ses mains dans le charnier évolutif

recouvrer le sens hypertrophié du cri

ne pas craindre l’envoûtement de l’Être du Lieu.

Il manipula la séance huitième avec précautions : les bourdonnements du flux des ouïes tancèrent l’explorateur.

Adonné aux couleurs, aux enveloppes circulaires du son, il prévit l’ultrasonique présence. Nerfs bandés, il subit le flot énorme des effluves concentriques, l’amplification sinusoïdale qu’un meurtre de bouche n’eût pu endiguer. Cri rentré, il visionna le monde en totalité, l’énormité du Lieu, les crises multiples.

Il eût quitté la Terre pour cette peau de tête martelée d’immonde ! Comme au temps de carne faisandée, quand tout se barricadait dans la nuit malade... Une douleur nerveuse, et comme un processus d’empoisonnement... la vénéneuse incursion du chant des orques, transmuté au seuil de la Forêt Engloutie.

Traversant les Humus, ce fut l’inverse de son corps qu’une clameur sans partage incendia dans les prismes. Il redevint l’Insecte, le Chercheur triangulaire ceint de l’organique demeure. Il tança les hordes, et la Terre violée beugla hors de sucs, et les sucs projetèrent des langues, et les langues s’enroulèrent dans les flammes, et les gemmes déchirèrent les stridences, et la Terre tournoya au centre des cerveaux peuplant les bords de mort...

Ce monde-ci explosa dans les Terres, et les Terres perdues, éperdues, perçurent l’Être enfin et sa folie sonique: c’était lui-même projeté dans les transes, son jumeau foudroyé, le Guerrier de la Porte, renflé à l’état d’ondes, l’Électrique pur, à jamais maître de sa nuit.

 

 

 

 

Gor, atterré par l’algue du tronc des souffles, hèle le sang de l’imprécation. La horde lui intime l’ordre : il voit dans le recul des temps tous les signes de la poussée : animaux dévêtus, liquides immiscés, sourdes vibrations des sous-terres.

L’éclair a foudroyé l’os, annihilé les mondes et les esprits d’avant la pensée enflent et pulsent et sectionnent tous les retours immondes.

Au-delà de la mort, Gor s’expulse et se lacère, lui l’orage, la graine et les frondaisons. Tendu vers l’ouragan des signes, prostré, criard, il change le nom des pièges, gainé dans la pierre, les gemmes, l’écarlate soierie.

Il hurle, accouplé de l’ours et de la chèvre, maudit les bêtes évoluées, a traversé un crabe avec délectation, le crabe-crâne de la pensée inverse, et circule dans les corps, ceux du temps de jamais, l’ère de l’à-rebours.

N’étant que l’expansion des gaz, ceux-ci lui parcourent l’échine, ahanent dans les steppes des trous et des outres, et c’est en maître des hordes qu’il envahit l’espace. La nuit n’est plus la nuit, mais charogne explosive, car pestilence le monde enflamme les gaz d’os.

Gor mène la horde à grands coups de fracas des alvéoles torves, il EST la Nuit, la Horde, l’Armée des Ombres et des Gaz. Lui seul parcourt l’espace, les milliers d’êtres qui le terrassent et lui insuflent sa liquidation d’être, jusqu’aux multiples états marécatoires où ne macère plus aucune identité.

C’est là, et partout, et ailleurs, que grondent les ombres dans les grandes gorges, imprécations voluptueuses. Gor mène le jour, la nuit, l’espace, les couleurs incendiées. Il est multiple de par les outres enfantées.

Re-né au premier temps, langue percée au chalumeau sonore, il gratte les premiers territoires, menaçant pour la horde à lèvres plates, ne sépare l’Ongue de l’Angue, enfle dans sa douleur, maquereau vénéneux, brûle une partie des gaz de survie.

Louvoyant entre les serres, les crocs, les êtres métallisés se dissolvent, errent sous la suspente des terres, fouaillent dans le désordre survolté de la grouillance des sucs.

Peaux surtendues, ils limitent le bloc à des êtres d’envergure, telle l’amplitude des rapaces acculés au soleil. La nuit, la viande, basculent, étranglent la terre.

Moun, le Jour, est la prière lancée, la rotondité de toutes les formes suspendues, prémonitoires de l’éclatement terminal. Gor mâche le treizième os. Il hèle la horde à rassembler dans la dernière nuit, la fugitive délivrée de la sangle. Torm allume les incendies, grave trois cercles dans la pierre, l’un rouge, l’autre noir, le dernier sculpté, tailladé par la rage, et c’est le sens du feu par la danse incisée, et termine en cognant, hurlant, la litanie des lentes reptations, la guerre-outrage en gemmes écarlates.

Beauté bifide de la mer. Cloaque langue hors de rut. Un texte saigne d’une lenteur phréatique. Sous le bloc, cette nuit révélée par les outres de chaque être incisé, où la pâte coule et brûle et charge les cris des crocs. Bouchers lents harangués qu’éveillent les boues, les socs, les viandes suspendues.

Dans la Nuit repte la Louve.

Fout le feu aux capsules phosphorées de la Sous-Terre.

Lèche Fœtus, ombres, les enterre, enfouit les germes, profond, qu’ils ne se déterrent, qu’en reculaisons monstres ils s’injectent dingues à l’antérieur.

Avant la vie c’était la nuit, c’était aux pôles et irradié, quand les globes crevés, étincelants et roides, accumulaient les castes, les Incontrôlés.

 

 

 

 

Lourde de la nuit des temps, une lumière meurt, dégage sa Terre, rejaillit sur le monde pour renverser l’espace.

Le tournoiement est proche où paix des loups et charognes accordera les mêmes tempes du ciel érodées par l’horreur et les masques.

Il y aura un puissant mouvement de houle, peuplé de bêtes et de sucs, l’ambre éperdue sous l’aisselle des anges.

Les tableaux finals trembleront comme saillies, boursouflures de ce qui s’avance pour nous envelopper.

Notre terre, crête du ciel, proférée au centre, éjaculera là où grondements et sanctions soulèveront les meutes du jamais englouti, ceux disparus depuis l’orée des temps où des masques s’éclairent, dépassent les orages, les frondaisons, maculent de vert la nausée des dessous enflammés où ça dérouille de part et d’autre du ventre sempiternel, le ventre posé là, nu, et qui gerbe sa remâchée de langues cruelles afin d’enfin abolir ce corps de recrachements comme partout écrit dans les boyaux de terre.

La nuit a perché sa horde, la dame nue des infinis modulaires, en strates supérieurement disposées, ignorant tout des morts et des vivants, au terme qu’Elle s’est fixée.

 

 

 

 

Certains, fragiles le sont, aux pointes de cyanure, ils basculent souvent définitivement, avec de la pensée qui se décale et s’effondre, la morte pensée vibrante de l’incontrôlé.

Certains en meurent définitivement, ils savent quel appel les conduit à la lune, aux pourceaux, vers les charognes détendues et magiques.

Ces chiens auront souvent une grosse part d’être véhiculée par la lignée augure, l’autre surdélitée dans l’atroce des signes.

Ô dieu de fer, carnage et engluement, sais-tu seulement quel astre pourri tu as greffé aux corps ?

Vieille pute sans envergure, reçois la somme vengeresse de tout ou partie d’être, et fourre dans ton cul ton immonde inaction.

 

 

 

 

Ils creusent la voix interne, comme s’ils incendiaient les gemmes. La voix, la droiture, le hors-corps, le chemin du fer et de la hache, s’arrachent pointillant l’être.

Ils gravitent ensemble dans les soubassements, uniques, percés, longtemps creux et de crou sensibles.

Leur organe a décollé de la moiteur atmosphérique. Sensiblement, sous terre, ils s’emboîtent d’un accouplement reine de fer, ils lient leurs mondes puis s’entrouvent.

La misère a raison de leur tuerie, ours, particulièrement voraces.

 

 

 

Hourtecuise, être du Néant, concentre sons et diableries, martèle sang et grimaceries dans tripes de la revue sonore. Bain, vasques lourdes où l’eau de foudre issue d’esprit repte verticale dans les voltages insectivores.

Il n’y aura qu’un heurt, cette nuit atterrée, quand on largue la langue tête percluse de nausées.

Tout naît du Néant, la nuit, la tête des morts. Nous, dans l’étrange des mondes, accusons Tête et Mort, la crise des trois lunes. Ne s’agit pas de sauver la langue, au contraire de l’enfoncer dans le magma qui tangue, de la trouer-forer-catapulter à des sommets immondes, la place des êtres de sang.

Ongre repte, attise feu central, merveille des têtes où la nuit s’implose dans la nuit.

Carne fuse, tête très belle dans le hachage des morts.

Fondre, et castre l’ondre vers l’essence de mer, le lac, la cloison, le langage des peaux dans l’étrave.

La boule feu et noue et tourne l’olifan casqué à l’énonce.

Eux partent sous le signe, il dévorent un plain-chant, celui annulé des morts.

L’étrange tête macule un souligné de transe, elle enfonce ses dards dans les heurts où dansent les soubresauts, nerfs perclus d’oscillations.

Nous sommes reptatoires de la nuit qui survient au détour des forêts, tambours et sept tours vers le fond des encaves.

Sept manipulations en chairs effilochées d’électriques semonces.

Nous avons mille fois donné la mort, et la vie dans les transes dont les êtres portent le joug. Plénipotentiaire d’immonde, on avait à creuser, à remplir les sacs d’onde, à ressouder le même chemin souterrain de l’empire des hordes.

Il n’y a qu’un temps de transit entre momie la gloire et l’ondre des maléfices. On troue la quête-peur en incises de marbre et d’humus. Ils cisaillent mes êtres, ceux que la nuit a créés, lourds de vibres et d’onguents, les murs, l’atterre, la saoule vers la guerre d’abîmes.

Lorsque, revenus dans la terre, ils fouaillent les longues embases, un train nu, oxydé, longe leurs crêtes.

Quelle langue, salive, mesure le précipice ?

D’inconnus labeurs piétinent le site, dans l’en-dessous des rages d’humus. Les êtres en mâcheries ont perclus les cerclages d’angles, comme si morses de nuits en têtées syllabiques les grasses manducations entaillaient les humeurs.

 

 

Car la bouche lovée autour des hampes, force trace deux traits : parallèle leur tronc, avec du fluide vers la glu pour débouler la mort.

S’endormant au creux, l’aiguille trace une circonférence envers la multitude. Et tangue donc tacite pour celui qui remugle tant il est mort pour la terre des ors.

Le fer dans sa soierie a levé l’Écarlate, monceau d’os et de terre.

La fièvre l’accapare, ce poison qui gaine les nerfs, depuis qu’il apparut au monde en versions immatures.

Le fiel, l’encre dormante dans le sombre dandysme, il apparaît qu’il ronge en traces galepsides.

Gainé dans la trace où se herse le corps, il condamnera l’acte en troubles dératés, dans ce lointain défait aux actes primordiaux.

 

 

 

 

De cet être repu par les colliers de jougs, plus qu’une masse exangue noyée est la dérive des continents vers cette éternité brusquée, déroutée de l’acte extrême remué vers le fond d’animalité, animaux nus et secrets nés des plantes liquides.

Cet ordre nain catapulté par les orgies soudaines, la faim de par ce monde noué au boyau d’une crise, plus nain que ce néant de cran, fixé aux toiles multiples par les encens d’ignominie.

 

 

 

 

Je délivrai dans la forêt un totem figé dans ses soubassements. Dans la lumière sacrificielle, il n’y eut que peaux tendues, fûts enchevêtrés, langues-perditions que la nuit aspire.

Il n’y eut qu’extase de branches, filaments retors, nocturnes boursouflés.

J’étais dans le fleuve, dans la lune, par les glaises enduit. Je parcourais le tréfonds, loin de toute humanité.

Forces du lieu.

Qui crois-tu, reine de Fer, martel opaque, séduire en cette engeance? La saillie affleure le baume, notre cri tranche telle ou telle pelure pour qu’ opaque apparaisse la nuit.

 

Avec précautions, l’être ratissa le sol : escarbilles, hurlements issus des lointaines gorges.

Il semblait monter vers la lumière, ou la lumière descendre en neurones de foudre.

Marquée des signes du sceau du labeur, la tête accomplit trois tours, percutée de la masse des lentes excerbées.

Nous prîmes à deux mains la carcasse frivole des êtres du Néant. L’affliction nous tenait, crissante de la nuit du désir. Calme, et palpite ce nœud d’irrigations lentes, et le soir envolé lui injecte sa crise, ô sensitifs qui crissent.

Nous, le sommet, le heurt modulé, le rapace hanté.

Soif-onguent roule et périclite.

 

 

Au printemps des trop-pleins, il y a la lune et son pollen chargé, la haute lutte des frères du sommeil, ceux qui par-dessus tout ont traversé les sites, les granuleuses ornières.

Les bouges, au tremblement solaire maculé, sont les terriers venimeux, les gîtes caverneux des gouffres dont les transes en sinusoïdes mâchent les beaux pétales dorés.

Il y a des bêtes dans ces castreries qui dansent en feux-follets, qui appellent à la lune, qui naviguent entre les astres, outres cuistrement figées. Des terrains longs et chargés sont l’espace des traces. Leur nom est lumière, roue solaire aux couleurs des éclipses. Des bêtes les ont parcourus, à vitesse sanglante, tuées par la rosée.

Au milieu des temps, le cycle est devenu court.

Les transitoires tâches acculèrent l’éternité.

Manducations voluptueuses, sceau marqué aux serres de diamant, très puissants territoires de cruauté nocturne.

 

 

Dans l’étouffement de cette rage, un concentré de nain mou, louvoyé dans l’acte irrémédiable, abreuve une tangue de pièce dure, acrylique, longue de la nuit qui perdure et qui rase.

Debout dans la vasque accrochée aux parois de cire, il tire deux fois sur la hargne qui prête aux êtres de laine pure, un dans un temps minuscule d’écho, deux dans le silence aux feutres de jouissance.

Une autre loque sera portée, quand ramassis d’insectes annulés sera greffé aux robes et incrusté, envers et contre mort de ma tériels douteux.

L’écarlelage obligé de la mort, furie des astres au désastre perdu, l’écrit au champ d’action, divine macérée ou rature des pleutres.

 

 

Comme ce fou de terre qu’approchent les insérés, notre regard se mue en litières gastriques.

Une diminution du circuit antérite, et c’est la fin-monde, l’obstétrique assomption.

Des élans presque clairs, comme il se doit si peu, renouerait une rage et antre libidineux.

Mais ceci calme et froid, tandis que la raison a besoin d’excitants pour séduire la mort.

 

 

Je suis purulent, si tout le monde tourne. Si la langue creuse au niveau des mondes courroucés.

Des mondes agrestes, loin des nuits que les étiages mandent. Avec changement des corps, car il n’y a que nuit, terre multiple, liquidée des havres.

Et toute nuit dehors, le multiple et toujours remuant savoir, quand l’autre dôme apparaît, comme lichen, au sommet.

Dans la nuit, tangente droite, le perçant cœur attise l’alunir.

 

 

Monstre, danse et pitreries. Assole l’attente subite où tombent fondent les assemblées. Le mal, l’écoute, le ridicule non-sens, accueillis par les âmes d’outre les tombes.

Notre voyage mesure l’exacte répercution des dangers oratoires. Ils semblent parvenir au monde, mais ne sont que loques et déridations.

Tombent les langues, les fouaillements d’Océan-le-corps. Et à l’orée de la forêt un tangue-drôme expulse. Carcasse nous-le-moi, si lente de glaucités, ferme la marche au tombeau défoutré que la nuit a sailli.

La terreur monte de l’espace, de l’espace-terre encarné par les sexes mutilés.

 

 

Nuit, gras du lard, de la saignerie opposée à trois éternités. Le monde enflamme la lourde porte ambrée, et ce nul d’images agacé par le four qui hurle. Source obscure dans le gras du lard. D’Angoisse, noble oripeau de cet être bandé de nerfs, l’énorme surgelé du monde au castré d’origine.

Trois mondes manipulent les brûlés.

Trois mondes, quatre foyers de fer, quand grasse la foule hurle tendue aux orifices.

Sortir du monstre. L’envoyer paître chez son cousin Chiendent des hautes lunes.

Que cette lutte obscure, épuisante, mange sa chair en creux, à en crever.

Le doux n’est plus, bandé pour toujours aux organes des crocs. Il est chien velu, venu des Quatre Âges mentaux reculés depuis Meurtre, de cette Terre à percer, de ce Dard lancinant percuté de l’Afflux.

Putain d’enflure de soi-disant Vie, giclée autonommée, putain d’enculé de merdier de pourrissoir, longue ta langue aux lècheries des nerfs.

Parlé, giclé, enduit de doubles carapaces, dans chien brûlé, lenté, martelé chien brûlé, élongué hordes à chiens, percés, crevés, lents chiens de mémoire d’Angoisse.

 

Chien accourt, quatre-dents, un des cramés de la zone tangible, du désordre des terres manipulées, gaspe à hauteur de poudroiement, zone lumineuse des castrés d’origine, hume la nuit comme la langue obscène, écorché en sa puissance d’éclair, terre neuve brûlée, chien de l’humus du dedans, que racle la fondation d’être.

Une thèse nocturne attribue un double sens de frappe : durée bifide de la mer, glottage secret et manipulations d’âmes. L’éternité creusée élongue sa tombe, son trou percé aqueux et noir, livide dans le ton du squelette intime que la nuit a mâché.

Animaux d’oubli fourrent leurs sucs en contrebas du temps, épiques, magiques, dards et crocs au guet de lacération, secs, coriaces, pendus aux sirènes de leurs trompes, mi-chiens, mi-gnomes, qui patientent dans le noir des terreurs de l’être suspecté.

Tel hurlement malin atomise leur crise, un double sens d’iguane au sacrifice terrier.

 

© Jean-Pierre Espil

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