LENA & L'OSSUAIRE DE SES REINS

 

 

Lena avait de l'avance sur le non-temps des musées, elle était donc présente, dans le fourreau de rire et de cri et de silence, errante, éperdument. Ma Sibérie mentale palpitait la réelle depuis de longs jours déjà et les sphères déroutées de l'ivresse surveillaient les débits de vodka. Une impératrice de Russie toujours proche de ses sujets. La première nuit, cela était revenu dans ma chambre. Plus fort, plus insistant. Et je pouvais me demander qui ou quoi ainsi suivait. Lui, peut-être. Mais il y a déjà si longtemps que Lui, Elle, moi et ce que j'écris ne font plus qu'un, ou mieux zéro ou quoi donc encore dirait-Elle, délicieuse, vexante.

 

Lena avait de l'avance sur le non-temps des musées, de l'errance mongole plein les traits, et un sang qui galopait dessous les rumeurs de guerre. Et j'arrivais, mon fidèle Yuri en tête, quelque peu en retard. Les autobus sibériens possèdent un sens de la réalité qui n'appartient qu'à eux, mais cette considération devait bientôt fondre comme phallus en bouche lorsque je vis l'asiatique, d'une Asie de fantasmes, à l'autre bout de la salle. J'aurais voulu éviter les discussions artistiques, plier des sacs d'espace dans des malles de feu ou invertir le cours des fleuves, Lena émettait quelque chose, et peu de gens émettent quoi que ce soit, pas vrai, les gars ?

 

Lena avait de l'avance sur le non-temps des musées, et eux aussi, mes effroyables hurlements mentaux, à l'abordage de l'architecture stalinienne. Le carré des quatre jours à tout préparer. Et mon assistante qui s'appelait Lilith. Jamais œuvres ne furent encadrées avec moins de moyens, et le collectionneur de Pasternak en salivait des souris mortes. C'était Snark que la voir, Lena, en son sein fomenter des reflets de mes images, et le trouble en la chair, les visions de femelles ligotées à l'assaut des cimes de sang qui déboulent en avalanches dans les tempes. Lena sourit.

 

Ainsi et pas autrement m'initiai-je aux petites chamanes kinky dévalisant les horoscopes de leur Baïkal de larmes sexuelles, et j'insistais géométriquement sur un détail qui n'était que scabreux, crocodile du désir repérant la belle échue à terre. Et cette manière qu'elle avait de se pencher, comme pour osciller et gravir dans le même temps des roches d'invisible que lui tendait esprit plus fort, plus grand, d'où venu, peut-être le grand rat qui dort dessous la Sibérie. Et ses doigts d'animal qu'on visionnait prêts aux grands ravages dans les lits frénétiques. Et il y avait de la lumière d'issue, quelque part en Lena enfouie.

 

Ainsi et pas autrement m'initiai-je aux petites chamanes kinky dévalisant les horoscopes de leur Baïkal de larmes sexuelles, elle riait et me regardait, extraterrestre largué au milieu des nœuds de vertige, buvait sa Sibirskaïa Corona, et sa beauté mongole me guettait telle une inconnue louchant du côté des mathématiques. Dehors, les considérations rampaient comme des insectes apeurés, et rendez-vous fut pris, verrouillé dans le coffre des jours à venir.

 

Ainsi et pas autrement m'initiai-je aux petites chamanes kinky dévalisant les horoscopes de leur Baïkal de larmes sexuelles, et cette soirée de feu liquide où tes doigts me rentraient en chair sans me toucher où je tâtais ton intérieur avec mon corps invisible, pure télépathie hors du temps je vis les rites du froid inscrire leur nom en givre sur la plaque de mon cœur, je te montrais mes ruines et mes ombres salivées par le désastre mais tu réveillais mes forces mission pas finie le grand ours qui protège la Sibérie me le dit à moi Lena qui suis petite-fille de chamane.

 

Ved yéssli zvezdoui zajigaiout ñ znatchit ñ èto komou-niboud noujno ? et l'étoile à ivresse shootait des résilles dans les tunnels cérébraux, à t'inventer un Altaï où te capturer, te tourmenter, Lena la chamane/champagne aux poignets prêts à vendre leur âme aux courroies de cuir, grimpée sur la cavale des tourments, hurlée de steppes marquées à vif dans les plis de la chair en détresse, les hauts-talons du Néant ou les maléfices d'Eros.

 

Ved yéssli zvezdoui zajigaiout ñ znatchit ñ èto komou-niboud noujno ? et je vis tes griffes à l'orée du bois télépathique m'entraînant dans les draps de pornographie mongole, mouillés de clous et de ruades, et ta yourte tu la faisais chambre des tortures avec pour axe ton corps violenté et meurtri, bave aux lèvres et cheveux défaits, filet de semence ornant ta bouche en trou transformée, Lena suit le rite et obéit à tout veut franchir les sept portes du désir de celui-là à qui elle veut servir de jouet.

 

Ved yéssli zvezdoui zajigaiout ñ znatchit ñ èto komou-niboud noujno ? et les diamants ou mille carats de tes pleurs jonchaient tout le sol, terrestre et lumineux, de ta hâte devant le fouet ou de ta gorge envahie à l'asphyxie, Baba-Yaga voit sa servante franchir toutes les étapes de l'humiliation, table, paillasson, usine à fellations, l'inscrit dans ses livres l'accueille au ciel des chamanes collier de crâne autour du cou et décore ses deux tétons d'anneaux d'argent.

 

Philippe Pissier, janvier 2002 e.v.

 

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